La jurée

Claire Jéhanno · Chapitre 2 sur 60

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La jurée

Chapitre 2

Gilberte Gagneron est décédée dans sa salle à manger à l’âge de

soixante-treize ans, le samedi 20 août 2016.

Sur la table devant elle, un flacon d’antidépresseurs, un verre d’eau et

une carafe. Des objets du quotidien posés sur une journée bien rangée.

Gilberte Gagneron est partie sans désordre, peut-être même sans cris.

Sa mort n’a été découverte que le lendemain du crime, le dimanche,

lorsque Frédéric Gagneron, son petit-neveu, lui a rendu visite. Peu de temps

après, les pompiers débarquaient.

À première vue, il s’agissait d’un suicide. Une vieille dame qui décide

de franchir seule la ligne d’arrivée. Au bout de soixante-treize ans, elle

aurait pu en avoir marre. Envie que tout s’arrête. Des petits vieux qui prient

chaque soir le bon Dieu de les rappeler, j’en connais, on en connaît tous.

Mais Gilberte Gagneron ne s’est pas suicidée. L’affaire est bien plus

complexe, sinon, nous ne serions pas là, à écouter la juge Caillebotte lire sa

synthèse de onze pages, remplie de procédures et de mises en accusation.

Gilberte n’a pas bu volontairement le petit flacon d’antidépresseurs.

Elle a été empoisonnée à l’amitriptyline, une substance dont je note le nom

barbare avec application. Après quelques mois de ce régime, elle s’est fait

étrangler.

J’ai toujours pensé – et je pense encore – que je mourrais jeune. Je

n’aurai pas de taches brunes sur les mains, de pilulier, de difficultés à

marcher. Il ne sera pas nécessaire de m’expliquer que le monde a changé.

Quand je m’imagine mourir tôt, à l’heure où le soleil n’a pas encore

atteint la dernière couche de l’épiderme, ce n’est jamais de mort violente. Je

préférerais un banal accident ou une maladie foudroyante. Le genre de

problèmes sur lequel personne n’a de prise et qui ne convoque aucun

coupable, ni chauffard ni médecin.

Frédéric Gagneron, le petit-neveu de Gilberte, et Lucile Moulin, sa

compagne de l’époque, comparaissent l’un pour empoisonnement et

homicide volontaire, l’autre pour empoisonnement et complicité

d’homicide.

Pendant toute la synthèse préliminaire de la juge, si dense que je

n’arrive à attraper au vol que certains éléments, leurs yeux flottent dans le vide comme s’ils ne trouvaient aucune silhouette à laquelle se raccrocher.

La mort est une traîtresse au parfum d’absence.

 

La juge Caillebotte demande à Frédéric Gagneron de se lever. Je me

renfonce dans mon siège et glisse mes mains sous mes cuisses pour ne pas

montrer qu’elles tremblent.

L’accusé se frotte la nuque, se rapproche du micro, lève enfin la tête.

Les cheveux rasés, les sourcils arqués – l’un est anormalement blanc,

l’autre, blond foncé, bien fourni –, une fossette dans le creux de la joue. Je

ne peux pas m’empêcher de penser que Frédéric Gagneron n’a pas la

physionomie d’un criminel.

À l’adolescence, il était sûrement le genre de longue tige dont on repère

la nonchalance depuis l’autre côté de la cour du lycée. Comme mes élèves,

il traînait, les poches de jeans déformées, un sourire flottant sur ses lèvres

fines. Il checkait les copains, embrassait les filles sur les deux joues,

adressait un grand signe à une prof qu’il adorait et qui le lui rendait bien.

Aujourd’hui encore, malgré les policiers qui l’encadrent, il trimballe cette

même sympathie.

D’une voix posée, la présidente commence par le début. Et le début est

le même pour tout le monde :

— Quelle enfance avez-vous eue, monsieur Gagneron ?

Son absence de réaction est telle que je me demande s’il a entendu la

question. Le policier à sa gauche lui jette des coups d’œil, comme pour lui

dire, eh gars, c’est à toi qu’on parle, vas-y. Encore quelques secondes de

silence, puis la juge reformule :

— Gardez-vous des souvenirs heureux de votre enfance ou diriez-vous

que c’était une période difficile ?

— Je vivais avec mon frère et mes parents dans une petite baraque, à

côté de Chartres. Ça allait pas mal.

Frédéric Gagneron franchit le seuil du procès. Après trois années de

détention provisoire, il entre dans la semaine la plus importante de sa vie,

celle qui déterminera son éventuelle sortie de prison. Sa voix tremblote

dans le micro, aussi enrouée qu’au saut du lit, et je sens que, l’instant

d’avant, c’est l’angoisse qui l’a pétrifié.

— Et elle ressemblait à quoi, votre vie dans cette baraque, comme vous

dites ?

— Mon père était facteur. Il se levait tôt, se couchait tôt. À la maison,

on devait la mettre en veilleuse. Mais franchement pas de quoi se plaindre

non plus.

— Est-ce que vos relations avec vos parents étaient bonnes ? Quelle

était l’ambiance à la maison ?

— Le sommeil de mon père, c’était sacré. Et, petits, avec Jérôme, on

avait du mal à la boucler.

— Et qu’est-ce qui se passait quand vous faisiez trop de bruit ?

— On nous envoyait jouer dehors. Normal, quoi. Et de toute façon je

tenais pas entre quatre murs. J’avais tout le temps besoin de bouger.

Lorsque Frédéric Gagneron parle de son rapport à l’école, quelques

instants plus tard, je le vois entrer en salle de classe, son sac à dos traînant

par terre. Il oublie de sortir un stylo, se trouve des excuses improbables

pour ne pas travailler.

— J’avais pas la fibre de l’école. Et elle l’avait pas avec moi non plus.

Frédéric va un cran plus loin dans les bêtises, il le confesse avec des

mines de gamin. Rien de grave, pas de deal ou de sale combine, mais un

défi lancé avec un copain qui faisait conduite accompagnée. Un matin où ils

auraient dû être en cours, il se rend chez cet ami, ils piquent les clés de la

Renault Mégane sur la petite table de l’entrée et partent faire un tour.

À seize ans. Sans permis. Au bout de quelques kilomètres, Frédéric veut

passer derrière le volant. C’est la première fois qu’il conduit. Il a

l’impression de jouer dans Mario Kart, version ralentie. Manque de chance,

à la sortie de l’impasse où il s’entraîne à passer les vitesses, la police les

cueille, lui et son copain.

L’incident leur vaut d’autant plus d’ennuis que, quelques minutes plus

tôt, Frédéric a tapé un poteau à l’entrée d’une résidence pour seniors et a

failli renverser une aide-soignante. Il s’en tire avec quinze jours de travail

d’intérêt général et une lourde amende pour ses parents.

Frédéric se frotte les paupières. Voilà, il a avoué la seule ligne qui se

trouvait dans son dossier judiciaire avant le crime. Son avocat, un homme

barbu large comme trois troncs d’arbres, acquiesce en silence. Il s’agit sans

doute de leur stratégie : montrer patte blanche dès le début. Et j’avoue que

cela fonctionne sur moi. Je sens dans sa manière de regarder la juge droit

dans les yeux que Frédéric Gagneron ne cherche pas à nous duper. Il

apparaît comme il est. Un type imparfait.

— Pouvez-vous nous décrire votre niveau de vie de l’époque ?

— Au départ, mes parents louaient notre baraque, on ne roulait pas sur

l’or, fallait faire gaffe, et puis, au bout d’un moment, ils ont pu l’acheter. On

était fiers. À la mort de mon père, ma mère a découvert qu’il avait des

dettes. Ça lui a bien foutu les boules. Surtout que moi je pouvais pas aider,

vu que… Il a fallu qu’elle se trouve un métier.

 

Ma mère aussi a dû se réinventer après notre départ de Trémenc et,

malgré ses années passées dans une agence bancaire, ça lui a pris du temps.

Je me souviens de l’un de ses clients, qui déposait des enveloppes bourrées

de tickets de caisse dans notre boîte aux lettres. Je voulais aider en les

classant par ordre chronologique, mais Hélène, devenue comptable pour

entrepreneurs indépendants, m’en empêchait. « C’est sûr, tu vas en perdre. »

Quand je me levais au milieu de la nuit pour aller aux toilettes, je la

trouvais penchée sur la table de la cuisine en train de remplir des tableaux

de notes de frais. Elle levait une seconde les yeux vers moi, la lumière

orange de l’ampoule baignant sa calculette à grosses touches, et rebaissait la

tête aussitôt. Pas un mot. Comme si, la nuit, son regard m’effaçait.

De temps en temps, je lui demandais si ses collègues ne lui manquaient

pas trop. Toute une bande de commères avec lesquelles elle sortait le

mercredi soir à Saint-Brieuc. Elle ne montrait aucun signe de regret. « C’est

mieux ainsi. » Sa phrase préférée pour ne pas évoquer notre vie d’avant.

J’ai compris plus tard que ma mère s’était arrangée pour ne jamais

quitter la maison. Un trente-neuf heures dans un bureau comme avant

n’aurait pas pu fonctionner, il fallait qu’elle nous surveille en continu, ma

sœur et moi. Nous n’avions pas le droit de déjeuner à la cantine, de dormir

chez une copine, d’aller à des anniversaires, de rester à la bibliothèque sans

elle, de rentrer seules du collège. À notre cou, une laisse attachée.

 

— Si je ne fais pas erreur, poursuit la juge Caillebotte, votre père est

décédé deux ans avant votre incarcération des suites d’un cancer du

poumon. Votre mère, que l’on entendra dans les jours à venir, vit toujours

au domicile familial. En ce qui vous concerne, vous avez quitté le foyer

lorsque vous avez obtenu, après quelques années d’intérim, votre premier

emploi stable.

— C’était un CDI à l’hôtel Rohan. Au départ, j’avais été embauché

comme réceptionniste, mais j’ai vite grimpé les échelles.

Le visage concentré de Frédéric Gagneron s’est ouvert sur ces mots.

Enfant, il entendait sûrement la porte d’entrée grincer en pleine nuit. Qu’il

pleuve ou qu’il neige, le facteur partait distribuer le courrier. Il lui a appris

que c’était au travail qu’on forgeait sa place d’homme, sa dignité.

À la maison, La Poste était une grande institution. On ne critiquait pas

le service public. On ne se plaignait jamais. Dans la bouche de Frédéric,

non pas des échelons mais des échelles, pour aller aussi vite que son père.

Malgré la fermeture de l’hôtel Rohan pour rénovation, Frédéric se

voyait déjà faire carrière. Après quelques mois de travaux, le temps de

gagner une étoile, le gérant lui confierait le management de l’équipe. Douze

personnes en tout. Rien à voir avec ses petits jobs d’avant. En attendant,

Frédéric allait visiter le chantier chaque semaine, il avait même demandé à

voir les plans des nouvelles suites. Mais l’hôtel n’a jamais rouvert. Et

Frédéric s’est retrouvé au chômage.

La frustration se lit encore dans ses poings serrés. Il aurait dû devenir

manager. Une cliente, un jour, lui avait même dit qu’il avait la prestance

pour travailler dans un palace. Il nous le répète, les sourcils levés en l’air, il

n’était pas plus bête que son frère, il méritait la même réussite.

— J’ai pas eu de bol, c’est tout. Ça aurait pu arriver à tout le monde.

Même à Jérôme. La boîte dans laquelle il a travaillé trois ans à Lille, elle est

partie en liquidation aussi.

Je cherche le frère du regard, mais il semble absent des premiers bancs,

alors je tourne la tête vers Lucile Moulin, qui remonte ses lunettes sur

l’arête de son nez. Que pense-t-elle ? Retrouve-t-elle dans les justifications

de Frédéric celui qu’elle a aimé ? La juge Caillebotte a précisé qu’ils

s’étaient séparés en prison, mais je ne peux pas m’empêcher d’imaginer

leur couple. Ce qu’il était, ce qu’il en reste. Assise à côté de l’homme avec

qui elle a passé cinq années de sa vie, avec qui elle avait probablement

prévu de se marier, d’avoir des enfants, Lucile ne montre aucune émotion.

À quoi pense-t-elle pendant qu’il se raconte ? À l’odeur de sa peau quand

ils faisaient l’amour, à la dépression qui l’a assailli après son licenciement ?

Au crime qui les unit ?

 

Il n’y a pas de partie civile. Pas d’avocat pour plaider la cause de la

victime. Ni pour en faire le portrait. Ce matin, avant l’ouverture des audiences, Côme, l’homme aux larges épaules déjà juré au précédent

procès, interrogeait la juge Caillebotte à ce sujet. Elle refusait d’y voir un

problème.

— C’est assez rare, mais ce sont des choses qui arrivent, notamment

quand il s’agit de personnes âgées qui n’ont pas de descendance. La victime

était dans ce cas-là.

— Mais il n’y a pas des membres de sa famille ou des amis qui auraient

pu faire appel à un avocat ?

— On ne peut pas obliger quelqu’un à se constituer partie civile.

— Qui la représente alors ? Qui parle pour elle ?

— Nous. Nous tous.

 

— Un feu d’artifice pour un gosse ! lance à présent Frédéric en souriant.

Tiré par Gigi elle-même, du jardin d’une amie, à Joinville-le-Pont. J’en

croyais pas mes yeux, c’était dingue !

Quand Frédéric était enfant, Gilberte Gagneron habitait un grand

appartement du 17e arrondissement de Paris, avec des moulures au plafond,

du champagne au frigo, et une vue sur le parc Monceau. Elle menait une vie

flamboyante, bien loin de celle de son petit-neveu. Pour ses dix ans, elle lui

avait offert un feu d’artifice.

— Mes copains avaient tous des grands-mères qui se plaignaient de

rhumatismes. Moi, les deux miennes étaient déjà plus là à ma naissance,

mais j’avais Gigi. Pas du genre à se traîner. Elle m’avait fait connaître

Marlene Dietrich, et c’est vrai qu’elles se ressemblaient pas mal.

Je peine à associer cette icône du cinéma avec la vieille dame morte sur

sa table de salle à manger, dans un appartement trop ordonné, un samedi

d’août 2016.

Lorsque Gilberte rendait visite aux parents de Frédéric à Chartres, elle

ne se payait pas l’hôtel. Elle préférait dormir sous le même toit que sa

famille, c’était plus intime, disait-elle, et malgré les horaires compliqués du

père tout le monde l’acceptait. Au réveil, Gilberte apparaissait toujours

pimpante. Maquillée, parfumée, coiffée. Frédéric ressentait alors la même

incongruité que quand il allait chez elle, pour un week-end ou pour des

vacances. L’impression de frôler le grand monde. Un univers de fête et de

liberté, sans horaires ni règles. Pour cette raison-là et pour tout le reste, il

adorait Gigi.

— Un jour, j’ai même demandé à mes parents si je pouvais partir vivre

chez elle à Paris. J’avais noté sur un papier le nom de l’école primaire la

plus proche de son appartement.

— Comment vos parents ont-ils réagi ? demande la juge.

— Ça ne leur a pas plu du tout. Ils m’ont fait la gueule pendant un

moment. Ils m’ont même traité d’ingrat, mais à l’époque je ne connaissais

pas le mot.

J’imagine les parents qui se serrent la ceinture, qui tentent d’élever leur

gamin selon des principes qui volent en éclats dès qu’il monte dans le train

pour Paris.

— Et votre frère, il venait parfois avec vous en vacances chez

Mme Gagneron ?

— Jamais.

— Pourquoi ?

— Gigi avait ses têtes. Et celle de Jérôme ne lui revenait pas.

— Jusqu’à quel âge vous êtes-vous rendu chez Mme Gagneron ?

— Onze-douze ans, je dirais.

— Et ensuite ?

— Y a eu des tensions.

— Des tensions ?

— Comme je vous disais, on parlait pas trop dans ma famille, alors je

peux pas expliquer le pourquoi du comment. Je sais juste qu’à un moment

Gigi a arrêté de venir à la maison.

On devine des hésitations dans sa voix, d’autres récits plus contrastés

que la grande histoire familiale, que l’adoration d’un garçon de province

pour une grand-tante fantasque.

La présidente cherche à en apprendre davantage, mais sans succès.

Alors que jusque-là Frédéric s’est montré généreux en anecdotes, cette fois,

il se referme.

— À cette époque, vous avez complètement coupé le contact avec

Mme Gagneron ?

— On s’appelait de temps en temps en cachette.

— Et que vous racontiez-vous ?

— Des bêtises pour passer le temps. Elle me manquait.

— Savez-vous pourquoi Mme Gagneron s’est installée à Chartres au

début des années 2000 ?

— Elle en avait marre de Paris. Elle disait qu’elle voulait se mettre au

vert. Calmer un peu le jeu.

— Vous avez alors recommencé à vous voir régulièrement ?

— J’avais… Attendez, je calcule… J’avais dans les quatorze ans à ce

moment-là, alors je galérais un peu à voir Gigi derrière le dos de mes

parents. C’est revenu plus tard, quand j’ai grandi. Et surtout avec mon

installation dans l’appartement.

— En effet, vous avez emménagé dans un deux-pièces, au dernier étage

d’un immeuble situé 12, rue Joseph-Sauveur à Chartres. Il s’agissait de

l’appartement voisin de celui de Mme Gagneron. Elle était propriétaire des

deux lots.

Je note consciencieusement l’adresse. Rue Joseph-Sauveur. Là où

vivaient Frédéric, Lucile, Gilberte. Là où elle a été tuée. Le lieu de vie

avant de devenir le lieu du crime.

— Quel âge aviez-vous à l’époque de votre emménagement ?

— Vingt-quatre. C’est quand j’ai commencé à l’hôtel Rohan.

— Et vous étiez heureux de cet arrangement ? Cela vous convenait, de

vivre aussi près d’elle ? Quand on est jeune, on a envie de liberté, pas

forcément de se retrouver dans un appartement mitoyen de celui de sa

grand-tante.

— C’était cool.

Son sourcil blanc se lève. Il ajoute :

— Pendant des années, Gigi a été la personne la plus importante de ma

vie. De ces gens, vous savez, qui vous…

Il renonce à sa phrase, en commence une autre qu’il ne termine pas non

plus, avant de finir par lâcher :

— Madame la présidente, je suis innocent. Tout ça, c’est une grosse

erreur. Vous pouvez pas me laisser en prison.

La juge Caillebotte n’émet aucun signe de sollicitude, pas même un

hochement de tête. Elle le remercie et se tourne vers Me de Mauroy,

l’avocat général, le représentant de la société. On nous a expliqué qu’à

chaque prise de parole il poserait ses questions après la présidente, juste

avant la défense. Quand il se lève, écrasant Frédéric de toute sa supériorité,

je sens la tension raidir ma nuque.

Il est trop tôt, on n’a même pas encore évoqué le crime, il faut se méfier,

je le sais, et pourtant je suis touchée par Frédéric, ses bêtises d’ado, ses

fragilités d’adulte, son attachement à Gilberte. Il est trop tôt, mais lui semble nous dire qu’il est presque trop tard. Ses années d’incarcération

l’ont déjà sorti de la vie, l’enfermant entre un passé qui ne reviendra pas et

un avenir qui ne lui appartient plus.

 

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