La méthode chrono-dodo (Parenting) (French Edition)
L’apprentissage de la frustration
L’APPRENTISSAGE DE LA FRUSTRATION Le cas de Pauline, 3 ans et demi
Pauline est fille unique. Ses parents, Valérie et Nicolas, me contactent car leur fille fait des
cauchemars pratiquement toutes les nuits depuis l’âge de 2 ans. Tout le monde leur dit que c’est
normal pour une enfant de cet âge, mais ils trouvent que Pauline en fait vraiment beaucoup. Ils
veulent mon avis.
Je leur confirme que les cauchemars sont effectivement très fréquents entre l’âge de 3 et 6 ans.
L’imaginaire tenant alors une grande place dans la vie de l’enfant, celui-ci a du mal à distinguer ce
qui est « pour de vrai » et ce qui est « pour de faux ». Les cauchemars signifient qu’une peur le
perturbe ou qu’il traverse une période difficile.
Nous reprenons l’histoire de Pauline. La grossesse a été particulièrement compliquée et Valérie a dû
être alitée vers six mois et demi car elle avait déjà des contractions. Finalement Pauline est née par
voie basse trois semaines avant le terme, en parfaite santé. C’était un bébé facile et souriant, elle
mangeait bien et dormait parfaitement.
Les cauchemars réguliers ont commencé vers l’âge de 2 ans. Je questionne Valérie et Nicolas pour
trouver les raisons qui pourraient expliquer les nuits si agitées de leur fille. Leur travail comme
l’entourage familial ne semblent pas poser de problème. Le couple va bien. En revanche, j’apprends
que Pauline avait été en crèche avant d’être scolarisée et que les équipes les avaient informés que leur
fille avait beaucoup de difficultés à gérer les frustrations. Depuis qu’elle est à l’école, ils n’ont pas de
retour à ce sujet.
Je leur demande comment ça se passe à la maison avec Pauline. Ils me disent que c’est une petite fille
intelligente, drôle, coquine, mais dotée d’un sacré tempérament. Ils me rapportent aussi que leur fille
a tendance à faire d’énormes colères avec eux et avec la famille dès qu’elle n’obtient pas ce qu’elle
souhaite. Fatigués par les scènes de leur fille, ils lâchent et finissent par lui donner ce qu’elle
demande pour limiter ou arrêter « les crises ». Curieusement, les couchers se passent bien, Pauline
tombant de sommeil après ses journées d’école.
Dans le cas de Pauline, je pense que le fait de ne pas avoir appris à gérer ses
frustrations génère chez elle des angoisses qui ressurgissent les nuits sous
forme de cauchemars.
La frustration, qui génère souvent l’émotion de la colère, a une utilité. Elle
est à la racine de la plupart des plaisirs. C’est le manque que l’enfant ressent
qui lui permet de faire monter le désir, de percevoir la valeur des choses et
de ressentir du plaisir lorsqu’il les obtient.
Interprétée comme une douleur par de nombreux parents, la frustration est
souvent mal vécue, alors qu’elle fait partie intégrante de la vie. Apprendre
et accepter les limites est indispensable. Plus l’enfant les intègre tôt, plus il
lui est facile de les accepter, de les intégrer. C’est le rôle des parents. Or
Valérie et Nicolas, par lassitude, ont abdiqué.
Mes conseils
Faire un conseil de famille et établir ensemble une liste des règles et des
consignes à respecter pour Pauline et ses parents. Les adultes montrent
l’exemple.
Définir des heures fixes s’il y a des conflits. Par exemple : le bain à 18 h 30,
les écrans de 19 heures à 19 h 15, le repas à 19 h 30 et la toilette à 20 h 15. Accueillir et respecter les émotions de l’enfant. La colère est générée par la
frustration de devoir éteindre la télé, de sortir du bain ou même d’aller se
coucher.
Rester ferme et bienveillant.
L’adulte doit faire ce qu’il dit, sinon il se discrédite aux yeux de l’enfant. S’il
dit : « Si tu sors de table, le repas est terminé », il doit rester dans sa
fonction éducative et ne pas fléchir. De nombreux enfants vont tester la
règle avant de s’y conformer afin de vérifier si l’adulte respecte sa parole.
Quelques semaines plus tard, je recevais un texto de Valérie m’informant
que les cauchemars de Pauline avaient nettement diminué.
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