La méthode chrono-dodo (Parenting) (French Edition)

Aude Becquart · Chapitre 77 sur 101

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La méthode chrono-dodo (Parenting) (French Edition)

Le deuil pendant la grossesse

Le cas de Marie, 4 mois et demi

Je suis contactée par Claire car sa fille Marie pleure beaucoup et dort peu en journée. Marie a un frère

de 5 ans et une sœur de 2 ans qui n’ont jamais eu de problèmes de sommeil. Denis, le père, travaille

beaucoup car il a créé son entreprise, Claire est donc seule lors de la consultation à domicile.

À mon arrivée, Marie dort paisiblement dans son lit dans sa chambre. Claire est étonnée car c’est une

situation qui semble rare. De mon côté, c’est un cas que je rencontre régulièrement : le fait de

demander de l’aide et de passer à l’acte en prenant un rendez-vous avec un professionnel fait lâcher

certaines pressions et tensions et favorise le sommeil des enfants.

Nous reprenons l’histoire de Marie. La grossesse s’est bien passée médicalement, il n’y a pas eu de

soucis particuliers à part les désagréments classiques. Lorsque j’aborde les questions sur

d’éventuelles émotions désagréables avant et/ou pendant la grossesse, Claire s’effondre en larmes.

J’apprends qu’elle a perdu son père subitement quelques mois avant la grossesse et un oncle très

proche le premier mois. Claire ne semble pas avoir fait le deuil de son père et de son oncle, elle me

dit qu’elle pleure encore beaucoup. Elle culpabilise de toute cette tristesse qui l’envahit régulièrement

et de ne pas pouvoir s’occuper de ses enfants sereinement.

L’histoire de Claire est douloureuse. La jeune femme a été partagée pendant

toute sa grossesse entre la grande peine d’avoir perdu son père et son oncle

et la joie d’être sur le point de donner une nouvelle fois la vie. La gestion du

deuil est d’autant plus délicate qu’elle était enceinte, et donc naturellement

plus fragile et vulnérable.

Marie a dû probablement ressentir in utero le chagrin et la douleur auxquels

sa mère a été et est toujours confrontée. Il est donc important que Claire

explique à sa fille ce qu’elle a vécu et ce qu’elle traverse en ce moment afin

de la rassurer. Marie en effet pourrait imaginer que sa mère est triste à cause

d’elle, ce qui pourrait engendrer un sentiment d’insécurité et une difficulté

d’attachement.

Alors que Claire me raconte le contexte dans lequel sa fille a été attendue,

Marie se réveille de la sieste. Avant d’aller la chercher, Claire me dit qu’elle

préfère que je parle à Marie en premier afin de pouvoir, de son côté,

réexpliquer à sa fille son histoire ultérieurement si nécessaire. Lorsque

Marie arrive au salon dans les bras de sa maman, je me présente à elle : « Je

m’appelle Aude, mon métier est d’aider les bébés qui ne dorment pas très

bien. Je suis ici car ta maman m’a demandé de venir te voir car il semblerait

que ce soit difficile pour toi de bien te reposer. Alors, pendant que tu

dormais, ta maman m’a raconté ton histoire. Elle m’a dit que tu étais un

bébé attendu et désiré. Ton papa et ta maman avaient choisi d’agrandir la

famille même si ta maman était dans une période où elle avait beaucoup de

chagrin. Son papa, ton grand-père, avait arrêté de vivre subitement, mais ils

ont décidé de se tourner vers la vie. Lorsque tes parents ont su qu’il y avait

une graine de bébé dans le ventre de ta maman, ils étaient contents et

heureux. Tu as certainement aussi ressenti beaucoup de tristesse. Sache que

cette tristesse n’était pas de ta faute, elle n’est pas à cause de toi. Ta maman

est encore triste car elle pense à ton grand-père et également à son oncle qui

a aussi arrêté de vivre quelques mois plus tard. Sois rassurée, ton papa et ta

maman t’aiment très fort. Ta maman aurait aimé t’accueillir dans d’autres

conditions, tu peux compter sur tout son amour même si elle ne sait pas

vraiment te le dire en ce moment. Tu peux manger, dormir, jouer et vivre, la

vie est belle. Elle mérite d’être vécue. » Marie me regardait et m’écoutait

attentivement en jetant des regards vers sa mère qui acquiesçait. Elle fit à

Claire un grand sourire.

Une semaine après la consultation, je recevais un mail de Claire me disant

qu’elle ne reconnaissait pas sa fille tellement elle était transformée. Marie

souriait, mangeait avec beaucoup plus d’appétit et elle avait désormais un

bon sommeil.

 

Mes conseils

Parler au bébé in utero afin de le rassurer sur les émotions vécues. Exprimer ses émotions et ressentis aux enfants afin de leur éviter toute

culpabilité.

Prendre soin de soi pour mieux prendre soin de l’enfant. Demander de l’aide auprès de professionnels si besoin.

* Test sanguins.

** Procédure médicale invasive où l’on extrait du liquide amniotique dans lequel se trouve le fœtus

pour faire un diagnostic prénatal.

 

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