La méthode chrono-dodo (Parenting) (French Edition)
Les peurs
Les difficultés d’endormissement liées aux peurs surviennent généralement
vers l’âge de 2 ans et demi. L’enfant se met à avoir peur de s’endormir seul.
Il a peur du noir, des loups, des rideaux, des monstres… Il refuse alors de se
séparer de ses parents et réclame leur présence. C’est la période également
où il fait de nombreux cauchemars.
Le cas de Sophie, 4 ans et demi
Valérie et John, les parents de Sophie, me contactent car leur fille se réveille de nombreuses fois la
nuit. Depuis sa naissance, elle a seulement fait cinq à dix nuits complètes. Après plusieurs réveils,
elle retrouve ses parents dans le lit conjugal vers 3-4 heures du matin. Ils sont inquiets, épuisés et
désarmés face aux problèmes de sommeil de leur fille. Ils ont tout tenté. Ils ont également une fille de
9 mois, Anaïs, qui dort parfaitement bien.
La consultation se passe au domicile. Toute la famille est là, John, Valérie, Sophie et Anaïs qui fait la
sieste. J’ai demandé aux parents de prévenir leur fille de notre rendez-vous. À mon arrivée, Sophie
semble intimidée et réservée. Je me tiens volontairement à l’écart dans le salon. Je me présente
auprès d’elle et lui dit que je ne suis ni un docteur, ni une infirmière, ni une baby-sitter. Je suis juste
là pour que nous trouvions des solutions ensemble pour l’aider à trouver un sommeil de qualité.
Lorsque je la sens plus confiante, je lui propose de visiter sa chambre. Elle accepte avec plaisir. Je
constate un lit bien positionné, avec une tête de lit contre un mur et dans un coin, c’est l’idéal. Sophie
voit la porte de sa chambre quand elle est dans son lit, ce qui est rassurant car elle peut voir qui
rentre. Il y a très peu de jouets mais ils sont adaptés à son âge, tous les autres jouets sont dans le
salon. Je suppose donc que Sophie n’a pas beaucoup investi sa chambre. Valérie me confirme qu’elle
n’y joue jamais. Je propose aux parents d’aider leur fille à s’y sentir bien, c’est-à-dire de jouer
régulièrement dans la chambre avec elle afin que ce lieu devienne agréable.
Nous reprenons ensemble toute l’histoire de Sophie. C’était une grossesse attendue et désirée. Elle a
été source de grandes angoisses car Valérie avait dû subir une IMG (interruption médicale de
grossesse, dit aussi avortement thérapeutique) un an avant la conception de Sophie. Elle a donc eu
très peur tout au long de la grossesse de perdre sa fille ou qu’elle ait des problèmes de santé.
Finalement, tout s’est bien passé. Il n’y a pas eu d’inquiétude médicale ni pour Valérie ni pour Sophie
pendant les neuf mois. Sophie est née à terme et en parfaite santé. John et Valérie gardent un bon
souvenir de l’accouchement. Lorsqu’elle était bébé, Sophie a beaucoup été portée dans les bras. C’est
une petite fille qui a beaucoup pleuré les neuf premiers mois.
Une de mes hypothèses est que Sophie a pu revivre toutes « les angoisses de mort » de Valérie
pendant la grossesse. De 0 à 9 mois un enfant peut en effet revivre toutes les émotions vécues de la
mère durant la période in utero.
Je dis à Sophie : « Tu as entendu ce que disent ton papa et ta maman ? Tu as été un bébé attendu et
désiré. Ils ont su à un moment que tu étais une petite fille, ils étaient ravis et ils se sont préparés à
accueillir une petite fille. Ils t’ont cherché un prénom et ils t’ont également préparé une jolie chambre
pour t’accueillir au mieux. Malgré cette grande joie, tu as certainement ressenti beaucoup
d’inquiétude, peut-être même que tu as eu peur de mourir quand tu étais dans le ventre de ta maman.
C’est important que tu saches que toutes ces émotions n’étaient pas à cause de toi. Tes parents
avaient très peur que tu sois malade ou que tu meurs car avant toi, il y a eu un bébé, un petit garçon,
qui n’a pas pu continuer à grandir dans le ventre de ta maman car son cœur avait arrêté de battre. Les
médecins ont dû l’aider à sortir. Cela a été une épreuve très douloureuse pour ton papa et ta maman.
Alors, lorsqu’ils ont su quelques mois plus tard qu’il y avait un autre bébé, toi, dans le ventre de ta
maman, ils ont eu très peur. »
Sophie m’écoutait avec beaucoup d’attention, tout en tournant régulièrement son regard vers ses
parents. Nous continuons le récit de son histoire, ses attitudes à la maison ainsi qu’à l’école et ses
habitudes de sommeil. J’apprends que Sophie ne s’habille pas seule, ne va pas dans une autre pièce
de l’appartement seule, ne joue pas seule, et réclame la présence de ses parents pour aller aux
toilettes, etc. J’ai donc face à moi une petite fille qui manque d’autonomie car elle vit et exprime de
nombreuses peurs. Afin de les atténuer, ses parents répondent à ses demandes lorsque Sophie réclame
une présence. Ce comportement est probablement lié à son histoire avec la peur de la mort et/ou de la
séparation.
Pour que Sophie puisse avoir un bon sommeil, il faut qu’elle apprenne à
s’endormir seule. Elle doit également être plus autonome la journée.
J’explique à Sophie : « Ton papa, ta maman, tes grands-parents et tes oncles
et tantes ont tous dû apprendre à aller aux toilettes seuls, à jouer seuls et à
s’endormir seuls lorsqu’ils étaient petits. Tes parents vont t’apprendre à être
autonome, à faire certaines choses seule. Tu as toutes les ressources pour y
arriver, sois rassurée. C’est très important pour ton développement
psychique, pour que tu puisses bien grandir dans ta tête. Lorsque ton papa
ou ta maman reste à tes côtés pour t’accompagner aux toilettes, pour t’aider
à t’endormir, cela te fait croire que tu as raison d’avoir peur. Ils pensaient
t’aider, maintenant ils vont t’encourager à faire seule car tu es une grande
fille capable de traverser et gérer toutes tes peurs et les séparations. Tu peux
être dans des pièces ou des lieux différents de tes parents sans craindre de
mourir ou d’être abandonnée. Tes parents seront toujours là pour toi. »
Mes conseils
Lorsque Sophie souhaite aller aux toilettes ou dans une autre pièce de
l’appartement et qu’elle demande une présence adulte, j’invite les parents à
encourager leur fille avec des phrases positives et bienveillantes. Par
exemple : « Tu es capable d’y aller seule Sophie, tu vas réussir, j’ai
confiance en toi. Tu as toutes les ressources en toi pour y arriver. » Éviter de faire à la place de l’enfant des choses qu’il sait faire seul. Je propose un rituel du coucher tous les soirs à la même heure, avec des
repères visuels (gommettes de couleur) sur une horloge. Tout ce qui se
répète est rassurant. Si l’heure du coucher est à 20 h 30 (gommette rouge
sur le 6), tous les soirs, quand la grande aiguille est sur le 3 (20 h 15 –
gommette bleue), c’est l’heure des petites histoires dans la chambre. Le rituel du coucher n’excède pas 15 minutes. Il commence par « le pipi-
brossage de dents ».
Utiliser une minuterie de cuisine ou autre pour un repère auditif en plus du
repère visuel.
À 20 h 30, lorsque ça sonne, la grande aiguille est sur le 6. Les parents ont
10 secondes pour terminer la phrase de l’histoire s’ils en racontaient une,
mettre un marque-page, prévenir que la fin de l’histoire sera pour le
lendemain, faire un bisou et quitter la chambre. Mettre en place la méthode pour rassurer et sécuriser l’enfant différemment. Lors des réveils la nuit, raccompagner l’enfant dans sa chambre en toute
bienveillance et appliquer la méthode de nuit si nécessaire.
Au moment de mon départ, Sophie me donne une jolie petite pierre ovale.
Sa mère est surprise car sa fille semble y tenir très fortement. Elle lui
demande : « Es-tu sûre de vouloir donner cette pierre à Aude ? Tu y tiens
beaucoup. » Et Sophie de répondre un OUI franc à sa mère.
Je pense que Sophie a trouvé « sa » façon de payer la consultation, c’était sa
contribution pour me remercier d’être venue. C’est un signe qu’elle était
contente et qu’elle avait envie de changer et de grandir. Elle m’a remerciée
d’être venue, elle était rassurée d’entendre qu’elle était capable d’être
autonome, et d’être assez grande pour y arriver.
Le lendemain, j’ai appris par sa mère qu’elle s’était endormie seule dans
son lit sans présence, sans réveil la nuit et qu’elle s’était montrée beaucoup
plus autonome. Je suis très surprise de la rapidité des résultats, je pense que
toute la petite famille était prête pour le changement.
Le cas de Charles, 2 ans et demi
Alexandre et Paola me contactent car leur fils Charles exprime de grosses peurs tous les soirs. Il sort
de nombreuses fois de sa chambre pour retrouver ses parents dans le salon, il les appelle des dizaines
de fois, il réclame une présence. Leurs soirées sont devenues un enfer. Ils ont tout essayé, les fessées,
le calme et l’écoute bienveillante, les cris… Ils sont à court d’idées car rien ne semble fonctionner.
Une fois endormi vers 22 heures/23 heures, Charles dort parfaitement bien la nuit.
Il n’y a pas d’événement particulier dans son histoire. Il est gardé à la maison par une nounou depuis
qu’il a 5 mois avec une petite fille du même âge que lui.
La soirée type
19 heures : Paola rentre du travail, prend la relève de la nounou qui a déjà
donné le bain. Après un petit moment de câlins et de jeux avec son fils, elle
prépare le repas.
19 h 45 : Charles passe à table. Il mange avec plaisir.
20 heures : Alexandre rentre du travail et passe un moment avec son fils.
20 h 30 à 20 h 45 : Pipi et brossage de dents.
20 h 45 à 21 h 15 : Histoires, chansons, câlins dans la chambre.
21 h 15 : Alexandre et Paola tentent de quitter la chambre. C’est toujours
compliqué. Charles dit avoir peur du noir, il veut la lumière de sa chambre, Mettre un scotch de couleur rouge sur toute la longueur de la barre de seuil
la porte grande ouverte avec la lumière du couloir. Il a peur des loups, des
sorcières, des bruits…
Mes conseils
Informer l’enfant que vous êtes là pour le protéger. C’est le message
principal et fondamental qu’il a besoin d’entendre à chaque fois qu’il
exprime une peur. Par exemple : « Sois rassuré, nous sommes là pour te
protéger. Quoi qu’il arrive, tu peux toujours compter sur nous. » Écoutez-le, incitez-le à exprimer sa peur. Accueillez, reconnaissez et
nommez ses émotions. Par exemple : « Tu me dis que tu as peur du loup, je
comprends et je respecte ta peur car moi aussi, à ton âge, j’avais la même
peur. Sois rassuré, c’est normal. Papi et mamie aussi à 2 ans et demi avaient
peur du loup. Tu vas réussir à gérer ça comme un chef. J’ai confiance en toi.
Tu peux compter sur nous si tu as besoin. »
L’expérience de l’adulte lorsqu’il était enfant aide l’enfant à s’identifier et à
croire en ses capacités.
Ramener l’enfant à la réalité. Sa peur est réelle, elle n’est pas imaginaire, il
faut donc le rassurer, mais sans rentrer dans sa logique. Par exemple :
« J’entends bien que tu as peur que des loups rentrent dans l’appartement.
Sois rassuré, il n’y en aura pas car les loups vivent dans la forêt dans la
montagne très loin. C’est impossible ! Et les monstres et les sorcières
n’existent pas. »
Limiter les lumières qui retardent la sécrétion de la mélatonine, l’hormone du
sommeil. C’est seulement dans l’obscurité que la mélatonine est relâchée
dans le cerveau. Une lumière forte en soirée retarde l’endormissement. Limiter la lumière à une petite veilleuse ou la lumière des toilettes ou de la
salle de bains avec la porte de la chambre de l’enfant entrouverte (2 à 3
centimètres)
de la chambre de l’enfant afin qu’il reste dans sa chambre. Prévenir l’enfant : « La consigne est que tu restes dans ta chambre, c’est nous
qui viendrons te voir si tu as besoin. »
Aller voir l’enfant très régulièrement s’il exprime une émotion. Le laisser s’endormir seul. En votre présence, il pourrait imaginer qu’il y a
des raisons d’avoir peur.
Mettre en place la méthode.
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