La méthode chrono-dodo (Parenting) (French Edition)

Aude Becquart · Chapitre 56 sur 101

Pages du PDF

La méthode chrono-dodo (Parenting) (French Edition)

Les peurs

Les difficultés d’endormissement liées aux peurs surviennent généralement

vers l’âge de 2 ans et demi. L’enfant se met à avoir peur de s’endormir seul.

Il a peur du noir, des loups, des rideaux, des monstres… Il refuse alors de se

séparer de ses parents et réclame leur présence. C’est la période également

où il fait de nombreux cauchemars.

Le cas de Sophie, 4 ans et demi

Valérie et John, les parents de Sophie, me contactent car leur fille se réveille de nombreuses fois la

nuit. Depuis sa naissance, elle a seulement fait cinq à dix nuits complètes. Après plusieurs réveils,

elle retrouve ses parents dans le lit conjugal vers 3-4 heures du matin. Ils sont inquiets, épuisés et

désarmés face aux problèmes de sommeil de leur fille. Ils ont tout tenté. Ils ont également une fille de

9 mois, Anaïs, qui dort parfaitement bien.

La consultation se passe au domicile. Toute la famille est là, John, Valérie, Sophie et Anaïs qui fait la

sieste. J’ai demandé aux parents de prévenir leur fille de notre rendez-vous. À mon arrivée, Sophie

semble intimidée et réservée. Je me tiens volontairement à l’écart dans le salon. Je me présente

auprès d’elle et lui dit que je ne suis ni un docteur, ni une infirmière, ni une baby-sitter. Je suis juste

là pour que nous trouvions des solutions ensemble pour l’aider à trouver un sommeil de qualité.

Lorsque je la sens plus confiante, je lui propose de visiter sa chambre. Elle accepte avec plaisir. Je

constate un lit bien positionné, avec une tête de lit contre un mur et dans un coin, c’est l’idéal. Sophie

voit la porte de sa chambre quand elle est dans son lit, ce qui est rassurant car elle peut voir qui

rentre. Il y a très peu de jouets mais ils sont adaptés à son âge, tous les autres jouets sont dans le

salon. Je suppose donc que Sophie n’a pas beaucoup investi sa chambre. Valérie me confirme qu’elle

n’y joue jamais. Je propose aux parents d’aider leur fille à s’y sentir bien, c’est-à-dire de jouer

régulièrement dans la chambre avec elle afin que ce lieu devienne agréable.

Nous reprenons ensemble toute l’histoire de Sophie. C’était une grossesse attendue et désirée. Elle a

été source de grandes angoisses car Valérie avait dû subir une IMG (interruption médicale de

grossesse, dit aussi avortement thérapeutique) un an avant la conception de Sophie. Elle a donc eu

très peur tout au long de la grossesse de perdre sa fille ou qu’elle ait des problèmes de santé.

Finalement, tout s’est bien passé. Il n’y a pas eu d’inquiétude médicale ni pour Valérie ni pour Sophie

pendant les neuf mois. Sophie est née à terme et en parfaite santé. John et Valérie gardent un bon

souvenir de l’accouchement. Lorsqu’elle était bébé, Sophie a beaucoup été portée dans les bras. C’est

une petite fille qui a beaucoup pleuré les neuf premiers mois.

Une de mes hypothèses est que Sophie a pu revivre toutes « les angoisses de mort » de Valérie

pendant la grossesse. De 0 à 9 mois un enfant peut en effet revivre toutes les émotions vécues de la

mère durant la période in utero.

Je dis à Sophie : « Tu as entendu ce que disent ton papa et ta maman ? Tu as été un bébé attendu et

désiré. Ils ont su à un moment que tu étais une petite fille, ils étaient ravis et ils se sont préparés à

accueillir une petite fille. Ils t’ont cherché un prénom et ils t’ont également préparé une jolie chambre

pour t’accueillir au mieux. Malgré cette grande joie, tu as certainement ressenti beaucoup

d’inquiétude, peut-être même que tu as eu peur de mourir quand tu étais dans le ventre de ta maman.

C’est important que tu saches que toutes ces émotions n’étaient pas à cause de toi. Tes parents

avaient très peur que tu sois malade ou que tu meurs car avant toi, il y a eu un bébé, un petit garçon,

qui n’a pas pu continuer à grandir dans le ventre de ta maman car son cœur avait arrêté de battre. Les

médecins ont dû l’aider à sortir. Cela a été une épreuve très douloureuse pour ton papa et ta maman.

Alors, lorsqu’ils ont su quelques mois plus tard qu’il y avait un autre bébé, toi, dans le ventre de ta

maman, ils ont eu très peur. »

Sophie m’écoutait avec beaucoup d’attention, tout en tournant régulièrement son regard vers ses

parents. Nous continuons le récit de son histoire, ses attitudes à la maison ainsi qu’à l’école et ses

habitudes de sommeil. J’apprends que Sophie ne s’habille pas seule, ne va pas dans une autre pièce

de l’appartement seule, ne joue pas seule, et réclame la présence de ses parents pour aller aux

toilettes, etc. J’ai donc face à moi une petite fille qui manque d’autonomie car elle vit et exprime de

nombreuses peurs. Afin de les atténuer, ses parents répondent à ses demandes lorsque Sophie réclame

une présence. Ce comportement est probablement lié à son histoire avec la peur de la mort et/ou de la

séparation.

Pour que Sophie puisse avoir un bon sommeil, il faut qu’elle apprenne à

s’endormir seule. Elle doit également être plus autonome la journée.

J’explique à Sophie : « Ton papa, ta maman, tes grands-parents et tes oncles

et tantes ont tous dû apprendre à aller aux toilettes seuls, à jouer seuls et à

s’endormir seuls lorsqu’ils étaient petits. Tes parents vont t’apprendre à être

autonome, à faire certaines choses seule. Tu as toutes les ressources pour y

arriver, sois rassurée. C’est très important pour ton développement

psychique, pour que tu puisses bien grandir dans ta tête. Lorsque ton papa

ou ta maman reste à tes côtés pour t’accompagner aux toilettes, pour t’aider

à t’endormir, cela te fait croire que tu as raison d’avoir peur. Ils pensaient

t’aider, maintenant ils vont t’encourager à faire seule car tu es une grande

fille capable de traverser et gérer toutes tes peurs et les séparations. Tu peux

être dans des pièces ou des lieux différents de tes parents sans craindre de

mourir ou d’être abandonnée. Tes parents seront toujours là pour toi. »

Mes conseils

 

Lorsque Sophie souhaite aller aux toilettes ou dans une autre pièce de

l’appartement et qu’elle demande une présence adulte, j’invite les parents à

encourager leur fille avec des phrases positives et bienveillantes. Par

exemple : « Tu es capable d’y aller seule Sophie, tu vas réussir, j’ai

confiance en toi. Tu as toutes les ressources en toi pour y arriver. » Éviter de faire à la place de l’enfant des choses qu’il sait faire seul. Je propose un rituel du coucher tous les soirs à la même heure, avec des

repères visuels (gommettes de couleur) sur une horloge. Tout ce qui se

répète est rassurant. Si l’heure du coucher est à 20 h 30 (gommette rouge

sur le 6), tous les soirs, quand la grande aiguille est sur le 3 (20 h 15 –

gommette bleue), c’est l’heure des petites histoires dans la chambre. Le rituel du coucher n’excède pas 15 minutes. Il commence par « le pipi-

brossage de dents ».

Utiliser une minuterie de cuisine ou autre pour un repère auditif en plus du

repère visuel.

À 20 h 30, lorsque ça sonne, la grande aiguille est sur le 6. Les parents ont

10 secondes pour terminer la phrase de l’histoire s’ils en racontaient une,

mettre un marque-page, prévenir que la fin de l’histoire sera pour le

lendemain, faire un bisou et quitter la chambre. Mettre en place la méthode pour rassurer et sécuriser l’enfant différemment. Lors des réveils la nuit, raccompagner l’enfant dans sa chambre en toute

bienveillance et appliquer la méthode de nuit si nécessaire.

Au moment de mon départ, Sophie me donne une jolie petite pierre ovale.

Sa mère est surprise car sa fille semble y tenir très fortement. Elle lui

demande : « Es-tu sûre de vouloir donner cette pierre à Aude ? Tu y tiens

beaucoup. » Et Sophie de répondre un OUI franc à sa mère.

Je pense que Sophie a trouvé « sa » façon de payer la consultation, c’était sa

contribution pour me remercier d’être venue. C’est un signe qu’elle était

contente et qu’elle avait envie de changer et de grandir. Elle m’a remerciée

d’être venue, elle était rassurée d’entendre qu’elle était capable d’être

autonome, et d’être assez grande pour y arriver.

Le lendemain, j’ai appris par sa mère qu’elle s’était endormie seule dans

son lit sans présence, sans réveil la nuit et qu’elle s’était montrée beaucoup

plus autonome. Je suis très surprise de la rapidité des résultats, je pense que

toute la petite famille était prête pour le changement.

Le cas de Charles, 2 ans et demi

Alexandre et Paola me contactent car leur fils Charles exprime de grosses peurs tous les soirs. Il sort

de nombreuses fois de sa chambre pour retrouver ses parents dans le salon, il les appelle des dizaines

de fois, il réclame une présence. Leurs soirées sont devenues un enfer. Ils ont tout essayé, les fessées,

le calme et l’écoute bienveillante, les cris… Ils sont à court d’idées car rien ne semble fonctionner.

Une fois endormi vers 22 heures/23 heures, Charles dort parfaitement bien la nuit.

Il n’y a pas d’événement particulier dans son histoire. Il est gardé à la maison par une nounou depuis

qu’il a 5 mois avec une petite fille du même âge que lui.

 

La soirée type

19 heures : Paola rentre du travail, prend la relève de la nounou qui a déjà

donné le bain. Après un petit moment de câlins et de jeux avec son fils, elle

prépare le repas.

19 h 45 : Charles passe à table. Il mange avec plaisir.

20 heures : Alexandre rentre du travail et passe un moment avec son fils.

20 h 30 à 20 h 45 : Pipi et brossage de dents.

20 h 45 à 21 h 15 : Histoires, chansons, câlins dans la chambre.

21 h 15 : Alexandre et Paola tentent de quitter la chambre. C’est toujours

compliqué. Charles dit avoir peur du noir, il veut la lumière de sa chambre, Mettre un scotch de couleur rouge sur toute la longueur de la barre de seuil

la porte grande ouverte avec la lumière du couloir. Il a peur des loups, des

sorcières, des bruits…

 

Mes conseils

Informer l’enfant que vous êtes là pour le protéger. C’est le message

principal et fondamental qu’il a besoin d’entendre à chaque fois qu’il

exprime une peur. Par exemple : « Sois rassuré, nous sommes là pour te

protéger. Quoi qu’il arrive, tu peux toujours compter sur nous. » Écoutez-le, incitez-le à exprimer sa peur. Accueillez, reconnaissez et

nommez ses émotions. Par exemple : « Tu me dis que tu as peur du loup, je

comprends et je respecte ta peur car moi aussi, à ton âge, j’avais la même

peur. Sois rassuré, c’est normal. Papi et mamie aussi à 2 ans et demi avaient

peur du loup. Tu vas réussir à gérer ça comme un chef. J’ai confiance en toi.

Tu peux compter sur nous si tu as besoin. »

L’expérience de l’adulte lorsqu’il était enfant aide l’enfant à s’identifier et à

croire en ses capacités.

Ramener l’enfant à la réalité. Sa peur est réelle, elle n’est pas imaginaire, il

faut donc le rassurer, mais sans rentrer dans sa logique. Par exemple :

« J’entends bien que tu as peur que des loups rentrent dans l’appartement.

Sois rassuré, il n’y en aura pas car les loups vivent dans la forêt dans la

montagne très loin. C’est impossible ! Et les monstres et les sorcières

n’existent pas. »

Limiter les lumières qui retardent la sécrétion de la mélatonine, l’hormone du

sommeil. C’est seulement dans l’obscurité que la mélatonine est relâchée

dans le cerveau. Une lumière forte en soirée retarde l’endormissement. Limiter la lumière à une petite veilleuse ou la lumière des toilettes ou de la

salle de bains avec la porte de la chambre de l’enfant entrouverte (2 à 3

centimètres)

de la chambre de l’enfant afin qu’il reste dans sa chambre. Prévenir l’enfant : « La consigne est que tu restes dans ta chambre, c’est nous

qui viendrons te voir si tu as besoin. »

Aller voir l’enfant très régulièrement s’il exprime une émotion. Le laisser s’endormir seul. En votre présence, il pourrait imaginer qu’il y a

des raisons d’avoir peur.

Mettre en place la méthode.

 

OceanofPDF.com