La méthode chrono-dodo (Parenting) (French Edition)
La tétine
Faut-il ou non donner une tétine à son enfant ? Si oui, à quel âge ? Où la
donner ? Quand ? Dans quel but ? Le sujet est complexe car la tétine
présente de nombreux avantages comme de nombreux inconvénients.
Les avantages de la tétine
La tétine est indispensable pour les nourrissons qui ont un gros besoin de
succion les 3-4 premiers mois de leur vie.
La tétine a des effets antalgiques. Elle soulage les douleurs comme les
coliques et/ou les reflux chez le nourrisson.
Elle apporte de l’apaisement.
La tétine/la succion répond à un besoin physiologique. Cette activité
déclenche la sécrétion d’endorphine, l’hormone du plaisir. La tétine sécurise et rassure pour les moments de séparation. Elle fait office
de doudou pour certains enfants.
Les inconvénients de la tétine
La tétine peut perturber le sommeil car de nombreux enfants se réveillent
lorsqu’ils perdent leur tétine, de jour comme de nuit. La tétine retarde la parole. C’est difficile de s’exprimer correctement avec
quelque chose dans la bouche.
La tétine « bouchon/tais-toi » a pour objectif, dans de nombreux cas, de
remplacer les paroles rassurantes, voire les câlins de l’adulte. La tétine fait croire aux parents qu’ils ne sont pas capables de gérer les
émotions de leur enfant.
La tétine contient l’enfant dans une position de bébé. Certains parents
peuvent avoir des difficultés à voir leur enfant grandir.
De nombreux parents refusent catégoriquement la tétine. D’autres luttent
contre mais donnent leur petit doigt pour aider leur enfant à s’endormir.
D’autres enfin sont incapables d’envisager de supprimer la tétine par peur
de devoir affronter les émotions désagréables de leur enfant, et
probablement les leurs face à celles de leur progéniture.
Pourtant, à partir de 3 mois, la tétine n’a plus vraiment d’utilité. Un sevrage
en douceur peut se faire à ce moment-là pour éviter qu’elle devienne une
habitude.
Pour aider l’enfant à se séparer de sa tétine, il est préférable qu’il investisse
un doudou. S’il éprouve encore un besoin de succion, il « tétouillera » sa
peluche qu’il pourra aisément attraper la nuit, contrairement à la tétine qu’il
ne pourra gérer seul qu’à partir de 12-14 mois.
La suppression de la tétine entraînera une frustration que les parents doivent
accompagner par des explications et des échanges bienveillants.
L’apprentissage du langage pourra se faire grâce à ces interactions.
Voici quelques situations où la tétine est largement venue perturber le
sommeil de l’enfant le jour et/ou la nuit.
Le cas de Justine, 3 mois et demi
Amandine me contacte car sa fille fait de toutes petites siestes de 15 à 20 minutes en moyenne et se
réveille entre dix et vingt fois chaque nuit. Les réveils sont très courts, il suffit de remettre la tétine
dans la bouche de Justine. Amandine gère seule tous les réveils car son conjoint travaille de nuit. Elle
me dit être épuisée. Elle reprend le travail dans un mois et commence à s’inquiéter. Elle a essayé de
supprimer la tétine, mais Justine ne cesse de pleurer. Sa mère culpabilise.
Nous reprenons l’histoire de Justine. La grossesse a été compliquée car Amandine a eu des nausées
pendant neuf mois. L’accouchement a été très long. Après vingt-huit heures de contractions,
Amandine a dû subir une césarienne en urgence car le rythme cardiaque de Justine faiblissait.
Amandine s’est rapidement remise.
Je pose de nombreuses questions pour connaître la problématique, même si c’est une évidence pour
moi que le problème vient de la tétine. Mais je ne veux pas passer à côté de quelque chose d’autre.
C’est à la maternité que l’on a vivement conseillé à Amandine de donner une tétine à sa fille car elle
semblait avoir un gros besoin de succion. C’est le premier enfant du couple, ils n’avaient pas trop
d’avis sur la question, ils ont donc acheté une tétine. Au début, Justine n’aimait pas trop « ce truc »
dans la bouche, mais ils ont insisté.
Les deux premiers mois Justine dormait très bien, il n’y avait aucun problème. Puis les micro-réveils
ont commencé, de jour comme de nuit. D’après le pédiatre, Justine est en parfaite santé.
Seule une dépendance à la tétine peut expliquer les problèmes d’endormissement de Justine.
Amandine me dit qu’elle ne sait pas s’endormir sans. À chaque fois que sa fille se réveille, elle a
besoin de retrouver les mêmes conditions d’endormissement, c’est-à-dire la tétine.
Vu la situation, je propose deux solutions : soit Justine apprend à attraper sa
tétine en toute autonomie, mais il va falloir faire preuve de patience car un
enfant n’est pas capable de gérer seul sa tétine la nuit avant l’âge de 12-14
mois, soit elle apprend à s’en passer en investissant un doudou. Dans ce cas,
préférer une petite peluche ou un doudou plat que l’enfant pourra attraper
rapidement et mordiller si besoin, ce qu’il peut faire dès l’âge de 3 ou
4 mois.
Il va sans dire que la deuxième solution est plus rapide que la première.
C’est une affaire de cinq à sept jours. La suppression de la tétine doit
s’accompagner d’explications, par exemple : « Il semblerait que tu te
réveilles très souvent à cause de la tétine. Celle-ci t’empêche d’avoir un
sommeil de qualité. Nous allons donc te donner une petite peluche que tu
pourras attraper toute seule et téter si tu en ressens le besoin. Elle sera ton
copain du sommeil, tu pourras par la suite te passer de tétine. Tu peux
compter sur nous pour t’aider et t’accompagner. Nous faisons toujours ce
qui est bon pour toi. Sois rassurée, tu as toutes les ressources pour y
arriver. »
Mes conseils
Mettre en place un doudou. Pendant plusieurs jours, l’enfant l’a toujours avec
lui. L’adulte parle à la peluche de temps en temps. L’adulte couche l’enfant sans lui donner la tétine. Tous les endormissements
se font sans tétine, pour les siestes et le soir. Suivre la méthode pour cela. Lorsque l’enfant n’a plus besoin de tétine à l’endormissement, la supprimer
définitivement jour et nuit. L’enfant investira le doudou rapidement si
l’adulte l’a bien promené avec l’enfant.
Certains enfants ont une tétine à la crèche ou chez la nounou, cela ne pose
aucun problème. Ne pas forcer les personnes qui sont en charge de l’enfant
à faire un sevrage également. Cela pourrait générer des tensions. Ils le
feront spontanément s’ils le souhaitent. L’enfant sait faire la différence. À la
crèche ou chez la nounou, il y a la tétine, à la maison, il n’y en a pas.
Le cas de Thibault, 15 mois
Florence me contacte car son fils jette sa tétine tous les soirs au moment de se coucher. Ne sachant
pas s’endormir sans, il hurle tant que sa mère ne la lui ramasse pas. Le petit manège peut durer
quarante-cinq minutes à une heure. De plus, il se réveille la nuit quand il l’a perdue.
Florence est âgée de 41 ans, elle est maman solo. Thibault n’a pas de père car Florence a fait appel à
un don de sperme. La grossesse s’est bien passée, l’accouchement aussi. Le premier trimestre a été
compliqué car Thibault avait un gros reflux qui a été diagnostiqué vers l’âge de 3 mois. Il est traité, il
ne souffre plus.
Thibault est gardé en crèche.
La soirée type
18 h 45 : Une baby-sitter va chercher Thibault à la crèche.
19 h 30 : Florence rentre à la maison. Le bain et le repas ont été donnés par la
baby-sitter.
20 heures : Thibault court partout, grimpe, crie, saute et danse. Florence
pense qu’il ne montre pas de signes de fatigue et qu’il est en pleine forme.
20 h 30 : Les histoires sont lues lorsque Thibault est dans son lit. Le retour au
calme est difficile.
20 h 40 : Au moment où Florence quitte la chambre de son fils, Thibault jette
par-dessus son lit sa tétine et son doudou et hurle en attendant qu’on les lui
ramasse.
Mes conseils
Avancer l’heure du coucher car l’agitation de l’enfant est un signe de fatigue. Éviter toutes les activités qui génèrent de l’excitation une heure avant le
coucher. Elles retardent l’endormissement. Les chatouilles, les bagarres, les
courses dans la maison, les jeux de cache-cache, les livres musicaux et les
écrans sont à bannir à ce moment-là.
Mettre plusieurs tétines dans le lit. Si elles ont un anneau, leur accrocher un
petit bout de tissu afin qu’elles ne tombent pas entre le matelas et le mur et
que l’enfant puisse les retrouver plus facilement. Raconter les histoires dans la chambre hors du lit. Si l’enfant jette sa tétine et pleure pour que l’adulte la lui ramasse, celui-ci va
voir l’enfant 10 secondes maximum, il donne une seule fois la tétine puis
quitte la chambre rapidement. Si l’enfant jette à nouveau la tétine, il devra
patienter jusqu’à la visite suivante pour la récupérer. Se référer à la
méthode.
Lors des réveils la nuit liés à la perte de la tétine, patienter quelques minutes
avant d’intervenir afin de laisser la possibilité à l’enfant de la trouver tout
seul. En intervenant trop vite, il ne fera pas d’effort pour être autonome.
Les visites sont très courtes également la nuit. Inviter l’enfant à chercher sa
tétine. Par exemple : « Thibault, c’est encore l’heure de se reposer. Attrape
ta tétine. Elle est là. Je t’aime très fort. Je te fais un bisou, je reviens si tu as
besoin. »
Le cas d’Adélaïde, 2 ans et demi
Laura et Sébastien me contactent car leur fille Adélaïde se réveille la nuit quand elle perd sa tétine.
Elle réveille toute la famille. Ils me demandent de l’aide car ils ne savent pas comment supprimer la
tétine.
Adélaïde est le quatrième et dernier enfant du couple. Elle partage sa chambre avec son frère Victor,
qui a trois ans de plus qu’elle.
La grossesse a été une surprise car Laura et Sébastien n’avaient pas prévu d’agrandir la famille, mais
ils se sont vite réjouis de la nouvelle. La grossesse a été particulièrement compliquée car Laura a dû
être alitée dès le sixième mois en raison d’une menace d’accouchement prématuré. Ils ont dû
s’organiser pour gérer les trois aînés. Finalement, Adélaïde est née par déclenchement trois jours
après le terme prévu. L’accouchement s’est bien passé.
Adélaïde était un bébé facile. Au moment de la consultation par téléphone, Laura et Sébastien me
décrivent une petite fille pleine de vie, drôle, intelligente, mais avec un sacré caractère. Elle semble
mener ses frères et sa sœur par le bout du nez ! Les aînés n’ont jamais eu de tétine mais des doudous,
c’est donc la première fois qu’ils se trouvent dans cette situation. Je pose de nombreuses questions
sur le comportement et l’attitude d’Adélaïde à la maison. Je comprends qu’elle a effectivement un
tempérament bien affirmé. Il y a une quinzaine de tétines dans la maison. Elle en a presque toujours
une dans la bouche même si Laura et Sébastien luttent contre cela. Adélaïde est très autoritaire : « Je
veux ma tétine », « Va chercher ma tétine », « Je veux cette place-là », « Non, c’est maman qui me
donne le bain ». « Afin d’éviter toutes les crises nous cédons à toutes ses demandes, c’est plus simple
que de devoir entendre et supporter ses pleurs qui peuvent durer un temps fou », me confient ses
parents.
Mes conseils
Garder uniquement trois ou quatre tétines, les mettre dans une boîte et les
laisser accessibles dans la chambre de l’enfant. Dès 2 ans, rendre l’enfant responsable de ses tétines. L’adulte ne s’en occupe
plus, ne les cherche plus et n’en achète plus.
Laisser l’enfant faire tout seul tout ce qu’il est capable de faire seul. Si
l’adulte ramasse la tétine, le doudou ou la petite cuillère à la place de
l’enfant, l’enfant continuera de demander à l’adulte de l’aide la nuit. Tracer une ligne rouge au feutre sur un rouleau adhésif sur toute la longueur
de la barre de seuil de la chambre de l’enfant afin que les tétines restent
uniquement derrière le trait rouge. L’enfant a encore la possibilité d’avoir sa
tétine mais uniquement dans sa chambre. Cela permet de faire un sevrage la
journée. Il choisit d’être seul avec sa tétine dans sa chambre ou d’être avec
les membres de sa famille dans les pièces à vivre sans sa tétine.
Informer l’enfant des nouvelles règles.
Si l’enfant décide de sortir de la chambre avec sa tétine, l’adulte coupera et
jettera la tétine immédiatement.
Accepter de voir grandir son enfant. En gardant la tétine, cela le maintient
dans une position de bébé. Pour avoir de bonnes nuits, l’enfant doit être
traité comme un grand la journée. Ce sont les bébés qui se réveillent la
nuit ! Les nuits sont conditionnées par les journées.
Avoir des places définies à table. Chacun à sa place. Dans le cas ci-dessus, ce
n’est pas Adélaïde qui décide en fonction de son humeur. Elle ne doit pas
prendre la place de ses frères ou de sa sœur et régenter toute la famille.
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