Middlemarch - Tome II
Chapitre V
Lydgate, heureusement, avait fini par perdre au billard, et il n’en emportait pas d’encouragement à poursuivre plus longtemps la fortune. Il ressentit au contraire un véritable dégoût de lui-même lorsqu’il eut à payer le lendemain une perte de quatre à cinq livres, et partout où il allait, une vision des plus pénibles l’accompagnait, celle du personnage qu’il avait joué, digne émule des habitués du Dragon Vert qu’il avait coudoyés. Entre un philosophe qui a succombé à la ten-tation de parier et un philistin qui a fait de même dans les mêmes circonstances, il n’y a guère de différence que dans les réflexions qui viennent après coup, et Lydgate eut à ru-miner de cette façon une fort désagréable pâture. Son imagi-nation lui montrait comment, par le seul fait d’un simple changement de scène, son aventure eût pu grandir jusqu’à faire de lui un homme ruiné ; il eût suffit, au lieu d’aller au Dragon Vert, d’entrer dans une maison de jeu, là où l’on pouvait saisir la chance à deux mains au lieu de l’attraper seulement avec le pouce et l’index. Et cependant, alors que la raison étouffait en lui toute envie de jouer, il conservait le sentiment qu’avec la certitude d’une certaine dose de chance, il aurait encore mieux aimé jouer que de prendre le parti qui commençait à s’imposer à lui comme inévitable.
Ce parti était de s’adresser à M. Bulstrode. Lydgate s’était vanté souvent aux autres et à lui-même d’être abso-lument indépendant de Bulstrode, de ne s’être prêté à ses plans que lorsqu’ils lui permettaient de mettre ses propres idées à exécution ; son orgueil s’était trouvé constamment
– 343 – soutenu, dans leurs rapports personnels, par la pensée qu’il faisait socialement un bon emploi de ce banquier puissant des opinions duquel il ne faisait aucun cas, et dont les motifs lui paraissaient souvent un mélange absurde d’impressions contradictoires ; aussi l’idée d’adresser jamais pour son compte une demande importante à Bulstrode eût-elle ren-contré au dedans de lui des obstacles presque insurmon-tables.
Cependant, au commencement de mars, ses affaires en étaient venues à cette extrémité où l’on commence à recon-naître qu’on a prononcé ses serments dans l’ignorance, et à s’apercevoir qu’on peut commettre tel acte jugé jusque-là impossible à accomplir. Sous le coup de la terrible caution de Dover, qui ne tarderait pas à produire ses effets, voyant l’argent que lui rapportait sa clientèle immédiatement absor-bé par le payement des dettes antérieures, courant le risque, si l’on savait le fond des choses, de se voir refuser à crédit ses achats journaliers, et par dessus tout avec le spectacle désespérant du mécontentement de Rosemonde qui le han-tait à toute heure, Lydgate avait fini par se rendre compte qu’il se résignerait inévitablement à demander secours à l’un ou à l’autre. Il avait pensé d’abord à écrire à M. Vincy ; mais, en interrogeant Rosemonde, il se trouva, comme il l’avait soupçonné, qu’elle s’était déjà adressée deux fois à son père, en dernier lieu après la déception qu’elle avait éprouvée du refus de sir Godwin ; « et papa avait dit que Lydgate devait se tirer d’affaire tout seul. Papa a dit qu’il en était venu, après une succession de mauvaises années, à recourir de plus en plus au crédit pour son commerce, et qu’il avait dû renoncer pour son propre compte à bien des douceurs ; il avait trop de charges pour pouvoir disposer seulement d’une centaine de livres. Que Lydgate, a-t-il dit, s’adresse donc à Bulstrode ! Ils ont toujours été comme le gant et la main ! »
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En réalité, Lydgate lui-même en était arrivé à la conclu-sion que, s’il devait emprunter à quelqu’un, ses relations avec Bulstrode étaient de nature à donner à sa demande une apparence légitime, différente d’un service purement per-sonnel, comme c’eût été le cas vis-à-vis de tout autre. Buls-trode avait contribué indirectement à lui faire perdre sa clientèle et n’avait pas été médiocrement satisfait d’avoir un médecin à associer à ses plans. Et qui, parmi nous, s’est ja-mais vu réduit à l’espèce de dépendance où se trouvait Lyd-gate, sans essayer de croire à certains droits faits pour rendre moins dure l’humiliation de demander ? Dans ces derniers temps, il est vrai, un ralentissement inusité d’intérêt pour l’hôpital s’était comme fait sentir chez Bulstrode ; mais aussi sa santé était devenue plus mauvaise et présentait tous les signes d’une affection nerveuse profondément enracinée. À d’autres égards il ne semblait pas avoir changé. Il avait toujours été fort poli, mais Lydgate avait, du premier jour, observé en lui une froideur très marquée à propos de son mariage et d’autres circonstances particulières, froideur qu’il avait jusque-là préférée à un excès de familiarité. Il n’en dif-férait pas moins de jour en jour. Il voyait souvent Bulstrode, mais sans chercher à profiter d’une occasion en faveur du projet qu’il nourrissait. Tantôt il se disait : « J’écrirai, j’aime mieux cela que des insinuations. » D’autres fois il songeait : « Non, j’ai toujours la ressource, en lui parlant, de me retirer au premier signe de refus. »
Cependant les jours passaient, et il n’écrivait pas, et il n’allait au-devant d’aucun entretien particulier. Dans l’horreur qui le faisait reculer devant l’humiliation de se trouver vis-à-vis de Bulstrode dans une attitude de sujétion, il commença à se familiariser avec un autre dessein encore plus éloigné de sa personnalité d’autrefois. Il se mit à réflé-chir à ce désir puéril de Rosemonde qui avait souvent excité
– 345 – sa colère, ce désir de quitter Middlemarch sans se préoccu-per de ce qu’il ferait après. Se trouverait-il quelqu’un pour lui acheter sa clientèle pour le peu qu’elle valait aujourd’hui ? En ce cas une vente générale pourrait ne paraître que le pré-liminaire naturel du départ.
Mais à cette démarche, dans laquelle il sentait encore un abandon misérable de son travail présent et un éloignement coupable de ce qui était une voie régulière, susceptible de devenir une voie plus vaste pour une honorable activité, à son départ sans destination justifiée, il y avait encore cet obstacle, que l’acheteur, en admettant qu’il s’en trouvât, ne se présenterait pas assez vite. Et ensuite ? Qu’ils allassent dans une grande ville, dans une ville éloignée, Rosemonde ne trouverait pas dans le pauvre logement qu’elle habiterait une vie capable de la sauver du découragement, et de le sau-ver lui-même du reproche de l’y avoir plongée. Lorsqu’un homme est au pied de la montagne qu’il faut gravir pour at-teindre à la fortune, il peut y rester longtemps en dépit de ses mérites professionnels ; sous le climat britannique, il n’y pas incompatibilité entre la science et les logements garnis. Où l’incompatibilité existe, c’est entre l’ambition scientifique et une femme qui s’accommode mal de ce genre de résidence. Mais tandis qu’il hésitait ainsi, l’occasion elle-même vint le décider. Un billet de M. Bulstrode pria Lydgate de venir le trouver à la banque. Une certaine tendance à l’hypocondrie s’était manifestée tout dernièrement dans l’état du banquier ; il avait pris pour une menace de folie une privation de som-meil qui n’était en réalité qu’une légère aggravation de cer-tains indices de dyspepsie, habituels chez lui. Il désirait sans tarder consulter Lydgate, bien qu’il n’eût rien de plus à lui dire ce jour-là que ce qu’il lui avait déjà dit maintes fois. Il écouta avidement les paroles rassurantes de Lydgate qui n’étaient elles-mêmes aussi qu’une répétition ; et ce mo-
– 346 – ment, où Bulstrode se sentit rassuré et soulagé en écoutant son médecin, sembla faciliter à celui-ci, plus qu’il ne se l’était figuré à l’avance, la communication relative à ses besoins personnels. Il avait insisté sur ce qu’il vaudrait mieux, pour M. Bulstrode, s’occuper désormais un peu moins d’affaires.
– On voit combien toute tension de l’esprit, si faible qu’elle soit, peut affecter une constitution délicate, dit Lyd-gate, à ce moment de la consultation où les remarques ten-dent à passer du personnel au général, – par l’empreinte pro-fonde que des tourments rongeurs peuvent laisser, pour un temps, même sur des êtres jeunes et vigoureux. Je suis très fort de ma nature, néanmoins j’ai été tout à fait secoué dans ces derniers temps par une accumulation de soucis.
– J’imagine qu’une constitution aussi susceptible qu’est la mienne à présent serait surtout exposée à tomber victime du choléra, s’il visitait notre district. Et depuis son apparition aux environs de Londres, c’est bien le cas d’implorer la pro-tection de l’« Autel Propitiatoire », dit M. Bulstrode, sans nulle intention d’éviter l’allusion de Lydgate, mais simple-ment préoccupé de ses inquiétudes pour lui-même.
– Vous avez dans tous les cas contribué à l’application de bonnes mesures pratiques pour la ville, et c’est là le meil-leur moyen de demander protection, dit Lydgate avec un profond dégoût pour la métaphore interrompue et la triste logique de cette religion, dégoût quelque peu augmenté par la surdité apparente de la sympathie de Bulstrode.
Mais il était entré dans le mouvement auquel il s’était dès longtemps préparé, et il ne se laissa pas rebuter. Il ajou-ta :
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– La ville a beaucoup gagné sous le rapport de la salubri-té et de l’organisation des secours ; et je crois que, si nous avions le choléra à Middlemarch, nos adversaires eux-mêmes seraient forcés de reconnaître que nos dispositions à l’hôpital sont un bienfait public.
– Sans doute, répondit assez froidement M. Bulstrode ; quant à ce que vous me conseillez, monsieur Lydgate, de ré-duire mon travail intellectuel, je nourris depuis quelque temps un projet, un projet très arrêté dans mon esprit. Je pense à abandonner, au moins temporairement, la direction de beaucoup d’affaires, soit de bienfaisance, soit commer-ciales. Je songe aussi à changer de résidence pour un temps. Il est probable que je fermerai ou louerai ma propriété des Bosquets, et je choisirai quelque endroit près de la côte, en prenant conseil, bien entendu, quant à la salubrité du lieu. Cette mesure aurait, je pense, votre approbation ?
– Oh ! oui, dit Lydgate, se rejetant au fond de son siège avec une impatience mal réprimée en face des yeux pâles et graves du banquier, et irrité de sa préoccupation si grande de lui-même.
– C’est un sujet, continua le banquier, que je songe, de-puis quelque temps déjà, à aborder avec vous, à propos de notre hôpital. Dans les circonstances que je viens de vous indiquer, je devrai cesser, naturellement, d’avoir aucune part personnelle dans la direction, et il est contraire à mes idées de responsabilité de continuer à appliquer de grosses sommes à une institution que je ne puis surveiller et jusqu’à un certain point diriger. J’ai donc résolu, tout bien considéré, au cas où je donnerai suite à mon intention de quitter Middlemarch, de retirer au nouvel hôpital tout autre secours que celui qui subsistera par le fait que j’ai couvert en partie
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Quand Bulstrode s’arrêta selon sa coutume, la première pensée de Lydgate fut de se demander si peut-être il avait perdu de l’argent. C’était l’explication la plus plausible d’un discours qui venait de porter un coup sensible à ses espé-rances. Il répliqua :
– Ce déficit, je le crains, ne pourra guère être compensé pour l’hôpital.
– Guère, repartit M. Bulstrode du même ton net et déli-béré, si ce n’est par quelques changements de système. Mis-tress Casaubon est la seule personne sur laquelle on puisse compter avec certitude, comme disposée à augmenter sa subvention. J’ai eu une entrevue avec elle à ce sujet et je lui ai indiqué, comme je vais vous l’indiquer à vous-même, qu’il serait désirable d’acquérir pour le nouvel hôpital un appui plus général, au moyen d’un changement de système.
Un nouveau silence suivit, mais Lydgate ne parla pas.
– Le changement dont je parle, est une fusion avec l’hospice, de façon que le nouvel hôpital soit regardé comme une annexe spéciale de l’ancienne institution et dirigé par le même conseil. Il sera nécessaire, d’une manière générale, de combiner la direction médicale des deux établissements. De cette façon, toute difficulté quant aux meilleurs moyens d’existence de notre établissement sera levée, et les intérêts de la ville dans les questions de bienfaisance cesseront d’être divisés.
M. Bulstrode s’arrêta de nouveau, cessant de regarder Lydgate, et abaissant ses yeux sur les boutons de son habit.
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– Il n’est pas douteux que ce soit là un bon projet quant aux voies et aux moyens, dit Lydgate avec une pointe d’ironie dans l’accent. Mais vous ne pouvez vous attendre à ce que je m’en réjouisse dès l’abord ; le premier résultat que j’en vois, c’est que mes confrères vont se mettre en travers de mes méthodes, par la seule raison que ce sont les miennes.
– J’ai moi-même, vous le savez, monsieur Lydgate, hau-tement apprécié l’application que vous avez faite avec tant de zèle d’un système nouveau et indépendant. J’avais fort à cœur, je le confesse, notre plan primitif, tout en demeurant soumis à la volonté divine. Mais puisque les indications pro-videntielles exigent de moi une renonciation, je renonce.
Bulstrode, dans cette conversation, faisait montre de fa-cultés passablement exaspérantes. La métaphore interrom-pue et la singulière logique des raisons qui avaient excité le mépris de son auditeur, étaient tout à fait compatibles ; avec une manière d’établir les faits qui rendait difficile à Lydgate d’exhaler son indignation et son désappointement.
Après un court moment de réflexion il demanda simple-ment :
– Qu’a dit mistress Casaubon ?
– C’était là le nouveau point que je voulais vous exposer, répondit Bulstrode qui avait préparé dans toutes ses parties son explication ministérielle. Elle est, vous le savez, dans les dispositions les plus libérales et en possession, heureuse-ment, non pas, je le crains, d’une grande fortune, mais de fonds dont elle peut aisément disposer. Elle m’a informé que, bien qu’elle eût destiné une grande partie de ces fonds à un autre emploi, elle était disposée à examiner si elle ne pour-
– 350 – rait pas me remplacer entièrement en ce qui concerne l’hôpital. Mais elle désire qu’on lui laisse le temps de mûrir ses idées à ce sujet, et je lui ai dit qu’il n’y avait pas lieu de se hâter, que par le fait mes propres résolutions n’étaient pas encore arrêtées.
Lydgate était prêt à lui dire : Si mistress Casaubon pre-nait votre place, nous y gagnerions au lieu d’y perdre. Mais il avait encore un poids sur le cœur qui arrêta cet élan de fran-chise. Il répliqua :
– Je suppose alors que je pourrai en causer avec mis-tress Casaubon ?
– Sans doute, c’est précisément ce qu’elle désire. Sa dé-cision, dit-elle, dépendra beaucoup de votre avis. Mais, pour le moment, elle se dispose, je crois, à partir en voyage. J’ai ici sa lettre, dit M. Bulstrode la sortant de sa poche et se mettant à lire. « Je suis, présentement, liée d’un autre côté, dit-elle. Je vais dans le Yorkshire avec sir James et lady Chettam, et les résolutions auxquelles je m’arrêterai, à pro-pos de terrains que je dois voir là-bas, décideront sans doute de ce que je pourrai faire pour subventionner l’hôpital. » Ain-si, Lydgate, il n’y a pas besoin de se presser, mais je désirais vous informer à l’avance de ce qui peut éventuellement arri-ver.
M. Bulstrode remit la lettre dans sa poche et changea d’attitude comme s’il avait terminé son affaire. Lydgate sen-tit l’espoir lui revenir au sujet de l’hôpital, mais il n’en eut que plus fortement encore conscience des circonstances qui empoisonnaient cet espoir, et il sentit que le moment était venu de faire son effort et vigoureusement pour obtenir de l’aide.
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– Je vous suis très obligé de me donner pleine connais-sance de tout cela, dit-il avec une intention ferme dans la voix, mais avec quelque chose de saccadé dans le débit qui montrait qu’il parlait à contre-cœur. Je n’ai pas dans ma vie de but plus élevé que ma profession même, et j’avais identi-fié l’hôpital avec le meilleur usage que je puisse faire quant à présent de ma profession. Malheureusement le meilleur usage ne s’accorde pas toujours avec les meilleurs profits. Tout ce qui a rendu l’hôpital impopulaire a contribué, avec d’autres causes (je crois qu’elles se rapportent toutes à mon zèle professionnel), à me rendre impopulaire en tant que pra-ticien. Les malades que j’acquiers sont en grande partie des gens qui ne peuvent pas me payer. Je les préférerais aux autres, si je n’avais personne à payer pour mon compte.
Lydgate attendit un instant, mais Bulstrode s’inclina seu-lement, le regardant d’un œil fixe, et il continua du même ton rapide et saccadé :
– Je suis tombé dans des embarras d’argent dont je ne puis voir le moyen de sortir, à moins que quelqu’un, ayant confiance en moi et en mon avenir, ne me fasse l’avance d’une certaine somme sans autre garantie. Il ne me restait que très peu de chose quand je suis venu ici. Je n’ai pas d’espérances de fortune du côté de ma famille. Les dépenses que j’ai faites, par suite de mon mariage, ont de beaucoup dépassé mes prévisions. Le résultat, c’est qu’à présent il fau-drait un millier de livres pour me sortir de là ; je veux dire, pour me délivrer du risque de voir tout ce que je possède vendu, en garantie de la plus forte de mes dettes, aussi bien que pour payer les autres, et nous laisser une petite avance qui nous permette de vivre sur notre modeste revenu. Il m’est impossible de m’adresser à mon beau-père pour une telle avance. C’est pourquoi j’expose ouvertement ma situa-
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Lydgate avait horreur de s’entendre parler ainsi. Mais enfin il avait parlé, et avec une netteté à laquelle on ne pou-vait se méprendre.
M. Bulstrode répliqua sans hâte, mais aussi sans hésita-tion :
– Je suis peiné, quoique point surpris, je l’avoue, de cette communication, monsieur Lydgate. Pour ma part, j’ai regretté votre alliance avec la famille de mon beau-frère, qui a toujours eu de fâcheuses habitudes de prodigalité et qui s’est déjà fortement endetté envers moi pour des sommes prêtées dernièrement à un moment critique. Je vous donne-rais le conseil, monsieur Lydgate, au lieu de vous enfoncer dans de nouvelles obligations et de continuer une lutte incer-taine, de faire simplement banqueroute.
– Cela n’améliorerait pas mes perspectives d’avenir, dit Lydgate avec amertume en se levant ; quand même ce serait une chose plus agréable en elle-même.
– C’est toujours une épreuve, dit M. Bulstrode. Mais l’épreuve est notre partage ici-bas, et c’est un correctif né-cessaire. Je vous recommande de bien peser le conseil que je vous donne.
– Merci, dit Lydgate sans savoir au juste ce qu’il disait. Je ne vous ai que trop longtemps retenu. Adieu, monsieur.
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