Mon dernier colocataire (French Edition)
12 Blake Baldwin
Les images de la soirée du LAVO tournent en boucle dans mon esprit quand je dors. Mon cerveau s’amuse à extrapoler et m’envoyer une version alternative de ce qui aurait pu se passer. Et depuis samedi, je ne songe qu’à Michele et ses interminables jambes. Je rêve qu’elle danse toujours aussi étroitement contre moi, mais lorsque ses mains se posent sur moi, elles sont loin d’être aussi sages qu’elles l’ont été. Dans mes fantasmes, ses doigts se faufilent dans mon boxer pour me branler. D’autres fois, elle m’embrasse avant d’utiliser sa bouche pour s’en charger. J’ai déjà été frustré, je suis même devenu champion toute catégorie dans cette situation, mais ce que je ressens va bien au-delà.
Je me tourne une nouvelle fois, à moitié assoupi. Lorsque je suis sur le dos, je perçois nettement mon érection. J’ouvre les yeux sur mon réveil numérique. Il est cinq heures du matin ! Bordel ! J’aurais bien adoré dormir encore une heure. Je me lève et m’habille. Comme me l’ont conseillé les filles, je vais courir à Central Park. Je fais trois fois le tour du Conservatory Water, la musique à fond dans les oreilles. J’ai toujours aimé le jogging. En plus de la musique, j’ai fait de l’athlétisme durant mon parcours scolaire. La musique me permettait de m’évader par l’esprit et le sport par le corps. Ces deux disciplines m’ont beaucoup appris et apporté.
Je reviens dans l’appartement à six heures. Je suis étonné de découvrir Michele à moitié réveillée, attablée dans la cuisine. Elle ne semble pas réussir à émerger. Ses yeux sont orientés sur son mug. Les miens filent rapidement sur son tee-shirt rose et son short blanc court.
— Tu es matinal, murmure-t-elle, surprise de me voir arriver.
— Je suis allé courir.
Je me prépare un expresso et m’adosse au meuble en bois clair. J’essaie de ne pas laisser mon attention s’appesantir sur son corps, mais les images de mon rêve ne m’y aident pas.
— J’ai un rendez-vous de dernière minute ce matin. Je peux utiliser la salle de bains rapidement ?
— Bien sûr.
Elle emporte son mug de café avec elle. Je souffle longuement en me frottant le visage d’une main. Merde, je ne peux pas ressentir du désir pour elle ! Je n’ai pas envie de passer pour un mec ultra lourd ! Elle commence juste à s’ouvrir et à me faire confiance…
Je rejoins ma chambre. J’aère et tire les draps du lit. Michele sort de la salle de bains une demi-heure plus tard. Il va falloir que je prenne une douche minute si je ne veux pas arriver en retard. Il est six heures et demie. Je file sous le jet d’eau déjà chaud et me lave. Une réflexion intempestive s’impose dans mon esprit. Michele était juste au même endroit, il n’y a pas dix minutes, nue. Je serre la mâchoire en percevant mon corps réagir. Merde… Je me soulage rapidement pour tenter de penser à autre chose. Avec toutes ces conneries, j’arrive dans ma salle de cours à sept heures quarante-cinq.
Je me concentre pour me mettre dans la peau de l’enseignant cool que tout le monde aime. Je n’ai pas autant de difficulté d’habitude. Michele m’accompagne dans mes réflexions durant une bonne partie de la matinée. Les classes s’enchaînent et l’heure du déjeuner sonne. Je rejoins la salle des profs. Dans l’ensemble, ils sont tous sympas, mais il y a des castes. Comme s’il y avait des matières plus ingrates ou qui apportent plus de standing. Généralement, je m’entends bien avec l’enseignant d’arts. Celle de cet établissement est aussi celle qui m’a le mieux accueilli. Je rejoins sa table avec un air joyeux.
— Bonjour Miranda.
— Eh, mon petit Blake.
Je souris. Elle m’a avoué hier que ça faisait vingt-cinq ans qu’elle était à Caedmon School et qu’elle avait vu passer un nombre étonnant de directeurs et directrices. C’est une femme d’âge mûr qui semble avoir vécu son lot d’expériences incroyables. Je ne la connais que depuis la veille, mais je sais déjà qu’elle est mariée à son époux depuis trente ans et qu’ils ont eu trois enfants.
L’odeur de son plat est alléchante. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle mange, mais peut-être devrais-je lui demander sa recette.
— Pescado en Escabeche.
— Pardon ?
— Mon déjeuner, j’ai découvert cette préparation lors de notre voyage à Cuba, pour notre vingtième anniversaire avec mon époux.
Je lui offre un sourire.
— Ça sent très bon.
— Tu cuisines ?
Avant que je n’aie pu répondre, elle ajoute :
— Parce que je peux t’envoyer la recette si tu veux. C’est d’une simplicité telle qu’un enfant de douze ans pourrait l’exécuter.
— Merci.
Je déballe le sandwich que j’ai acheté au distributeur. Je n’ai pas eu le temps de prendre les restes d’hier soir. Miranda m’offre un signe de tête.
— Depuis combien de temps ?
— Pardon ?
— Tu es divorcé, non ?
Je rigole.
— Quoi, c’est écrit sur mon front ?
— En aucun cas, je suis amie avec Ruth. Tu sais, la femme à l’administration.
Ont-elles le droit de communiquer des informations confidentielles ? Sûrement pas, mais bon, qui irait les dénoncer ?
— Quasiment trois ans.
— Ça a été dur ?
Je n’apprécie pas me mentir, je suis nul, mais ce que j’aime encore moins, c’est le regard des gens lorsqu’ils apprennent la vérité. Cette lueur de pitié qu’ils ont pour moi quand ils comprennent que j’ai été cocu.
— C’est toujours plus difficile pour celui qui reste.
— Oh ! Tu es encore jeune, tu trouveras chaussure à ton pied.
Je ris. L’image de ma colocataire surgit immédiatement dans mon esprit. J’essaie de chasser cette pensée, mais le sourire de Miranda ne m’aide pas.
— Ouh… serait-ce déjà le cas ?
— Quoi ? Non, non, ma fille est ma priorité numéro un.
Ma collègue rigole.
— Oui, oui, mes enfants aussi le sont, mais ce n’est pas eux qui me réchauffent les nuits d’hiver, si tu vois ce que je veux dire.
J’acquiesce, amusé par ses mots.
— Oui, pas besoin de me faire un dessin, merci.
Nous finissons de manger en discutant des nouveaux emplois du temps et des mesures du rectorat, mais surtout des élèves et de leurs parents. L’après-midi se déroule tout aussi rapidement que la matinée. Je suis vanné ! Je ne sais pas si c’est l’air de New York, mais je me sens épuisé. Peut-être est-ce parce que je n’ai pas le même emploi du temps. A Virginia, tout était millimétré. Ici, j’ai soit l’impression d’être en apnée, soit sur une autoroute à pleine vitesse. C’est une nouvelle organisation à laquelle je dois me faire. Je suis déjà apaisé d’avoir un toit sur la tête, un travail et de pouvoir voir ma fille aussi souvent que possible. Lorsque j’ai dit à ma famille que je suivais Erika à l’autre bout du pays pour être proche de Gabriella, ils m’ont pris pour un fou. Mais qu’aurais-je pu faire ?
À la sonnerie annonçant le glas de la journée, je suis soulagé de rentrer. Je marche en évitant le métro bondé. Je me déchausse en entrant et me laisse tomber sur le canapé comme une masse. Je me suis levé trop tôt.
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