Mon dernier colocataire (French Edition)
28 Blake Baldwin
Les premiers jours de la semaine m’ont donné une pêche d’enfer ! J’avais la sensation d’avoir à nouveau dix-sept ans. Ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Michele et moi avons des journées de dingue ! Elle se donne à fond pour son projet et je la trouve tellement intense…
J’ai continué à cuisiner. Nous avons partagé chaque repas. Je ne voulais pas lui donner l’impression de n’attendre qu’une relation charnelle ni de faire d’elle une pote avec bénéfices, mais lorsque nous nous sommes retrouvés lundi soir devant la télévision et qu’elle a agrippé ma main comme cette fois au cinéma, mes interrogations et mes doutes ont pris la tangente !
Nous nous sommes plongés dans cette passion dévorante et débordante chaque soir jusqu’à plus soif. Nous n’avons regardé aucun film jusqu’au bout. Mardi, je me suis débrouillé pour aller acheter des capotes. Je n’avais pas connu une telle exaltation depuis quinze ans au moins. Et les jours ont filé sans que je ne les voie passer…
Nous voilà déjà vendredi et l’heure de son départ a sonné. Nous sommes face-à-face dans le hall de l’appartement. Michele libère sa valise et enroule ses bras autour de mon cou. Mon cœur s’emballe lorsqu’elle trouve ma bouche. J’adore qu’elle prenne les devants ! Mes doigts retrouvent leur place contre ses reins et se faufilent sur ses fesses. J’aime tellement la tenir contre moi.
— Passe un bon week-end, souffle-t-elle contre mes lèvres.
— Toi aussi, mais attends. J’ai un truc pour toi.
Je m’écarte à regret devant son air surpris et vais dans ma chambre. Je la rejoins avec un petit paquet emballé dans un papier cadeau mignon.
— Tu l’ouvres demain, d’accord ?
Michele me scrute avec un sourire craquant. Elle s’en empare et le plonge dans son sac. Quand elle retrouve mon regard, je la vois hésiter. Elle revient tout contre moi et me donne un nouveau baiser en glissant sa main passionnante dans mes cheveux.
— Je penserai à toi, chuchote-t-elle.
— Moi aussi. Je t’écrirai, mais profite de ta famille. Je serai là à ton retour.
Elle acquiesce et caresse ma nuque avant de s’éloigner. Suivie par sa valise, elle franchit la porte de l’appartement. Quand je suis avec elle, je ne réfléchis à rien. Elle m’enveloppe dans un tourbillon qui fait ressortir des parties de moi que je croyais mortes. Ce soir, je ne m’attarde pas et vais me coucher de bonne heure. J’ai hâte d’avoir un moment avec ma fille. Je l’ai accompagnée à ses entraînements de hockey cette semaine et j’ai bien fait attention d’éviter sa mère. Je compte bien en faire de même ce matin. Il commence à faire frais en cette fin de mois de septembre. Quand je sonne à l’interphone, je n’ai pas à attendre longtemps avant qu’on me réponde. La tête blonde de ma fille apparaît. Elle est toute souriante et pleine de joie.
— J’arrive, papa !
Erika est dans son dos.
— Non, dis-lui de venir. Je dois lui parler.
— Maman veut que tu montes.
Gabriella fait une grimace amusante.
— Je te vois…
Ma princesse raccroche tandis que sa mère l’engueule. Je pénètre dans l’immeuble et prends l’ascenseur. Lorsque j’arrive face à l’appartement, je découvre la porte entrouverte et surtout que la dispute se poursuit. J’entre en la poussant doucement pour être silencieux. Tracy m’aperçoit et me sourit.
— Salut, Blake.
— Tracy.
Elle me fait signe d’approcher.
— Depuis que Gabriella sait qu’elle passe le week-end avec toi, elle ne cesse d’en parler.
Je ne sais pas si je dois m’excuser ou non, mais Tracy ne semble pas contrariée.
— Arrêtez de crier !
Dans mon dos, je perçois la voix et le pas de mon ex. Elle hurle plus fort que notre fille pour se faire entendre. Ce n’est pas ma façon de faire et ça ne l’a jamais été. Erika est le genre de femme à monter dans les aigus lorsqu’elle est en colère et qu’elle se dispute, mais aussi à claquer les portes si violemment qu’elle en arrive à faire trembler les vitres. Elle se plante devant moi, les joues rouges. Je me demande depuis combien de temps cette dispute entre mère et fille dure.
— Je veux savoir tout ce que vous allez faire.
Cette requête n’a rien d’une question, c’est un ordre.
— Je n’en ai aucune idée, sûrement regardé des films.
— Encore ces trucs hindous bizarres ?
— Ça s’appelle des Bollywood et c’est très instructif.
Son visage exprime clairement ses pensées. Quand j’y réfléchis, je me rends compte que je n’ai absolument rien en commun avec elle. Comment avons-nous même pu tomber amoureux ? Elle déteste les comédies musicales ou la musique. Pour ce qui est de la danse, elle est très sélective.
— Parfois, je me demande vraiment comment nous avons pu être ensemble pendant quatorze ans.
Je me tourne vers Tracy et ajoute :
— Hormis qu’on apprécie tous les deux les belles femmes, nous n’avons rien en commun.
Je refais face à Erika, dont les joues sont toujours rouges.
— Et en y réfléchissant, c’est sûrement toi qui avais envie des femmes qui attiraient mon attention selon toi.
Tracy pose une main sur le bras de sa compagne en m’accordant un long regard.
— Vous faites des progrès… Si l’on disait à Blake que nous avons réfléchi à sa proposition, ma chérie ?
— Nous sommes d’accord. L’avocat de Tracy fera les papiers, tu pourras les lire et les signer.
— OK.
Je fais un pas pour rejoindre Gabriella, mais Erika me retient.
— Je veux ton adresse.
— Pourquoi, tu as peur que je la kidnappe ?
— Ce qu’Erika essaie de dire, c’est que ça la rassurerait de connaître ta nouvelle adresse puisque Gabriella va passer plus de temps chez toi, reformule Tracy.
Je m’aperçois que je suis tendu dès que je suis face à mon ex-femme. Plus je passe de moments avec Michele, plus je me rends compte à quel point Erika m’a imposé des choses impossibles à tenir et combien elle était dure et injuste.
— Je vous l’envoie.
Je m’éloigne pour rejoindre ma princesse dans sa chambre. Elle est devant trois valises ouvertes qu’elle remplit le plus possible.
— Mais qu’est-ce que tu fais, poussin ? Tu déménages ?
Elle se tourne vers moi avec un sourire enfantin.
— C’est au cas où.
Je ne peux pas m’empêcher de rire. Je la prends dans mes bras et m’assois sur son matelas en l’installant sur mes genoux. Ma petite tête blonde hausse les épaules avec une grimace.
— Je ne sais pas.
— Eh, on n’est pas loin. S’il te manque quelque chose, ou si tu souhaites rentrer pour dormir dans ton lit, je te ramènerai, tu sais.
Elle se tourne vers moi. Ses yeux rougissent. Elle se jette à mon cou et murmure :
— Tu ne seras pas malheureux ?
— Non, je sais que c’est difficile de dormir dans un endroit que tu ne connais pas. C’est normal et ce n’est pas grave.
— Mais je veux rester avec toi tout le week-end. Ça fait longtemps…
Sa petite voix triste fait frémir mon cœur. Je déteste éprouver ça. J’aimerais que ma princesse n’ait jamais peur et surtout qu’elle ne ressente jamais de chagrin. Malheureusement, je sais que c’est impossible. Le mieux que je puisse faire, c’est d’être là pour elle quand elle aura besoin de moi. C’est aussi ça d’être père.
— Oui, mais maman, Tracy et moi, nous avons beaucoup discuté et ce n’est pas la seule fois que tu pourras venir chez moi.
— C’est vrai ?
Une petite note d’espoir s’entend dans sa voix. Elle recule pour trouver mon visage. Je lui souris en embrassant son front.
— Oui, mon poussin.
— Et Michele, elle est d’accord ?
— Eh bien, elle revient demain à l’appartement. Alors…
— Tu crois qu’elle ne va pas m’aimer ?
Surpris, j’ouvre grand les yeux. Est-ce que ma princesse vient de formuler l’une de mes peurs ? Je lui souris à nouveau et la rassure immédiatement.
— Mais enfin ! Ce n’est pas possible ! Tu es ma fille, tout le monde t’adore.
— Je serai sage comme une image.
Je rigole.
— Poussin, sois juste toi-même et tout ira bien. D’accord ?
Merde ! Si ma princesse stresse de rencontrer ma colocataire, comment Michele se sent-elle ? Je suis si con que j’ai oublié de lui en parler ! Nous étions tellement emportés par le tourbillon qui nous consume que j’en ai occulté tout le reste. En même temps, je ne lui ai rien caché. Elle n’a pas dit qu’elle n’aimait pas les enfants, mais…
— Papa, ça va ?
Je trouve le visage de Gabriella et lui souris.
— Oui.
Nous quittons son lit.
— Nous n’allons prendre qu’une valise, je vais t’aider à la faire. D’accord ?
— OK.
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