Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 19 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

19 Michele Jones

 

Ce week-end, je me suis beaucoup amusée ! Je suis sortie samedi du matin au soir. J’ai croisé Blake dimanche lorsqu’il quittait l’appartement pour un repas avec son ex-femme. Il a tellement de patience. Quand il me parle de son histoire et de ce qu’il vit, je me demande si j’aurais pu rester amie avec l’un de mes ex. J’ai eu trois histoires sérieuses, mais aucune qui a bien fini. Je suis peut-être trop rancunière…

Blake et moi trouvons nos marques dans cette colocation. Les deux premières semaines se sont bien passées. J’étais persuadée que je découvrirais le truc qui entacherait le tableau qu’il m’a dépeint de sa personnalité, mais ce n’est pas le cas. En prime, il cuisine super bien et me permet de réaliser des économies. Que j’ai dépensé en cocktails…

J’ai essayé de faire le vide dimanche avec une séance de méditation et de yoga pendant que j’étais seule dans l’appartement. Blake est rentré tard. Il n’a pas été très bavard, juste souriant et agréable. Je sais que ce n’est pas facile pour lui de quitter sa fille, mais il n’en a pas parlé.

Ce lundi dix-huit septembre, je suis libre comme l’air ! Adieu monsieur Taylor ! Il pourra toujours se brosser pour que je bosse encore pour lui après ce qu’il s’est passé vendredi. Je n’ai d’ailleurs reçu aucun mail de sa part. J’ai travaillé toute la journée sur ma future collection. Ça m’a fait le plus grand bien ! La partie la plus délicate m’a donné mal à la tête par contre. Réfléchir au montant des investissements nécessaires pour la réalisation des premières pièces, les démarches et le choix de la boutique en ligne, la communication… J’ai une liste longue comme le bras de sujets sur lesquels je dois me renseigner, mais je suis motivée ! Autant mettre mon temps libre à profit.

À vingt-et-une heures, je plonge dans un bain chaud. Blake s’est dépassé encore une fois en cuisine. Nous avons mangé ensemble, mais il est fatigué. Notre discussion ne s’est pas éternisée. Je crois qu’il a des difficultés à se faire à son actuel rythme quotidien. Moi aussi j’ai eu du mal en arrivant ici, sans parler du stress de maîtriser tous les aspects de ma nouvelle vie. Il est allé se coucher. Je n’ai pas de musique pour m’accompagner, mais ce silence est reposant et l’eau chaude tellement confortable.

J’étends mes jambes en profitant de l’odeur douce d’ylang-ylang du bain moussant. Les yeux fermés, je repense à ce week-end. Un sourire étire mes lèvres. Amy a raison, je lui ai fait le regard. Je sais exactement quand. Je tenais sa taille avec ma cuisse et il avait ses mains posées sur mes reins. Ce qu’il m’inspire et me fait ressentir est différent de ce que j’ai connu jusque-là. Mes ex m’ont tous fait craquer au premier regard. Il y a eu une lourde tension sexuelle aux premiers contacts, le genre qui laisse présager qu’on pouvait vivre du bon temps tous les deux. Et puis, on a fini par passer quelques mois ensemble et la magie s’est évaporée.

Blake est différent. Il s’immisce lentement dans ma vie, me fait rire, m’intéresse sur le plan intellectuel… et physique. Je suis curieuse. Depuis qu’il m’a parlé des instruments dont il joue, je n’arrête pas de penser à ses mains sur moi. Sur une partie sensible en particulier.

Je plonge la tête sous l’eau en retenant mon souffle pour essayer de chasser ces pensées de mon esprit. Quelques secondes plus tard, je pousse sur mes pieds et retrouve la surface. Les traits cernés par un sourire et la mousse, je sens un truc toucher mon genou. À la hâte, j’essuie mon visage avec mes mains et ouvre les yeux. Je ne peux pas m’empêcher de hurler ! Sur le bord de la baignoire, un monstre blanc bizarre serpente en avançant dangereusement sa tête vers la mienne.

— Blake !

Ma voix frise les aigus. Je me crispe en reculant le plus possible contre le fond du bain.

— Blake !

Un serpent ! Mon cœur tambourine douloureusement dans ma poitrine. Il ondule lentement. Sa queue chute dans la baignoire. Mon Dieu ! Qu’il ne tombe pas dedans ! La porte s’ouvre avec fracas. Blake entre, le visage traversé par l’inquiétude.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Il y a un serpent !

Je me crispe en essayant de garder un peu de calme, mais je suis dépassée.

— Oh merde.

Blake se déplace doucement et l’attrape sans difficulté. Ma tension redescend à peine. Je suis nerveuse, la poitrine quasiment à l’air face à lui. Mon cerveau se remet à fonctionner quand le danger est maîtrisé. Je m’enfonce un peu dans l’eau et remarque qu’il est en caleçon.

— Rango n’est pas agressif.

— Rango ? Rango ! Tu connais cette… chose ?

— C’est… le serpent de ma fille.

— Blake ! Tu m’as dit que tu n’avais pas d’animaux de compagnie !

Je crie. Je n’arrive pas à m’en empêcher.

— C’est celui de Gabriella, Erika n’en voulait plus chez elles.

— Depuis combien de temps y a-t-il ce monstre dans l’appartement ?

Je vais être malade !

— Environ… sept jours ?

De colère, je lui intime de se tourner pendant que je sors. Je m’enroule rapidement dans une grande serviette avant de poser une main sur son épaule. Dès qu’il me fait face, je recule d’un pas. Je n’aime pas les serpents !

— Et tu n’as pas jugé utile de me le dire ? Mais à quoi pensais-tu ? J’ai failli faire une crise cardiaque !

— Je n’imaginais pas qu’il quitterait son terrarium. Je suis navré.

— Assure-toi qu’il n’en sorte plus et… sortez de la salle de bains !

— Je suis vraiment désolé, Michele.

Blake ressort sans se retourner. J’expire longuement pour essayer de me calmer. Mon cœur n’avait pas piqué un tel sprint depuis une éternité. J’appuie les mains sur le lavabo. Il semblerait que j’ai trouvé un gros point noir au tableau. Un serpent ! Brrr !

— Tu veux que je fasse un gâteau ?

— Non !

Il n’est pas croyable. Il est adorable.

Je souffle une nouvelle fois à ces pensées confuses. Il en a bien assez fait en me cachant la présence de cet animal. Mais… sans lui, je ne l’aurais pas vu torse nu. Il est aussi musclé que je l’imaginais après notre sortie au LAVO. Il n’est pas bâti comme une armoire à glace, mais il y a ce qu’il faut où il faut. Je m’accroche à cette vision pour essayer de me détendre.

— Tu veux que j’aille t’acheter de la glace ?

— Non, Blake. Sois juste sûr qu’il ne sortira plus !

Est-ce qu’il est en caleçon de l’autre côté de la porte ? Je tiens ma serviette bien fermée.

— Je vais acheter un nouveau terrarium, je te garantis qu’il ne s’échappera plus de ma chambre.

— D’accord. Bon sang, il m’a fait peur…

Je baisse d’un ton.

— Je te promets que, aussi appétissante sois-tu, il préfère les souris.

— Je ne veux pas savoir et ne me dis pas que tu as des souris aussi.

— Ça te rassure si je t’annonce qu’elles ne sont pas vivantes ?

Oh, c’est dégoûtant. Je vois l’ombre de ses pieds derrière la porte fermée.

— Tu sais quoi ? On ne va plus parler de ce serpent ! Je ne veux rien savoir.

— Rango n’est vraiment pas une menace. Ma fille l’élève à la main depuis tout petit. Il a l’habitude d’être manipulé.

— Tu l’as encore en main ?

— Non, il est dans sa maison. Je suis juste revenu demander si tu voulais quelque chose.

J’ouvre la porte à la volée.

— Quels mots n’as-tu pas compris ? Je ne veux rien savoir. Je n’aime pas les serpents.

— C’est parce que tu ne le connais pas. Vous n’avez pas fait connaissance de la bonne façon.

J’inspire calmement en posant les yeux sur son torse. Il me faut une seconde pour retrouver son regard.

— Pas un mot.

Je place mon index devant ses lèvres pour lui intimer de se taire. Son petit air m’amuse, mais je me garde bien de le lui faire remarquer. Soudain, je réalise qu’il m’a vue nue dans la baignoire. Je me fige et lui claque la porte au nez avant de rougir.

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