Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 21 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

21 Michele Jones

 

Monsieur Todd m’a sauvé la mise. Il a fait appel à mes services jeudi après-midi. Grâce à lui, je compense un peu côté revenus. J’ai mis le paquet pour qu’il ait envie de remettre sa séance shopping ou qu’il en offre une à sa plus jeune fille. Quand il m’a dit qu’elle venait d’accoucher, j’ai sauté à pieds joints sur le sujet. Je lui ai avoué qu’en tant que femme, ça pourrait lui faire du bien de prendre soin d’elle en s’accordant un moment détente avec une styliste qui saurait lui redonner confiance en son corps. L’idée semble lui avoir plu. Il ne me reste plus qu’à attendre.

Le temps file trop vite ! Il faudrait des journées plus longues pour faire tout ce qui me passe par la tête. Les repas que Blake m’a préparés pour les midis m’ont permis de gagner des minutes précieuses. Il s’en veut pour cette histoire de serpent. Je préfère ne pas songer au fait que cet animal est la seule compagnie vivante qu’il y a dans cet appartement à cet instant. S’il sortait à nouveau de son terrarium, je pense que je m’enfuirais. Ce que Blake a fait les quatre jours précédents. Il n’ose plus soutenir mon regard. Je ne sais pas si je trouve ça mignon ou dommage. J’aimais bien ce petit flottement et l’attirance douce qui grandissait entre nous. Est-ce que cette situation était une coïncidence ? Je n’en ai aucune idée, mais il a six ans de plus que moi, il a une fille, un nouveau projet d’enfant… Ce n’est pas le type de mec qui s’envoie en l’air sans y penser plus longuement ensuite. En tout cas, je ne crois pas et ce n’est pas vraiment mon genre. Si j’ai eu deux ou trois aventures, je suis plutôt du style impliquée dans ce que je partage avec mes partenaires. Trop. Oui, c’est toujours le même problème. Nous n’avons pas les mêmes attentes. J’ai souvent fréquenté des hommes un peu plus jeunes que moi. Bruce aimait mon côté femme accomplie, mais il a voulu dénicher encore plus accomplie que moi. Il est avec une cougar maintenant. Quant à Mickaël, il était toujours partant pour tout. Je trouvais ça génial. Il avait beaucoup d’énergie, on sortait beaucoup en boîte de nuit et dans tous les endroits où l’on peut faire la fête. Ce qui nous a séparés, c’est son manque de maturité. J’étais en couple avec lui, mais à ce simple terme, il paniquait. Apparemment, les obligations lui mettaient trop de pression quand bien même je ne lui avais rien demandé. Et puis, il y a eu Jason. Je l’ai quitté parce qu’il aimait un peu trop plaire à tout le monde alors qu’on était ensemble. Il avait du mal à ne pas flirter et ça m’a fait souffrir. Je ne manque pas de confiance en moi, mais je ne me sentais pas en sécurité près de lui.

Je décroche quand mon téléphone sonne et couvre mes jambes avec mon plaid. Je jette un coup d’œil à l’heure. Il est dix-huit heures quinze.

— Ma chérie ! Il faut que tu m’aides.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— J’ai un rencard, samedi.

— Oh, Alessandro t’a invitée ?

— Oui ! Il est repassé à la boutique pour acheter un parfum qu’il m’a offert.

Je souris en l’imaginant à la fois flattée et n’en menant pas large.

— Tu as dit oui ?

— Bien sûr ! Tu viens avec moi ?

— Je pense qu’il espère un tête-à-tête depuis le temps.

Amy ferme la porte de sa chambre. Elle grince depuis une éternité. Je l’entends jeter le mobile sur son lit et se changer.

— Moi aussi, mais il souhaite aller au Bain.

— Je ne vois pas ce que tu veux que je fasse dans ce club. Tu veux que je te tienne la main dans le bain à remous ?

— Mais non !

Le bain est branché, on y danse dans une ambiance intimiste et sa spécificité est ce grand jacuzzi en forme de diamant sur le toit. Nous y sommes déjà allées, Amy et moi, pour essayer de rencontrer des mecs il y a quelques années. La terrasse est super et le personnel très gentil, mais j’imagine qu’Alessandro n’a pas invité mon amie là-bas pour le panorama.

— OK, je te chaperonne, dis-je.

La porte d’entrée s’ouvre. Blake rentre de sa journée.

— Tu viens avec papa ?

— Arrête de l’appeler comme ça, murmuré-je tout bas.

— Oh, il est ici ?

— Maintenant oui, dis-je.

Je jette un coup d’œil en direction du couloir. Le brun y passe en m’adressant un signe de main. Il va se changer avant d’aller en cuisine.

— Vous n’en avez pas parlé ? questionne Amy.

J’ai envie de lui notifier qu’elle n’a pas besoin de chuchoter. Elle m’amuse.

— Non.

— Demande-lui quand même. Ça restera dans votre nouvelle thématique !

— Amy !

— Oh, allez, quoi. Damian est occupé et tu ne vas pas boire seule.

— Je te redis.

Je l’entends rire avant de raccrocher. Quand Blake réapparaît, je lui emboîte le pas en direction de la cuisine. Il a pris ses marques. J’ai fait les courses hier après-midi. Mes achats ont l’air de l’inspirer. Il m’offre un sourire en sortant une planche à découper que j’ignorais avoir.

J’agrippe une chaise en l’interrogeant :

— Tu as passé une bonne journée ?

— Oui et toi ?

— Très bien.

Je me sens libérée d’un poids depuis que j’ai pris la décision de laisser tomber monsieur Taylor. Blake se soustrait déjà à mon regard. Il me tourne le dos et se lave les mains. Mes yeux descendent de ses épaules à ses fesses moulées dans son jogging détente. Un frisson court sur ma poitrine. OK ! Il me plaît. Je ne suis pas aveugle à ce point. Nos petits rapprochements m’ont ravie pendant nos danses. Il n’y a rien de mieux pour découvrir l’énergie de l’autre et savoir si elle s’harmonise avec la mienne.

— Tu fais quoi samedi soir ?

— Rien, pourquoi ?

— Amy m’a demandé de l’accompagner à une soirée. Elle y va avec un date.

Blake referme l’eau et s’essuie. Il a ce petit temps d’arrêt avant de se tourner vers moi.

— Et tu veux que je sois l’un des chaperons ?

— Non, dis-je en rigolant. Le chaperon, c’est moi, mais je m’ennuierais beaucoup moins si tu étais là.

— D’accord, je dois m’habiller comment ?

— Sois élégant et n’oublie pas ton maillot de bain.

J’aime trop ça ! Son petit air surpris, gêné et curieux.

— Mon maillot de bain ?

— Oui. Tu vas découvrir un endroit branché et unique de New York.

— OK, il va falloir que j’en achète un.

— Tu veux que je m’en occupe ?

La réplique est sortie de ma bouche plus vite que je ne le pensais. Une habitude, mais pas que… Un petit sourire fleurit sur mes lèvres. Je reste naturelle en savourant son attitude.

— OK, tu vas me faire un prix spécial coloc ?

— Peut-être. Il me faut ta taille et ton budget.

J’aime bien voir qu’il ne se démonte pas. Blake est peut-être mal à l’aise, mais il y a autre chose. Il n’est pas gêné par la discussion. Il a même la conversation facile. Aucun sujet ne semble le pousser à préférer fuir. Encore un peu et je pourrais être prise à mon propre jeu. Je me lève pour aller chercher mon mètre ruban et mon ordinateur portable. Son silence éloquent ne me dit rien qui vaille. S’il ne connaît pas ses mensurations, c’est un problème. Je n’achète pas n’importe quoi, même si je l’ai croqué du regard.

— Viens par là.

Dans le hall, face au mur de brique, je le pousse à se placer devant moi. Blake mesure un mètre quatre-vingt-trois. Ses iris marron s’appuient entre nous lorsque je mesure son buste. Je n’en ai pas besoin maintenant, mais je ne vais pas me priver de ce petit plaisir. Je glisse le ruban sur sa taille et le mesure à nouveau.

— Quatre-vingt-quatre, dis-je.

Je pose une main sur son buste avant qu’il ne s’éloigne.

— Je n’ai pas terminé.

— OK.

Je m’accroupis pour prendre son tour de hanches. Le silence de Blake en dit long une nouvelle fois. Je ne l’entends même plus respirer.

— Cent un.

Devrais-je arrêter de le torturer ? Pourquoi est-ce que ça me plaît tant ? Une petite partie éveillée de ma conscience me rappelle que si je tombe amoureuse de lui ça risque de complètement bouleverser ma vie.

— Je ne savais pas qu’il fallait autant de choses pour acheter un maillot de bain.

— Si.

Je plaque le ruban au sol avec mon index et le pousse à écarter un peu les pieds. Il est tendu au possible lorsque je mesure son entrejambe.

— Quatre-vingt-quatre.

Je me lève et lui offre un sourire.

— Tu vas me dire que je suis trop gros ?

— Non, tu as les bonnes mensurations.

Je lui tourne le dos pour retrouver ma chaise. Pour le laisser souffler, j’ouvre l’écran en relevant mes mesures sur une note.

— Tu ne dois pas me demander ce que j’aime comme couleur ou je ne sais pas ?

Il reprend le cours de sa préparation du dîner. Je suis déjà en train de naviguer sur le site en ligne d’une boutique.

— Non, je sais ce qu’il te faut, dis-je concentrée.

— OK, je te fais confiance.

Cinq minutes plus tard, j’ai passé commande sans le lui dire. Je range mes affaires et le rejoins.

— Je n’ai pas eu l’occasion de te remercier pour les repas ces midis.

— Oh, ce n’est rien, j’aime cuisiner. Je suis content si ça t’a plu. Tu voudrais un truc en particulier demain ?

— Non, j’ai un rendez-vous. C’est gentil.

Je n’en reviens pas de ce que je vais dire, mais j’ai été dure dimanche soir. Il n’est pas le seul à vouloir un peu se racheter.

— Le dernier week-end du mois, tu auras l’appartement. Si tu veux… accueillir Gabriella, elle peut utiliser ma chambre.

— Oh, c’est super adorable, mais elle prendra mon lit et je dormirai sur le canapé. Je suis trop content. Elle espérait trop venir et, je ne savais pas… je ne voulais pas t’imposer sa présence.

J’acquiesce.

— Le trente et le premier, vous pourrez en profiter.

— Cool. On fera une soirée pizza en matant ses films préférés. C’est trop gentil, merci.

Son expression a changé du tout au tout. Blake est dingue de sa fille. Son regard s’éveille chaque fois qu’il en parle. Je trouve ça mignon, même si ça me paraît aussi lointain.

— On pourra en rediscuter si tu veux passer du temps avec elle ici.

— Tu souhaiterais la rencontrer ?

— Je suppose que ça se fera. Peut-être ce dimanche avant que tu ne la ramènes.

— OK. Tu es cool avec les enfants ou tu n’aimes pas ça ?

Sa question m’amuse.

— Disons que je n’en fréquente pas beaucoup, mais je n’ai rien contre.

— Je comprends. J’éviterais de la gaver de sucre avant que tu rentres, sinon tu ne sauras plus où donner de la tête.

— L’animation ne me fait pas peur, Blake ! J’étais seulement réservée sur le sujet, car je ne te connaissais pas et je suis prudente. Ce logement a été dévasté un certain nombre de fois.

— Je te promets que je rangerai tout et que l’appartement sera immaculé le dimanche soir.

— Ça me va.

Il se tourne et nettoie la cuisine alors que le plat est sur le feu.

— J’ai discuté avec Tracy de ton projet. Quand tu seras prête, tu pourras lui parler.

— Qu’est-ce que tu lui as dit ?

Je n’en reviens pas que cette femme soit à la tête d’un magazine de mode, encore moins que Blake ait placé un mot pour moi. Il est trop gentil.

— Que j’avais une amie qui avait besoin d’un coup de main et que tu étais une styliste très douée. Elle veut en savoir plus, mais elle n’est pas contre te faire de la pub. 

— Ça me donne envie de m’y remettre tout de suite ! J’ai bien avancé cette semaine, je crois que je n’ai pas eu des nuits aussi courtes depuis l’université.

— Tu peux chercher son numéro dans mon portable si tu veux. Le code, c’est l’anniversaire de ma fille : dix, onze, dix-sept.

Il me laisse entrer dans son téléphone ? Non. Même si je suis très curieuse, je ne vais pas faire ça.

— Tu pourras me le donner le moment venu.

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