Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 20 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

20 Blake Baldwin

 

Étendu sur mon lit, je ne parviens pas à trouver le sommeil. Les images de Michele nue dans sa baignoire tournent en boucle dans mon esprit. Putain ! La terreur que j’ai entendue dans sa voix m’a poussé à entrer dans la salle de bains sans réfléchir et quand mes yeux se sont posés sur elle… Je me frotte lentement le visage en tâchant de me calmer. Ça ne fonctionne pas ! La mousse ne couvrait plus grand-chose et sa poitrine était hors de l’eau. J’ai essayé de ne pas m’attarder dessus, mais son image est gravée dans ma mémoire. Le pire, c’est que je n’ai pas vu une femme nue depuis tellement longtemps que je ne parviens pas à faire redescendre la pression… Je me tourne pour me coucher sur le ventre. Je grogne en orientant le visage vers Rango. Putain  ! Je suis trop con, j’aurais dû me douter que ça arriverait. Pourquoi n’ai-je pas regardé s’il était bien dans son terrarium ! Je tends la main vers mon portable pour en commander un immédiatement. Au moins, ça va peut-être m’aider à oublier les images sulfureuses que j’ai dans la tête !

Je passe plus d’une heure sur le site ou j’ai acheté celui qui est à mes côtés. J’en ai pris un plus grand. Peut-être se sent-il à l’étroit. Comme moi à cet instant ! Faut que je me détende, mais je suppose que choisir un autre habitat pour Rango n’est pas ce qu’il y a de plus palpitant.

Peut-être devrais-je aller prendre une douche glaciale ? Il n’y a que ça qui fonctionnera et je refuse de succomber une nouvelle fois ! Je souffle en me levant. Je passe la tête par la porte et vérifie que Michele dort. Je me précipite dans la salle de bains. Une fois sous l’eau froide, je frissonne. Oh merde ! Je n’ai pas dû faire ça depuis mon mariage ! J’aurais dû choisir une colocation avec un homme ! Je tente de me raisonner. Elle subit déjà du harcèlement à son travail et je n’ai vraiment pas envie de passer pour un mec lourd.

Je reste aussi longtemps que j’en ai besoin sous le jet. Je suis frigorifié quand je rejoins mon lit. Si la douche m’a servi pour le côté technique, ma tête essaie toujours d’oublier les courbes délicieuses et entêtantes de la blonde. Je savais qu’elle était sexy et bien sculptée. Ça oui ! Avoir perçu le galbe de ses lignes sous mes mains lorsque nous avons dansé m’a aidé à créer une image mentale, mais j’étais vraiment loin du compte. Michele n’est pas seulement séduisante ! Elle est torride ! Sa façon de bouger au rythme de la musique, de m’envoûter ! Peut-être devrais-je refuser la prochaine fois qu’elle m’invite à venir avec eux. Oui, sauf que je me sens bien avec ce petit groupe. Ça fait une éternité que je ne me suis pas fait des amis.

Après la naissance de Gabriella et la reprise du boulot d’Erika, je n’avais plus une minute à moi. Je devais jongler entre le travail, les courses, le ménage, l’éducation de ma fille. Je n’avais plus le temps de sortir. Pas que nous sortions beaucoup avant ça non plus. Erika détestait me voir danser, même si c’était avec elle. Au début de notre mariage, nous sortions avec des copains. Au fil du temps, nous sommes entrés dans une routine de couple et, avant que je ne m’en rende compte, nous passions nos soirées devant la télévision. Lorsque nous sortions et que j’avais le malheur de danser avec l’une de nos amies du lycée, c’était le pire crime que je pouvais pu commettre. Donc, j’ai juste arrêté. La seule chose que je continuais à pratiquer, c’est le hockey, mais ça, c’est parce qu’il n’y avait que des mecs. Je me rends compte à quel point j’ai fait des sacrifices pour Erika sans même en prendre conscience.

Je souffle en me mettant dans ma position pour dormir. Lorsque mon réveil sonne, j’ai l’impression d’avoir à peine fermé les paupières. Les deux jours suivants s’enchaînent sensiblement de la même manière. Je n’ose plus regarder Michele dans les yeux ou rester trop longtemps dans la même pièce qu’elle. Je ne veux pas la mettre mal à l’aise et elle était si en colère que je lui ai menti que je me suis senti coupable de ne lui avoir rien dit pour Rango. Par bonheur, l’autre terrarium est arrivé mardi. Je me suis dépêché d’offrir à Rango un habitat plus grand avec un système renforcé pour l’ouverture. Évidemment, j’ai fait une tonne de photos pour ma fille. Nous avons convenu avec Erika et Tracy que je la prendrai demain après-midi pour l’aider à trouver son nouveau club de hockey.

Mercredi arrive vite. Éviter Michele me permet de ne pas penser à ce qu’il s’est passé dans la salle de bains et à la fuite de Rango. Je continue à cuisiner en lui préparant une lunch box pour qu’elle puisse manger. J’espère que ça contribuera à me faire pardonner cet incident.

Maintenant que j’ai mon planning définitif et que je sais que ça ne risque plus de changer, j’ai envoyé une copie à Erika. Je ne m’occupe d’aucune activité extrascolaire, ce qui me laisse une large plage horaire de moments libres. Je resterai sûrement dans ma classe pour profiter des instruments qui y sont, mais j’aurai mon mercredi après-midi pour conduire Gabriella à son club de hockey et avoir plus de temps avec elle. 

J’ai trouvé l’endroit parfait et c’est exactement là que nous irons dès que je serais passé la chercher au Sky Rink at Chelsea Piers. Je n’ai pas à patienter longuement devant l’école de ma princesse avant de la découvrir. Quand elle me remarque, elle court vers moi et se jette dans mes bras.

— Papa !

— Ma princesse.

— Ça fait plaisir à voir.

Surpris, je me retourne pour apercevoir Tracy. Wouah, je ne m’attendais pas à ça. Je repose ma fille qui va faire une bise à sa belle-mère.

— Tu viens avec nous ?

— Oui, ma puce.

Je me force à sourire. Je voulais passer la journée avec Gabriella et j’ai l’impression de me faire chaperonner. Je déteste ça.

— Venez, j’ai ma voiture juste là.

La petite main de ma princesse se glisse dans la mienne. Elle me mène vers la berline de la brune. Lorsque je vois le modèle, j’ai un moment d’arrêt. Elle roule en Lexus… Tracy la déverrouille. Gabriella grimpe à l’intérieur et j’en fais de même. Je m’installe à côté de la conductrice. Pendant qu’elle démarre, elle se tourne vers moi avec un air joyeux.

— Je me suis dit que ce serait plus pratique de nous y rendre en voiture.

— Merci.

— On va où, papa ?

La question de Gabriella me fait sourire. Il faut que je me concentre sur le positif.

— T’inscrire dans ta nouvelle équipe de hockey, poussin.

— C’est vrai ? Tu as trouvé ?

— Absolument.

Tracy est déjà en route. Apparemment, elle n’a pas besoin que je lui annonce où nous nous rendons. En même temps, il n’y a pas un milliard d’endroits où faire du hockey ici. Heureusement pour moi, Gabriella parle tout le long du chemin. Elle nous raconte sa journée de cours et ce qu’elle a fait avec ses amies. Je me montre attentif, mais je me demande quand même pourquoi Tracy est ici. Est-ce qu’Erika est au courant ? Je ne suis pas sûr qu’elle aimerait savoir que Tracy et moi nous nous retrouvons sans qu’elle ne soit là pour vérifier ce qu’il se dit.

La Lexus hybride file sans faire un seul bruit. Tracy s’engage sur le parking en regardant dans le rétroviseur.

— On ira t’acheter tout l’équipement dans le magasin réservé à la NHL après. D’accord, bébé ?

— Oui !

Ça me rend étrange de les découvrir si proches. Bien sûr, je sais qu’elles le sont. Après tout, Gabriella côtoie Tracy depuis deux ans maintenant. Entre se douter d’une chose et l’observer de mes yeux, c’est vraiment différent. J’entends que ça n’enlève rien à l’amour que ma fille a pour moi, mais je me sens exclu. Je souffle discrètement en quittant la Lexus. Gabriella laisse ses affaires d’école dans la voiture et nous nous dirigeons vers la patinoire. Je souris en voyant qu’elle est heureuse. Oui ! C’est ça, l’essentiel, que Gabriella soit bien. Qu’importe qui prend soin d’elle, si cette personne le fait bien. La première qui osera lui faire du mal… Putain ! Je la tue !

Nous entrons tous les trois dans l’immense bâtiment et nous nous rendons vers l’administration. L’équipe des Cyclones juniors a un espace spécialement réservé. Une femme nous accueille avec un grand sourire.

— Bonjour, vous voulez inscrire votre fille ?

— Tout à fait !

Tracy a répondu avec tellement de naturel que j’en suis surpris. Je sais que, techniquement parlant, Gabriella l’est, mais c’est étrange qu’elle n’ait pas spécifié.

— Suivez-moi.

La jeune demoiselle nous guide vers un bureau libre. Nous nous y asseyons. Gabriella vient sur mes genoux.

— Alors, tout d’abord, est-ce que cette demoiselle a déjà fait du hockey ?

— Oui ! Quand on habitait à Virginia, j’étais dans les Bulldogs juniors !

La femme face à nous sourit.

— Très bien. Donc tu sais jouer ?

— Oui et papa aidait même notre entraîneur quand on faisait des matchs.

L’attention de la femme en face de moi s’oriente vers moi.

— Vous en faites aussi ?

— Bah oui ! Papa, c’est le meilleur.

Je rigole.

— N’allons pas jusque-là. Je me débrouille, c’est tout.

— Nous avons toujours besoin de l’aide des parents volontaires ! Et vous, madame ?

Elle se tourne vers Tracy. Avant qu’elle ne puisse répondre, Gabriella réagit :

— Tracy, elle fait de la danse ! C’est une ballerine.

— C’est vrai mais, si vous avez besoin d’aide, ce sera avec plaisir.

Une nouvelle fois, la jeune femme nous sourit.

— Alors, je t’inscris pour quel programme ?

— Comme elle fait du…

Tracy pose une main sur mon bras et réplique à ma place :

— Puisque Gabriella aimerait recommencer des matchs en ligue, que diriez-vous de la formule avec trois sessions d’entraînement par semaine ?

Oh… Non, ça ne va pas du tout. Je pensais prendre la première, celle qui ne l’empêchera pas de faire la ballerine. Là, Tracy suggère que Gabriella vienne le lundi, le mercredi et le samedi ! Erika va exploser.

— Parfait ! Comment réglez-vous ?

La jeune femme se tourne naturellement vers moi. Je m’empare mon portefeuille et une nouvelle fois Tracy m’arrête.

— Pouvons-nous diviser la somme en deux ?

— Bien sûr !

Elle ne discute pas les paroles de Tracy. Nous payons et nous nous chargeons de l’administration. Mon cerveau est resté focalisé sur le fait que Tracy a décidé que Gabriella prendrait trois cours par semaine. Nous sortons et Tracy propose à ma princesse :

— Et si tu allais t’acheter un chocolat chaud, ma puce ?

— D’accord !

— Avec ton papa, on sera juste là.

Tracy lui montre une table et des chaises avant de lui donner son portefeuille.

— OK !

Ma fille s’élance déjà vers les machines tandis que Tracy m’entraîne vers la table. Nous nous asseyons. Je suis perplexe. Lorsque je trouve le visage de la brune, j’y vois un petit sourire.

— Erika va…

— Laisse-moi m’occuper d’elle.

— Mais on avait dit que Gabriella ferait les deux.

Tracy acquiesce lentement en gardant son air ravi.

— J’ai changé son cours, elle ira le vendredi.

— OK.

La brune me scrute intensément. Je n’aime pas ça.

— Quoi ?

— Elle te tient encore par les couilles.

— Je te demande pardon ?

Je me redresse et Tracy rigole.

— J’ai vraiment adoré la façon dont tu t’es rebellé lorsque tu es venu déjeuner.

— Qu’est-ce que…

— Vous n’êtes plus mariés, tu n’as plus à faire la carpette. Si tu veux lui dire merde, dis-lui.

— Mais…

— Elle ne t’enlèvera pas ta fille.

Nous nous affrontons longuement du regard. Il se passe quelque chose d’étrange. Je détourne les yeux pour surveiller Gabriella. Elle est devant le distributeur, en train de réfléchir à sa sélection. Elle est bien comme sa mère, toujours à mettre trois heures pour faire son choix. Je rigole.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Gabriella a autant de mal que sa maman à décider lorsque plusieurs choses lui sont proposées.

Je trouve le visage de Tracy.

— Erika a une personnalité unique et débordante, mais elle a besoin qu’on prenne le contrôle parfois. Tu dois t’affirmer Blake.

— Et voilà !

Je sursaute en retrouvant ma fille qui revient vers nous avec des sucreries.

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