Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 37 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

37 Michele Jones

 

— Hmm…

— Ça m’énerve tellement.

— Hmm…

J’expire. Amy s’est endormie. Je raccroche en attendant le retour de Blake. La nuit est bien avancée. Où a-t-il pu bien aller ? Je m’en veux tant d’avoir soufflé le froid. Je m’en suis voulu à la seconde où j’ai vu la peine dans ses yeux. Mon cœur s’est serré si fort… Je suis consciente de mes sentiments pour lui, mais cette émotion fragile a mis en exergue la force de l’amour que nous partageons.

D’un coup de pied, je chasse les couvertures et sors du lit. J’effectue les cent pas dans la chambre. Quand je vois le désarroi qui s’est emparé de lui et avec lequel il a quitté l’appartement, je me dis que j’ai fait le bon choix. S’il réagit ainsi nous concernant, comment réagira-t-il s’il apprend qu’il s’agit de sa relation avec sa fille ? Il a tout lâché pour venir à New York. Il va être fou de colère !

Et je n’ai rien trouvé dans ses papiers. Même si j’ai peur de Rango, j’ai tout de même fouillé dans ses affaires. Je n’arrête pas de me dire que s’il avait cette maudite ordonnance pour la garde de sa fille, ce serait mieux. Je serais sûre qu’Erika ne pourra pas l’éloigner de Gabriella comme bon lui semble.

Putain ! Je suis hors de moi et folle d’inquiétude. Nous en sommes exactement là où je voulais éviter de me retrouver avec mon colocataire. Le plus ironique, c’est que rien de ce que je craignais n’est arrivé. Non, c’est cette harpie qui essaie de tout foutre en l’air. Je déteste me laisser marcher sur les pieds. Blake ne mérite pas ça !

Où est-il ?

Dans la pénombre, j’approche de la fenêtre pour guetter la rue. J’ai eu envie de le rattraper, de tout lui dire, de l’appeler et de lui écrire. Je n’ai rien fait. Je me sens tellement prise à la gorge. Un nœud serre mon ventre. Je lui ai demandé de me faire confiance, mais le peut-il seulement ? Amy avance que oui, moi, je ne suis plus objective. Qu’est-il en train de s’imaginer ?

Il faut que je reparle à Erika et que je règle ça avec elle. Peut-être que si elle voit que je l’aime sincèrement, elle s’adoucira. Je ne peux pas lui en vouloir de s’inquiéter pour sa fille, mais son comportement vis-à-vis de Blake est infect ! Il se démène pour être une figure solide pour Gabriella. Il s’investit dans son éducation. Il pense même les aider à avoir un enfant ! Cette femme n’a pas de cœur.

Je sursaute quand j’entends la clé fouillant la serrure. Intriguée par ces essais infructueux, j’approche en allumant la lumière sur mon chemin. J’ouvre sur un Blake ivre, appuyé contre le chambranle. Ses yeux noisette rencontrent les miens. Mon cœur se serre une nouvelle fois. Est-il allé boire ? Bon sang ! Il empeste le whisky. Nous restons l’un face à l’autre un trop long moment. J’ai envie de l’embrasser et de le prendre dans mes bras. J’aimerais lui faire oublier cette soirée et nous réveiller demain comme s’il ne s’était rien passé.

Il déglutit. J’agrippe son biceps pour l’aider à entrer dans l’appartement. Il manque de tomber en enlevant ses chaussures. Je lui retire sa veste avec prudence. Est-il en colère contre moi ? Comment ne le serait-il pas ?

— Je… Je ne savais pas où aller ailleurs.

— Tu n’as pas besoin d’aller ailleurs, dis-je doucement.

— Je n’ai personne ici… si je t’ai plus toi.

L’émotion gagnant sa voix me brise. J’approche pour le prendre contre moi. Avec la plus grande tendresse, j’enroule mes bras autour de ses épaules.

— Je ne sais pas ce qu’il y a, mais je peux tout arranger si tu m’en parles.

J’aimerais tellement le croire. Si seulement je pouvais lui dire que ce n’est pas en lui que je n’ai pas confiance.

— Je sais, bébé. Viens avec moi.

Il me laisse prendre sa main et le conduire jusqu’à ma chambre. Je le suis de près pour le tenir dans mes bras. J’étais à des lieues d’imaginer à quel point il serait ébranlé. Dans son pull et son jean, je l’attire contre moi en plaçant sa tête sous la mienne. Je ne peux pas le mettre dans cet état.

— Je suis amoureux de toi, je ne veux pas… perdre ce que nous avons.

Une larme roule sur ma joue.

— Moi non plus je ne veux pas te perdre.

Je caresse tendrement ses cheveux. Mes idées sont confuses, toutes sauf une : je déteste Erika ! Blake retient son souffle lorsque j’attire son visage près du mien. Je lui assène un long baiser qui a le don d’apaiser un peu ses émotions. Il s’accroche à moi avec une passion que personne ne m’a jamais montré.

— Je t’aime, Blake, je sais que tu le sais.

— Je t’aime aussi, Michele.

Nous nous resserrons l’un contre l’autre.

— Mais… je sens ce truc et ce n’est pas dans ma tête.

— Fais-moi confiance, s’il te plaît, bébé.

Je l’étreins en espérant qu’il saisisse la profondeur de mes paroles comme il a compris tous nos non-dits. Les minutes s’écoulent et deviennent plus paisibles. Le soulagement de le tenir contre moi n’a pas d’égal. Blake s’endort dans cet état trouble d’émotions douloureuses et rassurantes. Je m’en veux. J’écoute sa respiration patiemment, incapable de me laisser aller au sommeil. Comment les choses vont-elles se passer demain ? Les prochains jours ? Quel sera le meilleur moment pour lui dire la vérité ? L’idée de ne pas m’y résoudre fait monter les larmes à mes yeux. Je n’ai jamais pleuré pour un homme que je connaissais depuis si peu de temps, mais Blake est différent. Je sens qu’avec lui je pourrais aimer partager le temps que nous avons ensemble. Il faut que j’arrive à savoir s’il a bien demandé cette ordonnance…

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