Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 23 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

23 Michele Jones

 

Je m’écarte de Blake sans perdre de ma superbe. La chanson change. Je prends la tête pour sortir de la piste et, si j’ai l’habitude des talons, j’ai le pas précaire. Ce bachata était si sensuelle ! Je ne sais pas ce qui m’a pris de l’embrasser. Enfin, si, je le sais parfaitement. J’ai adoré le redécouvrir sur cette piste après cette semaine un peu vide parce qu’il m’évitait. Ce temps nous a permis de nous retrouver. L’alchimie que nous partageons lorsque nous dansons me pousse à lire en lui avec mon cœur, et non avec ma tête. Entre ses mains chaudes et précises, j’ai tout oublié de sa vie, ses objectifs, ses enjeux. Je ne pensais plus qu’à l’homme qui me tenait avec autant d’intensité. Qu’il réponde à mon baiser n’était pas une surprise. Blake cochait déjà toutes les lignes des signes avant-coureurs qu’il s’intéresse à moi. Il ne détourne pas le regard chaque fois que je cherche le sien, il est prévenant, attentif à mes paroles, il a ces petits moments de flottement quand il est perturbé même s’il essaie de se montrer cool. Et puis ses mains… Elles me font vibrer. S’il y a bien une chose qui me plaît par-dessus tout chez un homme, c’est ça ! Blake est tactile, juste ce qu’il faut. Je l’avais déjà remarqué lors de notre première nuit et ça s’est confirmé à l’instant. Je me demande s’il va se montrer nerveux pour le reste de la soirée ou s’il va être confiant.

— Tu m’accompagnes, Michele ?

Amy. Je rencontre mon visage. Elle glisse déjà sa main sur mon bras et m’attire à sa suite. Je croise brièvement le regard de Blake. Je ne sais pas si je dois bénir ou maudire l’intervention de ma meilleure amie. Elle m’entraîne d’un pas pressé dans la pièce à l’écart.

— J’ai tout vu, vous êtes intenses !

— Tu n’as pas les yeux à poser ailleurs ? Sur Alessandro par exemple ?

Nous rigolons en entrant dans une cabine. Comme d’habitude, nous y allons ensemble.

— Ça se passe super bien, tu peux t’amuser, me dit-elle.

— Tu vas passer la nuit avec lui ?

Elle se soulage en croisant mon regard.

— Tu penses que c’est trop tôt ? questionne Amy.

— Non, pas si tu en as envie.

Je reconnais son petit mouvement de tête gêné. Nous échangeons nos places. Elle fouille dans ma pochette.

— Tu en as qu’un ? Je devrais peut-être te le laisser !

— Donne-moi ça.

Je récupère mes affaires en lui abandonnant le préservatif.

— Tu n’es pas possible, tu sais ? Tu attends ce rendez-vous depuis des semaines et tu n’es pas prête.

— D’habitude, je compte sur eux pour ça, mais, bon, j’aimerais bien que la soirée se termine bien s’il n’y a pas songé.

— Oh, crois-moi, il y a pensé !

Amy glousse et sort la première de la cabine. Elle me suit près du lavabo en me remettant la clé de la voiture.

— C’était pour… Blake ?

Je la fusille du regard sur la surface du miroir. Contrairement à elle, je suis peu expansive sur mes relations ou les mecs qui me branchent.

— J’en ai toujours.

— C’était comment, ce baiser ?

Mon expression trahit mes pensées.

— Ça me semblait bien, murmure-t-elle.

J’inspire profondément et lui livre :

— Je ne suis pas certaine cette fois.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il a une vie bien remplie.

— Sa fille te fait peur ?

Qui n’aurait pas peur ? J’ai vingt-six ans et lui, il va avoir un deuxième enfant. Je ne suis pas sûre de vouloir gérer cette partie-là.

— Tu ne devrais pas réfléchir à ça s’il te plaît.

— Justement, c’est parce qu’il me plaît que j’y pense.

— Ça n’avait pas l’air d’être ta préoccupation sur la piste.

— Tu ne m’aides pas là.

Amy rigole une nouvelle fois en rangeant son rouge à lèvres. Elle se parfume en se dirigeant vers la sortie. Je la retiens.

— Tu m’écris tout à l’heure et tu me dis où tu es.

— Oui.

Elle m’offre une accolade sincère et ouvre la porte. Nos chemins se séparent près du bar. Amy poursuit plus loin sur la terrasse et je surprends le regard pénétrant de mon colocataire. Il a commandé de nouveaux verres. Je m’approche d’un pas lent en essayant de dompter mes pensées et mon cœur qui s’emballe.

— Tu viens ?

Son petit air étonné me prête à sourire. Je le devance pour rejoindre la partie couverte.

— Tu n’as plus envie de danser ?

— Je veux profiter du jacuzzi.

— OK.

Dans l’espace fermé, quelques personnes sont installées sur les canapés en cuir disposé dos aux baies vitrées. Nous trouvons un coin de place et des serviettes propres. Dès que nous sommes en maillot, nous nous retrouvons devant le bain à remous. Il me donne la main pour m’aider à entrer. Je m’en empare en rejoignant l’eau chaude. Le bassin d’un mètre vingt est occupé par quatre femmes. J’investis un recoin libre. Blake avance d’un pas lent. Même si je soutiens son regard, j’aperçois son buste. A-t-il un self-control à toute épreuve ? Je lui intime d’approcher parce qu’on ne va pas s’entendre avec la musique.

— Est-ce que ça va ?

— Oui et toi ?

— Je ne savais pas que tu maîtrisais aussi la bachata.

— Je suis un homme plein de surprises.

Un serveur nous donne nos cocktails. Blake se penche légèrement vers moi en tendant les bras. Je pose la main sur sa taille. Il se raidit un peu en plaçant les verres entre nous.

— Merci.

— Avec plaisir.

Je sirote ma boisson sans le quitter du regard. Il a l’air à l’aise avec ce qu’il s’est passé entre nous sur la piste. Mon ventre est noué. Je suis tiraillée par l’envie de recommencer et celle de ne pas brûler toutes les étapes. Il répond à mon sourire, comme toujours.

— Ça t’a plu ?

— Le baiser ou la danse ?

J’incline la tête.

— Les deux.

— C’était parfait et toi, tu en as pensé quoi ?

— J’ai passé un bon moment, mais tu le sais déjà.

J’imaginais que Blake était du genre à faire le premier pas. Dans mon analyse, je me suis trompée sur ce point.

— Assez pour recommencer ?

— Approche pour voir.

J’ai plié les jambes pour profiter de l’eau jusqu’à la naissance de ma poitrine. Ça ne l’empêche pas d’avancer assez près pour se placer à ma hauteur. Mon cœur s’emballe une nouvelle fois lorsque son buste rencontre mon maillot. Cette fois, ce n’est pas pour la danse. Il inspire avant de poser ses lèvres contre les miennes. J’y réponds doucement en découvrant sa bouche chaude. Nous nous embrassons plus longuement en veillant à garder nos boissons hors du bain. J’enroule mon bras libre autour de son cou. Blake glisse sa main sur ma hanche, sous la surface de l’eau. D’un geste maîtrisé, il m’attire contre lui. Je conduis mes jambes autour de sa taille tandis qu’il est agenouillé dans le bassin. La température vient de monter ! Il est à l’aise ! J’humidifie mes lèvres en mettant doucement fin au baiser. Ses yeux sont devenus profonds. Je le trouve vraiment sexy à cet instant. Mon corps s’éveille à son contact. Je sirote une nouvelle fois mon cocktail en le détaillant.

— Depuis quand tu as envie de m’embrasser comme ça ?

— Depuis la première danse que nous avons partagée.

Je n’imaginais pas qu’il répondrait. Ça me fait quelque chose qu’il me livre le fond de sa pensée. Il a bien senti l’alchimie qui nous lie sur la piste. Confortablement assise contre lui, j’essaie de garder la tête froide. Je ne pensais pas que j’aimerais autant ce rapprochement. Lorsque je ne m’étends pas en conversation après un premier baiser, c’est assez évocateur. Je profite simplement de l’instant contre lui et ça a l’air de lui plaire. Blake réaffirme son contact contre mon dos. Je me resserre contre lui. Nous ne pourrions pas être plus proches. Son regard parle pour lui. Le mien bifurque à nouveau sur sa bouche. Je m’en approche sans me faire prier pour goûter une nouvelle fois à ses lèvres. Il mène l’échange tandis que je plonge mes doigts dans ses cheveux à l’arrière de sa tête. La même énergie nous berce, à la fois douce et passionnante. Je mets du cœur à l’ouvrage jusqu’à ce qu’il se fige avec un souffle brûlant. Je me pince la lèvre en souriant en sentant qu’il réagit à notre moment.

— Je suis désolé.

— Pourquoi…

Je n’ose plus bouger contre lui pour éviter de le mettre plus mal à l’aise. Blake a la gorge nouée par la venue de cette érection.

— Tu me fais beaucoup d’effets. Je ne veux pas paraître lourd.

— Je trouve ça flatteur.

Avec attention, je balaie la salle des yeux pour m’assurer que personne n’a remarqué ce qu’il se passe.

— Vraiment ?

— Oui.

— Je sais garder la tête froide d’habitude, mais tu es absolument magnifique.

Je joue encore une fois avec ses cheveux en appréciant le compliment.

— Je ne veux pas que tu croies que… je suis un pervers ou… je ne sais pas un accro…

L’inquiétude qui trahit son aveu me touche.

— Je ne pense pas ça, Blake.

— Tu me plais beaucoup.

J’aimerais bien prolonger ce moment, mais nous n’allons pas pouvoir rester dans ce bain. Je me pince la lèvre en étirant le bras sur le bord.

— Aide-moi à sortir, je te donnerai la serviette.

Je me redresse en emportant mon verre. Il me tend la main sur laquelle je prends appui. Blake ne me quitte pas des yeux. Une chance que l’endroit soit plongé dans la pénombre. La seule lumière qui éclaire la salle tape dans la boule à facettes. Personne ne voit rien lorsqu’il noue le linge autour de sa taille. Je ne devrais pas trouver ça si excitant, mais c’est plus fort que moi. Je m’empare de nos verres et nous conduis à l’écart où nous avons laissé nos affaires. Je m’essuie en lui jetant un regard.

— Est-ce que ça va ?

— Oui.

Il ment bien. Aucun de mes précédents mecs n’a pris ce genre de situation aussi bien.

— Tu es sûre que tu ne m’en veux pas ?

OK ! Creusons ! Je noue la serviette autour de moi pour sécher un peu mon maillot et je m’assois sur le canapé.

— Pourquoi culpabilises-tu ?

Il s’installe à mes côtés. Cette discussion va peut-être le refroidir suffisamment pour que ça passe.

— Je ne veux pas que tu te sentes oppressée.

— Erika ?

Il grimace. Je viens de crever la bulle qui nous a rapprochés. S’il a l’air ennuyé, il a aussi l’air de se détendre. Au moins penser à son ex ne le fait pas bander. Il détourne le regard.

— Elle me le reprochait tout le temps.

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