Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 15 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

15 Michele Jones

 

Pour la première fois depuis mon arrivée à New York, j’ai réalisé des économies. Blake avait un tas d’idées pour des repas à petits prix. Nous avons pris tout le temps du monde pour faire les courses mercredi après-midi. Je pensais lui montrer quelle était ma consommation usuelle, mais il a tout pris en main. Je n’en ai pas l’habitude. C’est moi qui m’occupe des courses, sauf quand il s’agit de moi. Il a dû se rendre compte que j’étais une calamité pour m’organiser dans les achats alimentaires. Nous avons passé un bon moment et j’en ai appris un peu plus sur sa personnalité. J’ai aussi remarqué son soulagement quand, après avoir récupéré Amy, je suis restée à l’appartement. Monsieur Taylor n’a pas bien pris ma réponse, mais je ne suis pas à ses ordres. J’ai prétexté avoir déjà un rendez-vous. Et puis la soirée a été agréable… Blake et moi avons cuisiné ensemble. Il m’a raconté des anecdotes et je lui ai parlé de mes précédents colocataires. Il a l’air différent, mais je ne le connais pas encore assez pour lui faire confiance.

Le reste de la semaine s’est déroulé sans trop d’encombres jusqu’à ce soir. Mon entrevue avec monsieur Taylor approche. J’essaie de me motiver en me disant qu’après ça, je filerai tout droit au bar où travaille Morgan. Je m’y paierai un bon cocktail, ou deux !

J’ai opté pour un look blazer blanc avec des baskets assorties, un jean slim et un top fluide noir. Une semaine de moins à côtoyer ce vieux pervers. Je lui ai donné rendez-vous un peu plus tôt que d’habitude. Il est dix-huit heures. Il me fait acquérir des trucs insignifiants pour lui. Je suis sûre qu’il a dix exemplaires de ceintures comme celle que j’ai achetée dans son placard. Travailler pour lui n’est pas une partie de plaisir ! Normalement, je partage la joie de mes clients, je trouve des articles qui les surprennent et chaque dépense devient un moment de bonheur gratifiant.

— Mademoiselle Jones.

— Votre commande, dis-je.

— Montrez-moi.

Il me détaille des pieds à la tête derrière son bureau avant de s’arrêter sur la ceinture entre mes mains.

— S’agit-il bien de la longueur appropriée ?

— Oui.

— Nous devrions peut-être vérifier.

Il se lève et contourne son bureau en croisant mon regard. S’il espère que je vais m’approcher assez pour passer l’accessoire à sa taille, il se met le doigt dans l’œil jusqu’au coude. En comprenant bien ma posture, il se charge de déboucler sa ceinture lui-même.

— Je vais vous laisser un moment, dis-je en m’éloignant en direction de la porte.

— Vous avez dû en voir d’autres.

Avant que je ne l’atteigne, il pose une paume sur mon épaule. Je m’en dégage en lui faisant face avec colère.

— Pour qui vous prenez-vous ?

Lorsqu’il lève les mains, son pantalon tombe. 

— Vous êtes entreprenante ce soir, mademoiselle Jones.

— Ça a assez duré.

Il se penche pour se rhabiller et avance dans ma direction en réclamant sa nouvelle ceinture. En me coinçant dos à la porte de sortie, il prend tout son temps pour passer l’accessoire dans les anneaux. Je fulmine, les dents serrées. Il se tient à l’endroit parfait pour m’empêcher de faire un pas.

— Vous savez que je peux porter plainte, dis-je en soutenant son regard.

— Vous ne le ferez pas. Vous avez de grands rêves que vous ne voulez pas voir étouffés.

Avec un air fier, il s’empare de mon visage en me gardant d’une main ferme. Je ne lui laisse pas l’occasion d’approcher de mes lèvres. J’envoie mon genou dans son service trois-pièces et le repousse avant de prendre la porte.

Putain !

Je m’éclipse en mettant autant de distance que possible entre ce type et moi. Je n’y remettrai pas les pieds ! Tant pis pour l’ombre qu’il fait planer au-dessus de ma tête. Qu’ils viennent me parler ses avocats !

Les nerfs en pelote, je rejoins Amy et Blake devant l’immeuble sur lequel se tient le rooftop. J’aurais aimé avoir plus de temps pour me détendre.

— Ma chérie !

La voix d’Amy fait descendre la tension d’un cran. Je l’accueille quand elle se jette dans mes bras.

— C’est enfin le week-end ! me dit-elle en me serrant fort.

Je lui offre un sourire. Il n’est pas convaincant. Elle sait que je ne vais pas bien. Blake nous observe. J’espère donner le change en les conduisant à l’intérieur. Morgan nous attend dans la cabine.

— Morgan, Blake, Blake, Morgan.

Ils échangent un regard cordial et le blond appuie sur la fermeture des portes. Je soutiens le regard du petit ami de Damian un peu trop durement. Quand l’ascenseur arrive, je prends les devants.

— Prenez une table, je vais commander les cocktails.

Et Morgan comprend que je veux lui parler en tête-à-tête. Amy entraîne Blake sur la terrasse magnifique où les guirlandes aux lumières chaudes éclairent l’espace avec magie. Le jour décline. C’est le meilleur moment pour venir boire un verre ici.

— Écoute, Michele…

Le grand blond me tourne le dos pour passer derrière le comptoir.

— Non. Toi, tu vas m’écouter !

Morgan se fige. Les clients alentour nous jettent des regards à la dérobée. Je m’accoude au bar en le pointant du doigt.

— Tu as plaqué Damian et tu l’as blâmé pour quelque chose dont il n’est pas responsable.

— Je me suis excusé, Michele.

— Je me fous de tes excuses, tu lui as brisé le cœur. Si tu recommences, je te jure que je t’arrache le tien !

— Putain, tu es sur les nerfs…

Je sonde son regard de crétin sans le lâcher.

— Je suis sérieux, je l’aime. OK ?

— Tu n’as pas intérêt de déconner parce que je ne vais pas te lâcher.

Avant qu’il ne dise autre chose, je lui intime :

— Sers-moi quelque chose.

— Comme quoi ?

— Un remontant.

J’avale les quatre centilitres rapidement pendant qu’il élabore la boisson habituelle d’Amy.

— Tu as des soucis ?

— C’est toi, mon problème.

— Tu n’as jamais fait d’erreur, toi ?

Il n’arrive pas à se mettre en tête qu’on ne parle pas de moi, mais de Damian. Je souffle un bon coup et patiente pendant qu’il prépare les autres verres.

— Merci.

J’emporte les boissons et m’éloigne des tabourets alignés devant le long bar incurvé. Les fauteuils se remplissent. Amy s’est assise sur l’un des grands canapés qui se font dos. Je m’installe à ses côtés face au regard de Blake. Il est soucieux. Qu’est-ce qu’Amy a pu lui dire ? Il avait l’air très bien, il y a quelques minutes.

— Morgan est-il toujours en vie ? demande-t-elle.

— Pour l’instant.

— Alors, avec le vieux ? relance mon amie.

Je lui fais de gros yeux. Après la discussion que j’ai eue avec Blake dans le métro, je lui ai dit de ne pas en parler devant lui.

— Ça va…

Je m’appuie contre le dossier en portant ma paille à mes lèvres.

— Il est fidèle à lui-même.

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