Mon dernier colocataire (French Edition)
35 Michele Jones
Blake a redoublé d’efforts et de sensualité sur la piste de danse. Mon esprit s’évade aux souvenirs passionnants qu’il m’a laissés. L’empreinte de son corps contre le mien, sa musicalité interne, l’harmonie qui a régné entre nous dans cette bachata, tout était parfait ! Dans la nuit qui a suivi aussi…
Les yeux ouverts dans la chambre éclairée par les premiers rayons du jour, je le regarde dormir. Il est beau. Mon âme s’accroche à lui. Je l’aime, c’est indéniable. Avec douceur, je caresse ses côtes, puis son dos. Personne ne m’a autant manqué que lui quand il n’est pas près de moi. Avant je comptais le temps en mesurant les heures qu’il me restait avant de me coucher, maintenant je calcule celles qui me séparent de lui. Il me rend folle… Il m’est déjà arrivé d’avoir une relation qui démarre vite et fort, mais celle que j’ai avec Blake a de la profondeur. Nous apprenons à nous connaître vraiment. La connexion que nous avons n’est pas que physique et plaisante, elle est émotionnelle aussi. Je ne pensais même pas que c’était possible !
— Tu es déjà réveillée ?
— J’ai quelque chose à faire, dis-je doucement.
Mais avant j’ai besoin d’une piqûre de rappel de lui.
— Tout de suite ?
Je souris comme chaque fois que nous partageons la même pensée. Mes lèvres trouvent les siennes délicieuses. Je pose la main sur sa joue et me presse à sa rencontre. Il se laisse conduire sur le dos et glisse ses doigts sur mes fesses. Nos corps nus sont faits l’un pour l’autre. Je me sens tellement à l’aise avec Blake. Nous nous étreignons avec amour dans ce câlin matinal dont je me régale tous les jours.
En m’écartant de ses lèvres, je plonge dans ses yeux. Il n’a pas besoin de le dire pour que je le sache. Nos sentiments grandissent. Le nouveau regard que je pose sur lui rappelle à mon cœur qu’il avait raison.
— Je te retrouve pour le repas, dis-je tout bas.
— OK. Je préparerai un truc spécial, avec un dessert.
— Autre que toi, tu veux dire ?
— J’y mettrai du gingembre, du rhum ambré et de la tequila.
Il me fait tellement rire. Je me hisse au-dessus de lui en serrant ses épaules musclées et me penche avec gourmandise sur sa bouche.
— Tu as adoré ça…
— Autant que toi, mon ange.
— Mmh…
Je me hisse à son oreille en appréciant le contact de ses mains sur mon dos nu.
— Tu pourrais aller acheter des préservatifs ?
— Tout ce que tu veux.
Je me pince la lèvre. Il raffole de m’entendre lui dire que j’ai envie de lui et moi, j’aime l’effet que ça lui fait. Avant de m’éloigner de cette chambre, j’embrasse ses pectoraux, son ventre, son bas-ventre… Il saisit mon regard lorsque je lève les yeux à proximité de son membre.
— Je reviens vite.
— Prends ton temps, je serai là à ton retour.
Je fonce dans la salle de bains. Avant de sortir, j’enfile une veste à Blake et une casquette. Damian m’a déjà écrit plusieurs messages. Il est terriblement nerveux. Hier soir, sur la piste de danse, il m’a demandé de ne pas suivre Morgan aujourd’hui. Manque de chance pour lui, je ne lâche pas le morceau aussi facilement.
« Détends-toi ou tu vas me griller ! »
« Il ne se doute de rien. »
« Parfait. »
Je traverse le quartier pour rejoindre le pied de l’immeuble voisin à celui de Damian. Un jour, il faudra que j’arrête de jouer les super-héros. Je pourrais être avec Blake en train de profiter d’une grasse matinée romantique !
L’heure passe. Comme mon ami l’a dit, Morgan apparaît dans la rue à onze heures cinq. Je vais à sa suite lorsqu’il se dirige vers le métro. Il est pressé de grimper dans une rame. Je regarde le sens qu’il prend et monte incognito dans celle derrière lui. À travers la vitre salie par les traces de doigts, je l’observe. Il s’est assis et il rédige un message. J’aimerais bien ne pas découvrir un vilain secret, mais le sourire qui s’immisce sur ses lèvres ne m’inspire pas confiance. C’est le genre de geste qui trahit l’excitation et je ne pense pas qu’il écrive à mon meilleur ami. S’il avait voulu profiter d’une matinée sous les draps, il ne serait pas parti.
Nous nous rendons droit dans le Queens, du côté d’Astoria. Je ne l’ai jamais entendu dire qu’il y passait du temps. Putain… Je lui emboîte le pas lorsqu’il sort de la rame bondée et je presse l’allure pour ne pas le perdre de vue. Sur son chemin, il achète des fleurs blanches. Le quartier est plutôt riche et inspirant la sécurité, mais je doute qu’il soit venu pour parfaire sa culture ou admirer les grands espaces. Je marche derrière un homme pour traverser un passage piéton et m’arrête au pied d’un bâtiment.
— C’est moi, ma guimauve.
La porte s’ouvre. Je prends sa suite dans le hall.
— Ma guimauve, hein ?
Morgan fait volte-face. J’ai envie de lui faire bouffer ses fleurs.
— Tu pensais vraiment pouvoir continuer ton jeu, n’est-ce pas ?
— Mais… Tu m’as suivi ?
Il passe nerveusement une main dans ses cheveux blonds. Le petit air joyeux qu’il affichait sur le chemin a disparu. Nous nous affrontons du regard. Une porte s’ouvre. Morgan blêmit à mesure que des pas se font entendre dans l’escalier.
— Habibi ?
— Tu es tellement foutu. N’essaie même pas de parler à Damian.
Le gars qu’il fréquente approche de nous. Il est surpris de nous trouver dans cette atmosphère. Je lui offre un grand sourire.
— Tu ne fais pas les présentations, mon chéri ?
— Chéri ? s’étonne l’homme au teint mat.
— Ce n’est pas ce que tu crois. Donne-nous une minute.
Morgan pose sa sale main sur mon bras et nous conduit dans la rue. Je m’écarte en lui jetant un regard assassin. J’attrape ses maudites fleurs et le gifle avec.
— Damian ne mérite pas ça !
— Tu ne sais rien de ce qu’il y a entre nous, putain !
— Oh, je sais parfaitement qu’il n’y a plus rien !
Je m’éloigne de lui, d’humeur massacrante. Comment est-ce que je vais annoncer ça à mon ami ? Il va vouloir avoir les détails ! J’écris à Amy.
« Code rouge »
« Mauvaise nouvelle pour Damian ? »
« Oui, j’ai besoin que tu m’accompagnes chez lui »
Quel dimanche !
L’annonce ébranle Damian. Je le laisse aux soins d’Amy. Même si mon ami sait que je n’y suis pour rien, c’est moi qui lui apporte la mauvaise nouvelle. Il sera mieux avec Amy. Le week-end passe trop vite. J’ai l’impression de n’avoir jamais assez de temps près de Blake. Lundi me le vole déjà pour la journée et après nos folies du dimanche, nous nous couchons de bonne heure.
Je suis impatiente de ce nouveau mardi. Ce midi, j’ai retrouvé Loretta. Elle a réussi à me transmettre les noms des clients de Taylor. Je ne vais pas tous les utiliser, bien sûr, mais je sais qu’il y a des intéressés par la mode là-dedans. Cette femme est superbe. Nos discussions concernant les agissements malsains de son patron nous ont rapprochées. Elle est aussi partante pour travailler avec moi et je dois avouer que l’idée me plaît beaucoup. Les mauvaises choses ont toujours une fin. Maintenant, tout se met en place à grande vitesse ! Peut-être que ma boutique sera ouverte avant la fin d’année. Je ne parviens pas à y croire.
Inspirée par mon déjeuner avec elle, je rejoins ma nouvelle cliente dans un café de l’Upper east. Sur Lexington avenue, je presse le pas pour arriver à l’heure au Joe Coffee. Je me raidis en apercevant Erika autour d’une table pour deux. Elle m’envoie un signe de main. Dites-moi que je rêve ! Cette femme s’est fait passer pour mon acheteuse ? Non, ce doit être une erreur. Oh… Son sourire me laisse penser que ce n’en est pas une. Sans montrer mon trouble, j’avance d’un pas assuré et m’installe face à elle.
— Vous aviez mon adresse, si vous vouliez prendre un café, dis-je.
Mon air faussement détendu répond au sien. La blonde huppée pose deux doigts sur la tasse qui lui est servie.
— Madame ?
— Un verre d’eau, merci.
Erika patiente jusqu’à que je sois servie pour entamer la discussion qu’elle attend d’avoir avec moi. Je n’aime pas ça du tout. Blake détesterait savoir qu’elle a manigancé ce stratagème pour me voir entre quatre yeux. Ce moment promet de ne pas être agréable.
— Je ne voulais pas que nous soyons interrompues.
— Je vous écoute.
— Baiser avec Blake ne vous donne pas le droit d’interférer dans la vie de ma fille. Avez-vous pensé à ce que pourrait ressentir Gabriella quand vous passerez à autre chose ?
— Vous ne manquez pas d’air, vous.
Je tiens mon verre en sondant ses yeux de glace.
— Ne me dites pas que vous ne couchez pas ensemble, je ne vous croirais pas.
— Ce qu’il se passe entre nous ne vous regarde pas, Erika. Blake n’a pas de compte à vous rendre.
— C’est là que vous vous trompez, jeune femme.
Jeune femme ? Pense-t-elle que j’ai dix-huit ans ou quoi ? Blake m’a bien parlé d’elle, mais je présume qu’il ménageait ses paroles !
— Il est le père de ma fille. J’ai un droit de regard sur les personnes avec qui il est ! Et vous, vous n’êtes pas à la hauteur.
— Je vous demande pardon ? Vous ne savez rien de moi. Qu’est-ce qui vous permet de me juger ?
— Vous avez quoi ? Vingt-quatre ans ?
— Vingt-sept.
— Vous avez trouvé en Blake un parfait pigeon.
— Vous l’aimez toujours, dis-je en sondant son attention.
— Bien sûr. Nous avons été ensemble pendant quatorze ans et nous nous connaissons depuis plus de vingt ans. Vous jouiez encore aux poupées quand nous construisions notre famille.
Je rigole avec arrogance. Ne pas lui sauter au cou, ce serait du plus mauvais effet.
— Et vous lui avez brisé le cœur. Ça ne vous suffit pas ? Pourquoi continuez-vous de lui pourrir la vie ?
— Et vous pensez être celle qui pourra recoller les morceaux de son âme meurtrie ? Ne me faites pas rire.
— Je ne le crois pas, je suis cette personne !
Si nous n’étions pas dans ce café, nous en serions peut-être déjà aux mains. Et je ne suis pas une violente ! Pas trop…
— Parce que vous êtes prête à devenir belle-mère ou avoir des enfants avec lui ? Vous a-t-il parlé de son désir d’avoir une grande famille ?
Je déteste le sourire qui borde le coin de ses lèvres. Un petit sourire fier et suffisant. Touché. Pas besoin d’être devin pour savoir que la question est importante et que nous n’en avons pas encore discuté.
— Bien sûr que non, parce que vous êtes celle avec qui il couche, celle qui lui fait prendre son pied, rien de plus. Et vous ne serez jamais rien de plus.
Je garde les lèvres closes. Quelle harpie ! Ils se connaissent depuis si longtemps. Je me suis déjà demandé comment rivaliser face à cette femme et la réponse m’est apparue évidente : je le rends heureux ! Ce n’est pas ce que cette castratrice lui a apporté durant leur mariage.
— Blake, autant que Gabriella, a besoin d’un individu stable dans son quotidien. Une personne capable de prendre soin d’eux. Pas d’une fille entre deux boulots qui sort avec ses amis pour danser jusqu’au bout de la nuit.
Que sait-elle de ma vie au juste ? Je ne sais pas ce qu’a pu raconter Blake. Je me mords l’intérieur de la lèvre en la laissant cracher son venin.
— Votre rêve, c’est d’être la meilleure styliste de New York ? Eh bien, je peux le réaliser. Quittez immédiatement la vie de Blake et Gabriella et vous le deviendrez grâce à mes connexions dans le milieu de la mode.
— Vous êtes la dernière personne de qui j’accepterai de l’aide ! Je n’arrive pas à croire que vous me demandiez une chose pareille !
— Quoi ? Vous préférez un chèque ? Les deux ?
— Blake et moi, nous sommes ensemble, que ça vous plaise ou non. Je ne suis pas à acheter, Erika.
— Vous ne serez jamais sa priorité numéro un, vous êtes prête à l’accepter ?
— La seule personne qui semble avoir du mal avec cette idée, c’est vous.
— Et vous donneriez quoi pour valider cette théorie fascinante ?
Je secoue la tête devant sa question incohérente.
— Qu’est-ce que vous voulez dire ?
— J’interdirai à Gabriella de venir chez vous.
Ma colère laisse place à de la sidération. Oserait-elle aller jusque-là ? J’ai bien peur que oui. Erika est sérieuse. Comment peut-elle faire une chose pareille à Blake ? A-t-elle compris que je l’aime assez pour lui éviter cette situation ?
— Vous et Blake ou Blake et sa fille.
Je déteste cette conjoncture. Je ne sais même pas s’il a déjà le document officiel pour la garde. Putain ! Je suis coincée face à ses mots. Je suis impulsive et prompte à défendre ceux que j’aime, mais je sais aussi agir avec cœur pour leur bien.
— Vous ne gagnerez pas. Je ne laisserai pas une femme de votre… type, côtoyer ma fille.
Quelle salope !
— Je pense que nous avons fini. J’ose espérer que vous ferez le bon choix. Je vous abandonne ! Au revoir, madame Jones.
Je ravale une parole malheureuse en la regardant partir. Je devrais parler de cette entrevue avec Blake, mais il irait la voir et ça ne donnerait rien de bon, ni pour lui ni pour Gabriella. Je suis certaine qu’elle lui ferait payer. Qu’elle nous le ferait payer ! Un poids douloureux cerne mon cœur. Je ne me suis jamais retrouvée dans cette situation.
J’écris à Amy.
« Il faut que je te parle »
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