Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 42 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

42 Blake Baldwin

 

Elle a dit qu’elle voulait juste me protéger, mais ce n’est pas seulement ça ! Elle souhaitait aussi défendre Gabriella. Putain ! Erika va m’entendre ! De quel droit se permet-elle d’interférer dans ma vie ? J’essaie de réguler ma colère pour me concentrer sur Michele. Ce qu’elle a fait pour moi me touche haut plus au point. Elle nous a fait passer avant elle.

— Ne fais rien que tu pourrais regretter, murmure-t-elle.

— Je ferai ce qu’il faut. Je refuse qu’Erika se mette entre nous.

Ça, oui ! Putain, dès demain je vais la voir. Elle va entendre parler du pays. J’inspire une nouvelle fois pour me calmer.

— Je prendrai un avocat.

Michele glisse ses mains côte à côte sur mon buste.

— Tu peux aussi… lui laisser croire ce qu’elle veut le temps que les choses se tassent.

— Non. J’en ai marre de toujours lui obéir. Je ne veux plus ça. Je vais me battre pour toi, pour Gabriella, je ne laisserai pas Erika gagner encore.

Elle déplace sa tête contre la porte close de la cabine.

— Tu n’as rien à me prouver, je sais que tu m’aimes.

— Bien sûr que si. Je ne veux pas que tu aies constamment peur qu’elle puisse tout détruire.

Michele garde le silence un instant avant de me faire face à nouveau.

— Tu sais qu’une procédure peut prendre plusieurs années, bébé. Gabriella a besoin de toi. Je ne sais pas de quoi cette femme est capable, mais je comprends que tu préfères ne pas prendre de risques.

Je ferme les yeux en me frottant vivement la tête.

— Tu pensais vraiment que je préférais me tenir loin de toi ?

— Je devenais dingue. J’avais beau chercher à comprendre, rien ne me semblait cohérent. Et puis, mes insécurités ont pris le dessus et je me noyais.

Je déglutis en lui avouant ces mots. Heureusement que nous sommes dans le noir. Je me sens encore une fois berné par Erika. Combien de fois trouvera-t-elle le moyen de me blesser ?

— Tu m’en veux beaucoup ? questionne Michele doucement.

— Non, non, pas du tout. Tu naviguais dans une eau infestée de crocodiles, tu as fait du mieux que tu pouvais.

Je glisse mes mains sur sa taille en caressant ses flancs avec mes pouces.

— Tu es tellement forte.

— Ce n’est pas l’impression que j’ai.

— Quoi ? Pourquoi est-ce que tu dis ça ?

— Parce que je ne sais toujours pas si j’ai bien fait ou si mes mots vont provoquer un raz-de-marée. Je suis inquiète.

Je déglutis. Mon cœur me fait mal.

— Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

— Je ne sais pas, tu la connais mieux que moi. Essaie seulement de ne pas vous priver de bons moments, ta fille et toi.

Avant que je n’aie pu répondre, les lumières se remettent en marche et l’ascenseur reprend sa course. Dès que les portes s’ouvrent, nous sortons pour trouver le hall de l’immeuble. Michele fait quelques pas en plaçant ses mains sur sa taille. Je l’observe sans dire un mot. Je suis tellement en colère contre Erika ! Elle parvient à me manipuler. Non seulement moi, mais Michele aussi !

— Elle fait pression sur moi, je vais faire pareil.

Elle se tourne vers moi en m’interrogeant du regard.

— À quoi réfléchis-tu ?

— J’annule l’accord, je ne les aide plus pour leur projet d’enfant.

Michele agrippe ma main et m’attire vers la cage d’escalier. Elle prend les devants pour nous reconduire à notre étage.

— Tu penses que c’était la seule décision d’Erika ou… Tracy est-elle comme elle ?

— Tracy n’a rien à voir avec Erika. Je me demande ce qu’elles font ensemble.

Usant de toute la tendresse dont elle fait toujours preuve, Michele ouvre la porte de l’appartement. Nous quittons nos chaussures. Je n’arrive pas à croire qu’elle ait fait preuve d’une telle abnégation. Ça me conforte dans l’idée qu’elle est vraiment la femme parfaite. Elle voulait nous protéger coûte que coûte.

Sa douce main retrouve la mienne. Michele me guide jusqu’à sa chambre. Nous arrêtant face-à-face, elle use d’amour et de délicatesse pour me dévêtir. L’ambiance dans cette chambre n’a jamais été bordée par ce sentiment d’apaisement après la tempête. Elle a tenu bon, malgré mes questionnements et mes excès. Elle est restée à la barre, cap plein nord. Elle n’avait pas à le faire, mais qu’elle s’y soit résolue compte plus que tout. Je l’aide à mon tour à mettre son pyjama et nous retrouvons les draps de son lit. Elle se réfugie contre moi en glissant sa tête sur mon torse comme elle aime le faire. Je crois qu’elle adore entendre les battements de mon cœur.

— Je suis désolé, mon ange.

— Tu m’as manqué, bébé, murmure-t-elle.

Michele me tient fort en enserrant ma taille. J’embrasse son front.

— Tu peux me dire quand tu l’as vue ?

— Mardi après-midi. Tu te souviens que je t’ai annoncé qu’une nouvelle cliente m’avait contactée ?

J’acquiesce doucement de la tête en l’écoutant avec soin.

— J’avais rendez-vous avec elle après mon repas avec Loretta. Quand je suis entrée dans le café de l’Upper East, elle m’attendait.

— Tu peux me dire ce qu’elle t’a dit en gros ?

— Elle a commencé par me dire qu’elle ne voulait pas que j’interfère dans la vie de Gabriella. Même si j’étais tendue, je pouvais entendre qu’elle soit inquiète… Si j’avais une fille, je serais sûrement prudente aussi. Je pensais qu’elle avait peut-être besoin de me faire confiance, mais ce n’était pas ça du tout.

Je ferme les yeux en caressant le bas de son dos. Erika est une vraie sorcière ! Je ne parviens pas à croire qu’elle se soit fait passer pour une cliente pour piéger Michele dans un guet-apens !

— Quand elle a compris que je lui tiendrais tête, elle m’a offert de l’argent pour sortir de ta vie.

— Quoi ?

Je suis surpris de ses mots ! Comment peut-on en arriver à marchander des émotions ? Erika n’a pas de cœur, ce n’est pas possible ! C’est un monstre !

— Elle a aussi proposé de lancer ma carrière, murmure-t-elle.

J’essaie de me calmer, mais plus Michele me raconte ce qu’il s’est passé, moins j’y parviens !

— Notre discussion s’est envenimée. C’est après ça qu’elle est passée au chantage supérieur. Elle m’a demandé de choisir entre toi et moi ou ta fille et toi. J’étais tellement en colère…

Je resserre mes bras autour de son corps. Comment Michele a-t-elle pu tenir tout ce temps ? Elle aurait dû m’en parler, même si je comprends pourquoi elle ne l’a pas fait.

— Mon ange, il faut qu’on apprenne à mieux communiquer. D’accord ?

— Qu’aurais-tu fait à ma place ?

— Je ne sais pas, mais nous devons partager nos problèmes. Nous sommes ensemble et je suis là pour toi, comme tu l’es pour moi, mais nous devons agir de concert, unis l’un avec l’autre.

— Je suis d’accord avec ça, bébé.

J’inspire longuement.

— Je vais demander la garde de Gabriella.

Les doigts froids de Michele caressent mon flanc lentement.

— Je suis sûre qu’elle en sera heureuse.

Je ferme les yeux. Ça va nous entraîner dans une relation en tous points différente. Seulement, je ne peux pas laisser Gabriella au soin d’Erika. Elle est complètement folle, c’est une personne méchante et manipulatrice.

— Je t’aime, mais je ne veux pas te contraindre ou que tu te retrouves coincée dans cette situation. Tu apprécies Gabriella, je le sais, sinon tu n’aurais pas fait tout ça. Mais je peux aussi entendre que tu aies besoin de plus de temps pour t’engager de cette façon.

— Ce n’est pas ce qui m’inquiète, bébé. Notre relation compte pour moi, même si elle est toute récente. Je me sens bien avec toi et je n’ai pas de difficulté à envisager certains changements dans ma vie. Mais… que ferions-nous si ça se passait mal ?

Je souffle.

— Je n’en ai aucune idée, mais je ne peux pas laisser Gabriella avec elle. Erika n’a plus le sens du bien ou du mal. Ce n’est pas une bonne personne. Je savais qu’elle était jalouse et possessive, mais là, ça va trop loin. Je refuse qu’elle transforme ma petite fille en sa copie.

— Tu sais que je t’aiderai.

Michele relève la tête vers moi.

— Il y a deux chambres ici et… je compte bien m’assurer que tu ne découches plus.

— Je te le promets.

— Merci.

Elle pose ses lèvres tendres sur les miennes et bouge sa main contre ma nuque. J’ai cru que j’allais la perdre. Je ne la connais pas depuis longtemps, mais Michele est un ange dans ma vie. Elle m’apporte tellement, autant sur un plan sentimental que psychique. Elle retrouve sa place sur mon torse. Ses doigts glissent sur mon ventre de façon distraite. J’étais si conditionné par toutes ces années avec Erika que j’avais des automatismes et des comportements qui ne correspondaient plus à celui que je suis vraiment. Je pensais avoir tout laissé derrière moi quand nous avons divorcé, mais ce n’est pas le cas. Peut-être que j’aurais besoin d’aller en parler à quelqu’un d’autre que Walter Kramer. J’ai gardé tout ce qu’il s’est passé en moi, par honte ou par culpabilité, et ce n’est pas sain.

Dans mes bras, Michele s’endort, mais moi, je n’y parviens pas. Lorsque mon réveil sonne, je l’éteins tout de suite pour que Michele puisse continuer à se reposer. Nous sommes un jour férié aujourd’hui et ça tombe bien parce que j’aurais eu du mal à aller bosser. Je me penche sur son front et murmure :

— Mon ange, je vais m’occuper du cas de la sorcière.

— Mmh… Reste là une minute.

Michele enserre mes épaules et se rapproche chaudement de moi.

— Reviens vite, bébé.

— Promis.

Je l’embrasse et quitte le matelas en la recouvrant. Je m’habille sans tarder et réserve un Uber sur mon portable. Le véhicule est là pile lorsque je franchis la porte de l’immeuble. Je lui donne l’adresse de Tracy et Erika. Je suis tendu, mais surtout il faut que je me calme avant d’arriver ou je ne vais pas réussir à dire tout ce dont j’ai besoin.

Le trajet se déroule en un éclair. Je profite du passage d’une femme sortant son chien pour pénétrer dans le bâtiment. Tel un acteur répétant son texte, je prends l’ascenseur pour rejoindre leur appartement. Je sonne. Les battements de mon cœur ressemblent au chant des tambours avant un combat.

La porte s’ouvre sur Erika à moitié endormie dans son peignoir. Je ne lui laisse pas en placer une et la pousse pour entrer. Je vais directement dans le salon. Elle me suit sans attendre, en colère.

Je fais volte-face en la pointant du doigt.

— De quel droit, tu te permets de t’immiscer dans ma vie ?

Son expression change. Elle se met immédiatement sur la défensive en croisant ses bras sous sa poitrine.

— Alors elle t’a parlé ?

Non, mais elle est incroyable. Avant que je ne puisse répondre, elle me pointe de son index à son tour.

— Figure-toi que j’interviens dans ta vie quand mon bébé est concerné. C’est mon rôle de mère.

Ma bouche s’ouvre grand.

— Tu connais cette femme depuis trois semaines et elle passe déjà du temps avec notre fille. Gabriella n’arrête pas de parler d’elle. Est-ce que tu te rends compte à quel point elle pourrait être bouleversée ?

— Ferme-la !

Je lui crie dessus sans pouvoir me retenir.

— Qu… Je te demande pardon ?

— Tu pensais à Gabriella quand tu avais ta tête entre les cuisses de Tracy ? Non ! Alors, ne viens pas me faire une leçon de morale à deux balles ! Tu sais très bien pourquoi tu es allée trouver Michele et ça n’a rien à voir avec ce que tu prétends.

Tracy apparaît en nouant son peignoir. Alarmée par notre échange, elle approche d’un pas pressé.

— Blake ? Ma chérie ? Que se passe-t-il ici ?

Avant qu’Erika ne reprenne la situation en sa faveur, je prends les choses en main.

— Il y a que cette harpie s’est fait passer pour une cliente pour pouvoir parler à Michele. Mais le pire ! C’est que… je n’arrive même pas à y croire. D’abord, elle lui a proposé de l’argent, puis de lancer sa carrière pour sortir de ma vie et en voyant que ça ne fonctionnait pas, elle lui a posé un ultimatum !

Les traits de Tracy s’étirent d’étonnement. Elle observe Erika qui vient de pointer un doigt menaçant dans ma direction.

— Chérie ? Qu’est-ce que tu as fait ?

— Elle a fait comprendre à Michele qu’elle devait choisir entre sa relation avec moi et celle que j’avais avec ma fille !

Estomaquée, la brune porte sa main à son visage et se déplace à mes côtés.

— Erika ! As-tu perdu la tête ?

— Non ! Cette femme est une menace. Gabriella n’a plus que son nom à la bouche, Michele par-ci, Michele par-là !

— C’est une enfant ! Évidemment que c’est ce qu’elle fait. Quand elle a rencontré Tracy, elle n’arrêtait pas de me dire à quel point elle était géniale. Tu crois que ça m’a fait du bien ? Bien sûr que non ! Mais ce n’est pas pour autant que je suis allé la voir pour jouer au con !

— Tu n’es pas sa mère !

— Erika !

Tracy avance d’un pas, pose une main sur son bras et cherche son regard.

— Tu vas trop loin, murmure-t-elle.

— Il veut la garde de Gabriella.

La brune soupire et m’adresse une œillade compréhensive.

— Je ne sais plus quoi dire, avoue-t-elle.

— Ne comptez plus sur moi pour votre projet d’avoir un bébé. Je suis désolé, Tracy, mais… Erika n’est pas… elle…

Le silence s’impose.

— Papa, maman, Tracy, qu’est-ce qui se passe ?

Gabriella arrive dans le salon en pyjama à moitié endormie et le regard rouge, tenant à la main son doudou. J’aimerais la prendre avec moi sur-le-champ ! Mais je suis sûr qu’Erika serait capable d’appeler les flics qui me foutraient en taule pour kidnapping ou que sais-je !

Je tente de sourire en me calmant. J’approche de ma princesse et l’agrippe dans mes bras. Du coin de l’œil, je vois la tension dans le corps d’Erika. Même si je la hais, je ne veux pas que ma fille se sente prise entre deux feux et qu’elle pense devoir choisir. Ce serait horrible.

— Papa est venu te chercher pour te faire une surprise, annonce Tracy.

— Qu’est-ce que tu…

— Toi et moi, nous devons avoir une discussion, chuchote Tracy durement. Je suis sûre que Blake ramènera Gabriella ce soir.

Dans mes bras, ma fille sourit.

— C’est vrai ? On va passer le jour de Christophe Colomb ensemble ?

— Oui, ma princesse.

Nous allons dans sa chambre pour qu’elle puisse s’habiller. Avant de partir, elle offre une accolade aux deux femmes et j’envoie un SMS à Michele pour qu’elle ne soit pas surprise.

Main dans la main avec Gabriella, nous sortons finalement de l’immeuble.

— Est-ce que Michele est là ?

— Bien sûr.

— Oh ! Est-ce qu’on peut aller acheter le petit déjeuner ?

— Absolument, ma princesse.

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