Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 14 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

14 Blake Baldwin

 

Mercredi après-midi, je cours pour rejoindre Michele. Je suis en retard ! Ça ne m’arrive jamais. La nuit dernière, je me suis endormi sur le canapé. Je m’y suis réveillé courbaturé et j’avais une faim tenace. Ensuite, j’ai passé la nuit à rêver de ma colocataire et j’ai loupé mon alarme… Pour couronner le tout, une élève m’a tenu la jambe à la fin du cours pour me demander des conseils.

Lorsque j’arrive en bas de l’immeuble, Michele est en train de m’attendre. Je reprends mon souffle en me pliant en deux. Wouah… Je jette un coup d’œil à ma montre, j’ai parcouru le chemin en trois minutes au lieu de huit. Je pense que ce sont les marches au début qui m’ont tué.

— Ça va ? s’amuse-t-elle. Je croyais que tu étais un grand coureur.

— Ouais, mais je ne voulais pas te faire attendre.

— On n’avait pas rendez-vous, me dit-elle gentiment.

Michele descend les escaliers dans son débardeur noir style rock et sa jupe à carreaux marron.

— On va récupérer la voiture à la parfumerie où travaille Amy. Tu viens ?

— Absolument.

Je la suis en marchant à côté d’elle. Nous ne nous sommes pas croisés hier soir. Je ne l’ai pas entendue rentrer. D’ailleurs, je ne sais même pas si elle l’a fait. Quand je me suis réveillé en retard, sa porte de chambre était fermée et il n’y avait aucun bruit dans l’appartement.

— Est-ce que ça va ?

— Oui et toi ?

— Oui.

Nous marchons vers une station de métro que je n’ai pas encore prise. Tandis que nous descendons les escaliers, Michele se tourne vers moi.

— J’ai pensé que se rendre au supermarché serait mieux pour éviter de courir partout. Tu as l’air organisé pour les repas, on trouvera tout là-bas.

— C’est parfait. Tu as l’habitude de faire les courses au mois ?

— Pas du tout ! La plupart du temps, je grignote un truc en chemin au détour d’un foodtruck. Je m’organise à la semaine en allant dans des boutiques que j’apprécie si je veux manger quelque chose de spécial.

Nous passons chacun notre carte pour les transports en commun et marchons vers le quai. Côte à côte, je me tourne vers elle.

— Tu peux me dire ce que tu aimes et je pourrais te faire des plats à emporter.

— Tu vas trop bien m’habituer. Quel est le vice caché ?

— Pardon ?

Je rigole et ajoute avec humour :

— Oh, j’attends que tu ne puisses plus te passer de ma cuisine pour marchander et installer une batterie dans l’appartement.

— C’est finement pensé ! Je savais que tu étais un homme d’esprit.

Le métro arrive dans un boucan assourdissant. Nous laissons passer les personnes qui descendent et je suis Michele, qui s’installe debout contre les doubles portes en face. Elle m’offre un sourire et je m’arrête face à elle.

— Tu t’attends vraiment à ce que j’aie un horrible défaut ?

— Tous mes colocataires en avaient un.

Elle m’observe avec un air de défi.

— OK. Nous reviendrons sur cette discussion dans six mois. Ça te semble suffisant ?

— À toi de le dire.

— Je suis humain, j’ai forcément des imperfections. Je ne suis pas parfait.

— Je ne parle pas d’un défaut, mais d’un horrible défaut comme tu l’as souligné.

J’acquiesce alors que le métro se stoppe. Je lève le regard pour apercevoir le trajet. Le mouvement des gens m’incite à m’approcher de Michele. Je déteste les transports en commun. C’est l’une des raisons qui m’ont poussé à chercher un appartement près du travail.

— Nous devons descendre où ?

— Dans quatre arrêts.

Elle jauge brièvement la distance qui nous sépare. Nous sommes proches et je me tiens d’une main au-dessus de sa tête.

— Tu veux que je me tourne ?

— Non, pourquoi ?

— Tu sais, j’ai un truc. Je n’aime pas être à l’étroit dans des espaces clos.

— Je vois… Essaie de penser à quelque chose d’agréable ?

Je déglutis et inspire profondément. L’odeur du parfum de la blonde est entêtante. Elle ne porte pas le même que celui de notre soirée au LAVO. Elle doit sûrement en avoir plusieurs pour des occasions différentes.

À nouveau, le métro s’arrête. Peu de gens partent. Par contre, beaucoup y montent. Dans mon dos, on me pousse un peu plus. Je me rapproche encore de Michele. Son corps frôle dangereusement le mien. Son parfum aux notes ambrées m’enveloppe. Si je peux discerner son odeur, elle perçoit aussi la mienne.

Il nous reste deux stations avant de descendre. Ses iris filent délicatement de mon épaule entre nous et elle tourne la tête pour regarder ailleurs. Les lignes de son cou gracile s’exposent à mes yeux. Sa peau doit être douce.

Le téléphone de Michele sonne. Son visage se ferme aussitôt. Elle plonge la main dans son sac en m’effleurant et le sort entre nous. Je dois faire une gymnastique mentale pour lire, mais je le fais tout de même.

« Mademoiselle Jones,

Ce soir, même heure, même endroit.

J’ai besoin de vos talents. »

Elle verrouille l’écran et range son mobile. À la minute où elle a commencé à lire, je l’ai sentie se tendre entre nous. La conversion de lundi me revient en mémoire. 

— C’est lui le vieux pervers ?

Michele relève les yeux sur les miens.

— Tu as regardé ma conversation ?

— Oui.

Il ne servirait à rien de mentir.

— C’est lui, oui, Gregory Taylor.

— Tu vas y aller ce soir ?

Mon ton a changé. Je n’aime pas ce genre de type. Il semble profiter un peu trop de la présence de Michele et surtout à des heures incongrues où les magasins sont fermés.

— Ton âme de père s’éveille ? murmure-t-elle.

— Non, celle d’un homme convenable.

Michele m’accorde un sourire et acquiesce lentement.

— Je prendrai ma décision après nos courses. Pour l’instant, mon planning est chargé.

— Si tu veux, je t’accompagne.

Elle me détaille avec curiosité.

— Tu es sérieux ?

— Oui.

La pensée la pousse à réfléchir. Je le lis dans son regard qui s’active. Elle se retient d’une main contre mon bras lorsque le métro freine sa course.

— On est en train de devenir amis et je n’aime pas ce type.

— J’apprécie, Blake, mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

J’ouvre la bouche et la referme finalement. Je réfléchis quelques secondes et questionne.

— Ton métier, c’est bien de conseiller les gens sur ce qu’ils doivent acheter, non ?

Elle incline la tête.

— Oui, ça en fait partie.

— Alors tes horaires sont les mêmes que ceux des magasins.

— C’est un peu plus compliqué que ça, m’accorde-t-elle avec indulgence.

Je ne peux m’empêcher d’ouvrir la bouche, même si Michele ne semble pas avoir besoin de mon avis.

— Pas si ce type te convoque à des heures où il sera sûr que vous serez seuls.

— Je gère, Blake.

— OK.

Son attitude et son regard sont si confiants que je n’ose pas pousser la conversation plus loin. En plus, ce serait bizarre. Nous ne nous connaissons que depuis quelques jours. Elle n’a aucune raison d’avoir foi en moi. Elle peut très bien s’imaginer que je suis un de ces autres pervers qui veut profiter d’elle. Je n’apprécie pas ça. Les moments que nous avons passés tous les deux étaient vraiment cool. Je m’aperçois que Michele pourrait être ma seule amie à New York. Je ne peux pas compter sur Miranda, c’est ma collègue de travail. Avec Michele, c’est différent. J’aime bien sa vision du monde et, du peu que j’en ai vu, elle est prompte à défendre ses proches.

— On descend ici.

— OK.

Je me retourne pour qu’on ne loupe pas l’arrêt. En dehors de la rame, j’attends Michele. Je lui signe de passer devant et la suis sans perdre une minute. Nous sortons de la ligne de métro pour retrouver l’extérieur. Je l’accompagne sans dire un mot jusqu’à la fameuse parfumerie où travaille son amie Amy. Dès que nous entrons dans le magasin, les odeurs des cosmétiques nous envahissent. Je n’aime pas ça. C’est le genre de chose qui donne un mal de tête carabiné. La brune aux lèvres rouge sang arrive.

— Ma chérie !

Michele accueille son amie dans la franche accolade qu’elle lui porte.

— Tu vas bien ?

— Oui. Salut, papa !

Amy me tape sur l’épaule et presse généreusement ses doigts contre mon trapèze.

— Bonjour.

— Je vais prendre les clés, ne bougez pas.

Elle fait l’aller-retour et tend les clés à Michele.

— Tu viens toujours me chercher ?

— Oui. Tu as besoin de quelque chose ?

— Je t’ai envoyé un message, répond Amy doucement.

— OK, on se voit tout à l’heure.

Je comprends qu’elles doivent se rendre service régulièrement. Je n’avais pas pensé à ça en abandonnant ma voiture pour la grosse pomme ! Nous sortons du magasin et je suis la jeune femme jusqu’au véhicule.

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