Mon dernier colocataire (French Edition)
41 Michele Jones
Il me déteste. Je n’arrive pas à penser à autre chose. La porte de l’appartement s’est fermée sur Blake et Gabriella. Je tenais à venir pour sa fille, mais aussi pour lui. J’espérais le voir, profiter d’un moment léger, prendre de ses nouvelles. Ce n’était peut-être pas la meilleure idée. Assise sur la chaise de la cuisine, je fonds en larmes. Je n’y arriverai pas. Je cache mon visage dans mes mains avant d’éclater en sanglots. Cette semaine est un véritable enfer.
La pluie s’abat sur la vitre. J’attrape un mouchoir et m’essuie les yeux, mais mon corps en a décidé autrement. Je rejoins ma chambre et me couche sous la couverture. Amy m’écrit, mais je n’ai plus la force de répondre. Comment a-t-on pu en arriver là ? Je remonte le drap au-dessus de ma tête, comme si disparaître là-dessous pouvait m’aider.
Toute la semaine j’ai tenu bon face aux questions de Blake. Ses émotions me touchent beaucoup trop. Je ne supporte plus de le mettre dans cet état. Cette situation me brise le cœur. Il me manque et, même si je lui expliquais, le mal est fait. Ma gorge se noue de plus belle. J’ai résisté jusqu’à ce soir, mais c’en est trop.
Les heures passent, accompagnées par la pluie devenue battante. Je ne peux pas m’empêcher de me demander ce qu’il fait ou à quoi il pense. Il rentre tard à l’appartement, dans la nuit. Un faible rayon de lumière entre dans ma chambre dont je n’ai pas fermé la porte. Le bruit de ses pas est la seule chose que j’ai encore de lui. Sa présence est toujours rassurante, mais je crois qu’elle est comptée. Il rejoint sa chambre et ferme la porte. Mon cœur tremble. Ça me fait mal qu’il se tienne si loin de moi. En prenant les paroles de son ex-femme au sérieux, je savais que ce serait difficile. Je n’imaginais seulement pas à quel point.
Les minutes passent. Je n’arrive plus à fermer les yeux. Avant de me retourner pour la quatrième fois, je me lève. Je n’avais même pas pris la peine de mettre mon pyjama. Je sors de ma chambre à pas de loup, récupère mes écouteurs, mon portable et mon sac à main dans la cuisine et je rejoins le hall. Un peu d’air frais me changera peut-être les idées. J’enfile mes baskets et ouvre en fermant à clé derrière moi.
La cabine d’ascenseur est là. J’entre à l’intérieur.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Il m’a entendue. Au bout du couloir, Blake se tient sur le seuil de l’appartement. Mon cœur se serre. Je retiens les portes instinctivement lorsqu’il approche vers moi.
— J’allais prendre l’air.
— OK. Je viens avec toi.
Il monte dans la cabine d’un pas déterminé. Je suis vidée. Je n’ai pas la force de remettre ça encore une fois. Nous nous observons si longtemps que l’ascenseur se referme. Blake se fait toujours du souci pour moi. Je le lis dans son regard.
— J’ai trouvé un second emploi.
La course de la cabine démarre.
— Où ça ?
— Dans un bar.
Le grincement désagréable de la cabine retentit. Après un soubresaut, nous sommes arrêtés. Les lumières s’éteignent.
— Merde !
— Ne stresse pas.
C’est lui qui me dit ça ? Lui qui a des tendances claustrophobes ? Je m’approche des doubles portes pour y taper du poing.
— Qu’est-ce que tu essaies de faire ?
— Quelqu’un pourrait nous entendre, dis-je.
— À deux heures du matin ?
Je souffle et appuie mon front sur la surface froide.
— Au moins, tu ne peux plus me fuir maintenant. Tu vas devoir me dire quelque chose.
— Je vais appeler les pompiers.
— Bien sûr, vas-y. Nous serons sûrement les seules personnes qui ont besoin d’eux à New York pendant une tempête.
Je me retourne. La cabine est plongée dans l’obscurité. Ça n’aide en rien ! Pourquoi ai-je décidé de sortir ? Pourquoi la situation ne fait qu’empirer ?
— Est-ce que tu as froid ?
— Non, mais j’ai peur.
— De moi ?
— Du noir.
Il s’approche et m’étreint. J’en ai le souffle court. Il ne m’a pas tenue comme ça depuis lundi, avant tout ça…
— Rien ne peut nous arriver ici, me dit-il.
Lentement, je serre mes bras autour de sa taille.
— Au piano-bar ?
— Damian a la langue bien pendue.
— Je lui ai posé des questions, dis-je doucement.
— Oui, normal, ce sont tes amis.
— Ils tiennent aussi à toi.
Sa voix grave près de mon oreille me réconforte, tout comme son souffle chaud, son corps contre le mien et les forts battements de cœur que je parviens à ressentir.
— Si c’était vrai, Amy m’aurait dit ce qu’il se passe pour que je puisse tout arranger.
J’inspire lourdement et pose ma tête sous la sienne. Ma poitrine me fait mal.
— Tu ne peux pas.
— Je ne peux pas l’accepter, sinon ça signifie que tu me quittes.
— Blake…
— On n’est déjà plus ensemble ?
Moi non plus, je ne veux pas le perdre. Je ne sais plus ce qu’on est, mais je l’aime.
— Elle ne m’a pas laissé le choix.
— Qui ?
Je redresse le visage en sentant toutes mes résistances fondre. Il est là, face à moi dans le noir complet, mais je vois sa présence plus belle et plus forte que jamais.
— Erika.
— Quoi ?
Lentement, je serre mes doigts sur sa taille en baissant la tête.
— Elle t’a demandé de me quitter ? Je ne comprends pas.
— Elle m’a dit…
Je souffle, cernée par la crainte de mal faire.
— Qu’est-ce qu’elle t’a dit, mon ange ?
— Elle m’a dit que si je ne prenais pas mes distances, elle ne te permettrait plus de voir Gabriella.
— Je…
Blake inspire profondément. Il se tend.
— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
— Parce que dès que je t’en aurais parlé, tu serais allé la trouver.
— Bien sûr que je serais allé la voir !
Il inspire une nouvelle fois.
— Bébé…
— Non ! Putain ! Je suis plus marié avec elle et elle me fait vivre un enfer ! J’ai l’impression d’être son clébard !
Son ton terrasse l’ambiance qui régnait dans la cabine.
— Pardon.
— Je voulais m’assurer que tu aies reçu les papiers officiels pour la garde avant de te parler, mais c’est trop difficile.
Il recule le visage pour embrasser mon front.
— Je t’ai dit que je m’occupais d’Erika. Tu aurais dû m’en parler tout de suite. Tu n’as pas à porter ce fardeau sur tes épaules, toute seule.
— Elle t’a séparé de ta fille une fois. Je ne voulais pas qu’elle recommence à cause de moi.
— Mon ange, la cause, ça n’aurait pas été toi, mais cette sorcière à moitié folle. Ce n’est en aucun cas ta faute. Tu entends, Michele Jones ?
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