Mon dernier colocataire (French Edition)
34 Blake Baldwin
Le samedi du sept octobre arrive vite. Gabriella adore ses entraînements de hockey. Tracy a organisé un planning très précis. Elle a hockey le lundi, mercredi et samedi et son cours de ballet le vendredi. Elle et moi partageons une discussion de groupe où elle me dit quand elle ne peut pas la conduire ou aller la récupérer. Je m’en charge par conséquent. Aujourd’hui, c’est différent parce que l’entraînement dure plus longtemps. J’y vais donc à l’avance et je l’observe sur la glace. J’ai parfois envie de m’y lancer avec elle.
Michele et moi arrivons à la patinoire à quatorze heures dix. Notre relation avance bien ! En venant de New York, je n’aurais jamais imaginé rencontrer une femme et encore moins une personne comme Michele. Mais elle est différente. C’est une lionne avec ses amis. Elle les défendrait jusqu’au bout du bout. J’aime les femmes fortes et indépendantes qui ne se laissent pas marcher sur les pieds. Surtout, ce que j’adore chez elle, c’est sa capacité à rallumer cette flamme éteinte en moi. Avant elle, même ma passion pour la musique n’était plus aussi intense. Depuis que nous sortons ensemble, je me remets à chantonner. Elle me rend heureux et je vais faire mon possible pour lui restituer ce qu’elle m’offre.
Je suis venu à l’heure où Tracy et Erika sont reparties. Nous entrons dans le bâtiment où le froid règne en maître. Je prends la main de Michele pour la guider vers la glace. Nous nous accoudons à la barrière des gradins. J’essaie de repérer Gabriella sur la piste. C’est l’une des seules qui a un casque et des patins violet et rose.
— Elle est là.
Je tends le doigt vers ma princesse avec un sourire fier. Michele sourit et lui adresse un grand signe de main.
— Gabriella !
La blonde pousse sur sa voix pour encourager ma fille en signalant notre présence.
— Ça va lui donner de l’énergie, me dit-elle. Elle est super. Tu patines aussi ?
— Oui, j’ai aussi fait du hockey au lycée et à l’université. C’est en découvrant mes affaires dans le garage que Gabriella a voulu en faire.
Je me souviens du jour où elle a retourné le débarras. Elle est revenue dans le salon, avec mon casque, mon ancien maillot et ma crosse. C’était trop adorable.
— Ça se voit qu’elle t’admire beaucoup. Moi aussi j’admire mon père, avoue-t-elle. Quand j’étais petite, il m’emmenait regarder toutes les rencontres des Red Sox.
— On pourrait aller voir un match ensemble si tu veux ? Il faudra que tu m’expliques parce que je n’y connais pas grand-chose au baseball.
Sur la glace, ma fille est concentrée. Elle tient ça de sa mère. Quand Erika a un but en tête, elle ne l’a pas ailleurs, quitte à tout écraser sur son passage en mode bulldozer.
— Oui, pourquoi pas, murmure Michele avec un sourire.
Derrière la barrière, elle garde ma main avec douceur. J’observe son profil. Nous avons cette relation depuis trois semaines. Elle est la première femme que je côtoie depuis Erika. Avec Michele, tout semble si simple. Je retrouve la glace des yeux. Est-ce que Gabriella le prendra bien ? Il a été difficile de lui expliquer quand Erika et Tracy se sont mises ensemble. Elle n’appréhendait pas pourquoi sa maman était avec une femme. Ça n’a pas été une conversation facile, parce que moi-même j’avais du mal à comprendre. Je devais penser au bien de Gabriella avant tout. Même si j’adore l’histoire que je suis en train de bâtir avec Michele, nous ne nous connaissons pas suffisamment pour savoir si c’est ce dont elle a envie. Peut-être que je me projette loin, mais je dois m’occuper de ma fille et un enfant, c’est une grande responsabilité, quand bien même je ne l’ai qu’un week-end sur deux. Je ne sais pas comment aborder ce sujet avec Michele. Nous partageons un lien fort et je ne lui ai jamais menti, mais être prête à souhaiter faire un pas vers moi et accepter tout ça, c’est différent. Pourtant, c’est une conversation que nous devons avoir. Le tout est de trouver quel est le bon moment et s’il existe. Je ne veux pas lui mettre la pression. Michele vient d’avoir vingt-sept ans. En même temps, elle est super enthousiaste avec Gabriella. Elle n’était pas obligée de venir ici. Sa présence en soi est un excellent signe. Je devrais me prendre moins la tête.
— Ça va ?
— Oui, très bien, et toi ?
Elle caresse mon front.
— Tu as cette ride de réflexion, elle plisse ton front quand tu es soucieux.
— Et tu ne trouves pas ça séduisant ?
— Oh si, j’aime beaucoup quand tu te montres cérébral. Je trouve ça sexy, les hommes qui pensent.
Je me pince les lèvres, m’empêchant d’approcher pour l’embrasser. J’inspire longuement et retrouve ma fille des yeux.
— Ça te dérange si Gabriella vient le week-end prochain à l’appartement ?
— Non, pas de problème, bébé.
Elle la suit du regard en liant ses doigts aux miens.
— Vous êtes trop mignons quand vous êtes réunis.
— Merci. Gabriella n’arrête pas de parler de toi quand on s’appelle.
Je rigole et tourne la tête vers la blonde.
— Vraiment ? Elle ne m’a aperçue qu’une fois.
— Ta chorégraphie de la danse du ventre lui a fait forte impression et à moi aussi d’ailleurs.
— Il me semblait bien que ça n’avait pas plu qu’à ta fille.
Mon index glisse sur son visage pour remettre une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille.
— Ce n’est pas un secret, j’aime te voir danser.
— Tu as toujours envie de sortir ce soir pour notre Bachata brûlante ?
— Tu penses vraiment que je pourrais changer d’avis avec la photo que tu m’as envoyée ?
Son sourire s’agrandit et ses yeux pétillent.
— Il fallait que je m’assure que tout soit nickel pour le moment que je t’ai promis sur la piste.
— Tu vas me provoquer une combustion spontanée.
Michele avance vers mon visage de quelques centimètres et chuchote :
— Tu en rêves…
Mon sourire s’élargit. Nos lèvres se frôlent. Je comble la distance pour savourer sa bouche si parfaite.
— Papa ! Michele !
Nous reculons précipitamment. Je me tourne vers ma fille avec un air tendre.
— Hey ! Ma princesse, comment ça va ?
— C’est trop bien !
Elle s’approche de nous avec un grand sourire.
— Bonjour, Michele !
— Bonjour, championne. Tu assures sur la glace ! Est-ce que tu aimerais que j’aille acheter un goûter ?
— Je veux bien de l’eau, s’il te plaît.
Avant que je ne puisse la retenir pour lui donner de l’argent, Michele s’éclipse. Je l’observe marcher vers la machine.
— Papa ?
Je me tourne vers ma fille avec un sourire.
— Vous vous êtes fait un bisou.
Sa petite allure taquine et malicieuse m’amuse. Elle retire son casque et chasse ses cheveux en me rejoignant dans les gradins.
— C’est ton amoureuse ?
— Ça ne te dérange pas, poussin ?
Elle remue la tête de droite à gauche en gardant son air espiègle.
— Est-ce que tu vas te marier avec elle ?
Je rigole nerveusement en passant une main sur mon crâne.
— Oh, ma princesse, c’est…
— Oui, je sais ! C’est une conversation d’adulte, je comprendrai quand je serai grande, blablabla…
Je ne sais pas si je suis rassuré par le retour de Michele ou non.
— Tiens championne, je t’ai pris une crêpe au chocolat si tu en veux.
— Merci ! Tu es trop cool.
Elle sourit et s’installe sur le banc à côté de ma fille. Gabriella ne patiente pas plus longtemps pour la dévorer et boire de l’eau. Elle se tourne vers moi lorsqu’elle a terminé.
— Tu lui as demandé pour le week-end prochain ?
Elle n’attend pas ma réponse avant de faire face à Michele.
— Est-ce que tu pourras m’apprendre à danser comme toi ?
— Je pourrais peut-être t’expliquer des petites choses, réplique Michele avec enthousiasme. Qu’est-ce que vous avez prévu pour ce super week-end ?
— Avec papa, on regarde toujours des comédies musicales.
Avant qu’elle n’en dise trop, je glisse une main sur sa bouche. Gabriella se tourne vers moi en retirant mes doigts. Elle fronce les sourcils.
— Si on faisait une surprise à Michele, ce serait bien, non ?
Ma petite blonde semble peser le pour et le contre. Lorsque son coach siffle pour la reprise de l’entraînement, elle bondit du banc. Elle fait volte-face vers nous avec un sourire mutin.
— D’accord, elle dansera et chantera avec nous, ce sera trop cool !
Gabrielle repart enjouée sur la glace en glissant son casque sur la tête. Michele rigole en se moquant gentiment de moi.
— Tu es mignon quand tu essaies de ne pas vous montrer trop intrusifs.
Elle faufile sa main sur la mienne.
— Dimanche prochain, nous allons donc danser tout l’après-midi. Ça me plaît.
— Il y a un film dont tu connais les chansons par cœur ?
— Plusieurs ! Lequel vous aimez bien ?
— Gabriella est dingue de la trilogie Descendants.
— J’adore aussi, avoue-t-elle avec un petit sourire.
— Moi, je suis plus branché Grease.
Michele suit des yeux les joueuses sur la glace.
— On dirait que les princesses l’emportent cette fois.
— J’ai hâte de t’entendre chanter.
— N’aie pas trop d’attentes, s’amuse-t-elle.
Je rigole et glisse sur le banc pour me rapprocher d’elle.
— Tu sais… je t’ai déjà entendue sous la douche.
Son attention s’éveille.
— Je ne te crois pas, me dit-elle. Tu m’as écoutée quand j’étais sous la douche ?
— Quoi ? Pas du tout ! Je ne ferais jamais ça, je ne t’espionnerais pas. C’est bizarre. Non, non, je passais dans le couloir et j’ai reconnu la musique.
Michele plonge son regard dans le mien.
— Tu sais que la salle de bains n’est pas super bien insonorisée.
— Est-ce que tu essaies de me dire que tu as entendu autre chose ?
— Peut-être.
— Raconte.
Ma main retrouve la sienne et je joue avec ses doigts.
— Tu trouves que je suis un mec jaloux ?
— Oh… Cette discussion-là…
Les joues de la blonde virent cramoisies, mais l’intensité de son regard ne désemplit pas.
— Pour l’instant, je n’ai pas eu à vérifier cette hypothèse…
— C’est quelque chose que tu vas faire ?
— Ce n’est pas mon genre. Je ne m’y amuserais jamais intentionnellement, me dit-elle.
C’est bizarre d’avoir cette conversation. Je n’aurais jamais dû l’orienter comme ça. Je suis trop con parfois !
— Quand j’ai dit ça, j’avais à l’esprit qu’Erika t’a trompé. Je ne te connaissais pas comme aujourd’hui. Je me disais juste que peut-être ça aurait ébranlé ta confiance en l’autre.
— Erika n’a pas seulement été ma femme.
Je détourne le regard pour observer la glace et les jeunes qui s’y entraînent.
— Je sais.
— Elle était ma meilleure amie. On se racontait tout. Je ne sais pas à quel moment…
L’émotion qui est normalement tapie tout au fond de moi resurgit. Je n’ai jamais pris le temps de parler de ça avec quelqu’un. Pourquoi est-ce que ça doit ressortir maintenant ?
— … peut-être que j’ai toujours été stupide et que je n’ai pas vu les signes évidents. Je veux dire, elle ne s’est pas réveillée un matin en étant lesbienne. Comment n’ai-je pas pu voir qu’elle n’aimait pas certaines des choses que nous faisions ensemble. Je me sens juste trop con.
Michele place sa main sur la mienne en se rapprochant de moi.
— Elle n’était peut-être pas prête à l’admettre. Avant de pouvoir en parler avec toi, il fallait sûrement qu’elle soit au clair avec elle-même, tente-t-elle pour me réconforter.
Je pouffe ironiquement et me tourne pour trouver son visage.
— Je suis désolé, je ne voulais pas plomber l’ambiance.
OceanofPDF.com
OceanofPDF.com