Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 18 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

18 Blake Baldwin

 

Dimanche, je suis cordialement invité à manger chez Erika et Tracy. J’ai accepté parce que Gabriella me l’a demandé et que Tracy attend ma réponse pour le bébé. J’ai pesé le pour et le contre et je vais suivre les conseils de Michele en exigeant plus de droit de visite et surtout avoir un document légal.

Je me suis mis sur mon trente-et-un et je ne suis pas à l’aise. Gabriella m’ouvre dès que j’ai posé un pied sur le palier.

— Papa !

Elle arrive vers moi en courant et me saute au cou.

— Ma princesse.

Je la serre dans mes bras en progressant vers l’appartement. Erika est déjà à la porte. Son regard a quelque chose de nostalgique.

— Je ne suis pas trop en retard ?

— Non, entre, je t’en prie.

Gabrielle retrouve le sol tandis que nous passons le seuil. Erika glisse une main sur mon biceps pour me conduire. J’avance. Les odeurs délicieuses du repas me parviennent. Tracy se tourne vers nous lorsqu’elle nous voit apparaître.

— Eh, Blake, tu vas bien ?

— Absolument et toi ?

— Nickel.

C’est la première fois que je suis invité à manger avec elles. C’est aussi étrange que je le pensais. Je ne sais pas si j’ai bien fait d’accepter. Peut-être aurais-je simplement dû venir pour le dessert ?

— Je te débarrasse ?

Surpris, je me tourne vers Erika, qui m’offre un sourire. À peine ai-je acquiescé qu’elle ôte ma veste des épaules pour l’accrocher dans l’entrée.

— Papa ?

Je fais face à ma princesse qui m’observe avec gaieté.

— Comment va Rango ?

— Tiens, j’ai des vidéos pour toi.

Je lui prête mon portable pour qu’elle puisse accéder aux clips que j’ai faits exprès pour elle. J’ai fait plusieurs photos aussi quand je lui ai donné à manger. Ma fille s’empare mon téléphone et va s’asseoir sur le canapé.

— Tu veux boire quelque chose ?

La question de Tracy m’interpelle, je me tourne vers elle en réfléchissant. Erika passe à côté de moi.

— Il prendra une bière.

Tracy m’observe longuement pour être sûre que c’est ce que j’aimerais.

— Oui, ce sera parfait.

La brune se retourne pour en attraper une dans leur immense frigo américain. Elle la décapsule et me la tend. Lorsque j’approche pour m’en saisir, Erika s’en charge.

— Il boit dans un verre.

Je referme ma main et me frotte le front. C’est trop bizarre. Tracy scrute sa femme longuement. Je me sens au comble du malaise.

— Quoi, c’est vrai !

Elle se tourne vers moi pour appuyer ses propos. Oh là ! Je lève mes deux paumes en signe universel de paix. Je ne vais certainement pas me mêler de ça.

— Blake a une bouche, il peut prendre ses décisions lui-même.

Les mots de Tracy m’amusent encore plus quand ils font réagir Erika. Ce repas n’était définitivement pas une bonne idée. C’est sûrement trop tôt. Erika me donne le verre rempli et se tourne vers Tracy.

— Je le connais.

J’avale une gorgée de bière.

— Papa !

Je suis sauvé par Gabriella. Je m’empresse de quitter la cuisine pour retrouver le salon. Je prends place à côté de ma fille.

— Qu’est-ce qu’il y a, poussin ?

— Quand est-ce que je pourrais passer la nuit chez toi ?

Dans notre dos, les deux femmes semblent se disputer en silence. Je me frotte l’arrière de la tête en réfléchissant.

— Oh, il faut que j’en parle avec Michele avant.

— C’est qui elle ? questionne-t-elle en fronçant les sourcils.

Oh… Elle ressemble tellement à Erika lorsqu’elle agit de la sorte. Je glisse mon index sur son front.

— C’est ma colocataire, princesse.

— Ça veut dire quoi ?

— Ça signifie qu’il partage l’appartement avec une femme.

La voix d’Erika se fait entendre lorsqu’elle arrive vers nous. Tracy n’est pas loin derrière. Et… merde. Je reporte mon attention sur ma fille et lui souris.

— Oui voilà, et elle est très gentille, mais comme on vit à deux là-bas, je dois d’abord en discuter avec elle. Tu comprends ?

Gabriella réfléchit longuement avant d’acquiescer avec un sourire. Elle me redonne mon portable.

— Bébé, va dans ta chambre, nous devons parler avec papa.

Gabriella et moi tournons la tête vers sa mère en même temps. Pourquoi lui demande-t-elle ça ? Son regard ne prête pas à une quelconque argumentation.

— D’accord.

Elle m’offre une accolade et s’éclipse. Je préférais nettement lorsqu’elle était à côté de moi. J’observe les deux femmes face à moi, sans avoir le temps d’ouvrir la bouche.

— Alors, y as-tu réfléchi ?

Est-ce que c’est étrange si je dis que je n’ai plus envie de le faire maintenant ? Je me racle la gorge et annonce mes termes, comme me l’a conseillé Michele.

— Oui. J’accepte à certaines conditions.

Tracy pose immédiatement la main sur la cuisse d’Erika. Elle me sourit.

— Dis-nous.

— Je souhaite une garde partagée, avec un document officiel pour les deux enfants. Je veux être leur père à tous les deux sans distinction.

Je laisse planer un silence et ajoute :

— Et j’aimerais que vous me rendiez un service.

— Quel genre ? questionne Tracy intéressée.

— Mon amie Michele est styliste et elle va bientôt lancer sa propre marque de vêtements. Je voudrais que tu lui donnes un coup de pouce en lui faisant de la pub dans ton magazine.

Si mes précédentes demandes ne faisaient ni chaud ni froid à Erika et Tracy, je découvre qu’à présent, il en est tout autre.

— Tu tiens à cette femme ? questionne mon ex.

— Je ne vois pas trop ce que ça change, mais, oui, c’est mon amie et elle traverse une période difficile en ce moment. L’un de ses clients a un comportement… peu respectueux.

— Il faut que j’étudie son travail avant de pouvoir envisager un article. Je ne peux pas faire passer n’importe quoi dans le magazine.

J’acquiesce et réponds à Tracy avec un sourire.

— Je comprends. Je te donnerai toutes les informations que tu veux.

— Une garde partagée, c’est beaucoup de responsabilités. Tu es en colocation, Blake, intervient Erika.

Je tourne la tête vers mon ex-femme.

— Si je suis en colocation, c’est parce que tu ne m’as pas vraiment laissé le choix ! C’est le moyen le plus rapide pour moi de faire des économies et de pouvoir m’acheter une maison en périphérie de New York.

Mes poings se ferment. Je ne peux retenir mes prochains mots.

— Je te rappelle que j’ai aussi élevé Gabriella et plus que toi, parce que tu voyageais toujours à l’autre bout du monde. Je suis un bon père, j’ai tout quitté pour vous suivre jusqu’ici. Ce n’était pas exactement mon rêve, New York.

Tracy m’observe gravement. Erika est livide. C’était vraiment une mauvaise idée de venir manger. Je ferais peut-être mieux de partir… Je me lève du canapé en ajustant mon pantalon.

— Vous avez mes conditions, vous n’avez qu’à y réfléchir toutes les deux à tête reposée.

Je fais volte-face. Une nouvelle fois, je perçois la querelle silencieuse des épouses. J’attrape ma veste dans le vestibule. Erika vient vers moi. Elle n’en a pas terminé avec cette discussion. C’est une chatte sauvage qui aime torturer ses proies et je suis toujours la souris entre ses griffes.

J’attaque en premier.

— Je ne veux pas me disputer.

— Elle a quel âge ?

— Je te demande pardon ?

Choqué, je me tourne vers elle. Ses bras sont croisés sous sa poitrine. Elle n’est pas du tout ouverte à la conversation.

— Cette… femme va passer du temps avec mon bébé ! Je veux en savoir plus.

— Tu n’es pas chiée ! Je ne t’ai rien demandé quand tu as amené Tracy !

Les veines de son cou grossissent. Elle déteste que je n’évolue pas dans son sens, ou que je ne réponde pas à ses interrogations.

— Ça n’a rien à voir !

— Oui ! Je ne couche pas avec elle, moi !

Ses bras lui en tombent. Elle est surprise.

— C’est… encore pire ! Tu ne la connais même pas.

— Quoi ?! Mais tu ne vas pas bien ! Parce que je ne couche pas avec elle, je ne la connais pas ?

Je m’emporte, mais elle me fait sortir de mes gonds. J’inspire par le nez et ferme les yeux en passant mes mains nerveusement dans mes cheveux.

— Tu sais quoi ? Tu es folle ! Que j’aie une histoire avec elle ou non, tu aurais trouvé n’importe quel prétexte. Tu es de si mauvaise foi qu’il y a ta photo pour expliquer l’expression ! Tu m’as trompé pendant deux ans ! Tu n’as rien à dire sur ce que je vis ou pas à présent.

Excédé, je prends la porte sans même aller dire au revoir à Gabriella. Je n’aime pas qu’elle me voie comme ça. En plus, nous avons crié tellement fort qu’elle a dû tout entendre. Je me sens mal. J’ai envie d’une bière ou de plusieurs…

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