Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 38 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

38 Blake Baldwin

 

J’ai eu tellement de mal à émerger ce matin. Nous sommes mercredi. Je n’avais pas bu autant depuis des années. J’ai failli arriver en retard à mon propre cours. J’ai envoyé un SMS à Damian pour l’inviter à prendre un verre dans le bar que j’ai découvert hier. J’ai aussi écrit à Tracy pour dire que je ne pouvais pas m’occuper de Gabriella cet après-midi. J’ai un plan ! Si Michele ne veut rien me dire, l’un de ses amis cachera le morceau !

J’ai mangé un sandwich sur le chemin de la parfumerie où travaille Amy, mais j’ai l’estomac noué depuis la veille. Je pousse la porte et souris à la brune qui est surprise de me découvrir là. Je suis doué pour montrer aux autres que tout va bien. J’ai fait ça des années lorsque j’étais marié à Erika.

J’approche.

— Salut, Amy, comment ça va ?

— Papa ! Je ne m’attendais pas à te voir ici. Je vais bien et toi ?

— Super bien.

Je lui souris et ajoute :

— C’est bientôt l’anniversaire de Gabriella. Je voulais lui acheter un parfum et je me suis dit que tu serais la personne idéale pour m’aider.

— Tu ne pouvais pas trouver meilleure vendeuse ! Viens avec moi.

Elle pose une main sur mon biceps et me conduit dans une section pour jeune fille, moins fréquentée.

— Si tu devais me donner trois traits de caractère de ta fille, ce serait lesquels ?

— Hum, fonceuse, espiègle, casse-cou ? Tu sais, elle est… j’essaie de lui montrer que le monde n’est pas soit noir soit blanc, qu’il est bien plus chromatique. Tu vois ce que je veux dire ?

— Je vois.

Amy s’attarde sur mon regard. Elle me sourit avec délicatesse en se dirigeant vers un flacon.

— On a différents genres de bases, des fruitées, des sucrées, de plus douces ou des notes plus tenaces… Michele m’a annoncé que ta fille aime autant le ballet que le hockey.

— Oui.

Elles ont dû discuter, c’est certain. Est-ce qu’Amy est vraiment la meilleure personne à qui parler ? Pourrait-elle trahir son amie pour un type qu’elle ne connaît pas ? Elle m’a aidé en me disant que Michele était hétéro, mais entre ça et briser sa confiance, il y a un goufre.

J’ajoute avec un sourire.

— Elle adore son serpent, Rango. C’est une petite fille pas comme les autres.

— Comme son papa.

Elle tire quelques billets en carton et se charge de les vaporiser devant mon regard.

— Tiens, sens celui-là d’abord.

Je fais ce qu’elle me dit.

— Ça sent bon.

— Tu viens vraiment pour le parfum, papa ?

Mon ventre se tord. Je suis vraiment nul. Il ne lui a pas fallu plus de vingt secondes pour se douter d’un truc. C’est bien qu’elle sait qu’il y a quelque chose, sinon elle ne le relèverait pas ! J’ai l’impression d’être un putain de psychopathe ! Je sens bien que Michele ne va pas bien. Je déteste ne pas pouvoir l’aider.

— Dis-moi ce qui ne va pas.

Amy m’offre un sourire chaleureux et pose une main sur mon épaule.

— Je ne peux pas trahir Michele, mais je peux répondre à l’une de tes questions.

Ses yeux noirs rencontrent les miens.

— Elle t’aime, Blake et elle n’aime que toi.

Ma mâchoire se serre.

— Merci de m’avoir écouté.

Je fais volte-face et quitte le magasin. J’ai l’impression que mon estomac remonte dans ma gorge. Si elle m’aime, pourquoi quelque chose ne va pas ? Ça n’a pas de sens ! Ça m’énerve. Je sais qu’il y a un truc ! Pourquoi personne ne veut me répondre ? Putain !

Je marche jusqu’au pub pour attendre Damian, quand bien même il ne sera là que dans une heure. Assis dans un box, je me laisse emporter par un jeune joueur. Le barman m’apporte un verre que je n’ai pas demandé. Walter ne travaille que le soir, d’après ce qu’il m’a dit. J’ai discuté longuement avec lui. Il est sympa. Il m’a parlé de sa vie, son amour pour la musique, ses nombreuses femmes…

Le temps passe doucement. Je joue avec le whisky face à moi lorsque Damian me rejoint.

— Salut, mon pote. Ça va ? Oh…

Il pose les yeux sur mon verre toujours plein et appelle le barman.

— Je peux avoir la même chose ?

Après avoir laissé sa veste, le grand brun accueille son verre.

— Les filles t’ont dit qu’elles ont surpris Morgan avec un autre mec ?

— Ouais, je suis désolé.

— Pff… Je le savais. Je ne sais pas pourquoi je me suis autant accroché.

Je vide mon whisky d’une traite.

— Parce que l’amour ça rend débile.

Il sourit en désignant mon verre.

— C’est pour ça que tu bois ? Ça ne se passe pas bien avec Michele ?

— Non ça, c’est juste parce que je suis con.

Forcément, il ne sait pas. Il n’est pas bien et Michele n’est pas le genre d’amie qui s’apitoie sur ses proches quand elle se sent mal.

— Qu’est-ce qui se passe ? Je la connais bien, tu sais.

— Rien, tout va bien.

— Tu penses que je vais te croire ?

Je rigole.

— Que tu me croies ou pas, ça ne changera rien, parce que je n’ai aucune idée de ce qu’il y a.

— Oh ! Je vois.

Il s’accoude sur la table et se penche en avant.

— Est-ce qu’elle t’évite ?

— Non. Elle m’a avoué qu’elle m’aime.

— Ah, parce qu’elle fait ça quand elle est très en colère.

Le brun fait mine de réfléchir.

— Elle t’a dit qu’elle t’aime ? s’étonne-t-il soudain.

— Oui.

— Putain. Bruce a attendu cinq mois.

Je fronce les sourcils.

— C’est qui, Bruce ?

— Un de ses ex.

Lentement, j’opine de la tête.

— Il l’a quittée pour une femme qui avait deux fois son âge juste après qu’elle le lui ait dit.

Ce type est un crétin, mais heureusement qu’il l’a fait.

— Comment elle se comporte ? Je pourrais peut-être t’aider à trouver une piste. Les filles font ça entre elles, non ? On peut aussi faire quelque chose !

— Écoute, je ne sais pas d’accord. C’est simplement…

Je souffle.

— … bizarre. J’ai… eu l’impression de revenir en arrière quand j’étais encore marié à cette sorcière et qu’elle me trompait !

— Oh, mon pote, ne lui avoue jamais ça. Si tu la compares à la harpie, elle va être furax.

Je serre la mâchoire une nouvelle fois en sentant mes dents me faire mal. Damian sirote son verre.

— Elle te dit qu’elle t’aime et elle se replie ?

— Je…

Putain. J’agrippe mon crâne en soufflant.

— Je ne sais pas ! Tout allait bien, puis elle rentre et elle est bizarre. Elle n’est pas vraiment distante ni… je ne sais pas ! C’est juste un truc…

Ça m’agace de ne pas réussir m’exprimer.

— Elle n’a pourtant pas ses règles, murmure Damian. Non… Elle a fait quoi ce jour-là ?

— Tu vas trouver ça stupide. Elle m’a seulement… embrassé la joue. C’est toujours ce que faisait Erika quand elle rentrait du travail et que j’avais cuisiné.

Dire ça à voix haute me semble encore plus con !

— Michele fait ça parfois…

Je reste silencieux.

— Laisse tomber. On n’a qu’à boire.

Je lève la main pour commander une deuxième tournée.

— Je peux dormir chez toi ce soir ?

Damian m’observe avec surprise.

— Si tu veux, mais t’es sûr ?

— C’est soit chez toi, soit à l’hôtel.

— Pas de souci, tu peux prendre mon canapé.

Je tourne la tête vers le pianiste. Serait-ce plus simple de vivre comme Walter ? Juste jouer la nuit dans des bars et plus ne réfléchir à rien ? Putain ! Si je fais ça, Erika ne me laissera plus jamais voir ma fille. J’en viens à me dire que c’est ce que j’aurais dû décider quand elle m’a foutu un ultimatum ! Moi ou la musique, Blake ! Tu choisis, mais tu le fais bien parce que tu n’auras pas de seconde chance ! Tout ça pour quoi ? Pour qu’elle me trompe… Je ne sais pas comment j’ai fait pour l’aimer. C’est une horrible personne.

Je relève la tête vers le coiffeur.

— Tu sais chanter ?

— Un peu.

Je quitte la banquette et approche du pianiste.

— Je te remplace.

— Quoi, mais…

— Je connais Walter.

L’interprète bouge et je prends sa place. Je commence les accords et chante.

— Papa, why do you play. All the same old songs. Why do you sing. With the melody.

Je ferme les yeux pour me laisser porter par la musique. Elle a toujours su me guérir, quoi que je vive, elle sera là pour moi.

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