Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 30 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

30 Blake Baldwin

 

Que Michele arrive pile quand nous dansions n’aurait pas pu mieux tomber. Gabriella adore lorsque nous regardons des films, et que nous reprenons les chorégraphies, que nous chantons toutes les chansons, même si ce n’est pas dans notre langue. Tout se passe bien. Michele ne semble pas tendue vu les sourires qu’elle échange avec nous. Ça me rassure. J’avais peur que ça fasse trop d’un coup, mais Michele est parfaite !

Comme elle l’a dit, elle croque dans le gâteau. Ce qui fait beaucoup rire ma fille. À mon poignet, ma montre vibre. Il va falloir que je raccompagne Gabriella. Ma petite tête blonde s’approche de ma colocataire.

— Est-ce que la prochaine fois que je viens tu seras là ? Tu pourrais venir samedi avec papa à mon entraînement de hockey ? Après, il m’emmène toujours manger une glace.

Gabriella a tendance à s’emballer lorsqu’elle fait la rencontre de quelqu’un qu’elle apprécie. Michele lève un regard dans ma direction et l’observe à nouveau.

— Tu veux que je vienne te voir jouer ?

— Princesse, tu sais, Michele a beaucoup de choses à faire. Elle n’a peut-être pas le temps.

J’essaie de contenir l’excitation de ma fille.

— Ça me ferait plaisir. Surtout si j’ai aussi droit à une glace.

— Oui !

Ma fille se jette dans les bras de Michele pour l’étreindre. Je grimace un peu en découvrant la jeune femme surprise par cet assaut.

— Super ! J’ai hâte de voir comment tu joues.

— Tu sais faire du patin ?

Oh… Ma princesse est passée en mode interrogatoire. Il vaut mieux que j’intervienne avant qu’elle ne s’emballe. Je glisse mes mains sur sa taille et la soulève du canapé. Elle se met à rire.

— Ne harcèle pas Michele, poussin. En plus, nous allons devoir partir.

— Oh, non !

Sa petite voix triste m’a toujours remué. Je n’aime pas ça. C’est le premier week-end que nous passons ensemble depuis qu’elle est arrivée à New York. Ça nous a fait du bien à tous les deux. Je la repose doucement et m’accroupis pour être à sa hauteur.

— Maman et Tracy t’attendent et puis tu as école demain, poussin.

— Mais… J’aimerais bien rester avec toi et Michele.

Les iris bleus de ma fille sont directement orientés vers ma colocataire. Je lui jette un petit coup d’œil et en reviens ma princesse. J’essaie de lui faire comprendre sans trop la brusquer.

— Et tu vas dormir où ? Il n’y a pas assez de place ici. Il n’y a que deux chambres.

— Bah, toi dans le canapé, moi dans ton lit et Michele dans le sien !

— Ton papa va vite avoir mal au dos…

Michele croise nos regards avec douceur et module sa voix.

— Maintenant que je vous connais mieux tous les deux, je suis d’accord pour que tu viennes plus souvent à la maison quand tes parents seront OK.

Je souris, attendri par les paroles de Michele, et j’oriente la tête vers ma fille. Elle pèse le pour et le contre longuement.

— D’accord ! Je vais faire ma valise !

Elle court vers ma chambre en chantant. Je me retourne pour m’asseoir sur le bord du canapé.

— Tu ne m’avais pas dit que tu étais si douée avec les enfants. Tu me caches beaucoup d’autres talents, miss Jones ?

— Tu n’es pas le seul à être plein de surprises, monsieur Baldwin.

J’ai tellement envie de l’embrasser. Nous ne nous sommes pas vus depuis une journée, mais ça m’a semblé tellement plus long.

— Tu m’as manqué.

— Toi aussi tu m’as manqué, réplique-t-elle bas.

Discrètement, j’approche ma main de la sienne pour caresser ses doigts. Elle y répond avec douceur sans quitter mon visage. Ce simple geste est si intense. La sonnette de l’appartement retentit. Michele sursaute. Elle m’interroge du regard.

— Tu attendais quelqu’un ?

— Non.

La jeune femme se lève pour aller ouvrir.

— Bonjour… vous êtes ?

— La mère de Gabrielle, l’ex-épouse de Blake.

Je me fige et me lève immédiatement pour retrouver Michele. J’ai l’impression d’être dans l’un de ces films d’épouvante horrible.

— Oh, Erika, je présume. Vous voulez entrer ?

— Merci.

Qu’est-ce qu’elle fait ici ? Nous avions convenu que je ramènerais Gabriella. Michele la laisse dans le hall face à moi et rejoint la cuisine où elle range le gâteau.

— Tu avais peur que je sois en retard ? ironisé-je.

Nous avons convenu de dix-huit heures et il est à peine dix-sept heures. Elle est carrément en avance. J’aurais pu m’en douter ! Évidemment qu’Erika veut avoir le dernier mot.

— On ne sait jamais avec tes nouvelles lubies !

J’évite de m’emporter et secoue la tête de droite à gauche.

— Reste ici, je vais chercher Gabriella.

Je fais un pas vers ma chambre et j’ajoute en la regardant et la pointant du doigt :

— Et quand je dis là, c’est près de la porte !

— Pourquoi ? Tu as peur de ce que je pourrais découvrir ?

— Tu es vraiment…

Je me mords les lèvres et me détourne d’Erika. J’entre dans la pièce et trouve Gabriella avec Rango. Elle l’a sorti de son terrarium.

— Qu’est-ce que tu fais ma princesse ?

— Je dis au revoir à Rango. Il me manque à la maison.

— Je suis désolé, mon poussin, mais je m’en occupe bien. Tu as vu, il a même une nouvelle maison.

— Oui… je sais.

Elle est triste. Je m’accroupis à sa hauteur et lui prends Rango. Heureusement, je m’aperçois qu’elle a terminé de préparer son sac.

— Maman est là, elle est venue te chercher. C’est cool, non ? Pas besoin d’aller dans le métro.

— C’est vrai ?

— Absolument.

Tandis qu’elle attrape sa valise, je remets Rango dans le terrarium. Ensemble, nous sortons de ma chambre et rejoignons sa mère qui, pour une fois, a suivi mes recommandations. Elle n’a pas bougé. Dès qu’Erika voit Gabriella, son visage s’étire dans un sourire.

— Mon bébé. Tu t’es bien amusé avec papa ?

— Oui ! C’était trop bien ! On a dansé, puis on a fait un gâteau pour Michele. C’était son anniversaire.

— Tu m’en diras tant.

Le ton de sa voix a radicalement changé. Il n’est plus du tout enjoué. Elle glisse une main sur la tête de Gabriella.

— Dis au revoir à papa, nous allons rentrer.

— Elle est où Michele ?

Dans le dos de ma fille, mon ex-femme lève les yeux au plafond.

— Elle est dans la cuisine, poussin.

Elle n’attend pas plus longtemps pour y aller. Erika me fusille du regard. Elle ressemble vraiment à une vieille sorcière.

— Passe une bonne semaine, championne. On se voit samedi !

— Trop cool ! J’ai hâte.

Gabriella revient avec un sourire jusqu’aux oreilles. Elle bondit dans mes bras et me plaque un bisou sonore sur la joue.

— Au revoir papa ! Je t’aime gros comme une baleine !

— Et moi, je t’aime comme deux baleines !

Gabriella rigole lorsque je lui fais plein de bisous. Je la repose à terre. Erika agrippe le sac de notre fille et les deux s’en vont. J’aurais pu proposer d’aider mon ex-femme avec la valise, mais je n’en ai vraiment pas envie ! Je referme derrière elle. Le silence m’entoure comme un coup de marteau. Merde, c’est toujours super dur quand Gabriella doit partir.

— Est-ce que ça va ? murmure Michele.

Je me retourne avec un sourire.

— Ouais. Et toi ?

— Je ne m’attendais pas à voir Erika entre ces murs, mais sinon j’ai passé un bon moment.

Doucement, j’approche de la jeune femme en grimaçant.

— Je suis désolé. Je ne savais pas qu’elle viendrait. Nous avions convenu que je la déposerais chez elles.

Michele avance à son tour d’un pas vers moi. Elle glisse sa main contre mon buste.

— Ce n’est pas grave. Vous avez passé un bon week-end, Gabriella et toi ?

— Trop ! Et toi, chez tes parents ?

— Ça m’a fait du bien de les retrouver un peu. Je me suis beaucoup amusée.

Elle agrippe mes doigts et m’attire à sa suite dans le salon. Comme nous l’avons fait cette semaine, elle me pousse à prendre place dans l’angle et s’installe contre moi. Sa poitrine rencontre mon ventre et sa tête, mes pectoraux.

— Elle est vraiment trop mignonne ta fille.

— Elle a pris tous mes bons gènes, c’est normal.

Michele rigole en appréciant le contact de mes mains sur son dos. Je caresse ses courbes avec tendresse. Je me sens plus détendu en sa présence. Michele m’apaise autant qu’elle me rend indomptable. Elle est capable de guider mes émotions comme un chef d’orchestre.

— Ça ne te pose pas de souci pour samedi prochain ?

— Non, pas du tout. Et toi ?

Elle relève la tête vers moi.

— J’ai répondu avant de songer que ça pourrait poser problème à ton ex. Gabriella était si enthousiaste, j’ai pensé que ce serait sympa.

— Laisse-moi gérer Erika. Ce n’est pas ton problème, d’accord ?

— J’aime cette réponse, me dit-elle.

Ses yeux bifurquent sur mes lèvres. Je me penche en avant pour atteindre sa bouche et réagir à sa demande silencieuse. Nous nous embrassons longuement. Notre échange me conforte et apaise les moindres doutes qui pourraient s’éveiller. Michele n’est pas n’importe quelle femme ! Elle et moi, nous sommes en phase. Notre symbiose fonctionne sur plusieurs plans, quand nous dansons, lorsque nous faisons l’amour, mais également dans ces moments plus intimistes. Elle arrive à parler à une partie de moi qui était enfouie depuis une éternité. Comment parvient-elle à réussir une telle magie ? Peut-être que les sorcières existent finalement et que j’ai la chance d’en côtoyer une.

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