Mon dernier colocataire (French Edition)

Violine Wolf · Chapitre 3 sur 44

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Mon dernier colocataire (French Edition)

3 Michele Jones

 

En retrouvant le salon, je détaille Blake. J’ai l’habitude d’avoir un colocataire, mais les débuts sont toujours sensibles. Laisser entrer quelqu’un dans mon espace privé est difficile. J’aimerais bien m’en passer, mais ce n’est pas une option. Cet appartement est bien situé. C’est une bonne chose pour mon travail. Et le sien.

— Alors… elle a quel âge ?

Je savais bien qu’il y avait quelque chose à découvrir. Cet homme a une fille. J’ai un peu peur de voir mes week-ends dévastés par l’arrivée d’une enfant dans le paysage, mais il me faut vraiment cet argent pour le loyer. Et puis, ce n’est pas comme si elle vivait avec lui.

— Six ans.

Le sourire tendre qui se dessine sur son visage éveille ma curiosité. J’ai rarement vu un homme aussi passionné par ses enfants. Sans doute parce que je n’en fréquente pas. Blake se charge de décapsuler les bières sans que je le lui demande. Nous trinquons et je me renseigne :

— Tu la vois souvent ?

— Ce n’est jamais assez.

Je m’attendais à cette réponse. Un mec qui a tout quitté pour suivre son ex-femme à l’autre bout du pays ne peut que trouver ces temps trop courts. Il passe une main dans ses cheveux bruns et ouvre le bouton de sa veste ocre. Je replie mes jambes sur le canapé. Il est assez facile de se sentir à l’aise devant Blake. Il n’empiète pas dans mon espace personnel, ses yeux ne se perdent pas ailleurs que dans mon regard et il n’essaie pas de me draguer.

— Et ne t’en fais pas, elle ne viendra pas ici.

Je n’ai pas envie de passer pour une fille sans cœur. Je ne suis pas difficile, je suis prudente et susceptible.

— Tu vas sûrement chercher rapidement un appartement où ce sera possible, j’imagine.

— Mon ex… a la garde complète.

Cette personne n’a pas l’air des plus faciles à aimer. Enfin, je n’ai qu’un son de cloche et je ne connais pas Blake.

— Sa nouvelle femme lui a offert les services d’un super avocat des affaires familiales et… je ne pensais pas en avoir besoin.

— Elle t’en veut pour quelque chose ?

— J’aurais été un frein dans son activité professionnelle et je l’aurais donc empêché de devenir le modèle qu’elle aurait dû être.

Je devrais changer de sujet de conversation, mais n’est-il pas important que l’on apprenne à se connaître ? Ou plutôt que, moi, j’apprenne à le connaître.

— Et à présent, elle a la carrière dont elle rêvait ?

Je pianote sur mon téléphone. Nous choisissons rapidement les pizzas et j’en reviens à cette discussion.

— Sa femme est directrice éditoriale d’un magazine de mode après avoir été mannequin. Maintenant, elle est riche, invitée à des galas et des réceptions et n’est plus l’épouse d’un prof de musique fauché.

— Tu l’aimes toujours ?

— Non. Erika est un morceau de glace sans cœur, mais elle reste la mère de ma fille.

Ce vaste sujet m’est complètement étranger. À sa place, je ne sais pas comment je réagirais. Une chose est sûre, il sait ce qu’il veut. Ça, c’est quelque chose que j’observe assez rarement.

— Bon alors et toi, new-yorkaise dans l’âme jusqu’au bout des ongles ?

— Non, je n’ai pas grandi ici, dis-je avec plaisir.

— Boston et tu es fan des Red Sox ?

Je reste interdite un bref instant.

— Périphérie de Boston, oui. Comment as-tu deviné une chose pareille ?

Ses yeux fiers et amusés brillent en attirant mon attention.

— Tu as un livre des plus importants joueurs des Red Sox sur l’étagère juste là et je me suis dit que ce qui t’avait plu le plus dans l’appartement devait être le mur de brique à l’entrée. Ça devait te rappeler chez toi.

— Dans le mille.

Blake est fin observateur. Il a aussi de l’assurance parce que son regard ne faillit pas.

— Tu aimes la musique ?

— Oui. Elle m’accompagne beaucoup. Tu écoutes quel genre ?

— Presque tout, je suis assez éclectique. Il t’arrive de chanter dans la baignoire ?

— Euh…

Je rigole. Cette question est un peu trop personnelle, non ? Je n’ai pas envie qu’il m’imagine dans mon bain et encore moins en train de chanter.

— Parce que, moi, je le fais tout le temps.

Je marque un moment de pause pour évaluer le regard de Blake. Il a l’air sincère. Cette phrase n’avait de sous-entendu que celui qui m’est passé par la tête.

— Tant que ce n’est pas en plein milieu de la nuit, je pense que ça ira.

Sur un sourire, je prends une nouvelle gorgée de bière.

— Promis.

— Tu es un homme de promesse, toi. Tu les tiens, rassure-moi ?

— Oui, mais tu t’en assureras dans le temps.

J’approuve rapidement avant d’aborder un sujet plus sérieux.

— Ma dernière colocataire est partie très vite, sans m’avertir. C’était assez fâcheux donc, si tu pouvais me le dire si tu pensais lâcher l’appartement, j’apprécierais beaucoup.

— Je te préviendrai, mais j’ai un CDI avec Caedmon, alors je ne compte pas quitter New York ni cet appartement de sitôt.

— OK.

La sonnette de l’entrée de l’immeuble retentit. Nous nous levons en même temps, nous rapprochant un peu trop l’un de l’autre.

— J’y vais.

Je recule et retrouve ma place sur le canapé. Blake revient quelques minutes plus tard avec les pizzas. Il a l’air sympa, et pas le pire des colocataires, mais je préfère confirmer cette impression parce que les problèmes commencent toujours bien avant qu’on ne s’en rende compte !

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