Mon dernier colocataire (French Edition)
43 Michele Jones
Blake est parti depuis une bonne heure. Je n’ai pas pu rester dans le lit. Après une douche, j’ai enfilé un pantalon de tailleur et une chemise. J’espère que ça se passe bien.
— Au milieu de la nuit ?
— Il était deux heures. Il m’a entendue sortir de l’appartement.
— Papa est un grand romantique…
Le souvenir de ses bras autour de moi dans cette cabine plongée dans le noir me donne des frissons. Il avait mal et il m’en voulait, mais il a pris soin de moi. Ce rapprochement a un sens profond pour moi.
— Je lui ai tout dit.
— Tu as bien fait.
Le ton sérieux et grave d’Amy trahit le souci qu’elle se faisait pour nous.
— J’espère.
— Continuer de jouer la comédie d’Erika aurait été la laisser gagner, Michele.
— Je sais, je souhaitais juste un peu de temps pour être sûre…
— Tu es trop mignonne, ma lionne.
— Hé !
J’aime bien quand Blake m’appelle comme ça. Ce surnom aussi à tout son sens. Qu’il s’agisse de lui ou de sa fille, je les ai adoptés. Je suis incapable de me raisonner. Je le sens dans mes tripes. Le feeling entre eux et moi passe et passera…
— Il est allé parler à Erika, je ne sais pas quand il va rentrer.
— Pas de souci, je te laisse dès qu’il arrive.
— Et toi, ça va ?
Elle soupire. L’un de ces soupirs émotifs dont elle a le secret.
— Je me sens seule. J’aurais aimé que ça marche avec Alessandro.
— Tu vaux mieux que lui et ne pioche pas dans ton carnet d’ex.
— Non, non… Je vais attendre que l’amour me tombe dessus en espérant que ce ne sera pas quand j’aurai quatre-vingts ans…
— Arrête ! On sort samedi prochain, dis-je.
— Cool. Damian aussi veut se lâcher.
— C’est parfait, j’en discuterai avec Blake.
— Vous allez faire quoi ?
— Comment ça ?
Je remue mon café d’un geste lent en comprenant où elle veut en venir.
— On est ensemble.
Amy sourit, je le sens même au travers du téléphone Ça m’amuse, je sais qu’elle avait envie de l’entendre.
— Si tu veux me parler, appelle-moi. Je suis chez mes parents aujourd’hui.
— Merci.
— Bisous, ma chérie.
— Bisous.
Je raccroche et retrouve la machine à expresso en parcourant un message de Blake. Il revient avec Gabriella. Oh… La porte s’ouvre, coupant court à mes interrogations.
— Michele !
Mon sourire s’agrandit. La fillette au mètre vingt entre dans la cuisine dans sa nouvelle veste automnale. Je lui tends les bras. Le geste semble lui plaire. Elle m’offre une forte accolade. Dans l’embrasure, je croise le regard doux de Blake. Il m’accorde un petit signe de tête. Je comprends que ça a été malgré tout. Il faudra que nous en parlions tout à l’heure.
— Comment vas-tu, championne ?
— Ça va super ! Avec papa, on a acheté le petit déjeuner. Tu viens devant la télévision ?
Sans que je ne puisse y répondre, elle agrippe ma main et me tire. Je la suis d’un pas lent. Cette petite sait ce qu’elle veut.
— Papa, il a dit qu’on ferait plein de trucs tous les trois, aujourd’hui ! Je suis trop contente.
— S’il l’a dit !
Je m’assois à côté d’elle sur le canapé. Blake nous rejoint avec un plateau chargé de pâtisseries. Je retrouve mon café fumant.
— Merci.
Le naturel de Gabriella est plaisant. Elle se sent à l’aise et je dois avouer qu’il n’y a rien qui me fasse plus plaisir.
— Tu voudras bien qu’on aille faire du patin ?
Je jette un coup d’œil à Blake pour chercher un quelconque indice. Il m’offre un sourire tendre.
— Ça fait longtemps que je n’ai pas fait ça.
— Oh… oui papa, il m’a dit que tu préférais le baseball. Tu aimerais qu’on fasse ça plutôt ?
— C’est vrai, mais je sais patiner aussi et la météo n’est pas avec nous pour une super partie de baseball. Peut-être au printemps.
Nous nous servons et prenons ce premier déjeuner ensemble. Est-ce que Blake apprécie cet instant ? Est-ce qu’il espère que cela devienne une habitude ? A-t-il parlé de son souhait d’obtenir la garde de sa fille ? Les minutes passent. La petite fait la conversation jusqu’à ce que son bol de chocolat chaud soit vide.
— Papa, est-ce que je peux aller voir Rango ?
— Oui, mais tu restes dans la chambre. Michele a peur des serpents, poussin.
Je lui offre un sourire contrit. Rien que savoir qu’elle va le sortir du terrarium me donne la chair de poule, mais si une enfant de six ans peut s’en sortir avec un serpent, je devrais surmonter ma crainte un jour !
— D’accord. Je suis désolée, je ne voulais pas te faire peur la dernière fois.
— Ce n’est pas grave, championne.
Elle contourne la table basse. Nous la suivons du regard et j’en reviens à Blake. Je m’approche de lui et lui parle à voix basse :
— Comment ça s’est passé ?
— Tracy n’était pas au courant des manigances d’Erika. Elles sont en train de discuter, c’est pour ça que Gabriella est ici.
— D’accord. Comment te sens-tu ?
— Je sais que ça va être difficile, mais je suis bien.
Blake baisse les yeux et attrape mes mains.
— Tu as toujours envie de poursuivre, même si Gabriella vient vivre avec moi ?
— Oui, bébé…
Je serre ses doigts en espérant le rassurer.
— Si ça n’avait pas été le cas, je te l’aurais dit cette nuit. Il faudra juste… découvrir de nouvelles habitudes.
— Oui.
— On pourra en parler cette semaine, quand on sera seuls. Vous avez tous les deux l’air d’avoir besoin d’une journée de détente.
Il m’offre un sourire et se penche pour trouver mes lèvres. Elles m’ont tellement manqué. Il m’embrasse tendrement et j’en abuse avec douceur en me serrant contre son épaule.
— Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
— N’essayons pas de le savoir, dis-je gentiment.
Nous lions nos doigts et profitons de nos cafés. La nuit a été trop courte, mais je me sens légère ce matin.
— On peut aussi rester à la maison pour regarder des films. On n’a pas besoin de sortir.
— Tu n’as pas envie de me faire admirer ta technique de patinage ?
Blake se penche, embrasse mon cou et chuchote :
— Tu me manques beaucoup.
— Toi aussi, tu me manques.
Ses lèvres effleurent les miennes une nouvelle fois. Je les capture délicatement lorsque j’entends les pas de Gabriella dans le couloir. Je ris avec douceur en prêtant attention à la présence de la fillette. Je n’ai pas du tout cette l’habitude, mais ça me semble le plus approprié, même si elle a surpris ce baiser.
— Michele ?
— Oui, championne.
— Est-ce que tu… peux venir ?
La petite me tend la main avec un sourire attendrissant. Après un rapide coup d’œil à Blake, je me lève et la suis dans la chambre de son père.
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Tu peux t’asseoir là.
Elle montre le lit de son index.
— D’accord, dis-je gentiment en m’installant.
Gabriella regarde dans le couloir et referme la porte. La fillette me fait face à nouveau.
— Papa et maman se sont disputés ce matin.
— Oh…
Je tends les mains pour prendre les siennes.
— Qu’est-ce que tu as entendu ?
— Est-ce que c’est parce que j’ai trop parlé de toi à maman qu’elle a été méchante avec toi ?
Pfiou !
— Parce que…, moi, je ne voulais pas ça.
— Je sais, ma puce. Ce n’est pas de ta faute, tu n’as rien fait de mal.
Je l’attire sur mes genoux. Sa proximité et sa capacité à me livrer ses émotions me surprennent. J’avais saisi qu’elle aimait ma présence, mais je ne m’attendais pas à ça.
— Papa, il était très triste. Je n’aime pas ça et, lorsqu’il est avec toi, il rit tout le temps. Est-ce que tu peux prendre soin de lui quand je ne suis pas là ?
— Bien sûr que je peux faire ça, mais tu sais qu’il arrive qu’on soit malheureux. Ça arrive parfois.
— Oui, mais depuis que tu es son amoureuse, il rechante.
Je souris.
— Et il chante bien, dis-je.
Elle garde le silence une seconde. J’en profite pour lui poser une question qui me brûle les lèvres.
— Tu en penses quoi, toi, que je sois sa chérie ?
— C’est trop cool. Tu es trop belle et tu danses super bien ! Aussi, tu as de beaux yeux et tes vêtements sont trop jolis. Et pis… tu rends mon papa heureux. Il dit toujours que c’est le plus important.
— C’est vrai que c’est essentiel. Et toi, tu te sens comment ?
La petite souffle.
— Maman et Tracy se disputent à cause de papa. Maman, elle crie souvent. J’essaie de faire tout comme papa, il dit et j’obéis en rangeant ma chambre.
Je me sens mal… Les choses tendaient vers quelque chose de mieux avant qu’Erika ne surprenne ma relation avec Blake. J’étais sûre que Gabriella se sentirait coupable. Ça se comprend au premier regard quand on s’aperçoit combien son père et elle sont fusionnels.
— Tu es une super petite fille, leur dispute n’a rien à voir avec toi. Il arrive qu’on ne soit pas sur la même longueur d’onde avec certaines personnes et qu’on ne parvienne pas à dire ce qu’on ressent vraiment. Parfois, les gens crient ou pleurent, mais le plus important, c’est qu’ils parlent pour essayer d’arranger les choses et qu’ils fassent de leur mieux pour toi.
— D’accord, merci Michele. Je t’aime beaucoup.
Gabriella se blottit dans mes bras.
— Moi aussi, ma puce.
Comment pourrait-il en être autrement ?
L’échange semble avoir soulagé Gabriella. Nous allons à la patinoire avant midi. Ce moment nous fait du bien à tous les trois. Blake nous invite à manger dehors où nous nous promenons un peu avant de rentrer. Pour la première fois, nous marchons main dans la main dans la rue. Cette légèreté me fait du bien. Moi aussi je me sens mieux le soir venu.
Comme chaque fois qu’il dépose sa fille, il revient morose à l’appartement. J’ai préparé un plateau repas devant la télévision. C’est moins équilibré que les plats auxquels il m’a habituée, mais j’ai bon espoir d’apprendre quelques recettes à ses côtés.
— Merci, mon ange, ça sent super bon.
— Ce sont des croque-monsieur, je n’ai rien fait d’exceptionnel.
Je souris en le rejoignant.
— Viens là.
À peine ai-je déposé le plateau sur la table basse, il me tire contre lui. Je m’installe à califourchon au-dessus de lui. Mes mains retrouvent leur place contre ses épaules tendues.
— Oui ?
— Est-ce que je peux savoir de quoi vous avez discuté ou est-ce un secret de filles ?
— Elle a surpris certaines de vos paroles ce matin. Elle pensait qu’Erika avait mal agi parce qu’elle lui a beaucoup parlé de moi.
Avant qu’il ne me fasse son regard de papa poule, je prends son visage en coupe.
— Nous avons eu une très bonne conversation et je l’ai rassurée. Tu n’as pas à t’en faire.
— D’accord. Merci mon ange.
Je me penche sur ses lèvres. Les paumes chaudes de Blake couvrent mes reins. Cette journée a remué quelque chose en moi. Je me suis redécouverte près de lui. Le retrouver me fait le plus grand bien. L’ombre qui planait au-dessus de nos têtes s’est éloignée. Si les prochains temps promettent d’être difficiles, j’ai récupéré cette harmonie qui me fait tant vibrer près de lui. Blake répond à ma bouche demandeuse. Un sillon brûlant reprend vie dans mon ventre. Je glisse un pouce sur sa lèvre inférieure pour temporiser le baiser.
— Bébé ?
— Qu’est-ce qu’il y a, ma lionne ?
— J’ai envie de toi.
— Oh… j’aime quand tu dis ça.
Il se lève en m’emportant avec lui. J’enserre sa taille avec mes jambes en plongeant mes mains dans ses cheveux.
— Dis-moi ce que tu veux, mon ange.
— Je ne veux pas sortir de cette chambre avant demain.
Sur notre passage, je pousse la porte. Il me conduit sur le lit. La tristesse et le stress étant écartés de nos esprits, l’intensité de nos rapprochements reprend le dessus. Blake se presse entre mes cuisses en m’embrassant longuement. Ses mains s’immiscent sous ma chemise, provoquant des déferlantes de frissons. Je suis bien trop impatiente de le retrouver. Nous abandonnons nos vêtements. Il couvre mes seins avec ses doigts en roulant mes tétons entre ses lèvres. Blake sait faire monter le désir. Il prend le temps de conduire une paume entre mes jambes pour me caresser. Sa capacité à se servir simultanément de ses doigts et de sa bouche à des actions différentes me fait perdre le nord. Je suis très vite débordée par les sensations délicieuses qui fourmillent sous ma peau. Je retiens son bras et glisse ma main dans la sienne lorsqu’il la tend vers la table de chevet. Son moment d’arrêt me rappelle nos premiers rapprochements. Il m’observe avec cette ride au creux du front.
— Je prends la pilule, bébé.
Il retrouve sa place près de moi et câline mes cheveux. Mes mots lui font de l’effet. Je tends les doigts entre nous pour le guider en moi. Des frissons courent sur son épiderme. Ses épaules raides trahissent l’impatience qui se bat en lui. Blake gémit au creux de mon cou en me pénétrant, faisant grandir mon désir. Je caresse son dos sur toute sa longueur et m’arrête sur ses reins brûlants. Je le sens quitter Terre à son tour ce soir. Il est tellement intense dans tout ce qu’il entreprend…
— Plus fort.
Ses mains agiles s’emparent de ma taille. Il en plonge une entre mes cuisses moites. La déferlante de plaisir inonde mon être quelques assauts plus tard. La bouche de Blake couvre mon cou. Chaque parcelle de mon corps devient plus sensible à son contact.
— Je ne peux pas tenir plus longtemps…
— Viens, bébé…
De plus en plus à l’étroit, il est fébrile. Je me pince la lèvre durement en le sentant atteindre la jouissance. Son corps pèse entre mes jambes lorsqu’il s’appuie fort contre mon bassin. Je caresse sa nuque et guettant son souffle court, terriblement torride.
— Je te promets de passer le reste de ma vie à toujours tout faire pour te combler.
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