Perdue
Chapitre XXVII
Vers onze heures du matin, un fiacre déposa devant la grille du jardinet une femme longue et sèche qui tenait à la main un vieux petit sac de maroquin noir, usé et rougi aux angles, sac qui devait avoir vu bien des gens et bien des choses depuis qu’il avait quitté les mains du fabricant.
Cette personne sonna à la grille, et attendit les mains croisées, pendant que le cocher, mécontent du pourboire, détalait au grand trot, en criblant de coups de fouet son malheureux cheval qui n’en était pas responsable.
Rien ne répondit à cette sonnerie. Marcelle ne pensait plus à rien, et la sœur ne pouvait distinguer par le son cette cloche de celles des environs, qui, suivant l’habitude matinale du quartier, ne cessaient de carillonner d’un bout à l’autre de la rue.
La visiteuse, impatientée d’attendre, tira l’anneau une seconde fois, avec une telle énergie que le chien de Robert répondit par une magistrale série d’aboiements.
Ceci n’était pas fait pour encourager la visiteuse, qui croyait l’animal enfermé dans le jardin du chalet. Elle sonna une troisième fois sans plus de succès, et le chien s’étant tu, elle finit par remarquer un bouton à la porte ; elle tourna le bouton, la porte s’ouvrit, et entrant dans le jardinet, elle vit avec une véritable satisfaction que le redoutable animal ne s’y trouvait pas.
D’un pas délibéré elle parcourut la longue allée et entra dans la maison comme si tout lui appartenait. Du moment où il n’y avait pas de chien, ce n’était plus la peine de prendre des précautions.
En passant devant la porte entrouverte de la salle à manger, elle ne put se retenir de la pousser, pour voir un peu comment c’était fait. La vue du poêle éteint, des cendres éparpillées sur le marbre, de la bouillotte oubliée, du dîner inachevé de Marcelle, lui fit faire une grimace éloquente ; néanmoins elle passa outre, en murmurant :
– Maison au pillage ! Il était temps d’arriver.
Le petit salon était fermé à clef, ce dont elle s’assura de sa propre main ; dirigeant alors ses recherches vers le premier étage, elle monta l’escalier d’un pas lourd et convaincu qui lui était particulier.
– Mademoiselle de Beaurenom ? dit-elle à la sœur qui se montra sur le palier.
– Elle est morte, lui fut-il répondu.
– Ah ! dit la sèche personne un peu saisie.
On a beau venir de province pour hériter, le mot « mort » vous glace toujours.
Après une seconde d’hésitation, elle entra dans la chambre de la défunte, s’approcha du pied du lit où gisait sa parente, esquissa un signe de croix et joignit les mains. Ses lèvres s’agitaient, marmottaient la formule d’une prière, mais ses yeux fouillaient dans les moindres recoins de l’appartement.
Quand elle pensa avoir suffisamment accordé à la décence, elle fit un autre signe de croix, encore plus hâtif que le précédent, et se tournant vers la sœur de charité de l’air d’une personne qui n’a plus rien à se reprocher :
– Je suis madame Grenardon, dit-elle d’un ton imposant.
La sœur, jeune encore et peu au fait des habitudes de ceux qui viennent pour hériter, fit un petit geste moitié salut, moitié question. La dame continua :
– Le docteur m’a écrit hier ; je suis héritière des biens de ma cousine.
La sœur fit un second geste, mais cette fois ce n’était pas un salut. L’air pincé, la voix sèche, les mouvements impérieux de la nouvelle venue lui paraissaient peu convenables devant la dépouille à peine refroidie d’une femme qui avait su se faire aimer, au moins par l’orpheline qui l’avait assistée à l’heure douloureuse de la mort,
– Parlez plus bas, dit la religieuse, en mettant un doigt sur ses lèvres.
Madame Grenardon parut fort surprise de cette recommandation, mais elle n’avait plus rien à dire, de sorte qu’on ne peut pas savoir si elle sentit le besoin d’en tenir compte. Elle ôta son chapeau, qui laissa voir une assez laide chevelure grisonnante, le posa sur la commode, se défit de son châle qu’elle plia, mit par-dessus son sac de maroquin, et apparut dans la splendeur d’une robe de mérinos noir, très propre, mais de cette apparence mesquine que les personnes d’un caractère ingrat ont le don de communiquer à leurs vêtements, même neufs, dès qu’ils les endossent.
– Savez-vous s’il y a d’autres héritiers ? reprit madame Grenardon après avoir lissé ses cheveux devant la glace.
La religieuse avait bonne envie de ne pas répondre ; cependant elle leva la tête et dit tranquillement :
– Je ne sais pas.
– Il doit y avoir un testament ? continua la cousine de province.
– Je ne sais pas, répondit la sœur de sa voix calme. Madame Grenardon la regarda de travers, puis se rasséréna.
– C’est vrai, dit-elle, au fait, vous ne pouvez pas savoir... Y a-t-il quelque chose à manger dans la maison ?
– Je ne sais pas, lui fut-il répondu pour la troisième fois.
Du coup, madame Grenardon descendit l’escalier sans regarder derrière elle. La religieuse referma la porte par où elle venait de sortir, étouffa un soupir en pensant à Marcelle, dont la jeunesse et l’abandon lui parlaient au cœur, et se remit en prières auprès du lit funéraire.
Il y avait quelque chose à manger, paraît-il, car la visiteuse ne remonta pas. Dans une armoire de la cuisine elle avait trouvé du pain ; dans un buffet, des confitures ; sur une planche, un réchaud à esprit de vin, et du café moulu dans une boîte. Sans perdre le temps en regrets inutiles sur la mort imprévue de sa parente, elle se livra aux douceurs d’une petite goinfrerie.
Au moment où elle aspirait avec délices la dernière goutte de café restée au fond de la tasse, et qui était vraiment délicieuse, la clochette de la grille tinta bruyamment. Madame Grenardon s’approcha de la fenêtre et vit entrer dans le jardin, exactement comme elle avait fait elle-même, un monsieur jeune encore et une vieille dame, correctement vêtus, qui paraissaient étrangers à la maison, car ils regardaient de tous côtés.
– Qu’est-ce que c’est que ceux-là ? se dit la bonne âme. Ils m’ont l’air d’arriver de Pontoise...
Elle était probablement très obligeante au fond, à moins que ce ne fût la curiosité qui la poussât, car elle eut la bonté de sortir de la maison et de faire quelques pas dans le jardin à la rencontre des nouveaux venus.
– Que désire madame ? dit-elle avec une politesse qui trahissait la petite marchande de province.
– Mademoiselle de Beaurenom ? dit le monsieur.
– C’est ici, répond madame Grenardon, soudain mise en défiance, et quittant son air prévenant.
– Comment va-t-elle, cette chère Hermine ? demanda la vieille dame.
Madame Grenardon la regarda de travers, puis reporta ses yeux sur le monsieur, jeune encore, qui attendait sa réponse le chapeau à la main, le bras arrondi comme un maître de danse.
– Elle est morte, répliqua la première arrivée. Est-ce que vous êtes aussi des parents ?
– Je suis sa tante à la mode de Bretagne du côté de son père, madame Permeny, – et vous, madame, peut-on vous demander...
– Je suis sa cousine, du côté de sa mère, répondit madame Grenardon d’un ton sec.
Les deux femmes échangèrent un regard assez semblable au choc du briquet sur la pierre à fusil. Le monsieur avait remis son chapeau sur sa tête, il ouvrit la porte de la maison et s’effaça pour laisser passer sa mère ; mais avant que celle-ci eût pu franchir le seuil, l’autre femme, plus jeune et plus alerte, s’était déjà faufilée dans le corridor.
– Eh bien ! murmura la vieille dame, elle n’est pas polie...
Elle entra néanmoins et se trouva dans la salle à manger, devant les débris du repas.
– Il y a longtemps que vous êtes là ? demanda madame Permeuy.
– Une heure, répondit la cousine d’un ton semblable à un coup de marteau qu’on recevrait sur les doigts.
La mère et le fils échangèrent un regard désolé.
– Si nous n’avions pas manqué le train, nous serions arrivés à neuf heures du matin, dit M. Permeny.
– Ça arrive quelquefois, fit remarquer madame Grenardon, qui ne les quittait pas des yeux.
Les nouveaux venus gardèrent le silence.
– Qui l’a soignée ? dit ensuite la vieille dame.
– Il y a une sœur de charité là-haut, répondit la cousine de province.
– Personne autre ?
– Je n’ai vu personne.
– Le médecin qui nous a écrit ?
– Je suppose qu’il va venir. On ne l’a pas encore vu.
– Nous allons attendre son arrivée, dit M. Permeny d’un ton décidé. Asseyez-vous, ma mère.
La vieille dame s’assit, et son fils la débarrassa de son manteau. Madame Grenardon prit un siège en face d’eux, et ils s’entreregardèrent tous trois d’un air de défi. Tout à coup une détente se fit sur leurs physionomies.
– Je suppose que nous sommes les seuls parents de la chère défunte, dit M. Permeny.
– Je n’en sais rien, répondit la parente de l’autre branche, mais je n’ai jamais entendu dire que mademoiselle de Beaurenom eût beaucoup de parents...
– Y a-t-il un testament ?
– La sœur n’a pas pu me le dire.
Madame Permeny leva les yeux et dit : – On m’avait parlé d’une protégée de ma nièce qui vivait avec elle.
Madame Grenardon fixa sur la vieille dame un regard semblable, non à un coup de couteau qui tue, mais à une scie qui déchiquette.
– Elle avait aussi une bonne, une personne très attachée, qui la servait depuis trente ans et plus... où est-elle ?
Madame Grenardon fit un signe qu’elle l’ignorait absolument.
– Qui est-ce qui vous avait donné ces renseignements ? dit-elle d’une voix agressive.
Madame Permeny ne répondit pas. Il ne lui convenait point probablement de dire où elle avait puisé ces renseignements.
– Ces domestiques, fit remarquer son fils, voyez un peu ce que c’est ! On les couvre de bienfaits, et ils vous abandonnent dans les circonstances néfastes.
Madame Grenardon n’avait pas une idée bien nette de ce que pouvait signifier néfastes, mais elle comprit que ce n’était pas un compliment à l’adresse des domestiques, et elle fit chorus.
–Et les obligés, où se cachent-ils en de telles occurrences ? reprit le jeune homme qu’à ce langage choisi une femme mieux au fait que la cousine de province eût reconnu pour un avocat. Cette jeune personne pour laquelle, paraît-il, elle a fait des dépenses considérables, où est-elle maintenant ?
Madame Grenardon indiqua, par un haussement d’épaules, qu’elle n’en avait pas la moindre idée.
– Cependant, dit tout à coup madame Permeny, si nous visitions la maison ?
Les deux autres héritiers se levèrent avec un empressement fait pour prouver combien cette proposition leur agréait. Chacun d’eux eût préféré faire cette visite seul, indubitablement ; mais puisque c’était impossible, le mieux était de le faire ensemble, afin de s’assurer que c’était fait en conscience.
Le rez-de-chaussée ne fut pas l’objet de minutieuses investigations. Jusqu’à présent, on n’a jamais entendu parler d’un testament trouvé dans une casserole ou d’effets précieux ensevelis sous une dalle de la cuisine. Ce sont principalement les caves et les jardins qui ont le monopole des cassettes. D’ailleurs, rien n’indiquait que mademoiselle Hermine, qui ne devait pas avoir prévu une mort si foudroyante, eût jamais éprouvé le besoin de cacher ses bijoux ou son argenterie.
Le petit salon restait imperturbablement fermé à clef, malgré une discrète poussée d’épaule infligée à la porte par M. Permeny, dans le but de s’assurer si ce n’était pas un simple entêtement à résister au bouton de la part de la serrure un peu rouillée...
Non, la serrure était innocente de tout point ; elle remplit fidèlement sa mission de confiance, et les trois héritiers s’entre-regardant – ils ne faisaient guère autre chose – prirent le parti de monter à l’étage supérieur.
– C’est la porte de sa chambre, dit madame Grenardon, en indiquant la chambre mortuaire : il y a une sœur en permanence.
– N’entrez pas, ma mère, fit M. Permeny, ces tristes spectacles vous émeuvent et vous troublent... l’affliction morale est déjà un tribut payé par la nature lors de la perte des siens ; n’y joignez pas l’ébranlement nerveux causé par le spectacle d’une chère dépouille...
Madame Permeny mit son mouchoir sur ses yeux et se laissa détourner de la chambre à coucher. Le trio se dirigea vers une autre porte, celle du cabinet de toilette. C’était une petite pièce fraîche et gaie, avec une fenêtre sur les jardins.
Les clefs étaient sur les armoires ; on les ouvrit, et les vêtements de mademoiselle Hermine apparurent, rangés avec le soin ordinaire ; seuls ceux qu’elle avait portés le dernier jour gisaient à terre, souillés et fripés, ce qui fit hausser les épaules à la cousine de province.
Sur le palier, une troisième porte avait encore échappé aux investigations ; au moment où les héritiers se tournaient de ce côté, elle s’ouvrit, jetant un flot de clarté sur l’escalier obscur, et Marcelle parut sur le seuil.
Grande et mince, les cheveux mal rattachés, son vêtement de nuit en flanelle blanche lui tombant jusqu’aux pieds, elle avait l’air d’une apparition céleste. Les trois intrus reculèrent surpris et effrayés.
– Qu’est-ce que c’est que ça ? fit madame Grenardon, plus prompte à reprendre ses sens...
Marcelle les regardait faire avec des yeux effarés. Lorsqu’à force de bonnes paroles et de soins compatissants la sœur de charité avait fini par la décider à se mettre au lit vers neuf heures du matin, l’enfant était rentrée dans sa chambre, s’était couchée docilement, et était tombée dans un lourd sommeil, qui, au moins pour quelques heures, lui avait fait perdre le sentiment de sa triste situation.
Pendant ce temps la religieuse avait cherché, et trouvé deux commerçants voisins qui s’étaient chargés d’aller à la mairie déclarer le décès ; le docteur, dont l’absence se prolongeait trop, finirait pourtant par venir une fois ou l’autre : c’est lui qui déciderait du reste.
Ce bruit de pas et de voix avait réveillé la fillette. Elle faisait un beau rêve : c’était l’été ; Rose était revenue, mademoiselle Hermine souriante, trônait au milieu de la pelouse, sous un grand chapeau de paille ; Jules et Robert jouaient avec le gros chien qui faisait des bonds prodigieux, et Marcelle elle-même les regardait en souriant, appuyée à sa place contre le fauteuil de son amie... c’était sa place favorite, son refuge quand elle était heureuse et plus encore quand elle avait été grondée, car alors le baiser suivait de près le reproche...
Le brouhaha des trois paires de souliers sur le palier sonore lui fit à travers son sommeil l’effet des grondements du tonnerre : son imagination passa soudain, sans transition, au souvenir de la nuit d’orage qui l’avait amenée au chalet ; elle poussa un cri de terreur, et sauta à bas du lit, encore mal éveillée...
– Qu’est-ce que c’est que ça ? répéta madame Grenardon en avançant hardiment.
La blanche apparition recula jusqu’au pied de son lit, et les héritiers, rassurés, entrèrent dans la chambre.
– C’est gentil ici, fit observer M. Permeny en produisant au jour un lorgnon qui jusqu’alors s’était modestement tenu coi. Il le promena sur la corniche et sur les rideaux de calicot blanc, puis le laissa insensiblement retomber sur Marcelle ; l’enfant regardait tour à tour avec effroi ces êtres inconnus, qui violaient son sanctuaire.
– Qui êtes-vous, mon enfant ? demanda madame Permeny d’un ton à la fois digne et encourageant.
– Marcelle Simon, dit la fillette en repoussant ses cheveux derrière ses oreilles.
– C’est elle, fit confidentiellement la vieille dame à son fils. Celui-ci ferma son lorgnon et prit une attitude réservée.
– Qui ? demanda madame Grenardon de sa voix sèche.
– C’est la protégée de mademoiselle de Beaurenom, expliqua M. Permeny d’un ton confidentiel.
La cousine laissa tomber sur Marcelle un regard écrasant ; par bonheur, la fillette, honteuse, se tenait maintenant les yeux baissés.
– Elle doit savoir un tas de choses, insinua madame Permeny.
Sa rivale, en héritage, lui jeta un coup d’œil reconnaissant, qui signifiait : Interrogeons-la.
L’interrogatoire commença, en effet : Marcelle, toujours debout, pieds nus sur le tapis, appuyée au lit, frissonnante de froid et de pudeur troublée tout ensemble, répondit de son mieux, ne comprenant que trop pourquoi ces gens cruels fouillaient jusqu’au fond de ses souvenirs les plus sacrés.
Que mangeait-on chez mademoiselle Hermine ? Combien Rose recevait-elle de gages ? Venait-il beaucoup de monde ? Mademoiselle Hermine plaçait-elle de l’argent ? Avait-elle beaucoup d’argenterie ? Les fournisseurs étaient-ils exactement payés ? Avait-on des professeurs pour Marcelle ? Lui avait-on fait des promesses pour l’avenir ? Et de beaux cadeaux dans le présent ?
– Oui, non, – je ne sais pas...
La pauvre petite martyre ne connaissait que ces trois réponses, et les appliquait de son mieux, ne sachant si elle faisait bien ou mal de répondre. Tous les sentiments de délicatesse qu’elle tenait de la nature et que l’éducation avait développés, froissés, brisés, vaincus, criaient grâce du fond d’elle-même ; les yeux candides de l’enfant, non plus baissés par honte, mais levés sur ses bourreaux pour faire appel à leur âme, disaient clairement la révolte de ce cœur tendre, de cet esprit élevé, contre la grossièreté de ces créatures mesquines.
– Et le notaire, insinua M. Permeny en reprenant son lorgnon, est-il venu ici quelquefois ?
– Je ne sais pas ce que c’est qu’un notaire, dit Marcelle en se ramassant sur elle-même comme pour prendre sa course et s’enfuir.
– Et son testament ? Savez-vous s’il y a un testament ? glapit la cousine sèche ; il doit y avoir un testament...
– Messieurs les héritiers, dit la voix de la sœur de charité derrière eux, on vous demande vos intentions pour les obsèques.
Ils se retournèrent, et Marcelle, délivrée de leurs regards, respira plus librement.
– Eh bien, où est-elle passée ? fit madame Grenardon.
La religieuse avait disparu, et la porte de mademoiselle Hermine, discrètement refermée, leur apprit qu’elle était retournée à son poste.
Inquiets, se surveillant toujours les uns les autres, ils descendirent dans la salle à manger où ils trouvèrent les employés des pompes funèbres.
Demeurée seule, Marcelle se hâta de s’habiller. Ses mains fébriles tremblaient en nouant les cordons, en cherchant les boutons ; elle avait hâte d’être habillée, de pouvoir sortir... pour aller où ? Le savait-elle ? Mais pour éviter les yeux de ces gens qui l’avaient si impitoyablement questionnée, elle fût allée n’importe où.
Le docteur, voilà son refuge ! Où était le docteur ? Pourquoi n’était-il pas venu ? Elle ne pouvait pas se douter que le brave homme, courant de malade en malade, rentré chez lui à quatre heures cette nuit-là, avait été réveillé à cinq pour un enfant que le croup étouffait, que de là, convoqué ailleurs, en ce moment même à l’extrémité de Paris, il prenait dans un restaurant son premier repas depuis la veille... Certaines journées sont pour les médecins ce qu’est le jour de la bataille pour un général en chef. Il faut savoir camper, sans avoir besoin de dormir, sur le lieu du combat.
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