Un secret nommé Kendall - Par intime conviction
Chapitre 10
10
— Montre-moi. S’agit-il du même symbole ?
Christina tendit la main vers Eric.
— Regarde toi-même. Apparemment, Victor Juarez faisait partie du même cercle que Nora et Liz.
— Et que ma sœur.
— Qui est introuvable.
Christina observa la photo, puis avala une longue gorgée d’eau.
— Il y a encore Libby. As-tu envie de retourner la voir ?
— Bonne idée, dit-il en lui chipant un morceau de pain. Nous y allons dès que nous aurons fini de déjeuner.
Lorsqu’ils quittèrent le restaurant, ils prirent le bus pour se rendre dans le Haight, admirant par les vitres les immeubles victoriens repeints de couleurs vives, les immenses fresques murales d’inspiration psychédélique.
— Il y a encore plus de monde qu’hier soir, remarqua Christina. Nous avons bien fait de ne pas venir en voiture.
— Les touristes se déversent en masse dans ce quartier. A leurs yeux, il est mystique, même si les clochards ont remplacé depuis longtemps les hippies.
— A l’époque des hippies non plus, leur credo « peace and love » ne régnait pas vraiment. N’oublie pas que Charles Manson a traîné des années dans ces rues avec ses disciples.
— Je ne suis pas surpris que tu connaisses par cœur les lieux que Manson a fréquentés. Comment se fait-il que tu t’intéressais aux tueurs en série à l’âge où les filles jouent à la poupée ?
— Je ne sais pas, Eric. J’avais essayé de te l’expliquer quand nous nous sommes rencontrés mais en réalité, je n’ai jamais compris moi-même l’origine de cette fascination.
— Si ce n’est que tu arrives à entrer en relation avec eux, avec les tueurs.
— Avec leur côté diabolique. Je le regrette souvent mais en effet, c’est le cas. Peut-être est-ce la raison qui m’a poussée vers ce métier et qui me permet d’y faire du bon travail.
— Je suis content que cela t’ait amenée… ici.
Elle leva vers lui un œil surpris mais il lui fit signe qu’ils étaient arrivés à destination.
* * *
La librairie de Libby se trouvait dans les bas-fonds du quartier, là où les immeubles victoriens tombaient en désuétude et où les habitants semblaient plus crasseux.
Ils s’engagèrent dans la ruelle. A la lumière du jour, les petites boutiques avaient perdu une grande partie de leur charme. Sans les néons colorés qui brillaient dans la nuit, leurs vitrines faisaient un peu tape-à-l’œil.
La porte du Grimoire était fermée mais une pancarte « Ouvert » y était accrochée. Aussi poussèrent-ils le battant. Comme la veille, des dizaines de clochettes carillonnèrent pour annoncer leur entrée et une odeur d’encens les enveloppa.
Libby qui conversait avec une cliente leur adressa un signe de la main.
— Voilà le livre avec lequel vous pouvez débuter. Si vous avez un don, vous le découvrirez vite, dès que vous commencerez à travailler avec les lames du tarot.
— Merci, j’ai toujours eu envie d’apprendre à tirer les cartes.
Tout en encaissant le produit de la vente, Libby envoya un clin d’œil à Christina. Puis elle conduisit sa cliente à la porte.
Une fois celle-ci refermée, elle revint derrière le comptoir.
— Vous voilà de retour. Vous avez certainement trouvé des preuves qui vont dans le sens de ce que je vous avais dit, non ?
— Peut-être, répondit Eric en s’emparant d’une petite boule bleue. A quoi sert ce truc ?
— A éloigner les mauvais esprits, agent Brody, répondit-elle. Avez-vous besoin d’un talisman de ce genre ?
— Non, mais les membres d’un cercle particulier pourraient en avoir besoin.
Christina tapota le comptoir.
— Que se passe-t-il, Libby ? Pourquoi un clan de sorcières voudrait-il se débarrasser d’un autre ?
— Je suis un peu l’historienne des cercles. Depuis des années, je retrace les lignées familiales des grandes familles de sorciers et je travaille sur leurs arbres généalogiques. Je pourrais vous raconter les conflits du passé, mais j’ignore les raisons de cette guerre aujourd’hui.
— Les combats fratricides sont-ils habituels dans l’univers de la sorcellerie ? demanda Eric en remettant la boule à sa place.
— Il y en a eu, mais pas dernièrement. Enfin, pas que je sache.
Christina intervint à son tour :
— Dans le passé, quand ces effusions de sang ont eu lieu, savez-vous ce qui les déclenchait ?
— Le pouvoir, l’amour, l’argent ou la vengeance, répondit Libby en scandant chaque mot de la main. Toutes les raisons habituelles. Je suis sûre que dans votre travail, vous retrouvez toujours ces quatre grands mobiles. Le monde de l’occulte n’est pas très différent.
— Si vous le dites, grommela Eric.
— Avez-vous entendu quelque chose d’autre à propos de ces meurtres ? reprit Christina. Nora, par exemple, vous en avait-elle parlé ? Vous avait-elle confié ses peurs ?
Christina ne pouvait s’empêcher d’établir une comparaison entre Nora et Vivi. Mais à la différence de Nora, Vivi avait eu le réflexe d’aller se cacher.
— Je sais qu’il y avait du grabuge mais je ne connais pas les détails, répondit Libby. J’ai certaines… sensibilités mais je ne suis pas une véritable sorcière.
— Et Nigel ? s’enquit Eric tout en se baladant dans la boutique.
Libby se mit à rire.
— Nigel est un ancien hippie qui vit en marge du monde occulte mais il n’est pas sorcier lui-même, en aucun cas.
Eric s’était arrêté devant un panneau de liège sur lequel étaient punaisées des petites annonces. Il en décrocha une et la posa sous les yeux de Libby.
— De quoi s’agit-il ?
Elle aplatit le feuillet de sa main ridée.
— Apparemment, il s’agit d’une réunion de sorcières, non ? En plein cœur du quartier du Haight, dans l’ancien bâtiment du syndicat. C’est une terre sacrée pour les brujos et les sorcières, un lieu chargé de puissance, de pouvoirs.
Christina s’empara du papier.
— Quel cercle doit s’y réunir prochainement ?
— Tous. Chaque cercle pris individuellement comprend trop peu de membres. Tous les sorciers et chamans du nord de la Californie sont conviés à ce rassemblement.
— La réunion se tient ce soir, remarqua Eric. Nous allons nous y rendre.
— Vous ne pouvez pas ! s’exclama Libby en reculant. Ils n’autorisent pas n’importe qui à assister à ces rencontres.
— Mais je ne suis pas n’importe qui, rétorqua Christina en écartant les bras. Vous l’avez dit vous-même. Les gens ne rejoignent pas un cercle, ils lui appartiennent, ils en font partie. J’appartiens à ce cercle et rien ne m’empêchera de participer à ce rassemblement.
— Nous irons, renchérit Eric en pliant le feuillet pour le glisser dans sa poche.
Les yeux de Libby s’écarquillèrent et elle resta un moment bouche bée.
— Vous ne comptez pas débarquer là-bas pour interroger tout le monde en vous réclamant du FBI, quand même !
— Non, nous n’avons pas l’intention de faire irruption en exhibant nos badges, riposta Christina, le cœur battant. Je connais le symbole de mon cercle. Je le porterai avec fierté.
— Vous êtes folle, dit Libby en se penchant vers elle. Vous vous exposez au danger.
— Je me donne les moyens de mener l’enquête, nuance. Et ne vous inquiétez pas pour moi. J’ai de quoi me défendre.
— N’espérez pas participer à une réunion de sorcières avec une arme.
— Eric me protégera mieux que mon arme de service.
— Je ne sais pas, Christina, intervint ce dernier. Je suis de l’avis de Libby. Tu risques de te retrouver en plein milieu d’un champ de tir. Je préfère m’en charger.
— Ils ne te laisseront pas entrer seul, Eric. Et puis, j’ai une mission à effectuer. Nous formons une équipe.
— Je sais. Mais comment vas-tu trouver un médaillon comme celui de Liz ? La police de San Francisco ne t’autorisera certainement pas à emprunter celui d’une des victimes. Il fait partie des pièces à conviction.
— Je n’ai pas besoin de médaillon. Je vais me faire tatouer ce symbole.
— Cela me semble un peu extrême comme méthode, commenta Eric.
Libby secoua la tête.
— Cela ne me plaît pas non plus.
Christina leva les yeux au ciel.
— Il ne s’agira pas d’un vrai tatouage mais d’une décalcomanie, d’un ornement temporaire. En arborant ce symbole, je serai accueillie à bras ouverts dans toutes les réunions de sorcières de la planète.
— Connaissez-vous un salon de tatouage, Libby ? demanda Eric.
Il se montrait réactif, constata Christina avec plaisir. Elle pouvait compter sur lui. Il était doté de cet instinct protecteur que tous les Brody portaient dans leurs gènes. Il aimait les femmes fortes tant qu’il pouvait être à leurs côtés pour les protéger, en cas de besoin.
— Je renonce à vous convaincre de votre erreur, lâcha Libby. En sortant d’ici, tournez à droite et deux rues plus loin vous verrez des tatoueurs à foison. J’ai entendu dire que Masters faisait du bon travail.
— Masters, c’est noté. Merci, Libby.
Comme ils se dirigeaient vers la sortie, elle leur cria :
— Faites attention à vous.
Mais ses avertissements furent noyés par le tintement des clochettes et les battements précipités du cœur de Christina.
Eric lui prit la main et mêla ses doigts aux siens.
— Es-tu certaine d’avoir envie de faire ça ?
— Ce ne sera pas un vrai tatouage, idiot.
— Tu sais bien que ce n’est pas du tatouage que je te parle.
— Il s’agit d’une réunion de sorcières. Que pourrait-il arriver ? Ce n’est pas comme si nous allions assister à une séance de vaudou avec des sacrifices humains au programme.
— Qu’en sais-tu ?
— Je suis sûre que cette soirée va nous mettre sur une piste.
— Je crois qu’en réalité, tu es surtout très excitée à l’idée de rencontrer des gens comme toi.
— Ne dis pas de bêtises !
Elle releva la tête.
— Nous arrivons dans la rue des tatoueurs. Essayons de repérer celui que Libby nous a recommandé.
Ils longèrent les échoppes et parvinrent enfin devant celle de Masters. Il opérait au rez-de-chaussée d’un immeuble victorien peint en rose.
— Et si tu te faisais tatouer avec moi ? Et que nous demandions de véritables tatouages ?
Elle lui tapota les fesses en ajoutant :
— Tu sais, des petits cœurs enlacés avec nos prénoms !
Il lui décocha un regard brûlant comme les braises.
— Seulement si j’ai le droit de choisir l’endroit de ton corps où tu te feras tatouer.
Elle se mit à rougir.
— Je plaisantais.
Comme elle passait devant lui pour pénétrer à l’intérieur, il lui murmura à l’oreille :
— Pas moi.
Elle fit volte-face mais il considérait d’un air impassible les posters de tatouages accrochés au mur. Avait-elle imaginé sa réponse ?
Une jeune femme s’approcha.
— Puis-je vous aider ?
Christina déglutit avec difficulté. Son interlocutrice portait un tatouage sophistiqué le long du bras. N’allait-elle pas la trouver ridicule ?
— J’aimerais me faire poser un tatouage temporaire. Pratiquez-vous ce genre de choses ?
— Absolument. Cela vous évitera de vous le faire retirer ensuite.
Eric sortit le dessin de sa poche.
— Est-il possible de reproduire celui-ci ?
Elle haussa les épaules.
— Sans aucun problème. A quel endroit le souhaitez-vous ?
— A l’intérieur de mon poignet. Et pour la couleur ? Je le voudrais en rouge et noir.
— Le henné brun donnera une teinte rouge mais nous n’utilisons plus de henné noir. C’est un truc immonde.
— C’est vous la professionnelle, je vous laisse faire.
— Je vais vous confier aux mains de J.C. Il est le spécialiste.
Quelques instants plus tard, le dénommé J.C. surgit de l’arrière-boutique. Il avait le corps couvert de tatouages comme s’il voulait être une publicité vivante de son travail. Il fit asseoir Christina sur une chaise et désinfecta soigneusement la zone à tatouer.
— Le dessin est sympa. De quoi s’agit-il ?
— C’est un symbole sorcier.
Elle observa le visage de J.C., guettant sa réaction mais il n’esquissa pas un battement de paupières.
— En êtes-vous une ? Je connais un couple qui se prétend chaman. Mais, entre nous, je les considère comme des tarés.
— Non, c’est juste pour m’amuser.
Elle ferma les yeux tandis que J.C. travaillait sur son bras.
Eric bavarda avec le tatoueur à propos de son métier et des demandes bizarres de certains clients.
J.C. acheva son œuvre plus vite que Christina n’aurait osé l’espérer.
— Voilà. Dites-moi si cela vous convient ou si vous souhaitez des améliorations.
Elle étudia le dessin.
— Il est exactement comme celui de Victor Juarez, non ?
— Oui à l’exception des couleurs, remarqua Eric.
— Lilith vous a expliqué les difficultés techniques posées par le noir, non ? Si un jour vous souhaitez un véritable tatouage, permanent, je pourrai vous le faire avec les teintes que vous voulez.
Comme J.C. ramassait ses outils, Christina se tourna vers Eric.
— Il me plaît. Qu’en penses-tu ?
— S’il nous aide à entrer dans cette réunion, ce soir, j’adhère totalement.
Eric régla le tatoueur en murmurant à l’oreille de Christina :
— J’ai l’intuition que le FBI refusera de me rembourser.
— Je ne vois pas pourquoi. C’est une dépense liée à l’enquête.
— Tu expliqueras ça à Rich.
Comme ils remontaient la rue, Christina tendit le bras pour admirer son nouveau tatouage.
— Il me plaît vraiment.
— Tu ne devrais peut-être pas le montrer publiquement, conseilla Eric en se mettant devant elle pour la protéger des regards des passants.
— N’exagérons rien !
— Il est réservé à ce rassemblement. En attendant, tu n’as pas intérêt à afficher ton appartenance à ce cercle.
— Bon, tu as peut-être raison. A présent, j’aimerais retourner à l’hôtel pour me replonger dans les dossiers. Maintenant que nous avons la preuve que Juarez avait un lien avec les deux autres victimes, je suis sûre que nous allons trouver quelque chose de commun dans les antécédents d’Olivia Dearing.
— Il est possible qu’elle ait préféré faire profil bas, ne pas porter de tatouage ni de médaillon, ne pas travailler dans une librairie ésotérique.
— Pourtant, le tueur l’a identifiée comme sorcière. Il y a donc forcément quelque chose qui la désignait comme membre de ce cercle. Voilà notre bus, c’est moi qui paie, ajouta-t-elle en cherchant son porte-monnaie.
Quand ils grimpèrent dans le bus, un jeune homme se leva galamment pour lui offrir sa place.
Elle le remercia et s’assit tandis qu’Eric restait debout près d’elle, se tenant à la barre d’appui. Elle avait donc ses fesses sous le nez. Elle ne put s’empêcher de les admirer, puis de rougir. Comment allait-elle réussir à travailler avec lui dans une chambre si elle avait déjà des idées derrière la tête ? C’était comme cela qu’ils étaient tombés amoureux au départ.
Puis il avait rompu leurs fiançailles parce qu’il avait cru qu’elle ne voyait en lui que le fils de Joseph Brody. Il n’avait pas complètement tort. L’histoire de cet inspecteur de police accusé d’être un tueur en série la fascinait.
Mais quand elle avait fait la connaissance d’Eric, en chair et en os, la puissante attirance qu’elle avait éprouvée pour lui au premier regard — et qu’il avait éprouvée pour elle — avait balayé le reste.
Elle la ressentait de nouveau, elle ne l’avait d’ailleurs jamais quittée. Pour autant, elle lui avait caché sa grossesse. Sa mère avait raison : Eric avait le droit de connaître son enfant.
Elle devait tout lui avouer, même au risque qu’il lui en veuille à vie.
— Nous descendons là, dit-il soudain en lui tapotant la tête.
Elle se leva et s’accrocha à la barre. Quand elle descendit, ses seins frôlèrent Eric en passant.
— Waouh, cria-t-il en lui enlaçant la taille pour la garder près de lui.
Sentait-il le courant passer entre eux avec la même intensité qu’elle ? Elle en avait le cœur battant.
* * *
Ils sautèrent sur le trottoir et le bus repartit dans un gros nuage de fumée.
Eric se mit à tousser.
— Nous allons finir par étouffer dans cette ville. Tous les véhicules polluent à qui mieux mieux !
— Penses-tu que le chauffard d’hier soir a pu manquer de peu de m’écraser accidentellement ? Sans en avoir l’intention ?
— Après que quelqu’un a peint ce symbole sur ton pare-brise ? Cela me paraît trop gros pour une simple coïncidence.
— N’importe quel piéton traversant sur ce passage clouté aurait pu être victime de ce fou. Il y avait du monde, il faisait nuit…
— Mais c’est toi qui as failli en être victime…
— Alors le tatouage était peut-être superflu. Je suis peut-être déjà marquée.
Quand ils parvinrent à l’hôtel et se dirigèrent vers l’ascenseur, un autre couple y monta avec eux, ainsi qu’un homme d’affaires. Tous trois descendirent au même étage et quand les portes se refermèrent, Eric la poussa dans un coin et appuya les mains de chaque côté de sa tête.
— Promets-moi d’être prudente, ce soir.
— Promis.
Elle était prête à lui promettre tout ce qu’il voudrait tant qu’il resterait dans cette position. Ou un peu plus près.
Il recula.
— Pardonne-moi de me montrer si paternaliste. Je sais que tu es très entière, que tu t’impliques toujours à fond dans ton travail. Et je suis malade d’inquiétude.
Elle battit des paupières, tentant de s’extraire du charme de ses yeux noisette.
— Personne ne tentera rien contre moi à cette réunion, surtout dans une pièce remplie de gens qui savent lire dans la tête des autres.
La cabine s’ouvrit en arrivant à leur étage et toute l’émotion entre eux parut s’échapper dans le couloir et s’évaporer.
Eric s’arrêta devant sa porte.
— Cette réunion commence à 22 heures. En attendant, peut-être devrions-nous faire monter notre dîner et nous détendre un peu.
— Je vais me détendre avec le dossier d’Olivia, pour tenter de trouver un lien entre cette jeune femme et les autres victimes.
— Et moi, je dois rédiger un rapport pour Rich et la police judiciaire de San Francisco.
Ils regagnèrent chacun leur chambre et Christina s’effondra contre sa porte. Se détendre ? Comment pourrait-elle se détendre quand l’homme qu’elle désirait de tout son être était dans la pièce voisine, à portée de main, pour la première fois depuis deux ans ?
A portée de main mais avec un abîme entre eux nommé Kendall.
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