Un secret nommé Kendall - Par intime conviction
Chapitre 7
7
A l’heure prévue de l’arrivée de Jeremy et du général Charles Hamilton, Sarah avait terminé ses préparatifs culinaires et la sauce des spaghettis finissait de cuire, remplissant la cuisine de senteurs épicées.
Elle avait également vérifié les chambres pour s’assurer que tout y était en ordre et passé plusieurs coups de fil à des fournisseurs du mariage, notamment le fleuriste et le pâtissier.
Comme si les menaces concernant le général ne suffisaient pas à assombrir le tableau, la météo de ce mois de février se mettait de la partie. Bien que le ciel soit pour le moment clair et ensoleillé, on attendait d’importantes chutes de neige pour vendredi. Le traiteur, en particulier, commençait à s’inquiéter. Si le temps se gâtait dès le lendemain, jeudi, lui et les autres fournisseurs pourraient bien être obligés d’avancer leurs livraisons.
Debout devant la fenêtre donnant sur l’avant du chalet, elle vit un SUV gris argenté approcher et se garer devant la porte.
— Les voilà ! annonça-t-elle.
Un éclair en jean et chemisier de dentelle traversa la pièce et le porche pour se jeter dans les bras de celui qui allait bientôt devenir son mari. Jeremy souleva Emily de terre et la fit tournoyer.
Sur le seuil, Sarah, qui venait de sortir pour accueillir ses invités, ne put s’empêcher de sourire. La joie des futurs époux était contagieuse, mais elle ne semblait toutefois pas darder ses lumineux rayons jusque sur le visage du général, qui descendit de voiture, impassible.
— Encore un joyeux drille…, murmura Sarah.
— Oh ! Vous n’avez encore rien vu, dit sur le même ton Blake, qui l’avait suivie. Ça, c’est son visage heureux…
Elle lui lança un regard à la dérobée. Il s’était rasé en l’honneur de son chef. Sans la dure barbe noire, on remarquait mieux l’angle bien net de sa mâchoire et la lèvre pleine qui semblait appeler le baiser. Arrivée à ce point de ses réflexions, elle préféra brider son imagination.
— Vous avez bonne mine, lui dit-elle malgré tout.
— Merci. Je vous retourne le compliment.
— Merci !
C’était vrai. Elle avait fait un effort, s’était maquillée discrètement et avait brossé sa lumineuse chevelure. Au lieu de son jean habituel, elle portait un legging gris, un chemisier bleu canard et un long cardigan lui descendant à mi-cuisse.
Comme aucun des nouveaux arrivants, pas même les aides de camp, n’était en uniforme, Blake se dispensa du salut militaire. Il descendit les marches du perron pour aller à la rencontre du général mais rectifia néanmoins la position avant de lui serrer la main. Malgré les tenues civiles, leur échange avait une rigidité toute militaire.
— Mon général, dit Blake, permettez-moi de vous présenter Sarah Bentley, la propriétaire de ce chalet.
L’élégante veste de tweed avait été coupée pour mettre en valeur les larges épaules de son propriétaire dont les cheveux très blancs brillaient au soleil de cet après-midi. Ses traits semblaient avoir été sculptés dans le chêne, et sa voix roula dans sa poitrine quand il dit :
— Ravi de vous connaître, Sarah.
— Tout le plaisir est pour moi… Charles, répondit-elle en prenant fermement sa main.
Pas question pour elle de l’appeler « général » pendant quatre jours. Cela aurait été par trop guindé.
Les sourcils gris se haussèrent très légèrement durant une fraction de seconde, et Sarah enchaîna, sans pitié :
— A moins que vous ne préfériez « Chuck » ?
— Emily ne m’a pas beaucoup parlé de vous.
Justement, l’intéressée faisait frénétiquement des signes derrière le dos de son futur beau-père pour inciter son amie à un peu moins d’audace, mais il n’était pas question qu’elle se taise. Le général Hamilton pouvait bien donner des ordres à la moitié du Pentagone, pour le moment il était chez elle et elle était le patron. Si sa légère taquinerie indisposait le grand chef qu’il était, après tout, elle s’en moquait. Dans quelques jours, il partirait et elle ne le reverrait jamais.
Elle lui dédia son plus beau sourire.
— Je peux peut-être aussi vous appeler « Chuckie » ?
— Charles ira très bien.
— Parfait. Entrez donc, je vous en prie, et laissez-moi vous montrer la maison.
Suivie du général et des deux aides de camp, le capitaine Alvardo et le lieutenant Maddox, elle fit le tour du chalet en commençant par l’aile gauche, qui abritait le salon de jeu, la bibliothèque et son bureau, jusqu’à l’étage où elle avait attribué au général Hamilton la suite avec salon et salle de bains, tandis que les deux aides de camp devaient se contenter de chambres sans salle de bains, celle-ci étant simplement de l’autre côté du couloir.
— Nous n’avons pas de room-service, expliqua-t-elle. Si vous avez une petite faim durant la nuit, il vous faudra descendre dans la cuisine et vous servir vous-même.
En quelques enjambées, le général s’approcha de la table de nuit et décrocha le combiné du téléphone.
— Pourquoi avoir ceci dans les chambres, si vous n’avez pas de room-service ? demanda-t-il.
— Pour appeler et recevoir des appels, répondit Sarah. Ici, les portables passent très mal.
— Il y a une solution, intervint Blake.
Il mit la main à la poche de sa veste, en tira deux portables et en donna un au général, l’autre à Mike Alvardo.
— Par satellite, expliqua-t-il. Parfaitement fiables.
— A moins que nous ayons du blizzard ou qu’un ours bouscule le récepteur que vous avez installé, dit Sarah, moqueuse.
— Ils dorment, en cette saison, répondit Blake du tac au tac. Et je l’ai accroché dans un arbre.
— Ils sont en hibernation, c’est vrai, mais il leur arrive parfois de se réveiller et ils ne sont généralement pas de bonne humeur dans ces cas-là. Et ils grimpent très bien aux arbres.
Le rire bref qui résonna dans la chambre les fit tous sursauter. Ils se tournèrent, surpris, vers le général, qui rit encore.
— Vous êtes drôle, Sarah, dit-il. Et je vous trouve fichtrement sympathique !
— Mais… moi aussi, Charles.
— Votre chalet est très agréable. Mais nous n’en avons pas tout vu, n’est-ce pas ?
— Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez…
— Où se trouve votre chambre ?
Tiens, tiens… Le grand chef aurait-il des tendances libidineuses ?
— Au rez-de-chaussée. Et il y a un verrou sur la porte…
— Sage précaution.
Soudain, le général changea d’attitude, comme s’il prenait le commandement.
— Bon, reprit-il. Allons nous installer près de la cheminée et discutons de la situation. D’abord, Randall, je ne comprends rien à cette histoire d’enlèvement. J’ai des ennemis obstinés et peu regardants sur les moyens, mais ils ne sont pas stupides. Ils n’ont aucune raison logique de vouloir kidnapper Emily…
* * *
Dans le salon, Blake se campa près de la cheminée, prêt à s’expliquer. Il faisait un peu trop chaud, dans cette pièce, et il se sentait vaguement mal à l’aise. Le commentaire du général n’augurait rien de bon. Blake était bien d’accord sur le fait que l’enlèvement d’Emily n’avait été ni bien préparé ni bien exécuté, mais la menace n’en restait pas moins réelle. Ils ne pouvaient se permettre le moindre relâchement dans la vigilance. Mariage ou pas, ils devaient rester sur leurs gardes.
Jambes légèrement écartées, dans l’attitude classique de l’officier qui se prépare à faire un exposé de situation, il attendit que tout le monde se soit installé et servi. Du thé et du café avaient été mis à leur disposition sur la table, ainsi qu’une assiette de cookies maison aux pépites de chocolat et une autre d’amuse-bouche à base de carottes crues. Personne ne toucha aux carottes…
Sur un coin du vaste canapé, Emily et Jeremy étaient seuls au monde, murmurant entre eux, les yeux dans les yeux.
Des deux aides de camp, le capitaine Alvardo était le plus grand, avec le maintien réservé qui seyait à sa fonction et à son grade. Il avait posé son attaché-case sur le tapis, à côté du rocking-chair dans lequel il était assis, les pieds fermement ancrés au sol pour prévenir tout balancement. Les cheveux blonds coupés réglementairement court, il était solidement bâti. Blake savait déjà que, pour tout ce qui concernait les menaces, son premier interlocuteur serait Alvardo.
Autant commencer tout de suite. Il s’approcha du rocking-chair, se pencha et parla à l’oreille de l’aide de camp.
— Jeremy m’a envoyé un mail. La liste des gens qui, selon lui, ont un contentieux en cours avec le général. Pouvez-vous me donner davantage d’informations ?
— Tout ce que vous voudrez, major, répondit Alvardo.
Il baissa encore sa voix d’un ton.
— Je voudrais moi aussi vous demander… des éclaircissements sur cette… Sarah.
— Vous me demandez ça pour vous-même ou pour votre patron ?
L’officier eut un bref sourire.
— Le général aime bien flirter… Et moi, mes fonctions impliquent que je sache toujours avec qui il flirte.
— Elle est célibataire. Et je l’ai vue le premier.
Il se tourna vers l’autre aide de camp, le lieutenant Maddox et lui tendit la tablette informatique d’où l’on pouvait contrôler les caméras.
— Tenez, dit-il, c’est vous qui allez vous occuper de ça. Si vous voyez quoi que ce soit d’anormal sur ces écrans, vous sonnez le branle-bas de combat…
Une tasse de café à la main, le général se carra confortablement dans un fauteuil de cuir.
— Allez-y, Randall, on vous écoute.
L’exposé de situation était un exercice auquel Blake était rompu depuis bien des années, et il ne lui fallut que cinq minutes pour résumer les événements de la nuit. Il se préparait à décrire son plan de défense point par point, lorsque le général l’interrompit.
— J’ai une question. Est-ce que le ravisseur a essayé de déguiser sa voix au téléphone ?
— Il n’avait pas de raison de le faire, répondit Blake, tant qu’il croyait parler à l’homme qu’il avait engagé.
— Si vous entendiez cette voix de nouveau, pensez-vous que vous pourriez la reconnaître ?
— Certainement, mon général. Vous auriez des enregistrements que je pourrais essayer d’identifier ?
Il n’y avait pourtant rien de particulièrement remarquable dans cette voix ; pas d’accent régional, pas de tics de langage.
Ce fut le capitaine Alvardo qui répondit.
— Toutes les communications téléphoniques entrant au cabinet du général sont enregistrées, c’est la règle. Je peux vous faire envoyer des échantillons par mail.
Blake tiqua. Il se voyait mal écouter des dizaines d’extraits de communications alors qu’il avait mieux à faire dans l’immédiat.
— Lorsque nous aurons cerné les profils de quelques suspects, cela pourra se révéler utile, répondit-il sans trop s’avancer.
Cette tâche-là, de recherche, était aussi urgente qu’elle s’annonçait fastidieuse. Il expliqua que l’adjoint Kovac allait venir dîner le soir même et qu’il apporterait les informations glanées auprès des hôtels et des loueurs de voitures, s’il en obtenait. S’il avait des noms, il faudrait alors vérifier les éventuelles correspondances avec les listes établies par le Pentagone pour protéger le général.
— Elles sont longues, précisa celui-ci. Le bureau que je commande se prépare à fermer plusieurs bases militaires et à annuler des commandes industrielles. Des gens vont être mis à la porte. Ils sont d’ores et déjà furieux et, à dire vrai, je les comprends.
— Mais leur colère est mal dirigée, fit remarquer Alvardo. Leurs menaces de mort, ils feraient mieux de les adresser aux politiciens qui nous ordonnent de réduire les budgets.
— Ils le font, intervint alors Emily. On voit bien que vous n’avez jamais assisté à une réunion électorale…
— Justement, dit Blake qui ne tenait pas à ce que cette réunion se transforme en une stérile discussion politique. Ces menaces directes, mon général, en avez-vous reçu, vous, personnellement ?
— Un peu, que j’en ai reçu !
Le capitaine Alvardo tapota le flanc de son attaché-case.
— J’ai là des mails dans lesquels le général est traité de tous les noms d’oiseaux possibles, et lui décrivant son sort, si jamais il venait à tomber entre les mains de leurs auteurs. Il y a des choses incroyables, des gens qui prennent ses photos et y ajoutent des cornes, une queue fourchue et une pique !
— Ceux qui hurlent à la mort ne me dérangent pas, coupa le général. Ce que je déteste, c’est les sournois, ceux qui ne disent rien et me maudissent en secret. Les psychopathes…
— … Et celui qui nous intéresse n’est certainement pas resté passif, fit remarquer Blake. Il est bel et bien entré en action.
— Ce n’est pas non plus un malheureux ouvrier qui aurait perdu son travail suite à une restructuration, ajouta Sarah. Il a suffisamment d’argent pour aller et venir, louer un véhicule et donner à Farley trois mille dollars d’avance.
— J’ajoute qu’il est suffisamment malin pour cacher ses propres sources d’information, reprit Blake. A mon avis, voir en lui un simple maniaque serait une erreur.
— C’est tout de même un imbécile, dit le général. Car son idée d’enlever Emily pour me faire chanter a peut-être l’apparence de la logique, mais elle présente une faille d’importance.
— Laquelle ? demanda Sarah.
— Je peux toujours faire semblant de céder au chantage, mais qui m’empêcherait de reprendre ma parole une fois Emily libérée ?
Blake avait lui aussi vu cette faille et y avait réfléchi.
— Peut-être, mon général, a-t-il simplement voulu extorquer une rançon ou, plus finement, montrer qu’il pouvait frapper où et quand il le voulait, afin de semer le trouble et la peur.
— Je connais ces méthodes de lâches et leurs prétendues justifications, dit le général avec dégoût. J’ai été en poste au Moyen-Orient pendant presque dix ans.
— Oui, mon général.
— Bon, nous n’avons pas le choix, il faut continuer les investigations. Mais je pense que nous ne tarderons pas à découvrir que cet enlèvement n’a pas de rapport avec le budget de la Défense, ni avec moi.
Le tisonnier en main, Sarah venait d’attiser le feu, et les flammes montaient haut dans l’âtre.
— Que voulez-vous dire, Charles ? demanda-t-elle.
— Qu’il y a un autre motif. La haine, la jalousie, la vengeance… Que cet homme cherchait à faire peur ou à faire du mal à Emily.
Blake regarda à la dérobée le jeune couple sur le canapé. Jeremy tenait sa fiancée contre lui, leurs doigts enlacés. Ces événements tombaient bien mal, pour eux, alors qu’ils étaient au seuil de leur vie commune et auraient dû être tout à leur bonheur. Il détestait devoir ajouter encore à leurs ennuis, mais il le fallait bien.
— C’est vrai, dit-il. Il faut élargir le rayon de nos investigations.
— Sans en exclure le père d’Emily, fit remarquer le général.
Celle-ci s’arracha aux bras de Jeremy et se leva d’un bond.
— Vous n’attendiez que cela, n’est-ce pas, pour l’accuser ? lança-t-elle à son futur beau-père.
— Votre père est un homme public, répondit celui-ci. Il a forcément des ennemis.
— Papa ne ferait jamais rien qui risquerait de me valoir des ennuis !
— Mais moi non plus, Emily, répliqua le général.
Blake allait s’interposer, mais Sarah fut plus rapide. Elle parla d’une voix calme et apaisante.
— Nous sommes tous des amis, dans cette pièce, et n’avons aucune raison de nous déchirer entre nous. L’important, c’est de trouver qui nous menace et de le mettre hors d’état de nuire avant le mariage.
Blake vint à la rescousse.
— Jeremy et Emily, je voudrais qu’avec Sarah, vous fassiez une liste des gens qui pourraient être susceptibles de vous vouloir du mal.
— Mais pourquoi ? demanda la future mariée.
— Parce qu’il est possible que ce mariage mette quelqu’un en colère. Quelqu’un qui voudrait à tout prix l’empêcher.
Emily secoua la tête.
— Par pitié, vous ne voulez pas dire un de mes anciens petits amis…
— Pas seulement les tiens, dit Sarah en posant la main sur le bras de son amie. Ça peut aussi bien être une jeune dame un brin dérangée qui aurait engagé un voyou pour te punir d’avoir mis la main sur son cher Jeremy…
Le général éclata de rire de nouveau.
— Décidément, Sarah, vous me plaisez !
— J’emmène Emily et Jeremy dans mon bureau. On dîne assez tôt, à la montagne, messieurs. Alors ne vous bourrez pas trop de cookies…
Pendant qu’elle s’en allait avec le jeune couple, Blake s’assit dans un fauteuil en face de celui du général, qui arborait toujours un sourire comme oublié sur ses lèvres.
— Cette Sarah, décidément, c’est quelqu’un ! s’exclama-t-il, admiratif.
Son sourire n’allait pas jusqu’à éclairer son regard gris acier, et sa posture à la décontraction étudiée ne dissimulait ni la raideur de ses épaules ni la tension des muscles de son cou. On pouvait voir qu’il était sous pression mais faisait son possible pour n’en laisser rien paraître.
Bien que Blake n’ait jamais directement servi sous ses ordres, il connaissait la réputation de ce grand chef qui avait été l’un des rouages essentiels du haut commandement en Irak et en Afghanistan. Il était réputé pour l’attention et le soutien qu’il portait à ses hommes et pour sa rapidité de décision.
Le général but une gorgée de café et, en évitant de le regarder directement, demanda :
— Jeremy m’a dit que vous comptiez quitter l’armée ?
— En effet, mon général.
— Vous n’êtes pas un peu jeune, pour prendre votre retraite ?
— Je crois qu’il est plus que temps. J’ai été fier d’être un ranger. Ce métier me plaisait, et je crois l’avoir fait du mieux que j’ai pu. Mais j’en ai assez de la guerre, mon général. Alors, oui, j’aspire au changement.
— Vous pourriez servir à l’état-major, ici, aux Etats-Unis. Je serais heureux de vous recommander pour cela.
— Je vous en remercie très sincèrement, mon général, mais j’ai mes propres projets.
— Vous savez, soupira le général en se passant la main sur le front, diriger un bureau d’état-major n’a rien d’une sinécure. Parfois, je me demande si j’ai bien fait d’accepter ce poste à Washington. Quand je me réveille entre les draps de mon grand lit, dans mon bel appartement de fonction, je me prends à rêver d’être encore en treillis, et sous la tente.
Blake jeta un coup d’œil en direction des deux aides de camp qui, sous leur air détaché, n’en perdaient pas une miette.
— Votre présence au Pentagone est importante, mon général. On a besoin de la voix d’un homme de terrain, là-bas.
— Pour ne rien vous cacher, c’est bien pour ça que j’y suis. Pour que les hommes qui ont servi sous mes ordres soient entendus. Il y a des bureaucrates, je vous le dis tout net, qui sont encore plus dangereux que les talibans…
Il se leva de son fauteuil.
— Allons nous installer autour de la table. Alvardo va nous expliquer ce qu’il a trouvé.
En quelques secondes, le capitaine avait déployé des dossiers de différentes couleurs sur le grand plateau de bois.
— J’ai un fichier informatique, expliqua-t-il, mais la démonstration fonctionne mieux comme ça.
— Les couleurs représentent chacune un groupe différent, je suppose ? avança Blake.
— En effet. Le vert représente les activistes religieux de toute sorte, sectes incluses. Le jaune, les pacifistes susceptibles d’actions violentes. Le bleu n’est pas vraiment concerné ici, car ce sont les associations et groupes qui agissent par la voie légale. Le violet représente tous ceux qui ont perdu leur travail à cause des restructurations militaires ou sont en passe de le perdre.
Restait le rouge…
— Et celui-ci ? fit Blake.
— Ça, c’est le dossier des menaces anciennes. Celles qui sont liées à la carrière du général avant qu’il ne rejoigne le Pentagone.
— Ceux qui peuvent lui reprocher son action lors des opérations militaires auxquelles il a participé, donc, compléta Blake.
— Oui. Politiciens afghans, talibans, chefs de tribu, marchands lésés d’une manière ou d’une autre par la guerre, parents ayant perdu un fils…
Alvardo évoquait tout cela comme quelqu’un qui n’a pas vraiment vécu la réalité des concepts qu’il maniait.
— Des terroristes, des vrais, dit pensivement Blake.
Il espérait vivement qu’aucun nouveau nom n’entrerait dans ce dossier à la couverture rouge.
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