Un secret nommé Kendall - Par intime conviction

Chapitre 16

16

 

Eric déglutit. Le médaillon. Le médaillon que Liz portait le jour où elle avait été assassinée était bien celui qui se balançait au cou de la femme qui s’occupait de lui pendant sa captivité.

— C’était elle, Christina. Liz Fielding faisait partie des ravisseurs. Qu’y a-t-il d’autre à son sujet dans le rapport ? Les flics s’étaient-ils intéressés à ses antécédents ?

— Je ne suis pas allée jusque-là. J’ai commencé par consulter la liste des témoins et bien sûr, son nom m’a sauté aux yeux.

— La probabilité que la fille qui m’avait enlevé et que Liz Fielding qui m’a secouru à l’époque portent le même médaillon est quasi nulle…

— Je suis d’accord. En plus, Nigel nous avait dit que les Brujos de Invierno étaient impliqués dans ton rapt. Maintenant, nous avons la preuve que Liz Fielding l’était directement. Qu’en est-il des autres victimes ?

— Les deux autres femmes sont forcément hors de cause. Elles étaient trop jeunes au moment du kidnapping.

— Crois-tu que ton enlèvement soit lié à l’affaire dont nous nous occupons actuellement ?

— Je ne le pense pas, Christina, si ce n’est que dans les deux cas, les brujos ont joué un rôle. Mais je me demande, du coup, si le Tueur de l’Annuaire ne faisait pas partie de ce cercle. Il a pu commettre les meurtres avec la complicité des brujos.

— En tout cas, si tu doutais de l’innocence de ton père, te voilà rassuré. Certains membres des Brujos de Invierno t’ont enlevé pour menacer ton père, faire pression sur lui. Joseph Brody n’avait rien à voir avec ton kidnapping ni avec ces meurtres.

— Mais alors pourquoi s’est-il suicidé ? Pourquoi a-t-il sauté du Golden Gate ?

Christina l’enlaça.

— Je n’en sais rien, Eric. J’aimerais pouvoir t’aider mais je n’ai pas la réponse à cette question.

Il plongea son visage dans ses cheveux.

— Comment un homme peut-il faire un coup pareil à sa famille ? Je n’aurais jamais… Je ne pourrais jamais…

Elle l’obligea à lui faire face.

— Je sais, Eric.

Il captura ses lèvres pour l’embrasser avec force. Comment pourrait-il renoncer à cette femme ? Elle le comprenait comme personne. Et il la comprenait.

Des bruits de pas les firent sursauter et Eric se retourna à temps : Marie apparaissait à l’angle des étagères.

— Avez-vous bientôt fini ? Il est 17 heures et je n’ai pas envie de faire d’heures supplémentaires, même pour un Brody. Tu peux toujours revenir demain, Eric.

— Nous avons trouvé ce que nous cherchions, Marie. Nous allons tout remettre en place et partir.

— Alors je retourne à mon poste, dit-elle comme si elle prenait soudain conscience d’avoir dérangé.

* * *

Quand elle s’éloigna, Eric poussa un soupir.

— As-tu trouvé les retranscriptions des interrogatoires des témoins ?

— Oui, je les ai mises de côté.

— Ton sac est-il assez grand pour les cacher ?

— Absolument, dit-elle en y glissant les feuillets.

Il remit le carton sur l’étagère.

— Ecoute, je sais que nous n’avons pas beaucoup avancé sur notre affaire aujourd’hui mais je dois à mon frère et à mon père d’enquêter sur cette vieille histoire.

— Je suis d’accord et je suis contente de pouvoir t’y aider. Tu m’as toujours accusée d’être obsédée par ce dossier. Maintenant, tu vois que cet intérêt n’était pas inutile, ajouta-t-elle avec un clin d’œil.

— Merci, Christina. Maintenant, nous allons découvrir ce que cette Liz Fielding avait raconté à la police.

Christina remit ses talons aiguilles. Mais comme elle s’apprêtait à remonter le couloir, Eric l’attrapa par les épaules.

— Attends ! dit-il en lui caressant les fesses.

Elle sursauta.

— Je sais que tu es un chaud lapin, Eric, mais j’espère que tu n’as pas l’intention de me faire l’amour ici, parmi les cartons des vieilles affaires classées.

— Que vas-tu imaginer ? Je retirais un peu de poussière sur ton pantalon.

Lorsqu’ils quittèrent la salle des archives, il embrassa Marie avec chaleur.

— Merci infiniment.

— De rien. Sortez tous les deux, j’attends dix minutes pour vous imiter.

Eric commença à sourire mais Marie semblait inquiète.

— De quoi as-tu peur ? s’enquit-il.

— Regarde ce qui est arrivé au docteur Patrick la dernière fois que j’ai laissé un Brody consulter les archives.

— Que sous-entends-tu, Marie ?

— Rien du tout.

Devant l’ascenseur, Christina demanda à Eric :

— De quoi parlait-elle ?

— Je n’en sais rien. Au départ, quand elle m’a dit de ne pas signer le registre, je pensais qu’elle cherchait à me protéger, qu’elle ne voulait pas que j’aie d’ennuis pour avoir été farfouiller dans les archives.

— Peut-être est-elle superstitieuse. Et après ce qui est arrivé à ce psychiatre…

— Peut-être.

Ils regagnèrent le bureau qui leur avait été attribué. Eric ouvrit son ordinateur portable et tapa son code d’accès. Deux fichiers étaient ouverts.

— Mince ! Deux de mes fichiers ont été consultés par quelqu’un d’autre que moi.

— En es-tu certain ?

— Sûr et certain. Je ferme toujours mes fichiers quand j’ai fini d’y travailler.

— Mais tu n’as pas protégé ton ordinateur avec un code d’accès ? Comme le prévoit le protocole du FBI ?

— Bien sûr que si !

— Qu’y avait-il d’important dans ces fichiers ?

— Pas grand-chose. Le rapport que j’ai rédigé sur l’affaire, quelques notes, rien de hautement confidentiel.

Elle haussa les épaules.

— Tu as dû les fermer sans y penser.

— Sans doute, dit-il en éteignant son ordinateur pour le ranger dans sa sacoche.

Comme ils quittaient le poste, Rita agita la main.

— Bonne soirée !

— A vous aussi, répondirent-ils.

Eric murmura discrètement à l’oreille de Christina :

— Je vais la recommander à Sean.

— Oui, elle le mérite.

— Veux-tu que nous allions dîner quelque part ? Tu n’as rien mangé à midi et tu dois être affamée.

— C’est vrai, je meurs de faim.

Il s’était promis de garder ses distances avec Christina mais le baiser qu’ils avaient échangé aux archives l’avait affolé. C’était impossible de ne pas avoir envie d’elle, à moins de partir à des kilomètres. Bien sûr, il lui en voulait encore de lui avoir caché l’existence de Kendall mais sa rancune ne l’empêchait pas de la désirer.

* * *

Penchée devant le miroir de la salle de bains, Christina se remaquilla rapidement, puis sourit à son propre reflet. Elle était comme le chat sur le point de croquer le canari. Quand Eric l’avait embrassée dans la salle des archives, elle avait compris qu’il avait besoin d’elle autant qu’elle avait besoin de lui. Et Kendall avait besoin de ses deux parents.

Elle enfila des ballerines noires, parfaites avec son jean étroit. Une tenue décontractée convenait bien pour la soirée, mais « décontractée » ne l’empêchait pas d’être sexy.

* * *

Quand Eric frappa à la porte, elle l’invita à entrer.

Il la détailla de la tête aux pieds, l’air embarrassé.

— Suis-je assez habillé ?

— Bien sûr, nous n’avons pas besoin de nous mettre sur notre trente et un.

— Ton jean est clairement plus classe que le mien.

— Normal, c’est un jean de femme.

Comme la sonnerie de son Smartphone retentissait, elle consulta l’écran. Il s’agissait d’un appel masqué.

— Je préfère répondre, au cas où…

— Veux-tu que je te laisse ?

— Je n’ai rien à te cacher, Eric.

— Plus maintenant…

— Allô ? dit-elle en branchant le haut-parleur.

— C’est Vivi, Christina. Tout va bien pour toi ?

— Mais oui. Que se passe-t-il ?

— J’ai appris quelque chose à propos de papa.

— Il va bien ? demanda-t-elle avec une pointe d’inquiétude.

— Lui, oui, mais je viens d’apprendre que je ne suis pas vraiment sa fille. Du coup, nous ne sommes pas vraiment sœurs, Christina. Ma mère voulait absolument se vanter d’avoir porté l’enfant d’un puissant brujo et elle y tenait tellement que… elle lui a menti à propos de sa grossesse.

Christina hésita et baissa la tête.

— En es-tu certaine, Vivi ? Tu es plus la fille de papa que moi, à plus d’un titre.

— Mais je ne suis pas de son sang !

Un frisson parcourut Christina.

— Papa est-il au courant ?

— Il le sait, oui. Il l’a toujours su.

— Alors cela n’a aucune importance. Il te considère comme sa fille et tu seras toujours ma petite sœur.

— Mais c’est important, Christina. Très important pour toi.

— Pas du tout.

— Tu ne comprends pas. C’est toi seule qui as hérité de ses dons, à qui il a transmis l’héritage familial. Sais-tu ce que cela signifie ?

Christina se laissa tomber sur le lit. Elle serra son appareil comme pour le broyer.

— Que je suis la fille unique d’un brujo…

— Et d’un très puissant brujo. Ecoute-moi, Christina. Je sais qui prend le sang des autres. Je comprends tout maintenant.

— Tu sais qui est le tueur ? Pourquoi tu ne me l’as pas dit plus tôt ?

— Parce que je n’ai tout compris que lorsque papa m’a appris tout à l’heure que je n’étais pas sa fille biologique.

— Dis-moi tout, Vivi.

— Cet homme semblait s’intéresser beaucoup à moi et brutalement, il s’est détourné comme si je ne représentais plus rien. Il a dû apprendre que je n’avais pas les pouvoirs de papa dans mon sang.

— Tu veux parler de…

— De Darius, oui. J’ai peur qu’il s’agisse de Darius.

Christina laissa tomber l’appareil et plongea le visage dans ses mains. Au loin résonnait la voix de Vivi qui criait presque.

Eric la prit dans ses bras.

— Tu devrais te réjouir, Christina. Nous avons enfin une piste.

— Non, c’est la catastrophe. Tu n’as pas entendu ma mère ? Elle a dit que Darius se trouvait à San Miguel. Il veut Kendall.

Eric écarquilla les yeux.

— Attends.

Il prit l’appareil au bout duquel Vivi hurlait comme une hystérique.

— Vivi, c’est Eric Brody. La mère de Christina a vu Darius à San Miguel et…

— Quoi ? le coupa Vivi. Appelez-la tout de suite. Prévenez Linda. Immédiatement.

Christina était déjà pendue au téléphone de la chambre.

— Je m’en charge.

Eric reprit la conversation avec Vivi :

— Sais-tu si Darius aurait une autre raison de se trouver à San Miguel ?

— Non, aucune. Christina a-t-elle eu Linda en ligne ?

Christina secoua la tête.

— Maman ne répond pas. J’ai laissé un message. Vivi, Darius a raconté à maman qu’il avait des amis à San Miguel. Pourrait-il être chez eux ? Pourquoi es-tu si sûre que Darius est le tueur ?

— Parce que tout prend sens. Il ne me lâchait pas d’un pouce à Santa Cruz mais il passait son temps à retourner à San Francisco. Darius est un brujo mineur et il aimerait avoir davantage de pouvoirs. Il voulait faire la connaissance du grand Octavio Sandoval, mais tu sais que papa déteste l’idée de jouer les mentors.

— Il ne s’agit que de spéculations, Vivi, commenta Christina.

Elle essayait de ne pas céder à la panique.

— Darius sait tout sur les Brujos de Invierno, répliqua Vivi. Il a dû découvrir que je n’étais pas la fille biologique de papa. Voilà pourquoi il m’a laissée tomber. Voilà pourquoi il voulait te rencontrer. Le fait que tu appartiennes au FBI a dû l’effrayer.

— Qu’en pense papa ?

— Je ne lui ai rien dit. Comment réagirait-il, à ton avis, si je lui apprenais que j’avais présenté son unique petite-fille à un malade comme Darius ?

— Reste où tu es, Vivi, et demande à papa de m’appeler.

— Il n’a pas le téléphone et il n’acceptera jamais d’aller en ville pour utiliser la cabine.

— Pas même pour sauver sa petite-fille ?

— Tu as raison. Je vais lui parler, Christina. Je suis vraiment désolée.

— Si Darius est tel que tu me le dis, il aurait retrouvé Kendall par ses propres moyens, de toute façon.

Elle raccrocha et plongea de nouveau le visage dans ses mains.

— Où est passée maman ? Et pourquoi elle ne me rappelle pas ?

— Peut-être est-elle sortie dîner ? avança Eric.

— Maman ne sort pas quand elle s’occupe de Kendall. J’ai laissé un message sur son portable et sur son répondeur fixe.

— Que lui as-tu dit ?

— De se méfier de Darius et de ne pas lâcher un instant Kendall des yeux.

— Rappelle-la. Peut-être n’a-t-elle pas décroché parce qu’elle n’a pas reconnu le numéro.

Elle ressaya.

— Maman, rappelle-moi dès que possible et si tu vois Darius, l’ami de Vivi, éloigne-toi le plus vite possible de lui.

Lorsqu’elle raccrocha, elle se tourna vers Eric.

— Pardonne-moi, Eric, mais je ne peux pas sortir dîner maintenant. Où peut-elle être, bon sang ?

— Dans une heure, sans nouvelles de ta mère, nous contacterons la police de San Miguel pour leur demander de faire un saut chez elle. Mieux, je vais téléphoner à mon frère. Il est à la tête du commissariat de Crestview et il connaît bien ses collègues de San Miguel. Je l’appelle tout de suite.

Ryan ne répondant pas sur son portable, Eric laissa un message et composa le numéro de son commissariat.

La réceptionniste décrocha.

— Commissariat de Crestview, bonjour. En quoi puis-je vous être utile ?

Quand elle lui passa son frère, Eric ne perdit pas de temps en mondanités.

— Salut, Ryan, c’est Eric. J’ai besoin que tu me rendes un service, vieux.

— Tu ne me demandes même pas comment je vais ? Cela doit être important. De quoi as-tu besoin ?

— La mère de Christina vit à San Miguel et elle ne répond plus au téléphone. Elle est âgée et Christina s’inquiète.

— Christina ? Mais je croyais…

— Plus tard. Peux-tu contacter quelqu’un à San Miguel pour le prier d’aller sonner chez elle ? Elle doit être avec sa petite-fille.

— Bien sûr. Mais tu t’es donc réconcilié avec Christina ?

— Plus tard. Peux-tu transmettre mon numéro à ton collègue et lui demander de me rappeler après y être allé ?

— Bien sûr. On se tient au courant.

— Merci, vieux.

Il raccrocha et rassura Christina :

— Ryan s’en occupe.

Elle ferma les yeux.

— Je suis inquiète. Tu te souviens du soir où Darius est venu ici ? Il avait veillé à ne pas me serrer la main. Il craignait sans doute que je parvienne à lire dans ses pensées.

— Tu aurais pu ?

— Pas vraiment, mais Vivi a certainement exagéré mes soi-disant pouvoirs.

— Vivi n’est donc pas ta sœur.

— Apparemment pas. Je suis surprise que papa l’ait toujours su et lui ait pourtant enseigné la sorcellerie. Quel intérêt ?

— Peut-être ignorait-il au départ qu’elle n’était pas de son sang et quand il l’a appris, cela n’avait plus d’importance à ses yeux.

— Mais le sang a énormément d’importance pour les brujos. Les dons se transmettent par le sang. Darius Cole le sait.

Elle poussa un soupir et reprit :

— Eric, Libby devait savoir pour Vivi et moi. Elle nous avait dit qu’elle s’intéressait aux arbres généalogiques des sorciers. Darius a sans doute obtenu cette information par elle et ensuite, il l’a tuée pour lui interdire de nous en parler.

Eric enfonça les mains dans ses poches.

— Et Darius était donc bien à la réunion du cercle, l’autre soir. Nous avions peur qu’il nous reconnaisse mais il a dû être encore plus ennuyé de nous voir. Que nous sachions qu’il assistait à cette réunion.

— Quand je pense que je l’ai eu en face de moi sans me douter de rien.

Brusquement, elle lâcha un cri :

— Oh ! Son eau de Cologne ! J’en avais humé les fragrances en bas de l’arbre sur la scène du crime de Nora. C’est lui, Vivi a raison. Mon Dieu ! Pourquoi maman ne m’a-t-elle pas encore rappelée ?

Le téléphone d’Eric retentit et il décrocha, branchant le haut-parleur.

— Agent Brody, j’écoute.

— Ici, le chef Picard de la police judiciaire de San Miguel. Je voulais vous informer que madame Sandoval va bien…

Christina poussa un gros soupir de soulagement.

— Mais je l’ai trouvée ligotée chez elle et… la petite fille a disparu.

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