Un secret nommé Kendall - Par intime conviction

Chapitre 9

9

 

Christina glissa un œil de biais vers Eric. Il semblait courroucé.

Certes, il avait peut-être compris qu’elle n’avait jamais travaillé à la rédaction d’un livre sur la famille Brody avec Ray Lopez mais, de toute évidence, il ne portait pas le journaliste dans son cœur. Et elle n’avait pas besoin que Ray vienne compliquer la trêve fragile qu’elle avait conclue avec son ex-fiancé et le père de sa fille.

Secouant la tête, elle refusa d’ouvrir.

— Ignorons-le, chuchota-t-elle.

Mais Eric ne paraissait pas de cet avis.

— Pourquoi ? Nous avons tout intérêt à entendre ce que cet imbécile a à nous dire.

Il ouvrit grand la porte et en le voyant, Ray recula.

Mais très vite, le journaliste retrouva le sourire.

— Si l’agent Brody est sur le coup, l’affaire doit être importante. Je le savais. Comment allez-vous, Brody ?

Pour toute réponse, Eric haussa les sourcils et refusa de saisir la main tendue.

Les poings sur les hanches pour afficher sa colère, Christina lança à son vieux copain d’enfance :

— Que viens-tu faire ici, Ray ?

Comme à son habitude, il ne laissa rien deviner de ses pensées en entrant dans la chambre.

— Mon métier. Je sens qu’il y a dans cette affaire matière à faire un reportage du tonnerre. Deux meurtres ont été perpétrés en ville et la police de San Francisco reste muette. Si votre frère était là, Brody, il me donnerait des biscuits. Il me donne toujours quelque chose.

Les bras croisés, Eric s’adossa au chambranle de la porte, toujours grande ouverte. Voulait-il garder la possibilité de jeter Ray dehors ? se demanda Christina.

En tout cas, il maniait l’ironie :

— J’ai dû oublier de signaler à Sean que vous ne ratiez jamais une occasion de traîner notre famille dans la boue.

Ray se caressa la barbiche.

— Je n’ai fait que dire la vérité. Beaucoup d’années ont passé mais cette histoire fascine toujours les esprits. Et sachez que je ne suis pas le seul à chercher un nouvel angle sur cette affaire. Une journaliste de Seattle vient de publier un best-seller en s’inspirant d’un fait divers qui avait défrayé la chronique il y a quelque temps. Elle a mené sa propre enquête à propos du crime pour en exposer tous les rouages aux lecteurs. Et j’ai appris qu’elle songeait à travailler à présent sur Joseph Brody.

Christina toisa Ray.

— Tu n’es pas venu ici pour discuter du Tueur de l’Annuaire, j’imagine.

— C’est vrai. J’ai entendu dire que tu enquêtais sur deux meurtres, celui de Nora Sterling et celui de Liz Fielding.

— Nous enquêtons en effet sur ces crimes, répondit-elle en prenant le bras d’Eric.

— Que vous fassiez équipe me paraît un peu… bizarre, rétorqua le journaliste en se tournant vers Eric.

Ce dernier poussa un gros soupir.

— Nous sommes des grandes personnes, Lopez. Savez-vous quelque chose à propos de ces meurtres ?

— Je vous montrerai mes cartes si vous me montrez les vôtres…

Christina le fusilla si bien du regard qu’il recula.

— C’est une métaphore, bien entendu. Je me demande quand même pourquoi deux agents du FBI ont été envoyés à San Francisco pour démasquer ce tueur en série.

— Le FBI a un service chargé de démasquer les tueurs en série, répliqua-t-elle en fermant la porte.

— Je le sais bien, mais en général, le FBI ne s’implique que si un tueur commet ses crimes dans différents Etats. Il y a eu d’autres meurtres ailleurs ? Avec le même mode opératoire ?

— Il n’est pas question que nous donnions des informations à un journaliste, répondit Eric, crachant avec mépris le dernier mot.

— Les médias sont au service d’une noble cause, Brody, répliqua Ray en levant les yeux au ciel.

— Prouvez-le. Qu’avez-vous entendu dire ?

Ray les regarda tour à tour et finit par lancer :

— Que Nora et Liz étaient mêlées à des trucs bizarres.

Le cœur de Christina s’accéléra dans sa poitrine.

— Comme quoi ?

— Elles s’adonnaient à des séances de vaudou, elles faisaient tourner les tables, communiquaient avec les esprits, jetaient des sorts… Tout cela m’a fait penser à ton père, Christina.

Eric plissa les paupières.

— Peut-être conjuraient-elles les mauvais esprits.

Ray se tourna vers lui.

— Les flics abordent-ils l’enquête sous cet angle ? Et vous ?

— Vous savez que nous n’avons pas le droit de vous répondre.

— Lui as-tu expliqué comment travaillent les bons policiers, Christina ? Même son frère le sait.

— Mon frère est inspecteur de police à San Francisco, répliqua Eric. Il a besoin de types comme vous. Pas nous.

— J’en suis navré. Je viens malgré tout de vous donner un renseignement crucial, non ?

— Vous ne nous avez rien appris, Lopez.

Ray brandit le poing d’un air victorieux.

— Vous venez de me livrer une info capitale, agent Brody. Les flics travaillent bien sous cet angle. Vous saviez déjà que Nora et Liz pratiquaient la sorcellerie.

Christina enfonça les mains dans ses poches.

— Est-ce la seule raison de ta venue, Ray ? Dans l’espoir de découvrir ce que nous savions sur ces meurtres ?

— Pas seulement ! Je voulais aussi saluer une vieille amie, dit-il en la prenant par les épaules pour l’embrasser sur la joue. Tu as l’air en pleine forme, Christina.

— Merci, Ray. Toi aussi.

— Pense à me refiler des tuyaux de temps en temps. Je ne te demande rien de confidentiel, bien sûr. Mais si tu souhaites communiquer aux médias quelque chose, préviens-moi en priorité. Que je sois le premier à révéler un scoop.

Eric lui tendit une carte de visite.

— Et si vous entendez quelque chose, tenez-nous au courant.

Ray pressa le bristol contre son cœur d’un geste théâtral.

— Nous avons bien progressé, Brody.

Puis, comme s’il craignait la réaction d’Eric, il courut presque à la porte.

— Embrasse ta mère pour moi, Chris.

— Compte sur moi, je n’y manquerai pas.

Elle referma la porte et se tourna lentement vers Eric.

— Bon, cela ne s’est pas si mal passé.

— Je n’apprécie toujours pas qu’il se soit servi de toi dans l’espoir d’obtenir des renseignements sur ma famille, mais je pense que je le comprends mieux.

— Je sais qu’il est pénible mais il essaie de devenir quelqu’un, de se faire un nom.

— En quoi me faire croire que vous sortiez ensemble aurait-il fait progresser sa carrière ? Il avait même parlé de mariage.

— Il a toujours eu un petit béguin pour moi, répondit-elle avec un haussement d’épaules. Nous nous connaissons depuis toujours. Il n’a pas mauvais fond. Il a aidé sa mère à financer l’université de sa petite sœur.

— Je n’ai aucune envie d’entendre une histoire à faire pleurer dans les chaumières. S’il peut nous donner des informations utiles, je ne suis pas contre lui glisser deux ou trois tuyaux.

Le nœud qui s’était formé dans le ventre de Christina quand elle avait reconnu Ray dans l’œilleton commença à se détendre. Elle retrouvait l’ancien Eric Brody, celui dont elle était tombée amoureuse, celui qu’il était avant de commencer à travailler sur les rapts d’enfants.

Au lieu de l’aider à dépasser les traumatismes engendrés par son propre enlèvement, ces missions l’avaient ravagé. Et lors de sa dernière enquête, quand son équipe n’avait rien pu faire pour sauver le garçonnet kidnappé, Eric avait été anéanti.

Qu’éprouverait-il en apprenant qu’il était père d’une petite fille ?

Eric claqua des doigts pour la tirer de ses pensées.

— Ici la Terre, Christina, m’entendez-vous ? Finissons d’étudier les dossiers des deux autres victimes avant d’aller déjeuner.

— Du moment que je peux m’allonger tout en les lisant, je suis d’accord. Tu n’es pas le seul à souffrir du dos.

Il s’empara d’une des chemises cartonnées et la lui tendit.

— Ménage-toi avant d’être clouée au lit par un lumbago. Je te propose de passer en revue le dossier d’Olivia Dearing pendant que je me replonge dans celui de l’affaire Juarez.

Christina s’installa confortablement au milieu des oreillers pour parcourir les documents. Elle s’absorba dans le rapport de l’institut médico-légal.

Pendant une bonne demi-heure, seuls des froissements de papier et le cliquetis du clavier de l’ordinateur d’Eric vinrent troubler le silence qui régnait dans la chambre.

Finalement, Eric poussa un soupir et Christina se tourna vers lui.

— As-tu trouvé quelque chose ?

— Quelques jours avant d’être assassiné, Victor Juarez s’était fait retirer un tatouage.

— Ah oui ? Et…

— Il y a une photo de son épaule après l’intervention. Manifestement le tatouage était rond.

— Qu’insinues-tu ? Il se serait fait retirer un tatouage représentant notre symbole ?

— Peut-être. Regarde toi-même, ajouta-t-il en posant le cliché sur le lit.

Elle se pencha sur la tache rouge qui ornait le haut du bras de la victime.

— Cela pourrait être n’importe quel tatouage rond.

— Comme cela pourrait être un signe d’appartenance à ce cercle de sorcières.

Elle prit la photo pour l’étudier avec attention.

— Quelqu’un a-t-il une idée du tatouage original ?

— Non, mais nos gars ont trouvé où ce type se l’était fait retirer. Je vais passer un coup de fil à ce dermatologue pour lui demander s’il se souvient du dessin gravé sur l’épaule de Juarez. As-tu avancé, de ton côté ?

— Non, pas vraiment.

— Il n’y a peut-être rien dans ce dossier mais je suis prêt à parier gros qu’il y a un lien entre ces deux victimes et ces cercles.

Il fouilla dans ses papiers.

— Voilà, j’ai le numéro du cabinet médical où Juarez s’était fait retirer son tatouage.

Comme il s’emparait du téléphone de l’hôtel, Christina lui demanda :

— Mets le haut-parleur.

Au bout du fil, une femme prit l’appel.

— Cabinet dermatologique, bonjour.

— Bonjour. Ici, l’agent Eric Brody du FBI. J’aimerais un renseignement à propos d’un patient qui est venu vous voir dernièrement, Victor Juarez.

— Celui qui a été assassiné ?

— Exactement. La police vous a-t-elle déjà interrogée ?

— Oui, ils m’ont contactée pour savoir si c’était bien ici qu’il s’était fait retirer son tatouage.

— Vous ont-ils demandé à quoi ressemblait ce tatouage ?

— Ils voulaient seulement savoir s’il s’agissait d’un tatouage de gang, ce qui n’était pas le cas.

— Vous souvenez-vous du dessin représenté ? Ou dans le cas contraire, avez-vous la possibilité de trouver ce renseignement dans vos dossiers ?

— Je ne peux pas m’en souvenir, je ne l’ai pas vu. Je ne suis même pas sûre d’avoir travaillé le jour de cette intervention. Lorsque les journaux ont commencé à évoquer ce crime, une de mes collègues m’a dit que monsieur Juarez était un patient du cabinet, voilà tout.

— Pourriez-vous me passer le médecin qui a pratiqué cette opération ? Ou avez-vous un cliché de ce tatouage ?

— Bien sûr. Nous prenons systématiquement une photo avant/après. Je peux consulter le dossier mais pas dans l’immédiat. Et bien sûr, je dois m’assurer au préalable que vous êtes bien affilié au FBI.

— Compris. Je vais vous donner mes coordonnées au FBI ainsi que mon adresse mail pour vous permettre de m’envoyer ce cliché quand vous l’aurez retrouvé.

— Ça marche.

Eric raccrocha.

— Je pense que nous tenons quelque chose.

— Pour ma part, je ne vois rien dans le dossier de cette Olivia Dearing qui puisse la relier à la sorcellerie, conclut Christina en refermant la chemise cartonnée.

— Il y a forcément quelque chose, j’en suis sûr, dit-il en tournant la tête en tous sens. Ma nuque me fait mal, j’ai besoin d’une pause. On va déjeuner ?

— A l’extérieur. Etre enfermée dans cette chambre finit par me rendre claustrophobe. Dans un bureau, je pourrais au moins me détendre en me moquant de mes collègues.

Comme elle se levait, son téléphone portable retentit et elle lut le nom sur l’écran. Aussitôt, une décharge d’adrénaline la traversa.

— C’est un appel personnel, balbutia-t-elle.

Eric leva un sourcil surpris mais il se mit sur pied pour retourner dans sa chambre.

— Réponds, je vais en profiter pour passer deux ou trois coups de fil de mon côté.

Il referma la porte communicante et avec un soupir de soulagement, Christina se laissa tomber sur le lit.

— Maman ? Tout va bien ?

— Kendall va très bien mais sa maman lui manque.

En proie à une sourde culpabilité, Christina soupira.

— Peux-tu me la passer ?

— Bien sûr. Nous venons de préparer un pique-nique pour aller déjeuner au parc. Nous y retrouverons une jeune femme très gentille et sa fille, la petite Serena. Je t’en avais parlé. C’est une mère au foyer.

Serrant les mâchoires, Christina préféra ignorer la pique.

— Formidable. Et Kendall aime bien jouer avec Serena.

— Kendall ! Viens dire bonjour à maman.

— Bonjour, maman, dit la voix fluette de sa fille.

— Tu vas jouer avec Serena aujourd’hui ?

— Oui, au bac à sable.

— Allez-vous faire de beaux pâtés ?

— Non, un château de princesse !

Quand elle était petite, Christina préférait s’amuser à détruire ce genre de châteaux. Au moins sa fille était-elle plus constructive.

Kendall lui parla du pique-nique, du chaton de la voisine et d’autres choses. Christina adorait que sa fille lui raconte sa vie.

Mais sa mère les interrompit rapidement pour reprendre l’appareil.

— Fin des bavardages pour aujourd’hui.

— Attends ! Je n’ai même pas eu le temps de lui dire que je l’aimais. Peux-tu me la repasser s’il te plaît ?

Quand sa fille reprit l’appareil, elle lui envoya des baisers.

— Je t’aime, chérie. A bientôt.

— Quand reviens-tu, Christina ? intervint sa mère. Poursuivre les tueurs en série aux quatre coins du pays n’est pas un travail pour une mère de famille, surtout quand sa fille est si jeune et n’a pas de père.

Christina accusa le coup.

— Il est là.

— Quoi ?

Elle baissa la voix.

— Eric. Il travaille sur la même enquête que moi et il est ici.

— Parfait. Tu peux donc lui apprendre qu’il a une fille.

— Ce n’est pas si facile, maman.

— Ce n’est pas facile parce que tu le lui as caché pendant plus de deux ans.

— Tu sais très bien pourquoi.

— Parce qu’il était furieux contre toi à cause de tes notes sur son père ?

— Pas uniquement. Quand le petit garçon kidnappé qu’Eric essayait de sauver a été tué par ses ravisseurs, il a sombré. En plus, il m’a toujours dit qu’il ne voulait pas d’enfants, et j’étais d’accord. Quand je suis tombée enceinte, je ne pouvais donc pas lui en parler : j’aurais eu l’impression de le piéger.

— Et alors ? S’il est un homme digne de ce nom, il dépassera ses préjugés quand tu lui apprendras qu’il est père.

— Il va me détester de le lui avoir caché.

— Et il aura bien raison. Alors pourquoi ne pas le lui dire tout de suite ? Tu crois qu’il appréciera le double jeu que tu mènes depuis vos retrouvailles ? Tu te comportes en égoïste, Christina.

Christina eut du mal à réprimer la réplique cinglante qui lui montait aux lèvres. Elle ferma les paupières, respira, tentant de recouvrer son calme.

— Tu as raison, je dois le lui dire. Je vais le lui dire.

— Un homme comme Eric Brody ne fuit pas ses responsabilités. Il ne laissera pas tomber sa fille. Il n’a rien de commun avec ton père.

— A propos de papa, as-tu entendu parler de lui ou de Vivi, dernièrement ?

— C’est drôle que tu en parles. Vivi est passée, l’autre jour.

— Quoi ? Quand ?

— Il y a quelques semaines.

— Pourquoi tu ne m’en as rien dit ?

— J’ai oublié. Cette fille est dérangée et ses amis le sont encore plus. Elle était avec un type bizarre aux ongles vernis de noir. J’ai veillé à ne jamais les laisser seuls avec Kendall, je te prie de le croire.

Christina se mordilla les lèvres. Vivi devait alors être en virée avec Darius Cole.

— Voulait-elle me parler ?

— Non, elle savait que tu n’étais pas là. Elle était passée voir Kendall.

— Elle t’a dit où elle allait ensuite ?

Sa mère poussa un long soupir douloureux.

— Nous n’avons pas beaucoup discuté, Christina. Je lui ai proposé de rester déjeuner mais elle était pressée. Elle a joué un moment avec ta fille et puis, elle est partie. C’est la tante de Kendall. Même si elle est un peu toquée, je ne pouvais pas lui interdire de voir la petite.

— Et je ne veux pas que tu l’en empêches.

Avec sa mère dans les parages, Vivi n’essaierait pas de tester les prétendus pouvoirs de médium de Kendall.

— Je me demandais seulement si elle t’avait dit ce qu’elle comptait faire ensuite.

— Elle ne m’en a pas parlé mais le gars qui l’accompagnait a fait allusion à San Francisco, je crois. En as-tu fini avec cet interrogatoire ? Nous devons partir maintenant.

— Amusez-vous bien et embrasse très fort Kendall pour moi.

Songeuse, Christina gagna la fenêtre et contempla la rue. Pourquoi Vivi s’était-elle arrêtée pour voir Kendall alors qu’elle s’apprêtait à prendre le large ? San Miguel n’était pas sur sa route et l’avait obligée à faire un détour pour retourner ensuite à San Francisco.

Eric frappa à la porte.

— Entre, cria-t-elle.

— As-tu fini ta conversation téléphonique ?

Moins elle en dirait sur cet appel, mieux cela vaudrait. Tapotant l’appareil sur son front, elle répondit :

— Où allons-nous déjeuner ? Je meurs de faim.

— Au Quai du Pêcheur ?

— C’est un attrape-touristes.

— Je ne vis pas ici, je suis un touriste.

— As-tu envie de palourdes ? Comme tous les touristes qui débarquent ?

— Tu as vraiment un don de médium.

Ils prirent la voiture, se garèrent non loin du quai, peuplé de vacanciers et d’artistes.

Ils s’installèrent en terrasse sous un parasol avec le cri des mouettes comme fond sonore.

Christina huma avec délice l’air iodé.

— Depuis que je suis arrivée à San Francisco, je rêve de fruits de mer.

— Je suis surpris que tu n’habites plus ici, dit-il en brisant son petit pain.

— A San Miguel, les gens prennent le temps de vivre.

Le regard perdu dans le lointain, il poursuivit :

— As-tu quelqu’un dans ta vie ?

— Quelqu’un ?

Il planta ses yeux dans les siens.

— Sors-tu avec quelqu’un ? As-tu un petit ami ?

— Seigneur, non !

Entre son travail et Kendall, comment aurait-elle trouvé du temps pour un amoureux ?

Il leva un sourcil surpris et elle se reprocha son cri du cœur.

— Je me demandais simplement si ton coup de fil personnel n’émanait pas d’un petit ami.

— Non, il s’agissait de ma mère.

— Oh. Excuse-moi, je ne voulais pas être indiscret.

— Tu ne l’es pas. Je t’en aurais parlé de toute manière parce qu’elle m’a appris quelque chose d’étrange.

— De la part de ta mère, cela ne me surprend pas.

— Cette fois, elle ne voulait pas m’expliquer comment ranger mes sous-vêtements mais sans doute le fera-t-elle plus tard.

— Que t’a-t-elle dit ?

Du doigt, Christina caressa son bol.

— Que Vivi était passée lui rendre visite il y a quelques semaines.

— Vraiment ? Te cherchait-elle ?

— Oui.

Elle ne pouvait lui dire que Vivi était venue voir sa nièce.

— Pourtant, Darius nous a raconté qu’ils étaient passés à San Francisco et Vivi devait savoir que tu t’y trouvais puisqu’elle l’avait dit à Darius.

— C’était peut-être au moment où j’étais à Portland.

— Pourquoi elle ne t’a pas appelée ? Elle a tes coordonnées, non ? Ou elle aurait pu les demander à ta mère.

— Elle a mon numéro mais Vivi n’est pas rationnelle, je ne te l’apprends pas.

— Elle est sans doute passée à San Miguel après avoir quitté Santa Cruz.

— Oui, en se rendant ailleurs. Mais où allait-elle ? Telle est la question.

— Mon frère ne m’a pas rappelé. Donc pour le moment, je n’ai rien de nouveau…

Un bip de son Smartphone le coupa dans sa phrase.

— C’est Judd ? s’enquit Christina.

Eric lisait quelque chose sur son téléphone.

— Non, c’est un mail de la clinique dermatologique. Il y a une photo avec.

Il serra le poing.

— Nous avons bien un lien entre Juarez et le cercle des sorcières.

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