Un secret nommé Kendall - Par intime conviction

Chapitre 2

2

 

Blake ne s’était pas attendu à commencer à remplir ses devoirs de témoin du marié en volant au secours de la fiancée et de sa séduisante demoiselle d’honneur. Mais les événements de la nuit avaient été pour lui un enchaînement presque naturel. La bagarre, il connaissait et ça ne lui faisait pas peur… moins, en tout cas, que la perspective de se retrouver en grand uniforme, une coupe de champagne à la main, pour porter un toast. Les deux femmes étaient en train de remonter tant bien que mal. Il descendit jusqu’à un rocher plat sur lequel il prit appui, retira sa ceinture et la leur tendit pour qu’elles s’y accrochent.

Emily s’en saisit et il la hissa jusqu’à lui. Elle se jeta dans ses bras en tremblant et, malgré la peur, le froid et l’inconfort, lui sourit.

— Oh ! Blake ! Je suis si contente que vous soyez là ! J’avais peur qu’il arrive quelque chose de terrible !

— Il est arrivé quelque chose de terrible, grommela Sarah. Quatre hommes masqués armés de fusils ont essayé de nous tuer !

— Ça, on ne peut pas en être sûres, corrigea Emily. Mais je ne sais pas ce qu’ils faisaient là, ni pourquoi…

— Un instant, l’interrompit Blake. Poussez-vous un peu s’il vous plaît, Emily…

Bien que la situation soit pour le moment sous contrôle, il ne pouvait pas être certain que les cagoulés n’allaient pas revenir. Il fallait mettre les deux femmes en sécurité aussi vite que possible.

Sarah avait enlevé ses gants pour s’assurer une meilleure prise sur la lanière de cuir. Ses bottes s’enfoncèrent dans la neige et trouvèrent des points d’appui. Dès qu’elle fut à sa portée, Blake la saisit par le poignet pour l’aider et, tandis qu’il la hissait jusqu’à lui, elle passa son bras libre autour de son cou, comme si elle allait l’embrasser. Quand elle se retrouva près de lui sur le rocher, elle le lâcha et murmura, en évitant son regard :

— Merci, Blake.

— De rien, vous y seriez arrivées seules.

— En tout cas, à partir d’ici, la montée est plus facile.

Elle carra ses épaules et ajouta :

— Il faut partir d’ici.

— Ma voiture est dans la clairière du chantier.

— On peut y retourner sans danger ? demanda Sarah. Comment savoir s’ils ne sont pas en embuscade ?

— Je ne pense pas qu’ils aient déjà eu le temps de récupérer. Je crois que j’en ai touché deux avant qu’ils décampent dans leur camionnette.

— Vous les avez blessés ? demanda Emily, l’air effrayé.

Blake préféra ne pas répondre. Emily aurait été capable de partir à la recherche de ses agresseurs pour offrir de les soigner.

Sarah était différente. C’est d’une voix calme qu’elle dit :

— Vous en avez blessé deux ? Bravo, et merci encore.

— Bon, allons-y, dit-il en introduisant un nouveau chargeur dans son Beretta.

Il aida les deux femmes à remonter sur le sentier et tous trois se dirigèrent vers le SUV qu’il avait loué à l’aéroport d’Aspen et laissé à l’entrée du site de forage.

— Un instant…, fit Emily.

— Il ne faut pas traîner, répondit Blake.

— Juste une minute.

Son copain Jeremy était fou amoureux de cette femme. Lui, elle l’agaçait parfois un peu. En ce moment, par exemple…

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— J’ai perdu mon téléphone, ici… Là ! Il est là, je le vois. Je peux le prendre ?

De couleur rose vif, le petit appareil mettait une note féminine incongrue dans ce décor industriel en pleine forêt. Il était sur la neige, au beau milieu de la clairière. Mieux valait le récupérer, en effet, car le laisser là pourrait donner à leurs ennemis des indications importantes. Cependant, il n’était pas question de laisser Emily s’avancer ainsi à découvert, alors qu’un tireur pouvait être à l’affût entre les arbres.

Blake tendit ses clés à Sarah.

— Montez toutes les deux dans la voiture, dit-il. Je vais chercher le téléphone et je vous rejoins.

Il les regarda faire. Il ne s’attendait pas à voir Sarah s’installer à la place du chauffeur, mais c’est ce qu’elle fit. Elle mit le contact, démarra, et amena le véhicule vers lui, lui procurant ainsi un écran supplémentaire contre un éventuel tireur. C’était une excellente initiative qu’il apprécia en connaisseur.

Il ne lui fallut que quelques instants pour ramasser le petit appareil et bondir sur le siège passager.

Le simple chemin de terre d’environ deux kilomètres qui desservait le chantier rejoignait une route goudronnée à deux voies. Si les hommes cagoulés devaient leur tendre une embuscade, ce serait certainement à cet endroit-là.

— Je vais conduire, dit-il.

— J’y suis, répondit Sarah.

— C’est qu’il va peut-être falloir rouler vite et, avec la neige…

— Eh bien, attachez votre ceinture !

Elle fit demi-tour sur les chapeaux de roues et quitta la clairière à toute allure, comme il l’aurait fait lui-même. Les phares trouaient la nuit tandis que le SUV, conduit d’une main experte, avalait les lacets du chemin. En quelques minutes, ils atteignirent l’intersection. Au moment de s’y engager, la voiture chassa, mais Sarah en conserva le contrôle et appuya sur l’accélérateur.

Avec elle au volant, le petit véhicule trapu filait comme une voiture de course.

Blake était impressionné.

— Où avez-vous appris à conduire ? demanda-t-il.

— Où ?

Elle sourit.

— Dans la montagne, sur les routes d’altitude, sur des lacs gelés…

Les lumières du tableau de bord éclairaient son sourire. Une femme qui aimait aller vite. Exactement son genre.

— En arrivant sur la route principale, vous tournerez à gauche.

— Mais le B & B est sur la droite, objecta-t-elle.

— Je vous emmène toutes les deux en ville. Vous prendrez une chambre au motel et je vous ramènerai demain matin.

— Pas question, répondit Sarah dont les mains s’étaient un peu crispées sur le volant. Je ne laisserai pas ma propriété sans protection.

— Il y a d’autres clients que nous, à l’hôtel ? demanda Emily depuis le siège arrière.

— Les derniers sont partis hier. Tout est réservé pour le reste de la semaine, jusqu’au mariage.

Blake ne put rien faire lorsque Sarah tourna à droite et prit la direction de l’hôtel. Ce n’était pas ce à quoi il était habitué. D’ordinaire, en tant qu’officier, il donnait ses ordres et on obtempérait. D’une voix qui demeura néanmoins très calme, il lui fit remarquer :

— Les cagoulés y sont peut-être déjà, à nous attendre.

— Vous avez raison…

Elle ralentit et se gara sur le côté de la route, sur un terre-plein qui avait été déneigé.

— On va appeler le shérif.

— C’est déjà fait.

— Comment ça ?

La situation risquait d’avoir des complications dépassant les compétences d’un shérif de comté. Toutefois, dès son arrivée, Blake avait contacté l’un des adjoints de celui-ci, David Kovac, un ancien militaire.

— Prenez la direction de la ville, répéta-t-il. Je m’occupe de ça.

— Il faut que je vous laisse prendre le contrôle sur tout ?

Il avait l’impression d’avancer en terrain miné…

— J’essaie simplement de vous aider.

Les mains fermement posées sur le volant, Sarah tourna vers lui ses yeux sombres, qui brillaient comme de l’obsidienne.

— Je ne vous connais pas suffisamment pour avoir à ce point confiance en vous, objecta-t-elle. Pas quand ma propriété est en jeu. Le Bentley’s B & B appartient à ma famille depuis plus de cent ans. Pas question de l’abandonner à des vandales.

— Votre propriété compte plus que votre vie ?

— Mais enfin, qu’est-ce qui vous fait croire que je cours un tel danger ? Et au fait, maintenant que j’y pense, ajouta-t-elle, soupçonneuse, comment se fait-il que vous vous soyez trouvé aux abords du chantier de forage à cette heure de la nuit ?

— J’ai entendu Emily quand elle vous a réveillée.

— Sûrement pas, intervint celle-ci. J’ai d’abord écouté à la porte de votre chambre. Il n’y avait pas un bruit.

— Je n’y étais pas…

Il n’avait pas l’intention de s’expliquer là-dessus alors qu’ils étaient arrêtés au bord de la route. En fait, il n’avait pas plus envie de s’expliquer ici qu’ailleurs. Ça aurait été à Jeremy de le faire, mais il n’était pas là…

— Qu’est-ce que vous faisiez debout à cette heure ? demanda Sarah.

— Je faisais un petit tour d’inspection.

Bien que Jeremy lui ait assuré que le Bentley’s était un endroit suffisamment protégé pour que son mariage s’y déroule sans anicroche, Blake avait tenu à vérifier portes et fenêtres.

— Avec quelques caméras de surveillance, votre établissement serait une véritable forteresse…

— Je le prends pour un compliment, dit Sarah. Nous avons eu parmi notre clientèle des chefs d’Etat, américains ou étrangers. Le premier a été Theodore Roosevelt, en 1907.

— Passez-moi mon téléphone.

La main tendue, Emily s’était penchée entre leurs sièges.

— Je voudrais appeler Jeremy.

— Pas encore, lui dit Sarah. Pas avant que nous sachions ce que nous allons faire. Qu’en dites-vous, Blake ?

Celui-ci aurait préféré faire face à une douzaine de talibans, plutôt que d’essayer de faire entendre raison à ces deux femmes. Il temporisa.

— Je veux bien que nous retournions au chalet, mais s’il y a le moindre signe d’une présence hostile à l’intérieur ou aux alentours, il faudra filer sans demander son reste.

— D’accord, fit Sarah en remettant le contact.

Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent en vue des solides marches de bois donnant accès au large porche-véranda du B & B. Deux lanternes de style western en éclairaient le seuil et, quand ils arrêtèrent le SUV sur le parking devant le chalet, une autre lampe à détection s’alluma.

— Est-il normal que l’entrée soit éclairée ? demanda Blake.

— Oui, et elle l’était quand nous sommes parties.

Il ne voyait rien d’anormal, mais il était décidé à agir avec la plus extrême prudence.

— Emily et vous, vous allez rester dans la voiture, dit-il. J’aurai besoin du code de la porte d’entrée…

— C’est P.U.T.O.I.S.

— Putois ?

— Le putois à pattes noires est une espèce en danger de la région.

Son Beretta à la main, il descendit du SUV.

* * *

Sarah laissa tourner le moteur et observa Blake, tandis qu’il se dirigeait vers le chalet avec prudence. Pour un homme de sa taille, il était étonnamment souple — même gracieux — ainsi, le pistolet à la main. Il avait tout à fait l’air d’être ce qu’il était : un homme d’action, un guerrier, un ranger. Sarah ne doutait pas un instant qu’il soit capable de faire face à quatre bandits déterminés. La façon calme et compétente avec laquelle il agissait avait quelque chose d’un peu agaçant…

Emily vint se glisser sur le siège, à côté d’elle.

— Qu’est-ce qu’on fait si quelqu’un attaque Blake ?

— Je n’en sais rien, répondit Sarah en toute sincérité.

En fait, elle imaginait mal l’officier des rangers avoir besoin d’aide. Pourtant, si quelque chose lui arrivait, ce serait sa faute à elle, puisqu’elle avait insisté pour revenir au chalet au lieu d’aller se mettre à l’abri dans un motel.

— Ouvre la boîte à gants, dit-elle à Emily. Il a peut-être une autre arme cachée là.

— Pourquoi ? Tu ne vas pas le suivre, tout de même ?

— Je n’aurais jamais dû le laisser y aller seul, répondit Sarah, la main déjà sur la poignée de la portière. Il y a quelque chose ? Un autre pistolet ?

Emily fouilla le petit compartiment.

— Non… Je ne trouve rien, à part des cartes routières et les documents de location.

En retenant son souffle, Sarah regarda Blake composer le code de la porte. Et si un agresseur l’attendait de l’autre côté ? Si on lui tirait dessus ? Elle ne pouvait pas rester là à ne rien faire. Elle ouvrit la portière.

— Il faut que j’y aille !

— Arrête, voyons ! Il n’y a rien que tu puisses faire.

Sarah regarda sa jolie et délicate amie. Emily était de l’espèce des pâles princesses blondes, le genre de femmes dont le destin était d’être perpétuellement sauvées par de beaux princes sur leur cheval blanc. Elle-même n’était pas de cette espèce-là. Elle s’était toujours débrouillée seule pour faire son chemin dans la vie.

— Verrouille les portières et laisse tourner le moteur, lui recommanda-t-elle. Si quelqu’un s’approche, appuie sur le Klaxon, sans discontinuer.

Avant de changer d’avis, elle se précipita au-dehors. Au même instant, Blake pénétrait dans le chalet, l’arme au poing. Il devait avoir pressé l’interrupteur en entrant, car la lumière jaillit des fenêtres du rez-de-chaussée. Il n’y eut aucun bruit, aucune détonation. Elle n’entendit que le son de ses propres pas sur la neige puis sur le bois tandis qu’elle gravissait les marches et franchissait le seuil en courant.

Blake se tenait au centre du vaste salon. Son visage était un véritable masque de détermination. Ses yeux bleus s’étrécirent et il ne parut pas du tout content de la voir.

— Qu’est-ce que vous faites là ?

— J’ai pensé que vous pourriez avoir besoin d’aide.

— Quel genre d’aide, exactement ?

Sarah ouvrit le placard, derrière le petit comptoir qui servait de réception, et en sortit une batte de base-ball. Elle la gardait là à toutes fins utiles, mais n’avait encore jamais eu l’occasion de s’en servir.

— Très bien, soupira-t-il, puisque vous êtes là, vous allez me suivre en restant juste derrière moi, et vous allumerez les lumières au passage.

Les yeux dans son dos, elle le suivit à travers la salle à manger, la cuisine et le vestibule attenant qui, comme dans beaucoup de maisons traditionnelles du vieil Ouest, servait autrefois de sas entre le froid du dehors et la chaleur de la maison, ainsi que d’entrepôt et de rangement. La porte de service donnant sur l’extérieur était verrouillée. Elle prit ensuite l’initiative de le précéder jusqu’à l’office et à la chambre froide, bien qu’elle imaginât mal qu’on puisse vouloir s’y dissimuler.

— Vérifions qu’aucune fenêtre n’est ouverte ou brisée, dit-il. Il n’y a que deux autres portes à ce niveau, n’est-ce pas ?

— Oui, à l’extrémité des deux couloirs.

Sur la droite, il y avait quatre grandes chambres, dont celle qu’elle occupait. Chacune disposait de sa propre salle de bains et d’un lit king size. L’arme brandie, Blake les inspecta l’une après l’autre. Son attitude à la fois déterminée et prudente rappelait à Sarah qu’il ne s’agissait pas d’une banale visite de son B & B.

On leur avait tiré dessus, à Emily et elle. De toute évidence, ces quatre hommes cagoulés n’avaient rien à voir avec les zozos plutôt inoffensifs du BOOM. Qui étaient-ils ? Pourquoi s’en étaient-ils pris à elles ? Ils avaient bien un but, mais lequel ? Elle avait le sentiment que Blake en savait plus qu’il ne voulait le dire, et elle attendait des réponses de sa part.

Lorsqu’il se pencha pour examiner la serrure d’une porte qui donnait accès à la véranda, elle lui demanda :

— Vous cherchez quoi, au juste ?

— Celle-ci ne s’ouvre pas avec le code…

— Non. La porte d’entrée de devant est la seule. Je verrouille moi-même les autres chaque soir. Il y a un trousseau de clés dans ma chambre et un autre à la réception.

— Il va me falloir des doubles de toutes ces clés…

Avant qu’elle ait le temps de lui demander pourquoi, il repartit en sens inverse, et elle dut pratiquement courir pour le rattraper. A l’autre extrémité du couloir, il y avait une petite bibliothèque avec un ordinateur mis à disposition de la clientèle et relié à internet par la ligne de téléphone fixe du chalet. Il n’y avait pas de WiFi, et les téléphones portables passaient la plupart du temps très mal à cause des montagnes environnantes. En face de cette bibliothèque se trouvait un petit salon dédié aux jeux de société. Puis venait la plus grande des chambres du chalet, une suite avec son petit salon.

Quand ils eurent vérifié la dernière porte, Sarah reposa sa batte de base-ball sur son épaule et demanda :

— Vous croyez que c’est assez sûr pour qu’on aille chercher Emily ?

Il hocha la tête.

— Apparemment, il n’y a pas eu d’effraction. Je vais tout de même faire un tour à l’étage. Combien de chambres, là-haut ?

— Huit. Quatre simples et quatre doubles. Le dernier étage est un dortoir avec douze lits simples. Il est utilisé par des groupes de randonneurs ou des scouts.

— Quelle est votre capacité d’accueil ?

— Il m’est arrivé d’avoir jusqu’à quarante personnes, mais c’est vraiment beaucoup trop de travail.

Elle ne tenait pas à se laisser entraîner dans une discussion sur son établissement et revint donc à ce qui l’intéressait.

— J’ai quelques questions.

— Allez-y.

Il retira son bonnet de laine et ses cheveux sombres tombèrent sur son front. Une barbe dure ombrait ses mâchoires, mais Sarah savait que cela n’avait rien d’une coquetterie ; il n’avait tout simplement pas eu le temps de se raser. Il était incroyablement beau, mais distant, aussi. Son regard était froid comme l’acier.

Comme il l’observait, Sarah prit conscience qu’elle portait toujours son bonnet tricoté à protège-oreilles. Elle devait avoir l’air d’une demeurée avec ça, sa tenue de ski et sa batte de base-ball. Elle retira vivement son couvre-chef et libéra ses cheveux. Puis elle ouvrit la fermeture à glissière de sa parka. Trop tard, elle se rendit compte que ce n’était pas une très bonne idée ; en dessous, elle portait son fameux pyjama de flanelle avec des petits nuages et des chérubins dodus.

Blake leva un sourcil.

— Vous aviez des questions…

— Oui. Comment avez-vous mis en fuite ces types, devant le chantier ?

— Un peu par surprise. Ils ne s’attendaient pas à une contre-attaque. J’en ai blessé deux ; un au bras, l’autre à la jambe.

Il haussa les épaules, comme si tout ça n’avait rien de très sérieux.

— Dommage qu’ils aient filé…

— Qui sont-ils ? Et que nous voulaient-ils ?

Il secoua la tête.

— Je n’ai aucune certitude à ce sujet…

— Et aucune hypothèse ?

— Pas eu le temps d’y réfléchir pour le moment.

Elle tenta une approche différente.

— Quand j’ai voulu téléphoner au shérif, vous m’avez dit que vous vous en étiez occupé. Que vouliez-vous dire ? Vous lui aviez parlé avant ?

— Merci de me le rappeler…

Il tira de sa poche son téléphone portable et composa un numéro tout en retournant vers la porte d’entrée. Sarah n’eut d’autre choix que de trottiner derrière lui. Elle dut se retenir pour ne pas lui taper sur la tête avec sa batte de base-ball.

— Qui appelez-vous ? demanda-t-elle.

— A mon arrivée ici, j’ai contacté un adjoint, David Kovac.

— C’est un type bien.

— Vous le connaissez ?

— Un peu.

— Je ne pensais pas avoir besoin de son aide dès cette nuit, on dirait que je me suis trompé…

Tandis qu’il informait l’adjoint du shérif en quelques phrases courtes et précises et lui demandait de venir au B & B, elle se campa sur l’escalier, de façon qu’il ne puisse en monter les marches sans être obligé de lui répondre. Dès qu’il eut raccroché, elle lui demanda :

— Dites-moi la vérité. Que se passe-t-il ?

— A quelle heure Jeremy doit-il arriver, demain ?

— Pas avant midi. Il vient de Washington avec son père.

— Et celui d’Emily ?

— Le sénateur ne sera pas là avant après-demain.

Blake esquissa un sourire.

— Quand ces deux-là vont se retrouver face à face, ça risque d’être pour le moins animé…

— Ça l’est déjà, si vous voulez mon avis. Est-ce que ce qui nous est arrivé cette nuit a quelque chose à voir avec le général ou le sénateur ?

— Tous deux ont des ennemis.

Il s’avança vers l’escalier. Bien qu’elle soit sur la deuxième marche, elle ne le dépassait que de quelques centimètres seulement. Il affichait un calme déconcertant.

— Que voulez-vous dire ? insista-t-elle. Quelle sorte d’ennemis ?

Leurs regards se croisèrent. L’espace d’un instant, elle vit passer, dans ses yeux très bleus, quelque chose comme de l’inquiétude.

— Le général a reçu des menaces de mort.

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