Un secret nommé Kendall - Par intime conviction
Chapitre 3
3
Par-dessus l’épaule de Sarah, Blake jeta un coup d’œil vers l’étage encore plongé dans l’obscurité. Comme les portes donnant sur l’extérieur étaient verrouillées et les fenêtres intactes, il doutait que des intrus puissent être à l’affût dans les chambres. C’était rassurant. Ce qui l’était moins, c’était la personnalité de cette femme qui lui barrait le passage. Elle ne paraissait pas avoir peur, mais le rouge de ses joues trahissait son émotion. Elle était manifestement en colère et il pouvait difficilement l’en blâmer ; il ne pouvait espérer la voir rester calme alors qu’il venait de mentionner des menaces de mort. Elle aimait ce chalet où, peut-être, elle était née, et ne voulait certainement pas le voir se transformer en champ de bataille.
— Vous auriez dû me le dire, lui fit-elle remarquer, le menton levé. Dès votre arrivée, vous auriez dû me parler de ce danger.
— Je ne savais pas encore jusqu’à quel point il était fondé…
Ce n’était pas une très bonne excuse, il en était conscient.
— … mais vous avez raison, j’aurais dû vous informer.
— D’où viennent ces menaces ?
— Nous n’en savons encore rien.
Il jeta un regard à sa montre. L’adjoint du shérif lui avait assuré qu’il serait là dans une demi-heure. Blake lui avait fourni le numéro de la plaque d’immatriculation de la camionnette des cagoulés, qu’il avait noté pendant les échanges de tirs. Cela leur donnait peut-être une chance de les intercepter…
— Je vais jeter un coup d’œil à l’étage, avant de…
— Une minute…
Sans la brandir vraiment comme une menace, Sarah tint la batte de base-ball devant elle.
— Vous n’irez nulle part avant de m’avoir tout expliqué, dit-elle fermement. Pourquoi le général a-t-il reçu des menaces ? Est-ce qu’il y a un risque… de terrorisme ?
En tant qu’officier de rangers, Blake avait appris aussi bien à mener un interrogatoire qu’à y résister. Mais ces techniques ne prévoyaient pas la manière d’éviter de répondre à une jolie propriétaire d’hôtel. Il soupira. Après tout, ils étaient du même côté…
— Je vous ai dit tout ce que je pouvais vous dire.
— Vous me cachez donc encore des informations.
— Il n’y a pas grand-chose à ajouter. Les menaces ne sont pas allées jusqu’au harcèlement. Il y a eu des fuites à l’état-major du général, et son ordinateur personnel a été piraté. On a retrouvé un impact de balle sur sa voiture de service, et il a reçu des e-mails assez menaçants. Ça a commencé quand on l’a nommé à la tête d’une commission budgétaire qui devait décider quelles bases et quels hôpitaux militaires allaient devoir fermer.
— Ces menaces à cause de questions financières ?
— Vous savez, à Washington, la plupart des choses tournent autour des finances.
— Menacé de mort pour des questions d’argent… C’est tellement stupide !
— Mais ça reste dangereux. Des assassins en complet-veston peuvent tuer aussi bien que des terroristes armés de machettes.
— Ces types, devant le chantier, vous n’avez pas eu trop de mal à les mettre en déroute…
Il aurait préféré passer pour un héros ayant défait seul un groupe bien entraîné, mais tel n’avait pas été le cas. Elle avait raison, cela n’avait présenté aucune difficulté particulière.
— Ce n’étaient pas des professionnels, répondit-il calmement.
— Vous allez essayer de les retrouver ?
— Lorsque Kovac sera là, oui.
Toujours sur sa marche d’escalier, Sarah tapotait pensivement sa paume de sa batte, les sourcils froncés. Elle songea que Blake aurait quelques raisons de la trouver un peu ridicule, avec sa parka ouverte sur son pyjama à angelots joufflus, mais sa posture décidée et l’expression grave de ses yeux sombres lui donnaient une certaine dignité.
— Bon, faites ce que vous avez à faire, lui dit-elle finalement.
Il sourit, amusé.
— Vous prenez le commandement ?
De nouveau, le joli petit menton se releva comme pour un défi.
— Quand il s’agit de ma maison, oui, répondit-elle. Vous vous occupez de ces types et moi, je fais en sorte que nous soyons en sécurité chez moi.
— Comment comptez-vous vous y prendre ?
— Avec des renforts. Je vais appeler les jumeaux Reuben et leur demander de patrouiller autour de la maison. Ils peuvent tous les deux faire sauter les crochets d’un serpent à sonnette d’une seule balle, à cent mètres de distance.
— On peut aussi leur faire confiance ?
— Ils travaillent pour moi depuis leurs quinze ans : petits travaux, coupe de bois, gardiennage… Mais ils savent aussi préparer une chambre et dresser une table.
Blake hocha la tête.
— Très bien, appelez-les, alors…
— Ils seront heureux de vous rencontrer. La droguerie de leurs parents ne marche pas fort et ils songent sérieusement à s’engager dans l’armée.
Blake songea qu’il n’était peut-être pas le meilleur exemple à montrer à de jeunes recrues potentielles. A trente-cinq ans, il était décidé à quitter l’armée dans six mois, au plus tard. Il y avait dédié sa vie, mais il était fatigué de cette existence et plus encore de la guerre.
— Vous voulez bien vous pousser, que je puisse passer, s’il vous plaît ?
Elle s’écarta, se plaquant au mur ; au passage, Blake perçut un subtil parfum de cannelle. Son shampooing, peut-être… Une femme active et décidée. Elle le faisait penser à certaines de ses camarades, officiers dans l’armée.
L’étage était divisé par le couloir desservant les chambres et, sur la gauche, le palier s’élargissait par une mezzanine surplombant l’entrée. Les constructeurs de la vieille demeure ne l’avaient sans doute pas prévu ainsi, mais c’était un emplacement idéal pour observer, un peu tapi dans le renfoncement, les allées et venues dans l’établissement. Les huit chambres de ce niveau étaient faciles à défendre ; elles n’étaient accessibles que par le grand escalier et par un petit, de service, au sud, qui débouchait dans la cuisine, puis dans la cave. Pour autant que Blake pouvait le dire, toutes les fenêtres étaient équipées de triple vitrage, ce qui non seulement assurait l’isolation thermique, mais constituait aussi une relative protection contre les balles. Les portes étaient solides, épaisses, et celles qui donnaient sur l’extérieur étaient munies de solides verrous. Jeremy n’avait pas tort, quand il comparait cette maison à une forteresse.
Blake visita les chambres une à une, ouvrant les placards, jetant un coup d’œil dans les coins et sous les lits. Les meubles anciens étaient de belle facture, en sapin ciré, comme il était traditionnellement de règle dans les Rocheuses. Le reste du décor était simple et frais, aussi impeccable que les quartiers d’un cadet de West Point, mais pas du tout aussi spartiate. En plus du menu des petits déjeuners et d’une carte des sentiers de randonnée du secteur, il y avait dans chacune des chambres un détail rappelant la nature environnante ; des choses toutes simples, comme des fleurs séchées, une corbeille de pommes de pin ou un mini-jardin de rocaille.
Il pouvait imaginer avec quel soin Sarah avait composé chacun de ces petits tableaux afin que le chalet paraisse chaleureux et accueillant aux nouveaux arrivants. L’endroit lui plaisait vraiment beaucoup, et il espérait vivement que la noce s’y déroulerait sans incident, malgré les événements de la nuit. Mieux valait que les invités soient rassemblés là, plutôt que dans un hôtel forcément ouvert à toutes les allées et venues, bien plus difficile à sécuriser.
Le dernier étage comportait des sanitaires collectifs ainsi qu’une grande pièce qui s’étendait d’une façade à l’autre du chalet. Elle était meublée d’une rangée de lits à une place, alignés contre une cloison de bois dissimulant un espace de rangement aménagé dans la pente du toit et auquel on accédait par une petite porte. Ce débarras était vide et, comme il n’y avait nulle trace d’effraction sur la porte ni sur la fenêtre, Blake s’estima satisfait de son inspection et redescendit d’un étage. Là, il fit une halte sur la mezzanine et, se tenant un peu en retrait dans le renfoncement, regarda les deux femmes parler entre elles à l’étage au-dessous. Emily, qui paraissait assez agitée, marchait de long en large. Ses boucles blondes tressautant au rythme de ses pas, elle montrait son téléphone portable et, d’une voix haut perchée, se plaignait amèrement à Sarah.
— Je ne peux pas croire que Jeremy propose d’organiser le mariage ailleurs ou de le reporter ! Il est absolument impossible que tout le monde puisse bousculer son agenda ainsi, au dernier moment. Impossible !
Son ton était encore monté d’une ou deux notes dans les aigus. Prenant bien soin de ne pas être vu, Blake s’adossa à la cloison. Affronter ce blond maelström aurait tout de la mission-suicide…
— … C’est exactement ce que je voulais, continua-t-elle. Et lui aussi ! Nous n’avons aucun goût, ni l’un ni l’autre, pour ces noces de trois cents personnes où l’on ne connaît pas la moitié des invités. La famille, les amis proches, un bon gâteau et des fleurs, c’est tout ce que je veux, moi !
— Et c’est ce que tu auras, la rassura Sarah.
Elle avait échangé son drôle de pyjama et sa parka contre un jean confortablement usé et un gros pull vert olive dont elle avait retroussé les manches sur ses avant-bras.
Elle passa ses doigts dans sa chevelure flamboyante. Cette masse lumineuse aux reflets blonds et roux à la fois était la première chose qu’il avait remarquée lors de leur rencontre, la veille. Et, aussi, la captivante intensité de ses yeux aux iris si sombres qu’ils en paraissaient presque noirs.
— Nous aurions dû filer à Las Vegas, reprit Emily. Et nous marier là-bas.
— Ma foi, vous le pouvez toujours, si c’est ce que vous voulez.
— Non, je ne veux pas prononcer mes vœux devant un sosie d’Elvis Presley. Qu’est-ce que Blake a dit ? Ça changerait beaucoup de choses s’il était convaincu que le mariage doit avoir lieu ici et pas ailleurs… Oh ! s’il te plaît, Sarah, parle-lui !
— Je ne vois pas ce que ça changera…
— S’il te plaît…
Par la fenêtre, Blake vit les lumières clignotantes d’une voiture de police qui vint s’immobiliser sur le parking. Kovac n’avait pas perdu de temps. Avec un peu de chance, ils ne mettraient peut-être pas longtemps à retrouver la trace des quatre hommes du site de forage. Il descendit l’escalier en hâte et alla ouvrir la porte d’entrée.
Kovac était accompagné de deux autres policiers. Il ne fallut qu’un coup d’œil à Blake pour les jauger ; ils ressemblaient tous les trois aux hommes avec lesquels il avait l’habitude de travailler. Ils portaient des gilets pare-balles en Kevlar ainsi, bien sûr, que leur ceinture d’armes.
A peine étaient-ils entrés qu’une camionnette se garait à son tour devant la maison et que deux jeunes hommes vigoureux en sortaient, presque identiques avec leurs fossettes, leur tignasse épaisse et leur large sourire : c’étaient les jumeaux Reuben. Quand ils virent les policiers et leur équipement, leur excitation monta d’un cran.
Sarah les prit à part pour leur expliquer la situation.
Blake se tourna vers Kovac.
— Vous avez pu tracer la plaque d’immatriculation de la fourgonnette ?
— Oui, sans problème, répondit le policier avec son accent traînant de l’Ouest. Elle appartient à Tyler Farley, que nous connaissons bien, ici. Un de nos habitués, en quelque sorte…
Il eut un sourire bref.
— Farley et ses copains sont parmi les fauteurs de troubles les plus actifs du coin, mais je ne les aurais jamais crus capables d’une tentative de meurtre.
— Pourquoi ?
— Trop de bières. Pas assez de cervelle.
Comme Blake avait pu le constater, il ne s’agissait pas de pros. Ils n’étaient même pas assez malins pour camoufler leur plaque d’immatriculation.
— Ils vivent dans le secteur ?
— Ouais, dans une baraque à une vingtaine de minutes d’ici. J’ai envoyé un de mes hommes y jeter un coup d’œil. J’ai aussi passé le mot aux hôpitaux, dispensaires, aux médecins de la région, au cas où quelqu’un se pointerait chez eux avec une blessure par balle.
— Le gars que vous avez envoyé là-bas, vous pensez qu’il est arrivé ?
Kovac consulta sa montre.
— A l’heure qu’il est, certainement, oui.
— Vous pouvez l’appeler, pour vérifier ?
Tandis que l’adjoint du shérif prenait son téléphone, Blake envisagea les différentes possibilités. On pouvait imaginer que Farley avait été engagé pour mettre la pagaille devant le site de forage. Lui et ses racailles des bois ne résisteraient probablement pas longtemps à un interrogatoire en règle et donneraient certainement le nom de leur commanditaire. La complication venait du fait qu’ils avaient en leur possession un fusil d’assaut, avec un magasin dont la capacité dépassait sans doute de beaucoup ce qu’autorisaient les lois du Colorado…
Kovac abaissa la main qui tenait son téléphone.
— Oui, il est sur place, annonça-t-il. La camionnette est garée devant leur cabane et toutes les lumières sont allumées.
— Bien, dites-lui de ne surtout rien faire avant notre arrivée. S’ils s’en vont, qu’il les suive.
— D’accord, commandant. Je pense qu’on peut leur mettre la main dessus sans avoir à utiliser les armes. On les connaît bien.
Blake hocha la tête, satisfait. Lorsque l’adjoint du shérif referma son téléphone, il lui dit :
— Bon, allons-y. Je vous suis avec ma voiture.
Un éclair blond vénitien vint se placer près de lui.
— Je viens avec vous, dit Sarah.
Elle avait un fusil dans les mains, mais Blake n’avait pas la moindre intention de la laisser s’en servir.
— Nous avions un accord, lui rappela-t-il. Vous restez en sécurité et moi, je…
— J’ai promis de ne pas être dans vos jambes, c’est tout.
Elle se tourna vers l’adjoint.
— Ça vous ennuie, si je vous accompagne ?
— Mais pas du tout, Sarah.
Blake essaya toutefois de l’en dissuader par un nouvel argument.
— Vous ne pouvez pas laisser Emily seule ici.
— Elle ne sera pas seule. Les jumeaux vont rester avec elle pour la nuit. J’ai toute confiance en eux.
Elle agita les clés du SUV de location.
— Je peux conduire ?
Sans répondre, Blake lui prit les clés et se dirigea vers la porte. Il ne voyait qu’une seule raison pour que Sarah veuille quitter son cher B & B pour courir après les voyous : elle devait vouloir lui parler du mariage. En tant que témoin de Jeremy, il était en quelque sorte l’alter ego de Sarah au niveau des responsabilités. Mais, pour le moment, il n’avait pas du tout la tête à parler de pièce montée ou d’arrangements floraux.
En bouclant sa ceinture, elle demanda :
— Avez-vous parlé à Jeremy ?
— Pas encore.
— Tant mieux, parce que j’espère que vous allez lui dire que les plans doivent demeurer inchangés. Emily tient beaucoup à ce que la noce se déroule chez moi, et comme prévu.
— La décision sera prise en fonction de la situation, répondit-il froidement. La sécurité du général est ma priorité numéro un.
— Nous sommes les témoins, ne l’oubliez pas. C’est notre boulot, à tous les deux, de veiller à ce que les mariés soient satisfaits.
— Merci de me rappeler à mes devoirs…
— Au fait, pour l’enterrement de vie de garçon, avez-vous prévu une stripteaseuse ? Parce qu’il y a une boîte, à Carbondale, qui aura certainement ce qu’il vous faut. Il suffira de les appeler.
Décidément, cette femme aimait commander et tout diriger.
— Je pense que je pourrai me débrouiller seul, grommela-t-il.
— Je n’en doute pas.
Elle lui jeta un regard amusé.
— Je me demande quel est votre genre préféré… La petite soubrette en tablier ? L’écolière dissipée ? Non, je sais ! La soumise !
— Le rôle vous intéresse ? demanda-t-il avec un sourire en coin.
— Non, d’ordinaire, c’est plutôt moi qui tiens la cravache…
Si elle avait voulu le troubler, c’était réussi. Il essaya de se concentrer sur la vision des feux arrière de la voiture de Kovac, mais son esprit vagabondait, visualisant de longues jambes gainées de bas résille et un bustier de cuir moulant les seins de Sarah. Ce n’était qu’une vue de l’esprit, car il ne l’avait jamais vue qu’habillée…
Il se força à revenir à la réalité. Ils allaient au-devant d’une dangereuse confrontation et ce n’était pas le moment de perdre ses moyens.
— Vouloir à toute force m’accompagner a été une erreur, Sarah. Une grave erreur… Votre troisième, en fait.
— Que voulez-vous dire ?
— La première a été de ne pas me laisser vous emmener en ville. La deuxième, de me suivre à l’intérieur du chalet, alors qu’on pouvait très bien nous y avoir tendu une embuscade. La troisième, de vous imposer dans cette voiture.
— Je suis bien désobéissante, n’est-ce pas ? répondit-elle sans se frapper.
Il s’éclaircit la voix.
— Il va pourtant falloir que vous obéissiez, au moins un minimum. Lorsque nous arriverons devant chez ce Farley, je veux que vous restiez ici, dans ce véhicule, à l’abri. C’est bien compris ?
Elle acquiesça.
— Et lorsque vous parlerez à Jeremy, vous lui direz quoi ? demanda-t-elle.
— Que votre B & B me paraît un endroit excellent pour y célébrer son mariage. Le chalet est assez sûr et facile à défendre. Il est suffisamment isolé pour qu’il soit difficile à un intrus de se mêler aux invités. Toutefois, si un réel danger se précise, il faudra changer nos plans.
— J’espère de tout mon cœur que ça n’arrivera pas.
Devant lui, Kovac éteignit ses feux en se garant sur le bas-côté de la route. Blake en fit autant. Avant de descendre de voiture, il répéta, d’un ton ferme :
— Nous sommes bien d’accord, Sarah ? Vous restez bien tranquillement assise ici !
Sa réaction le surprit. Elle se pencha pour lui toucher le bras. Une lueur très douce passa dans ses yeux et ses lèvres s’écartèrent comme pour un baiser.
— Faites bien attention à vous…
Elle pouvait réellement être adorable, quand elle le voulait, mais il n’était pas vraiment dupe de son air angélique et de ses yeux de biche aux longs cils. Il avait pu voir à quel point elle était déterminée, lorsqu’elle avait un but. Tout comme lui, d’ailleurs…
Il rejoignit Kovac et ses hommes. Il ne leur fallut que quelques secondes pour établir un plan d’action. Les policiers se posteraient à l’avant et à l’arrière de la cabane. Blake se plaquerait contre la façade, à côté de l’entrée, prêt à intervenir en voltige, en cas de besoin. Kovac se présenterait à la porte pour parlementer. Avec un peu de chance, Farley et ses hommes se rendraient sans résistance.
Ils prirent rapidement position. Son Beretta en main, Blake s’aplatit entre la porte et la fenêtre, prêt à toute éventualité.
— Tyler Farley, appela Kovac, c’est l’adjoint David Kovac. La maison est cernée. Ouvrez !
— Qu’est-ce que vous voulez ? fit une voix à l’intérieur.
— Jetez vos armes et sortez un par un, les mains en l’air !
— Non… J’ai un gars qui peut pas marcher.
— D’accord, répondit Kovac. Si l’un de vous peut le soutenir, c’est O.K. pour nous !
De son poste, tout près de la fenêtre, Blake percevait le bruit d’une discussion animée à l’intérieur. Il ne pouvait pas en saisir les mots, mais le ton ne laissait aucun doute. Le blessé était probablement partisan de se rendre et d’autres refusaient…
— On se dépêche un peu ! reprit Kovac. Vous avez cinq secondes pour sortir.
Blake grimaça. S’il avait pu mener lui-même la négociation, il n’aurait pas imposé aussi rapidement un ultimatum. Il fallait laisser au cerveau épais de Farley un minimum de temps pour comprendre qu’il avait tout intérêt à coopérer.
— Je répète : les mains en l’air et sans les armes ! lança Kovac.
La porte s’ouvrit brusquement. L’homme qui sortit et se campa sous le porche portait toujours sa cagoule et tenait son fusil d’assaut canon vers le bas, mais il avait le doigt posé sur la queue de détente. Il ne remarqua pas la présence de Blake derrière lui.
— Jette ton arme ! lui cria Kovac.
Instantanément, les points rouges du viseur électronique de l’adjoint et d’un autre policier se posèrent sur la poitrine du voyou. Il n’avait aucune chance et serait probablement abattu avant même d’avoir pu lever son arme. La solution sage aurait été de se rendre, mais Blake soupçonnait que l’homme agissait plutôt par impulsion que par réflexion.
D’une détente brutale de la jambe, il le frappa au genou pour le déstabiliser puis le plia en deux d’un formidable coup de poing au ventre. L’homme dégringola du perron et s’effondra dans la neige.
Braquant alors son pistolet vers la cabane, Blake cria, d’un ton sans réplique :
— Les autres, dehors ! Plus vite que ça !
Deux hommes parurent à la porte, tête nue. L’un d’eux avait un pansement de fortune au bras et grimaçait de douleur.
— Faut que je voie un docteur, geignit-il.
— Il est où, le quatrième ?
— Il peut pas marcher…
Kovac et ses hommes se ruèrent à l’intérieur. Quelques secondes plus tard, la situation était sous contrôle. L’une des voitures de police emmena les blessés à l’hôpital, tandis que Kovac et Blake interrogeaient Farley.
— Qui vous a engagé ?
— J’sais pas son nom.
Tyler Farley était un maigrichon aux dents gâtées. Son visage, peut-être prématurément ridé, rendait toute estimation de son âge difficile.
— Il nous a dit que c’était pour faire une blague.
— Comment vous a-t-il contactés ?
— Sur mon portable.
Farley paraissait nerveux ; un peu de salive mouillait les coins de sa bouche.
— Il m’a payé trois mille dollars d’acompte. Personne ne devait être blessé.
Blake avait peine à croire que l’homme pouvait être assez stupide pour s’imaginer que tout ça n’était qu’une plaisanterie.
— Qu’est-ce que vous étiez censés faire ?
— Enlever la fille. Emily Layton.
Ce qui pouvait se révéler un efficace moyen de pression sur le général…
— Et ensuite ?
— Une fois qu’on l’avait, on devait appeler un certain numéro. Alors, le gars nous dirait où on devait la lui amener et nous refilerait le reste du fric.
— Vous l’avez appelé, ce numéro ?
— Pas encore.
Blake regarda sa montre. Depuis qu’il avait surpris Farley et ses hommes dans la clairière du chantier, il ne s’était guère passé plus de deux heures. Il était encore temps, mais s’ils voulaient mettre la main sur l’homme qui avait engagé ces quatre clowns, il allait tout de même falloir faire vite.
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