Un secret nommé Kendall - Par intime conviction

Chapitre 6

6

 

 

Ce que Sarah appréciait particulièrement, dans le fait de gérer un établissement suivant le principe du Bed & Breakfast, c’était de n’avoir à s’occuper que du petit déjeuner. Préparer des œufs sous diverses formes, des gaufres, des muffins et ce genre de choses ne la dérangeait pas, pas plus que de devoir éventuellement confectionner quelques sandwichs dans la journée, pourvu qu’elle ne soit pas obligée de ceindre un tablier et de se mettre réellement aux fourneaux.

Pourtant, elle était là, dans son cellier, à 10 heures du matin, en train de se demander ce qu’elle pourrait bien faire à déjeuner. Il y avait certes de nombreuses boîtes de conserve sur ses étagères, mais cela ne la tirait pas d’affaire pour autant. Un véritable chef cuisinier se serait montré plus organisé… Mais aussi, pourquoi diable fallait-il qu’elle cuisine ?

Elle pouvait s’en tirer par une sorte de reprise du petit déjeuner. Elle avait eu beaucoup de succès en servant, deux heures plus tôt, d’excellents œufs au bacon aux jumeaux qui avaient monté la garde toute la nuit.

Ils l’avaient bombardée de questions sur l’arrestation de Farley et de sa bande, et elle avait été heureuse de pouvoir répondre que pas un seul coup de feu n’avait été tiré. Elle entendait en effet limiter l’ardeur belliqueuse des jumeaux, mais dut malgré tout admettre que Blake avait auparavant blessé deux hommes, au cours de l’échauffourée devant le site de forage.

Elle saisit une boîte de tomates déshydratées, en se disant que cela ferait toujours la base d’une sauce de bons spaghettis accompagnés de pain frotté d’ail. Une fois encore, elle se demanda pour quelle raison elle se mettait autant en frais. Ses seuls hôtes, au déjeuner, seraient Blake et Emily ; elle pouvait donc limiter ses prétentions. Pourtant, elle avait envie de préparer un savoureux repas. Pourquoi ? Qui voulait-elle impressionner ?

Elle n’eut aucun mal à répondre à sa propre question. Blake, bien sûr.

— Ah oui ? grinça-t-elle entre ses dents.

Avait-elle vraiment besoin de lui prouver qu’elle était une bonne maîtresse de maison ? Elle eut un bref ricanement d’autodérision et reposa la boîte sur l’étagère.

Cette nuit, quand Dolly avait affirmé qu’il paraissait tout près de vouloir s’établir, Sarah avait surpris une lueur d’assentiment dans les yeux de Blake. Au fond, ce devait être vrai. Projetant de quitter l’armée à brève échéance, il se préparait à une nouvelle vie.

Quoi qu’il en soit, il ne fallait pas s’imaginer pour autant qu’il était prêt à prendre femme et à chausser une paire de pantoufles. Et puis, de toute façon, ce qu’il comptait faire de sa vie ne la regardait pas. Elle n’aspirait aucunement à se marier. La direction de son B & B était la seule responsabilité dont elle avait besoin.

De la cuisine toute proche, elle entendit Emily soupirer :

— Oh ! Mon Dieu, il me faut un café !

— Je vais en refaire ! lui dit-elle d’où elle se trouvait.

Elle aimait le café frais et préférait en préparer aussi souvent que nécessaire, plutôt que de le garder au chaud sur un coin de la cuisinière. L’hiver dernier, elle avait acheté une machine à expressos bas de gamme, qui n’avait jamais réellement fonctionné. Elle envisageait de faire l’acquisition d’un modèle plus efficace.

Avec force bâillements, Emily se laissa tomber sur un tabouret au centre de la cuisine et passa ses doigts dans ses cheveux qui, bien que pas encore vraiment peignés, encadraient son joli visage de superbes boucles.

— Je n’ai pas dormi, marmonna-t-elle. Jeremy et moi, nous avons parlé au téléphone toute la nuit.

— Vous vous êtes disputés ?

— Non. On a discuté.

La discussion avait dû être intense, songea Sarah, car Emily était toujours éveillée lorsque Blake et elle étaient rentrés au chalet après 3 heures du matin.

— Alors, quelle est la décision ? demanda-t-elle en rinçant la carafe du percolateur. Le mariage est maintenu ?

— Oui, fit Emily avec une fermeté qui ne lui était pas tellement habituelle.

— Bien !

— Jeremy n’était pas vraiment ravi, mais Blake l’a convaincu. Je dois te remercier pour ça.

Sarah versa les grains de café dans le moulin.

— Me remercier ? Et pourquoi ?

— Ce que tu as dit à Blake semble avoir produit son petit effet. J’ai entendu la moitié de leur conversation. Il disait que toi et moi, on s’était donné beaucoup de mal pour planifier ce mariage, et que le chalet offrait une sécurité presque parfaite. Donc, que l’on pouvait y aller et que ce soit le week-end de notre vie.

Sarah essaya de se souvenir de ses propres paroles.

— Je ne me souviens pas avoir rien dit d’aussi romantique…

— Ça vient peut-être de moi, alors, dit Emily. J’aime ces montagnes. Jeremy et moi, on s’est connus sur une piste de ski et on a échangé nos premiers baisers il y a trois ans, la nuit du réveillon de la Saint-Sylvestre, à l’hôtel Jerome d’Aspen. La neige tombait doucement, et c’était le plus beau spectacle que j’avais jamais vu.

— En voilà du romantisme, en voilà ! soupira Sarah en finissant de préparer le café.

Puis elle vint se placer derrière son amie et lui massa doucement les épaules.

— Ah ! Emily… Notre douce Emily qui trouverait un buisson de roses au milieu d’une botte d’oignons.

— Eh bien, hier soir, mon romantisme n’a eu aucun effet sur mon beau fiancé. En revanche, il n’a fallu que cinq minutes à Blake pour le faire changer d’avis. Il est formidable, cet homme-là, tu ne trouves pas ?

— Quelle importance, ce que j’en pense ?

— Ça pourrait en avoir une…

Emily fit pivoter son tabouret et la regarda droit dans les yeux.

— Blake a dit à Jeremy qu’il nous enviait. Il a dit aussi qu’il pensait au mariage et se cherchait une Emily à lui.

— Je ne vois pas en quoi ça me regarde, dit Sarah.

Bien qu’Emily et elle soient amies depuis des années, elles étaient très différentes. Sarah prenait les choses en main ; Emily se contentait de coopérer. Emily était optimiste, Sarah ne l’était guère. Quand elle voyait un beau jardin, elle pensait tout de suite aux mauvaises herbes qu’il avait fallu arracher pour arriver à ce résultat. Elle trouvait qu’Emily avait pas mal de points communs avec Gabriella, une cousine éloignée qui était à deux doigts de se marier avec l’un des plus beaux cow-boys du comté de Pitkin.

C’étaient les femmes du genre d’Emily et de Gabriella, que l’on épousait. Les hommes d’action comme Blake, quand ils envisageaient de se marier, voulaient de douces compagnes. Sarah, elle, pouvait être une amie, mais pas la partenaire de toute une vie.

— A quelle heure Jeremy et son père arrivent-ils ?

— Ils atterrissent à Aspen à 14 heures et là, ils loueront une voiture. Ils devraient être là environ une heure plus tard. Et le général aura deux de ses aides de camp avec lui.

Sarah perçut nettement de la tension dans la voix généralement plus mélodieuse d’Emily. Malgré tout son optimisme, son inquiétude était évidente.

— Comment vas-tu appeler ton beau-père, lorsque tu seras mariée ? demanda-t-elle pour alléger un peu l’atmosphère.

— Pour le moment, je t’avoue que j’évite de l’appeler d’une façon ou d’une autre. Son prénom est Charles, et il n’est pas du tout du genre à se faire donner du Chuck ou même du Charlie. Quant à l’appeler « papa », je ne pourrais pas.

— Il va porter son uniforme et ses médailles, à la cérémonie, tu crois ?

— J’espère sincèrement que non !

Sarah alla vers le plan de travail et ouvrit la huche à pain chinée chez un antiquaire de la région. Elle contenait quelques muffins aux myrtilles de la veille, ainsi que du pain complet maison en tranches.

— Tu voudras un toast ou deux, avec ton café ? demanda-t-elle ?

— Moi, j’en veux bien, en tout cas !

C’était Blake, qui venait d’entrer dans la cuisine, en parka et en jean. Son visage coloré par le froid indiquait qu’il venait du dehors.

— Tout compte fait, un ou deux toasts ne suffiront pas à apaiser ma fringale. C’est du jambon que je vois dans le réfrigérateur ?

— Quand vous êtes-vous levé ?

— Un peu après vous…

Sarah avait mis son réveil à 7 h 30.

— Comment se fait-il que je ne vous aie pas vu ? s’étonna-t-elle.

— Parce que je me suis mis au travail tout de suite. J’avais mes caméras de surveillance à placer…

Il défit la fermeture Eclair de sa parka.

— Et aussi à installer le relais de mon téléphone satellite.

— J’espère que vous vous rendez bien compte que si jamais nous avons une grosse tempête de neige, tous ces appareils ultramodernes ne fonctionneront plus.

— Je ne l’ignore pas. Je vais créer une interface avec votre ordinateur et la ligne fixe.

Elle baissa les yeux sur les bottes qu’il portait et fut satisfaite de les trouver propres, ce qui allait lui éviter de faire certaines remontrances.

— Vous savez, dit-elle néanmoins, j’ai édicté quelques règles, ici…

— Ah ? Dites toujours.

— Lorsqu’on a de la boue sur les bottes, mieux vaut les essuyer ou les enlever à la porte. Il y a là des portemanteaux pour les bonnets et les vestes. Et là…

Elle montra, derrière son épaule, le sas qui menait au vestibule.

— … c’est une pièce dédiée au séchage des chaussures et des vêtements. Je n’ai pas envie de ramasser de la boue dans toute la maison.

Il répondit par un très ironique salut militaire et Sarah se raidit un instant.

Voilà que tu le réprimandes tout de même pour ses bottes, et sans raison, songea-t-elle. Intéressante méthode de séduction…

* * *

Il alla retirer sa parka dans le vestibule tandis qu’elle posait du pain et un couteau auprès de sa place à table.

— J’aimerais mieux un muffin, dit Emily. Aux myrtilles, comme hier.

— Pas de problème…

Sarah en déposa une assiette devant son amie, mais son esprit restait focalisé sur Blake, qui venait de ressortir du vestibule. Débarrassé de sa parka, il apparaissait dans un pull à col roulé noir qui soulignait son torse puissant et sa taille étroite. Son jean semblait neuf, comme s’il l’avait acheté juste avant de prendre l’avion pour les Rocheuses.

Elle constata aussi qu’il n’avait toujours pas pris le temps de se raser. L’ombre de ses joues virait à la barbe dure, et la mèche brune qui tombait sur son front faisait paraître ses yeux plus bleus encore.

Elle détourna le regard.

— Voulez-vous un sandwich ? proposa-t-elle. Ou préférez-vous attendre le déjeuner ?

— Vous prévoyez de préparer quelque chose de spécial ?

Bonne question…

— Je n’en sais rien…

— Ne te donne pas trop de mal, intervint Emily. Il y aura bien assez de travail pour le dîner de ce soir, avec Jeremy, son père, et les aides de camp. Je t’aiderai, d’ailleurs.

— Je peux me préparer moi-même un sandwich, dit Blake en venant lui prendre deux tranches de pain des mains. Alors, Sarah, laissez-moi faire…

Et il imita le bruit du Klaxon d’une vieille guimbarde.

Surprise, elle le regarda. Il souriait. Cette nuit, c’était elle qui faisait le Klaxon en lui pinçant le nez. C’était là le genre de relation qu’ils avaient tous les deux. Mieux valait oublier ses yeux envoûtants et ce corps si sexy. Ils étaient copains, et voilà tout.

Elle lui reprit les tranches de pain.

— Je vais le faire, votre sandwich. C’est moi l’hôtesse professionnelle, ici.

— Je peux me verser moi-même du café, quand même ?

— Je vous en prie.

— Autre règle de la maison, annonça Emily. Vous pouvez vous servir dans le frigo, mais mettez toujours votre vaisselle sale dans l’évier. Et ne démarrez jamais, jamais, le lave-vaisselle sans en avoir reçu l’instruction formelle, auparavant !

— Vous, vous êtes déjà venue, la taquina Blake.

— J’ai travaillé ici tout un été. C’est comme ça que Sarah et moi nous sommes devenues amies. La saison de ski était terminée depuis longtemps, mais je ne voulais pas quitter ces montagnes.

— Elle voulait surtout ne pas retourner en Californie, précisa Sarah.

— C’est vrai. J’aurais travaillé gratuitement, rien que pour éviter d’être dans les jambes de mon père au moment de sa campagne électorale. Me faire engager au Bentley’s était une excellente solution ; la maison était pleine de clients.

Blake posa sur le plan de travail une tablette informatique avant de se servir une tasse de café.

— J’aurais plutôt cru que c’était l’hiver, la saison la plus chargée, avec le ski…

— Chez moi, pas vraiment, dit Sarah en préparant un sandwich jambon-fromage. Les skieurs préfèrent les hôtels proches des pistes. Mes clients à moi aiment la randonnée, l’escalade, le vélocross ou la simple promenade. Je travaille davantage l’été et aussi en automne, lorsque les trembles deviennent tout dorés.

Ils continuèrent ainsi à deviser agréablement, tandis que Sarah finissait de confectionner le sandwich de Blake. Emily avala rapidement son muffin, puis s’excusa : elle devait se préparer pour l’arrivée de son fiancé et du général.

Sarah et Blake passèrent dans la salle à manger voisine et s’assirent à la longue table, qui était dans la famille depuis des temps immémoriaux. Elle à une extrémité, lui à sa droite.

— Parlez-moi un peu de cet endroit, demanda-t-il. Et vous, comment en êtes-vous venue à faire ce métier ?

— Vous allez me demander ce qu’une jolie fille comme moi fait dans un trou pareil ? ironisa-t-elle.

Il leva un sourcil amusé.

— Je ne me souviens pas vous avoir qualifiée de jolie fille…

— C’est juste…

Ne tenant pas plus que cela à connaître son opinion sur elle, elle enchaîna rapidement :

— J’ai toujours eu ça dans le sang, je crois bien. Mon ancêtre Prudence Hanover s’est installée à Carbondale vers 1850 et y a ouvert une pension de famille pour les mineurs. Elle avait perdu son mari pendant la guerre de Sécession, mais elle eut quatre enfants d’un mystérieux amant… L’amant se révéla être le fameux Louis Rousseau, un Français du Canada qui avait toute une famille de l’autre côté de la montagne. C’était un beau parleur, mais Prudence, elle, était une solide femme d’affaires qui faisait très bien marcher sa pension de famille. A sa mort, une de ses filles reprit le commerce familial, puis une autre. Vers 1900, une autre femme, Trudy Bentley, tenait les rênes du chalet et en avait fait un rendez-vous de chasse.

— Je me souviens que vous avez parlé de Theodore Roosevelt…

— Oui, il venait souvent dans le Colorado. A sa manière, c’était un environnementaliste et quand il était dans la région c’est ici, au Bentley’s, qu’il résidait. Nous avons eu aussi beaucoup d’autres célébrités. Un des murs de mon bureau est couvert de leurs photos.

— Vous semblez très fière de votre chalet, remarqua Blake entre deux bouchées.

Il dévorait de si bon cœur que Sarah se demanda si ses provisions de jambon et de fromage allaient y suffire.

— Ma famille a fait du très bon travail, dans cette maison, en termes de rénovations et de réparations aussi. Moi, ma plus importante contribution restera les pancartes gravées au feu que j’ai mises en place pour indiquer les chemins de randonnée.

— Et vos parents ?

— Ils sont partis vivre en Californie en me laissant l’affaire. Cela fait huit ans, déjà.

En repensant à ses débuts, son regard se perdit un peu dans le vague.

— Ça n’a pas été vraiment facile, au départ. C’est alors que j’ai engagé Emily, ce qui s’est révélé particulièrement profitable. Sa décontraction et son regard joyeux sur les choses m’ont beaucoup aidée et apaisée.

— Vous aimez ce que vous faites, hein ?

Elle se savait chanceuse. Combien de gens traversaient l’existence sans avoir un travail qui leur plaisait ?

— Ma foi, oui. J’aime diriger cet endroit et je crois que je ne m’y prends pas trop mal. Ça tourne plutôt rond.

— Votre façon de fonctionner vous convient donc.

— Bah, pour le moment personne ne se plaint…

Il y avait pourtant une ombre au tableau, dans la perfection de sa bulle. Comme beaucoup de femmes de la tribu Bentley avant elle, Sarah était seule. Sa mère avait un peu été une exception, puisqu’elle avait passé toute sa vie auprès du même homme, bien qu’elle ait refusé de changer son nom de Bentley pour son patronyme d’épouse. C’était une femme forte et indépendante, qui avait tenu à rester à la direction du chalet en attendant que sa fille soit en âge de la remplacer. Tout le monde avait été surpris lorsqu’elle avait annoncé sa décision de reprendre des études de droit.

Sarah s’étonna de s’entendre raconter tout cela à cet homme qui, la veille encore, était un parfait inconnu. D’ordinaire, les règles d’hospitalité faisaient qu’elle écoutait et que c’étaient les autres qui parlaient.

— Mais assez discuté de moi, ajouta-t-elle avec un sourire.

— Je veux vous entendre encore, moi ! protesta Blake. Ça devient de plus en plus intéressant.

— Je peux vous en raconter davantage au sujet du mystérieux Français, dit-elle. Il est supposé avoir caché un trésor dans la région.

— Non, c’est de vous que j’aimerais entendre parler. De votre histoire.

Il la fixait avec une telle intensité qu’elle se sentit percée à jour, jusque dans ses défenses les plus intimes, au cœur de sa solitude, jusque dans ses craintes secrètes de finir ses jours seule dans son chalet. Non que ce soit une trop mauvaise vie, d’ailleurs. Elle était toujours occupée, et son action pour la protection de la forêt des Rocheuses la comblait.

Il semblait l’inviter à se confier, mais elle n’était pas prête pour cela.

— Et si vous me disiez ce que vous avez décidé de nouveau pour notre protection ? demanda-t-elle.

— J’ai parlé au téléphone avec Jeremy, ce matin. Il n’était pas du tout au courant d’un acte criminel visant le général à travers Emily. Espérons que l’échec de la tentative découragera toute récidive.

Cela n’avait rien de vraiment rassurant.

— Et l’enquête de Kovac ?

— Il vérifie les registres des loueurs de voitures et des hôteliers. Nous n’avons toujours pas de nom pour appuyer nos recherches. Quant à Farley et sa fine équipe, il se confirme qu’ils ne savent rien.

— Donc, nous en sommes toujours au point zéro.

Blake haussa les épaules, les mains sur sa tasse de café.

— Nous sommes prévenus, dit-il. C’est un avantage.

— Parce que nous pouvons nous préparer au pire ?

Il lui tendit la tablette informatique.

— Voici le contrôle de quatre caméras de surveillance. Si vous rafraîchissez l’écran, vous verrez quatre autres directions.

Sarah regarda les images en noir et blanc qui montraient la route d’accès et trois points différents aux alentours du chalet. On voyait les branches enneigées des sapins se balancer sous le vent. Sur l’un des écrans, elle vit passer un cerf à six cors.

— C’est sympa, remarqua-t-elle.

— Je peux transférer ces images sur votre ordinateur ou même sur l’écran d’un Smartphone. La nuit, les caméras fonctionnent par infrarouge.

Avec ça, quelqu’un pourrait difficilement s’introduire dans la maison sans être repéré.

— Les jumeaux vont adorer ! s’exclama Sarah. Je leur ai dit de revenir cette nuit en renfort.

— Bonne idée. Rien ne vaut une surveillance humaine. De bonnes sentinelles voient et entendent des choses que les machines ne perçoivent pas.

Il parlait d’expérience. Il avait été entraîné à faire face à ce genre de situation, et elle appréciait de pouvoir profiter de ses compétences.

— Je voudrais vous remercier d’avoir insisté pour que le mariage ait lieu ici malgré tout, lui dit-elle. Ça compte beaucoup pour Emily…

— Je suis heureux d’avoir pu y aider.

Il se leva et passa derrière elle pour regarder les écrans de surveillance.

— … Moi aussi, ça me plaît qu’il se passe ici. J’avais envie de rester.

Quand il se pencha par-dessus son épaule pour rafraîchir l’écran d’un geste de la main, elle sentit la chaleur de son corps et respira une bouffée de son odeur boisée. Elle ferma brièvement les yeux et s’autorisa à profiter secrètement de sa proximité.

— J’en suis contente…

Sa voix avait été un murmure, beaucoup plus intime qu’elle ne l’aurait voulu. Etre ainsi tout près de lui était grisant. Il lui fallait décidément être prudente, sinon elle pourrait bien finir par faire quelque chose qu’elle regretterait…

OceanofPDF.com