Un secret nommé Kendall - Par intime conviction
Chapitre 12
12
Christina étouffa un cri. Un bras plaquait sa tête contre la porte métallique et le gobelet de café qu’elle tenait gicla, ébouillantant sa main.
Des doigts puissants serraient si fort sa nuque qu’elle parvenait à peine à respirer.
Avant qu’il ne fonde sur elle, elle avait eu le temps d’apercevoir son agresseur. Il portait une cagoule de ski noire qui ne laissait voir que ses yeux, des yeux brillants.
Quand une odeur de chloroforme chatouilla ses narines, une décharge d’adrénaline la traversa. Tentait-il de l’endormir ?
— Christina ?
La voix d’Eric, qui l’appelait de l’autre côté de la cour, parvint à ses oreilles. Mais il n’arriverait sans doute pas à temps. Déjà, elle faiblissait.
Réunissant le peu d’énergie qui lui restait, elle se dégagea pour jeter son café brûlant au visage de son assaillant.
Avec un grognement de douleur, celui-ci recula et, certainement perturbé par l’arrivée d’Eric, s’enfuit.
Christina était à bout de forces. Elle se traîna jusqu’à l’angle du bâtiment. Elle aurait voulu crier le nom d’Eric mais ne parvint qu’à émettre un gémissement inaudible et tomba à genoux.
Eric l’aperçut enfin et se précipita vers elle.
— Christina !
Elle s’agrippa à sa chemise et balbutia :
— Attrape-le… Il a filé par là.
— Mais toi, ça va ?
— Rattrape-le.
Il l’aida à se relever, à prendre appui contre le mur, puis il s’élança dans la direction qu’elle lui avait indiquée.
La porte des toilettes s’ouvrit avec fracas et Eric cria quelque chose d’inintelligible.
L’avait-il coincé ? se demanda Christina en retenant son souffle.
Il y eut des bruits de pas précipités et une silhouette sombre escalada le haut grillage qui bordait la cour.
La main sur son cou meurtri, Christina rejoignit Eric.
Il secouait le grillage en jurant.
— A-t-il réussi à s’enfuir ? lui demanda-t-elle.
— J’en ai bien peur.
Il la prit dans ses bras.
— Que s’est-il passé ? Tu m’as dit que tu allais chercher un brownie et brutalement, tu as disparu.
— J’ai voulu me rendre aux toilettes mais quelqu’un m’a attaquée par-derrière. Il m’a saisie par la nuque et a tenté de me faire respirer du chloroforme. Ton arrivée l’a interrompu et j’ai profité de son inattention pour lui envoyer mon café à la figure.
Il l’étreignit plus fort.
— Christina, il n’y a pas de toilettes ici.
— Comment ça ? Uma m’avait dit qu’elles se trouvaient ici.
— Qui est Uma ?
— Une femme avec qui j’ai bavardé près du buffet. Une grande blonde aux cheveux bouclés. Elle m’a dit que les toilettes étaient de l’autre côté de la cour.
— Il y a des toilettes dans le hall d’entrée de l’immeuble.
— Oh ! Mon Dieu ! gémit-elle. Uma m’a attirée dans un traquenard. Elle savait que quelqu’un m’attendait dehors.
Il la prit par la taille.
— J’en ai assez de ces mystères, de ces non-dits, Christina. Ces secrets ont assez duré. Viens, retournons à l’intérieur.
— Que veux-tu faire ?
— Il est bientôt minuit, cette réunion soporifique va se terminer d’une minute à l’autre. Avant que tout le monde ne s’en aille, je vais prendre la parole.
— Eric, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.
— Il le faut. Tu préfères retourner gentiment à ta place et te comporter comme si rien ne s’était passé ?
Il tira la porte et entra dans la salle.
— Ce n’est pas le moment d’interroger les gens, objecta Christina.
— Bien sûr que si. Elaine !
Montant sur l’estrade, il attrapa le micro et se tourna vers l’assistance.
— Ma coéquipière vient d’être victime d’une agression dans la cour. Une dénommée Uma l’y avait envoyée en lui faisant croire que les toilettes s’y trouvaient.
Des murmures se levèrent dans les rangs et des regards furtifs furent échangés.
— Oui, j’ai bien dit « coéquipière ». Nous sommes agents du FBI, nous faisons partie d’une unité chargée de démasquer les tueurs en série et nous enquêtons sur les meurtres de Liz Fielding, de Nora Sterling et de deux autres victimes, assassinées dans un autre Etat.
Les participants restaient pétrifiés.
— Nous savons que ces meurtres sont liés à un cercle particulier, celui des Brujos de Invierno et nous voulons des réponses.
Au fond de la salle, quelques personnes entonnèrent alors un chant incantatoire, bientôt repris par toute l’assistance. Christina en eut la chair de poule.
— Simbala, sarai, simbala, sarai…
Eric tenait le micro des deux mains d’un air perplexe. Ses yeux cherchèrent les siens, et elle haussa faiblement les épaules.
Lorsque les incantations finirent dans un murmure, Elaine s’avança vers Eric et lui demanda le micro.
— Nous sommes désolés que votre équipière ait subi cette agression, mais voilà ce qui arrive lorsqu’on joue avec le feu.
— Que racontez-vous ? Et que signifie ce chant ?
— Le cercle dont vous parlez s’est tourné vers l’ombre. Les membres de ce cercle ont souvent flirté avec le mal mais à présent, il devient clair que l’un d’eux a signé un pacte avec le diable. Vous pouvez certainement le comprendre.
— Quoi ? Comment pourrais-je le comprendre ? J’ignore tout de ce cercle. Je sais seulement que certains de ses membres sont dans le collimateur d’un tueur.
— Et nous le regrettons, nous aussi. Nous connaissions Nora. Elle ne pratiquait pas de magie noire mais elle était proche de nous et elle l’a payé de sa vie.
Eric se massa les tempes. Sa tête allait exploser.
— Voulez-vous dire que des sorciers éliminent des membres de ce cercle parce qu’ils sont diaboliques ? Il s’agirait donc d’un grand nettoyage, d’une purge interne ?
Elaine prit le micro pour s’adresser à la salle.
— Cette réunion est terminée. Merci de veiller à laisser les lieux dans l’état de propreté où vous les avez trouvés.
Eric croisa les bras.
— Allez-vous me répondre ?
— A quoi bon ? Vous avez compris tout seul.
— Mais qui est-ce ? s’emporta Eric. Je me moque du mobile. Il s’agit de meurtres et vous venez de le dire, Nora ne méritait pas de mourir.
— Nous ignorons de qui il s’agit, agent Brody.
— Et si vous le saviez, vous ne le diriez pas.
Elle reposa le micro à sa place et fit mine de s’éloigner mais Eric la retint par le bras.
— Attendez. Comment savez-vous mon nom ? Je ne vous l’ai pas donné.
Elle se retourna et planta ses yeux dans les siens.
— Je suis née à San Francisco et j’y ai toujours vécu. Je connais l’histoire de la famille Brody.
Un frisson glacé parcourut Eric. Qu’est-ce que ces sorcières avaient à voir avec sa famille ? En quoi les soupçons qui avaient visé son père concernaient-ils ce cercle ?
— Vous ne pouvez pas vous désintéresser de la mort de ces innocents, Elaine.
— Nous ne nous en désintéressons pas mais nous n’avons pas le pouvoir de faire cesser ces meurtres.
Christina les avaient rejoints et lança :
— Quel était le but de ce chant ?
— Il visait à éloigner le diable, réveillé par la mention de ce clan.
— Vous n’êtes pas claire, souligna Christina. C’est le meurtrier qui est diabolique. C’est lui le mal.
— Si vous saviez de quoi est capable ce cercle, vous n’arboreriez pas ce tatouage, mademoiselle. Si vous voulez vous protéger, je vous conseille de vous le faire retirer.
La salle s’était vidée et Elaine leur fit signe de gagner la sortie.
— Allez-vous prévenir la police locale ?
Eric se tourna vers Christina.
— Tu le souhaites ?
— Non, répondit-elle en haussant les épaules. Ils n’aboutiraient à rien et se moqueraient de moi.
Elaine ferma la porte du bâtiment et renchérit :
— En effet, cela ne servirait à rien.
Puis elle les salua et partit, avec un gros sac sur le dos.
Eric caressa la gorge de Christina et les traces rouges qui la marquaient.
— Tu es sûre que ça va ?
— Crois-tu qu’il cherchait à me tuer ?
— Avec du chloroforme ? Non, cela m’étonnerait.
— Alors il s’agit d’un avertissement. Il n’a pu imaginer traîner mon corps inerte par-dessus la clôture.
De colère, Eric frappa la porte fermée.
— Cette histoire a provoqué plus de questions que de réponses, non ?
— Maintenant, nous connaissons le mobile.
— Est-ce le véritable mobile ? Qui peut l’affirmer ?
Ils sortirent de la ruelle et Eric prit son Smartphone dans sa poche.
— Je vais appeler un taxi.
Christina poussa un soupir.
— Tous ces gens semblent te connaître, Eric.
Il contacta une société de taxis puis glissa son appareil dans sa poche.
— En effet. Je ne comprends pas pourquoi toutes ces sorcières ont l’air d’être au courant de tout ce qui concerne les Brody. En quoi mon père les intéresse-t-il ? Tu devrais le savoir, l’affaire de mon père n’a aucun secret pour toi.
De la pointe de ses chaussures, elle tapota le bord du trottoir.
— Tu l’as dit toi-même. Parmi tes ravisseurs, une femme portait le même médaillon que Liz Fielding au moment de sa mort — le symbole de ce cercle, un cercle maléfique apparemment.
Un taxi surgit au coin de la rue et s’arrêta devant eux. Ils s’engouffrèrent à l’arrière. Eric donna le nom de leur hôtel au chauffeur.
— Où était Nigel après l’entracte ? s’interrogea soudain Christina.
— Parti.
Elle eut un mouvement de surprise.
— Est-il parti avant ou après… ma rencontre avec l’intrus dans la cour ?
— Avant, assura-t-il en prenant sa main pour mêler ses doigts aux siens. Mais il est âgé. Imagines-tu vraiment qu’il soit ton agresseur ?
— Peut-être joue-t-il les vieux souffrant d’arthrite pour paraître inoffensif.
— J’en doute. La dénommée Uma me semble plus louche. C’est elle qui t’a poussée à sortir dans la cour.
— Et le gars qui ressemblait à Darius ?
— Je ne l’ai vu que de loin et je crois qu’il a filé à l’anglaise au moment de l’entracte, lui aussi.
Christina souffla de nouveau.
— Je ne pense pas que ces personnes puissent nous être utiles, ni surtout qu’elles souhaitent vraiment arrêter le tueur. J’ai l’impression qu’elles sont implicitement d’accord pour que ce cercle soit décimé.
Eric jeta un regard au chauffeur mais celui-ci semblait absorbé par une émission à la radio.
— Pourquoi ces sorcières voudraient-elles la mort de personnes innocentes ? poursuivit-il à voix basse. A moins que… à moins que les victimes ne soient pas aussi innocentes que cela.
— Ils disent tous que Nora était une chic fille, rappela Christina.
— Tous ? Ou seulement Libby ? Nora travaillait pour elle. Penses-tu que Nora discutait de ses penchants pour la magie noire avec son employeuse ?
— Et Liz Fielding ?
— D’après le dossier, elle était une ancienne prostituée, elle se droguait et elle commettait des petits larcins, à l’occasion.
— Et donc cela fait d’elle un suppôt de Satan ? répliqua Christina.
— Non, mais elle n’avait rien d’une sainte non plus.
Il prit les mains de Christina dans les siennes.
— Cette réunion ne nous a pas apporté ce que nous en espérions mais elle n’a pas été inutile non plus. Quelqu’un pense que ce cercle emprunte une mauvaise direction, est sur la mauvaise pente, et il a décidé de le remettre sur le droit chemin… en employant les grands moyens.
— Mais pourquoi s’en est-il pris à moi ? Je n’ai rien à voir avec tout cela.
— Tu arborais fièrement ton symbole. Qu’en ont-ils pensé, à ton avis ?
— Le type qui m’a attaquée n’est peut-être pas le tueur ni même de mèche avec lui. Mais pourquoi du chloroforme ? Nous attendait-il ?
Le taxi passa devant un tramway et s’arrêta finalement au pied de l’hôtel.
Eric paya le chauffeur puis prit Christina par les épaules.
— Je ne sais pas si nous étions attendus ou pas. J’ignore si le symbole laissé sur ton pare-brise et le fait qu’un chauffard ait failli t’écraser étaient des menaces ou de simples avertissements. Mais je pense que nous devons creuser un peu plus la vie des victimes. Pas ce qu’elles montraient ouvertement, publiquement, mais ce qu’elles fabriquaient secrètement, derrière les portes.
Ils gagnèrent la chambre de Christina. Eric s’y posta devant la fenêtre, perplexe.
— A ton avis, dans quoi est impliqué ce cercle ?
Christina s’étira sur le lit et retira ses chaussures qui tombèrent sur le sol.
— Je n’en sais rien.
Elle tapota le lit à côté d’elle.
— Tu as l’air tendu à l’extrême. Viens t’asseoir.
Il se tourna vers elle.
— Nous ne pouvons rien faire pour le moment. Je vais ajouter à mon rapport le résumé des festivités de ce soir. Les flics voudront savoir pourquoi tu ne leur as pas signalé cette agression.
— Mieux vaut peut-être ne pas leur en parler. Ecoute, je vais te masser les épaules pour te décontracter un peu et si tu es d’accord, je prendrais bien un verre de vin. Il y en a dans le minibar.
Il ouvrit le petit frigo et en sortit une bouteille de vin blanc.
— Ça te va ?
— Tout me va. J’ai seulement besoin de me détendre. Les gens à cette réunion étaient soit rasoir, soit glauques. Heureusement que je n’ai jamais accepté de faire partie de cet univers.
Il ouvrit la bouteille de vin.
— En as-tu vraiment eu la possibilité ? Je croyais que ta mère avait mis son holà.
— Oui, mais cela n’a pas empêché mon père de revenir périodiquement à la charge, de me demander si j’avais envie d’exercer mes dons, de me former.
— De te former ?
Il lui tendit un verre puis s’assit au bord du lit.
— D’après mon père, expliqua Christina, nous descendons d’une longue lignée de brujos très puissants. Il m’a souvent répété qu’en négligeant mes dons, je dilapidais cet héritage.
— Tu aurais donc dû suivre une formation ?
— Bien sûr, comme pour tout. Certaines personnes détiennent peut-être des dons mais ces pouvoirs sont en latence et si elles ne le développent pas, elles ne pourront jamais en faire quelque chose.
— Pour développer tes pouvoirs, tu aurais dû t’inscrire dans une sorte d’école pour sorcières ?
— C’est plutôt une formation qu’on fait de chez soi. Bon, accordons-nous une petite pause, ajouta-t-elle en fermant les yeux.
Elle laissa son verre sur la table de chevet et se frotta les mains pour les réchauffer. Puis elle les posa sur la nuque d’Eric.
— Veux-tu que j’essaie de dénouer tes nœuds ?
Il se pencha en avant.
— Bien sûr, avec plaisir.
Elle enfonça ses doigts dans ses épaules et se mit à le masser.
— Cela te fait du bien ?
— Un bien fou. Mais ce n’est pas moi que quelqu’un a envoyé valser sur une porte métallique, ce soir.
— Je me sens encore endolorie mais le vin m’a fait du bien. Et ne t’inquiète pas, je ne fais pas de l’alcool un remède habituel.
— Je ne m’inquiète pas. Je ne t’imagine pas dépendante de quoi que ce soit.
Sauf de toi, Eric.
N’était-ce pas la définition de la dépendance ? Savoir que quelque chose ou quelqu’un est mauvais pour vous et en avoir envie quand même ?
Eric n’était pas l’homme qu’il lui fallait. Cependant, elle le voulait. Et c’était réciproque. Elle l’avait vu dans ses yeux, dans ses gestes.
Mais il n’éprouverait certainement pas ce désir pour elle s’il connaissait la vérité sur Kendall.
Dans ces conditions, avait-elle tort de vouloir passer une nuit avec lui ? Se contenterait-elle vraiment d’une nuit d’amour sans lendemain ?
— Je ne m’explique pas le pouvoir relaxant de tes mains, dit-il avec un soupir de bien-être.
— Elles sont magiques…
Alors il la prit par les poignets et l’attira sur ses genoux.
Elle le regarda, stupéfaite.
— Comment vais-je pouvoir te masser dans cette position ?
— Une autre partie de mon corps aurait bien besoin d’un petit massage.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— Tu n’en as pas envie ?
— Est-ce que j’ai dit ça ? répliqua-t-elle en nouant ses bras autour de son cou.
Il captura ses lèvres. Loin de résister, elle se blottit contre lui, approfondissant leur baiser.
Soudain, les deux ans durant lesquels ils avaient été séparés n’existaient plus. La saveur de sa bouche, la chaleur de ses mains, la façon dont sa barbe naissante grattait sa peau, les sensations qu’il faisait naître en elle, tout cela la submergeait.
Il retomba sur son dos et elle se coucha sur lui, sans plus penser à rien.
Il glissa ses mains sous son corsage, décrocha son soutien-gorge et défit la fermeture Eclair de sa jupe.
Puis, il se redressa pour retirer ses bottes et son T-shirt.
Face à son torse musclé, elle croisa les bras derrière la tête et siffla entre ses dents.
— Waouh ! Quel beau gosse !
Il tira sur sa jupe pour la lui enlever.
— Cette jupe ne me plaît pas.
— Et moi, je l’aime beaucoup parce qu’elle est facile à retirer.
Elle portait des bas et il en parut surpris.
— Tu es une vraie coquine !
S’asseyant à califourchon sur elle, il s’attaqua aux petits boutons de nacre de son corsage.
— Si tu ne veux pas que j’arrache tout, tu ferais mieux de m’aider.
— Ne l’abîme pas ! J’adore ce chemisier !
Elle le déboutonna, l’enleva ainsi que son soutien-gorge et les jeta par terre d’un geste impatient.
Avec un grognement, il prit ses seins dans ses mains, en caressant les pointes du bout du pouce pour les faire se dresser.
Les yeux mi-clos, elle s’enivra de son odeur. Elle ne l’avait jamais oubliée. Lorsqu’il l’avait plaquée, il avait laissé chez elle un T-shirt avec lequel elle avait dormi pendant des mois. A l’époque, son ventre s’arrondissait et elle avait eu besoin des fragrances d’Eric pour se rassurer.
N’y pense pas. Ce n’est pas le moment.
Il enfouit son visage entre ses seins.
— Certaines femmes ont vraiment de la chance, susurra-t-il. Tu en fais partie.
— Pourquoi ?
Il se mit à lécher ses mamelons, la faisant haleter.
— Tu as pris un peu de poids depuis deux ans mais tout est allé sur ta poitrine. J’ai toujours aimé tes seins mais maintenant, ils sont bien gros et plus délicieux encore qu’auparavant.
— Je ne me rendais pas compte que tu étais si sensible à cette partie de mon anatomie.
— Je ne l’étais pas… avant de les avoir vus.
Et comme pour donner plus de poids à ses paroles, il commença à les téter.
Elle balbutia avec un gémissement :
— Mes anciens petits seins sont jaloux.
Elle posa les doigts sur son ceinturon, s’efforçant de l’ouvrir.
— Pourquoi n’as-tu pas encore retiré ton jean ?
Il la fit taire d’un baiser.
— J’avais oublié que tu parlais autant pendant l’amour.
— C’est toi qui émets des commentaires sur mon corps, répliqua-t-elle en descendant la fermeture Eclair de sa braguette et en glissant sa main dans son caleçon. Et ton sexe ? A-t-il grossi pendant ces deux ans ?
— Oui, chérie. Attends de voir.
Elle tira sur son jean et découvrit son érection.
— En effet, il est plus gros que dans mon souvenir.
Quand il lui retira sa petite culotte, elle fit mine de protester.
— Maintenant que je suis nue comme un ver, j’ai froid ! Tu dois faire quelque chose.
— Ne t’inquiète pas, je vais te réchauffer.
Il se coucha sur elle, et elle noua les bras autour de son cou, les jambes autour de sa taille, pour l’empêcher de s’écarter.
Il couvrit son visage de baisers.
— J’ai été un imbécile. Je n’aurais pas dû te quitter il y a deux ans. J’ai fait preuve d’un orgueil stupide.
Elle ne voulait pas parler, elle ne voulait pas réfléchir. Passant les doigts dans ses cheveux bouclés, elle l’attira à elle et captura ses lèvres. Il se colla plus étroitement, frottant son sexe contre le sien.
— Es-tu prête à m’accueillir ?
Incapable d’articuler un mot, elle se contenta de hocher la tête.
— Voyons cela.
Il se glissa le long de son ventre et plongea la tête entre ses cuisses pour lécher son bouton de rose. Elle s’inonda de plaisir et quand la jouissance la foudroya, elle commença à crier.
Il la pénétra alors et se mit à aller et venir avec volupté, le visage dans son cou.
Elle gémit.
— Viens, viens ! Encore !
Sans se faire prier, il accéléra le mouvement pour l’entraîner vers le ciel. Avant de s’effondrer sur elle, le souffle court.
Christina sombrait dans une douce torpeur quand un bruit désagréable l’en sortit. Elle mit un certain temps à comprendre. Son téléphone sonnait. En pleine nuit.
La tête entre ses seins, Eric grogna.
— Qui peut t’appeler à cette heure ?
Elle était pétrifiée, incapable de bouger, de respirer et encore plus de répondre.
Finalement, Eric attrapa l’appareil et s’écria :
— C’est ta mère ! Alors que j’étais prêt pour un deuxième round avec toi.
Christina ne respirait plus. Kendall. Sa mère l’appelait forcément à cause de Kendall.
— Donne-moi mon téléphone.
Sa voix parut agressive à ses propres oreilles et Eric leva un sourcil surpris.
Il lui tendit l’appareil.
D’une main tremblante, elle le prit.
— Maman ? Que se passe-t-il ?
Sa voix blanche fit sursauter Eric, remarqua-t-elle. Il allait certainement prêter attention à chaque mot qu’elle prononcerait. Et elle ne pouvait quand même pas lui demander de sortir, pas après ce qu’ils venaient de faire.
Sa mère se montra rassurante.
— Je suis désolée de t’appeler si tard mais Kendall a fait un cauchemar. Tu sais… l’un de ces cauchemars qui la tourmentent depuis quelques mois.
— Et elle va mieux maintenant ?
— Elle est bouleversée. J’ai réussi à la calmer, elle ne pleure plus mais uniquement parce que je lui ai promis de te téléphoner. Elle a besoin d’entendre ta voix, Christina.
— Bien sûr. Passe-la-moi.
— Maman ?
— Bonsoir, ma chérie. Tu as fait un mauvais rêve.
— J’avais si peur, maman. Où es-tu ?
— Je sais qu’ils étaient terrifiants mais ce ne sont que des rêves. Ils ne peuvent te faire du mal.
Elle jeta un regard à Eric : il la dévisageait, l’air sidéré.
— Je veux dormir avec toi, poursuivit Kendall.
— Dors avec grand-mère, je vais bientôt rentrer à la maison.
Elle envoya des baisers par téléphone.
Puis sa mère reprit l’appareil.
— Ça va mieux. Elle avait seulement envie d’entendre ta voix. Elle aura sans doute tout oublié demain.
— S’agissait-il toujours du même cauchemar ?
— Toujours. Des gens debout qui chantaient. Elle ne parle pas exactement de chant mais c’est de ça qu’il s’agit, à mon avis.
Christina frissonna. Elle avait entendu assez de chants pour la nuit.
— Laisse Kendall dormir avec toi, maman.
— Bien sûr. Comme je faisais avec toi quand tu avais fait un mauvais rêve.
Christina ne voulait pas finir sa conversation téléphonique et affronter Eric mais elle n’avait pas le choix. Elle raccrocha et se tourna vers lui.
Il demanda d’une voix glaciale :
— A qui parlais-tu ? Qui est Kendall ?
— Kendall est ma fille.
Il poussa un cri de stupéfaction et elle finit par planter ses yeux dans les siens.
— Et la tienne…
OceanofPDF.com