Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 9 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Huit

La maison du Loup d'Argent était grande. Elle comportait des dizaines d'étages, tous pavés de marbre noir étincelant et bordés de fenêtres offrant des vues imprenables sur la capitale et ses forêts verticales. Le mobilier était sombre et luxueux, recouvert de velours et de fourrures, et les murs étaient faits de pierre et d'acier. Les fenêtres laissaient entrer des flots de lumière dans les pièces qui en étaient munies tandis que les pièces internes ressemblaient à des grottes, sombres et secrètes. Tout était impeccable.

J'avais l'impression d'être un fantôme en errant seule dans les couloirs. Mes pas étaient silencieux sur les escaliers alors que je montais marche après marche, l’estomac noué. Par les fenêtres petites fendues, j'apercevais la ville.

Beaucoup des portes qui bordaient les longs couloirs étaient fermées à clé. Je tentai de les ouvrir une par une, car je voulais comprendre comment était organisé cet endroit étrange. Il fallait que je connaisse chaque sortie, chaque escalier, chaque porte qui me rapprochait de ma liberté. Les souvenirs de mon séjour chez Mère Shade étaient encore frais et m’incitèrent à aller plus vite dans mon exploration.

Au coin d’un couloir, je faillis rentrer dans un jeune homme habillé de vêtements bruns. Probablement un serviteur.

- Oh, haletai-je, trébuchant sur sa botte et tombant sur sa poitrine.

Les bras du jeune homme se refermèrent automatiquement sur moi et je me retrouvai face à un son beau visage qui respirait la gentillesse, avec de grands yeux bruns et des sourcils épais et expressifs.

- Désolée, soufflai-je en essayant de me dégager.

Il ne me lâcha pas immédiatement, comme s'il craignait que je tombe à nouveau. Il gardait ses mains sur ma taille. Elles étaient chaudes et fortes

- Vous allez bien ? demanda le jeune homme en me regardant, inquiet. Je ne vous ai pas vue…

- Je ne vous ai pas vu… commençai-je en même temps.

Nous nous arrêtâmes tous les deux et nous nous regardâmes.

- Pouvez-vous me lâcher, s’il vous plaît, ?demandai-je.

Il rit et finit par me relâcher. Son sourire dégageait une impression de confiance. Je ressentis une forme de soulagement et fis un pas en arrière.

- Je suis vraiment désolé, mademoiselle, s’excusa-t-il en rougissant. Je ne voulais pas vous tenir avec autant de proximité. J'essayais de vous empêcher de trébucher à nouveau.

Son sourire s’élargit et une vague d'espoir m’envahit.

Son visage amical dans cet océan d’ennemis sombres me fit l’effet d’un rayon de soleil après des jours de pluie.

- Je m’appelle Jeremiah, dit-il. Encore une fois, permettez-moi de m'excuser. Je ne m'attendais pas à croiser une si jolie fille dans cette partie oubliée de la maison.

De toute évidence, il ne savait pas qui j’étais. Je portais encore une tenue de domestique.

- Et moi c’est Red, répondis-je quand il haussa les sourcils, attendant que je me présente.

- Red, répéta-t-il en retroussant ses lèvres. Laisse-moi deviner. C’est le diminutif de Scarlet ?

Je secouai la tête. Il était vite passé au tutoiement.

- Rose ?

- Meredith, répondis-je en souriant.

Jeremiah fit claquer ses doigts.

- C'est ce que j'allais dire, bien sûr. Enchanté, Red-Diminutif-De-Meredith. Qu'est-ce qui t'amène dans le coin le plus sombre de l'horrible maison de Vixor Rae ?

Je souris contre ma volonté. Quelque chose dans son expression me poussait à le lui rendre.

- Je suis nouvelle ici. J'explorais. Je ne voulais pas te déranger.

- Et tu t’es perdue ? devina-t-il en regardant les fenêtres et les murs d'acier brillant autour de nous. Je dois admettre que cela m'est déjà arrivé, à moi aussi. Cet endroit est une caverne sans âme et trop luxueuse. Comme un labyrinthe conçu pour piéger les plus faibles.

Il baissa le ton de sa voix.

- Tu veux connaître ma théorie personnelle ? Rae aime cette maison parce qu’elle est à l’image de son masque.

Il sourit.

Ses propos sur la maison de son maître étaient audacieux pour un serviteur. Mon cœur manqua un battement. Il n'avait vraiment aucune idée de qui j’étais.

Cette conversation était la première interaction qui me faisait me sentir ordinaire et humaine depuis des mois. Je réalisai que je voulais désespérément la prolonger.

Jeremiah sembla remarquer que j’hésitais à partir.

- Je peux te montrer le chemin du retour ou te faire visiter cette aile.

Il me fit un clin d'œil complice.

- Tu penses être réprimandée si tu repousses tes tâches pendant encore quinze minutes ?

- Je ne manquerai à personne pendant un moment, répondis-je.

Je restai vague pour ne pas lui mentir ouvertement.

- Tu en es sûre ? questionna-t-il en étudiant mon visage.

Je ne veux pas que tu te fasses punir à cause de moi.

- J’en suis certaine.

Une punition ? Kassian faisait-il battre ses domestiques ?

J'étais déstabilisée. Je ne le voyais pas comme ça. Peut-être que j’en savais encore moins sur mon ami d'enfance que ce que je pensais.

- Excellent.

Jeremiah m'offrit son bras avec un geste et un sourire.

- Laisse-moi te présenter la grandeur de cet étage presque oublié.

Il était charmant. Il continua de me parler pendant toute la durée du trajet dans le couloir.

- Cette aile, commença-t-il, est rarement utilisée, comme beaucoup d'étages de cette maison. Je pense que tu peux le constater, dit-il en jetant un coup d'œil à une toile d'araignée sur l'un des murs. Peut-être qu'ils te feront nettoyer ça.

Attends, laisse-moi t’épargner une corvée

Il essuya la toile avec sa main et me sourit comme s'il avait fait quelque chose d'intelligent.

- Pourquoi Vixor vit-il dans cette énorme maison s'il n'en utilise pas la moitié ? demandai-je en penchant la tête en arrière pour regarder le plafond.

- N’appelle surtout pas Lord Rae par son prénom, tu seras punie à coup sûr, m’avertit Jeremiah avec une légère inquiétude. Pour répondre à ta question, la maison appartenait à son père.

- Je pensais qu'il avait été adopté.

Les mots me sortirent sans que je puisse les contrôler, confuse par rapport au fait d'avoir accidentellement appelé Kassian par son prénom. J'allais me trahir si je ne faisais pas attention.

Jeremiah haussa les épaules.

- Il l'a été. L’ancien seigneur qui vivait ici était son père adoptif.

Je sentis une vague de colère monter en moi. Le père de Kassian était le bibliothécaire de notre ville. Un homme gentil qui aimait raconter des blagues à tous ceux qu'il croisait. Un homme qui aimait les livres, qui détestait le fromage et qui avait gonflé comme ballon quand il avait été piqué par une abeille. Lui seul était le père de Kassian. Le Fidèle ennemi qui avait adopté Kassian après qu'il ait été capturé, soumis à un lavage de cerveau et gardé prisonnier n'était pas, et ne serait jamais, son père.

Nous continuâmes à marcher, Jeremiah faisant des petites blagues sur la maison et sur Vixor, des petites piques qui pouvaient passer inaperçues si on ne faisait pas attention.

Sauf que j’étais très attentive.

Jeremiah n'aimait visiblement pas son maître.

Je ne pouvais pas le blâmer. J’aurais probablement pas été loyale envers Vixor si j’avais été sa domestique. Cependant, cela détonnait avec le comportement des autres employés de maison. Ils semblaient tous être dévoués, d'après le peu que j'avais vu.

J'avais décidé de lui demander pourquoi il détestait Vixor quand nous manquèrent tous deux d’entrer en collision avec quelqu’un au détour d’un couloir. Jeremiah attrapa mon bras et me fit m’arrêter juste à temps pour m'empêcher de heurter la poitrine vêtue de noir du maître de maison.

Je levai les yeux et vis un menton pointu, une bouche sévère et une paire d'yeux gris.

Kassian.

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