Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 6 sur 49

Pages du PDF

Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Cinq

Plus tard dans la matinée, une servante renfrognée m'apporta quelques robes de couleur unie pour que je puisse m’habiller en attendant que mes vêtements sur mesure soient faits. Je passai le reste du temps seule dans la grande chambre de Vixor Rae. J’étais agitée et je n’arrivais pas à rester immobile. J’allai jusqu'à la fenêtre pour regarder la ville.

J'avais besoin de parler à Snow et je ne savais pas quand, ni même si, j'aurais une autre occasion de me déplacer dans la ville sans être surveillée. Une fois tatouée et marquée comme étant la compagne du Loup d'Argent et habillée d'une robe et de voiles noirs, les gens me remarqueraient forcément sur la place du marché.

Pour l'instant cependant, j'étais encore anonyme.

J’enfilai rapidement une robe brune unie, mis la cape de mon père autour de mes épaules, le côté noir vers l'extérieur, puis je me glissai dans l'escalier des serviteurs pour descendre.

Heureusement pour moi, les couloirs étaient vides. Je marchai sur la

pointe des pieds pour éviter de faire du bruit et de trahir mon escapade. Je m’arrêtai dans un couloir à côté des cuisines et attrapai un panier posé sur le sol. En serrant ce dernier, je sortis par une porte latérale et respirai l'air frais du matin.

Les gardes me jetèrent un regard avant de détourner les yeux avec un

désintérêt évident. Ils pensaient sûrement que je n’étais qu’une servante parmi d’autres, me rendant au marché par habitude.

Je me sentis soudain étourdie.

J'étais libre. Je marchais seule dans la capitale, sans escorte ni

surveillance, pour la première fois.

Je ne savais pas comment me rendre au marché depuis la maison de

Kassian mais je ne pouvais pas laisser transparaître mon désarroi devant les gardes. Si je montrais ma confusion, ils pourraient me remarquer et chercher à comprendre qui était cette servante qui ne savait pas où aller.

Je me mis en route d’un pas confiant en direction de l'est. Lorsque j’avais

pu me rendre au marché en fin d'après-midi quand j’étais chez Mère Shade, le soleil était en train de se coucher dans mon dos. Je décidai de faire confiance à mon intuition.

Je m’enfonçai dans la ville, avançant dans des rues longées par des

bâtiments recouverts de fougères verdoyantes, les oiseaux s’envolant, effrayés par ma présence. Des vignes et des arbres recouvraient les immeubles qui s'étendaient jusqu'aux nuages et je ne pus m'empêcher de pencher la tête et d’admirer la vue.

Cet endroit avait été une ville humaine, autrefois. Mes ancêtres avaient

construit ces gratte-ciels et tours d'acier, ils avaient pavé ces routes de pierre. Avant l’arrivée de Fidèles, ils avaient réussi à laisser une trace de leur passage. Nous, les humains, avions régné sur ce monde.

Ce monde, c’était avant que les Fidèles nous arrachent tout.

Des Fidèles masqués rôdaient au loin, certains me regardant. Je restai à

l'écart, évitant leurs yeux inquisiteurs. Quelques humains se faufilaient ici et là sur mon passage, certains portant des paniers ou des tonneaux et marchant d'un pas vif, d'autres avançant furtivement d'une manière qui me fit me demander s’ils avaient une puce ou pas...

Soudainement, je réalisai quelque chose.

Je n’en avais pas.

Instinctivement, je portai ma main à ma nuque, à l’endroit où je devrais

normalement avoir ma puce, comme tous les autres humains. J'avais complètement oublié de la chercher après avoir appris que Kassian était potentiellement amoureux de quelqu'un d'autre.

Je me réfugiai dans une allée latérale dissimulée par des vignes feuillues

et je m’appuyai contre un mur. Je savais pertinemment que mon statut d'épouse du Loup d'Argent ne me rendait pas invincible. Les Fidèles étaient loyaux, respectueux des règles, disciplinés et féroces. Ils n’étaient pas connus pour accorder des traitements de faveur.

Surtout qu’en plus, Kassian ne voulait pas de moi ici. Je ne pouvais pas

compter sur ses relations pour me sauver de mes prises de risques.

J’entendis des pas dans la rue. Je retins ma respiration et restai immobile

alors que deux Fidèles passaient. Ils hésitèrent, levant la tête pour scruter les environs tandis que leurs narines s'agitaient.

Mon cœur se serra. Pouvaient-ils me sentir ? Étaient-ils méfiants à cause

de mon absence de puce ?

Les Fidèles finirent par s’éloigner.

Je réfléchis à ce que je devais faire. J'avais déjà fait tout ce chemin et une

fois que j'aurais atteint le marché, je me fondrais dans l'odeur des centaines d’autres humains. Mon absence de puce n'attirerait pas l'attention, car les Fidèles ne me remarqueraient pas assez longtemps pour en rechercher l'odeur.

Je balayai du regard la rue verdoyante avant de sortir de ma cachette et

de me diriger à nouveau vers l'endroit que je pensais être la place du marché. Les rayons du soleil ondulaient sur le chemin, la lumière vacillant au gré de la brise.

Je pouvais sentir une odeur de cuisine quelque part sur ma gauche et

entendre un éclat de rire à ma droite provenant d'une fenêtre située en haut d'une des tours boisées.

J'étais sur le point de perdre espoir quand j’aperçus les bannières

flottantes de la place du marché. Je me précipitai vers la foule qui me protégerait de la vue des Fidèles.

Les humains remplissaient les rues. J'étais invisible parmi eux. Des

jeunes filles, panier au bras, achetaient des fruits et du gibier frais de la forêt. Des jeunes hommes portaient des caisses sur leurs épaules. Les soldats Fidèles se tenaient aux intersections, observateurs, derrière leurs masques de loup noirs. Leurs regards glissaient sur moi sans intérêt.

Je n'étais qu'une fille humaine comme les autres, sans particularité, sans

importance.

En traversant le marché et en me dirigeant vers la boutique de Snow, je

croisai de jeunes Fidèles qui s’amusaient sur un vaste terrain plat et essayaient d’escalader un mur de bois en équipe. Un Fidèle plus âgé et grisonnant leur aboyait des ordres de temps en temps. Je me demandais s'il était leur tuteur ou leur sergent instructeur.

Je me déplaçais en sachant que je ne serai pas reconnue par l’une des

Choisies de Mère Shade car elles n'étaient pas autorisées à se rendre au marché le matin. Je vis des tenues blanches ici et là sur des silhouettes fines, leurs visages couverts d’un masque blanc. Elles ressemblaient à des fantômes au milieu des couleurs du marché.

Je finis par atteindre l'endroit que je redoutais le plus de voir.

Le cercle des épouses.

Les anciennes Choisie se tenaient debout, fières, cachées sous leurs

voiles noirs, la peau recouverte de tatouages qui les proclamaient à jamais compagnes des Fidèles. Les enfants jouaient à leurs pieds, gambadant et rampant joyeusement dans l'herbe.

Rassemblant tout mon courage, je passai devant les femmes en voile noir

et me dirigeai vers la boutique de Snow.

J’allais presque l’atteindre quand des doigts se refermèrent brutalement

sur mon épaule. Une voix masculine remplie de surprise s’éleva.

- Eh, tu n'es pas la fille qui a vaincu Lord Kryf la nuit dernière ?

J’essayai de me dégager mais l’inconnu me fit pivoter pour mieux me

voir. Il était grand et musclé, habillé comme un majordome. Il avait l'air jeune.

- C'est toi, dit-il. Tu es celle qui a humilié mon maître.

- Je ne sais pas de quoi tu parles.

Il haussa les sourcils.

- Je sais que tu me mens. Même si tu n’étais qu’une simple servante, tu

n'aurais pas pu ignorer les rumeurs dans les cuisines.

- Je n'écoute pas les conversations, rétorquai-je en essayant de me

dégager.

Ses doigts étaient forts comme de l'acier.

- Que fais-tu ici ? poursuivit-il. Tu fuis le Loup d'Argent ?

D'autres personnes commencèrent à nous regarder.

- Tu fais erreur, sifflai-je. Laisse-moi partir.

Il ne fit que resserrer sa prise sur mon bras.

- Je t'emmène voir Kryf.

OceanofPDF.com