Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 37 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Trente-Six

J’observai, cachée, alors que Vixor Rae chevauchait seul à travers les ruines au trot, sans se hâter.

Où allait-il ?

La silhouette argentée disparut parmi les arbres. Je serrai le coussin contre ma poitrine et retournai au pique-nique.

- Tu es pâle, observa Iola. Tu as vu un zombarbre dans les buissons ?

Elle rit d’un son aigu et grinçant. La plupart des autres épouses ne partagèrent pas son rire. Elles se levèrent, les yeux rivés sur les broussailles épaisses.

- Des zombarbres ? souffla l’une d’entre elles.

- Détendez-vous, mesdames, dit Iola en secouant la tête. Je plaisantais. Il n’y a aucun monstre ici.

Non, pas ici, en effet. Les monstres nous attendaient à la maison.

Je pensais à Vixor. Que faisait-il dans cette partie de la ville ? Il chevauchait vers les remparts, vers la porte gardée.

Est-ce qu'il partait en mission ?

Je fixai mon assiette, l'esprit en ébullition.

S'il était parti en mission, je ne le verrais probablement pas avant de m’échapper.

Je venais peut-être de le voir pour la dernière fois.

Je pris une gorgée de mon verre de jus de raisin pour calmer mon estomac noué, mais cela ne fit qu'aggraver la douleur. Je regardais ma nourriture sans la voir.

- Red ? murmura Aza. Est-ce que ça va ? Tu as l’air triste.

- Un aliment qui est mal passé, murmurai-je. Je vais me promener.

- Tu ne peux pas aller te promener, protesta Iola. La nature sauvage—

- Tu viens de nous dire qui cet endroit est sûr. Soit tu mens, soit tu penses que l'Alpha ment.

Iola pinça ses lèvres et me lança un regard noir, furieuse que je l'aie coincée.

- À tout à l'heure, lançai-je.

Je me dirigeai vers la direction dans laquelle j'avais vu Vixor partir.

~

Je me déplaçais rapidement à travers les arbres, trébuchant sur des racines qui dépassaient des feuilles comme des pièges cachés, agrippant parfois mes manches sur des épines. Je finis par me prendre une branche d’épineux sur la joue. Je m’étais laissée emporter par mon audace. J'étais stupide.

Je savais que j’aurais dû faire demi-tour et repartir.

Je continuai malgré tout.

De plus en plus vite, jusqu'à ce que je coure.

Je devais le trouver.

Des branches et ronces s’accrochaient sur mes jupes. Je les remontai sur mes genoux et je continuai à courir.

Je devais le trouver.

L'endroit était maintenant étrangement silencieux, les oiseaux et les écureuils étaient effrayés par mes pas. Les broussailles épaisses autour de moi ressemblaient aux murs d'un labyrinthe. Je m'enfonçai dans les fourrés et les trouvai tous vides. J'escaladai un mur rouillé et m’écorchai le genou, sans rien voir d’autre de l'autre qu’une biche, effrayée par mon apparition. Ma tête était lourde et chaude. Mon cœur battait à tout rompre. J’avais un poing de côté.

Je n'osais pas crier son nom.

Contournant une autre ruine massive d'une colonne, mon pied s'accrocha à une autre racine. Je tombai en avant mais des mains se refermèrent sur mes poignets et me redressèrent.

Vixor.

Il ne portait pas son masque d'argent – il pendait à sa ceinture – et ses yeux étaient remplis de colère et de surprise lorsqu'ils croisèrent les miens. J’étais soulagée.

Il me relâcha dès que je fus à nouveau stable.

- Qu’est-ce que tu fais ici ?

Son ton était glacial. Je sentis également une pointe d'alarme.

- J'étais avec les épouses et je t'ai aperçu au milieu des arbres. J’ai-

- Tu as failli mourir en courant après moi.

Je retins ma réponse sarcastique alors que mes yeux tombaient sur sa bouche renfrognée.

C’était peut-être la dernière fois que je le voyais.

Je voulais l'embrasser plus que tout. Enfoncer mes doigts dans ses cheveux ondulés. Sentir son souffle effleurer ma bouche alors que nous nous séparions.

- Où vas-tu ?

- Je pars en mission pour l'Alpha.

Les yeux de Vixor se rétrécirent.

- Red-

Je me penchai et l'embrassai.

Il fit un bruit d'exaspération. Ses mains s’enroulèrent autour de mes épaules et il me retourna mon baiser avant de se reculer et de me fixer, les yeux flamboyants.

- À quoi tu joues ? siffla-t-il.

Je voulais reculer sous ce regard brûlant. Mon estomac se ratatina et je me concentrai sur une veine qui pulsait dans sa gorge.

- Je… tu vas me manquer. Je voulais t’embrasser une dernière fois.

Avant que je puisse dire quoi que ce soit d'autre, il resserra sa prise sur mes épaules et il me fit taire en m’embrassant à nouveau. J'haletai alors qu'il me soulevait et me plaquait contre un arbre.

Je passai mes bras autour de son cou et penchai la tête sur le côté, fermant les yeux. Je ne pensais qu'à lui. Le monde extérieur disparut. Je n’entendais pas d’autres sons que ceux qu’il faisait alors que j’enroulais mes doigts dans ses cheveux.

C'était la dernière fois que je le touchais. La dernière fois que je sentais battre le cœur de la personne qui était autrefois mon Kassian. À l’instant présent, il ressemblait à Kassian. Si je fermais les yeux, je pouvais presque oublier qui il était devenu.

Je pouvais oublier qu'il était le redoutable Fidèle qui se battait contre notre peuple et qui avait aidé les loups-garous qui avaient massacré mon père.

Les larmes me piquaient les yeux. Je l'embrassai plus fort, comme si j’espérais pouvoir trouver Kassian sous la carapace froide et argentée qu’était Vixor. Comme s'il était un prince endormi dans un château et qu’un contact avec mes lèvres suffirait à le réveiller.

Mais ça ne suffisait pas.

Un sanglot monta dans ma gorge et mes mains lâchèrent ses cheveux pour saisir sa chemise.

Pourquoi ne pouvait-il pas redevenir Kassian ?

Je l’aimais. Mais je ne pouvais pas accepter de rester avec quelqu'un qui brutalisait les humains sans remords. La partie de moi qui ne pouvait pas choisir l'aimait, mais la partie de moi qui pouvait choisir devait partir.

Vixor se détacha au son de mon sanglot et captura mes mains avec les siennes. Il appuya son front contre le mien. Ses yeux étaient hantés, son expression perdue.

- Red, commença-t-il.

Nous avions eu cette dispute une douzaine de fois. Nous n'avions pas besoin de gâcher le moment en l'ayant à nouveau.

- Je n'essaierai plus de t'embrasser, Vixor Rae, dis-je en reculant et en retirant mes mains des siennes. Pas besoin de le dire. Je sais déjà que c’était une mauvaise idée.

Il se raidit. Quelque chose dans mes paroles sembla le frapper.

- C’est bon ? demanda-t-il. Tu as eu ce que tu étais venue chercher ?

- Je n'ai rien eu, dis-je.

Les mots étaient comme du verre brisé sur mes lèvres. Chaque syllabe que je prononçais me faisait l’effet d’une coupure acerbe.

- J'ai échoué de toutes les manières possibles.

La confusion traversa ses yeux puis disparut.

- Et tu t’en vas, dit-il.

- Quel autre choix ai-je ?

Je redressai mes épaules, imitant sa posture raide. Nous étions deux soldats menant des batailles opposées. Nous étions condamnés à nous séparer du moment où nous nous étions retrouvés dans ce bureau, à la prison.

Si seulement je pouvais le détester. Tout aurait été plus simple.

La poitrine de Vixor se soulevait et s'abaissait rapidement. Il tourna la tête, et une boucle tomba dans ses yeux, cachant son expression.

- Pars, alors, dit-il, la voix étranglée. Je ne t’en empêcherai pas.

Je reculai jusqu'à ce que les buissons effleurent mes chevilles. Je lui jetai un dernier regard – les cheveux noirs ébouriffés, les lèvres légèrement gonflées, les épaules tendues. Je me retournai et je partis en courant à travers les fougères et les broussailles, trébuchant contre les arbres et les rochers jusqu'à ce que je puisse entendre les rires grinçants des épouses.

Mon cœur battait vite. Je me sentais étourdie, presque fiévreuse. Ma vision se brouilla tandis que je regardais les femmes avant de les rejoindre. Mon chagrin se mut facilement en colère et la haine déferla en moi. Comment pouvaient-elles rire ? Comment pouvaient-elles pique-niquer, bavarder et ricaner, alors qu’elles avaient assisté aux pires horreurs ? Comment pouvaient-elles ne pas penser à toutes celles qui étaient mortes ? À celles qui avaient sauté des fenêtres, qui avaient essayé de s'échapper et avaient échoué.

Je pris une inspiration saccadée alors que je m'appuyais contre un arbre jusqu'à ce que le martèlement dans ma tête s'atténue.

De près, leurs rires étaient moins convaincants. La tristesse teintait leurs visages et la tension marquait leurs fronts. L'une des épouses, se croyant inaperçue, laissa son expression se froisser comme si elle luttait contre les larmes. Une autre regarda au loin comme si son esprit avait déjà fui son corps, ne laissant derrière lui qu'un robot automatisé.

Est-ce que je les haïssais parce qu’elles ne paraissaient pas aussi furieuses que moi ou est-ce que je me détestais parce que je n’arrivais pas à détester Vixor ?

Ma colère se dissipa, laissant un trou béant à la place.

Combien de femmes portant le voile noir étaient comme moi ? Essayaient de survivre à une situation impossible ? Faisaient semblant d'être heureuses par peur d'être découvertes ?

Étaient réellement amoureuses de leur compagnon, malgré le fait qu’il était un Fidèle ?

Aza fut visiblement soulagée lorsque je réapparus.

- Te voilà, dit-elle. J'avais peur que tu sois tombée et que tu te sois cogné la tête.

Je me sentais comme si j’étais tombée. Une douleur pulsait à la base de mon crâne. Elle se propagea vers le haut jusqu'à mes tempes. J’étais triste.

Je partais.

Je ne le reverrais plus jamais.

Je savais que c'était la bonne chose à faire mais j’aurais aimé faire l’inverse. J’aurais aimé pouvoir rester. 

- Nous devrions y aller, annonça Iola en se levant et en enlevant une feuille collée sur le côté de sa robe noire. Nous avons vu assez de ruines sauvages et de soleil pour une journée.

Alors que je me levais avec les autres pour retourner à l'endroit où les chevaux étaient attachés, Iola se rapprocha de moi et me parla à voix basse.

- Je sais qui tu es, Meredith, murmura-t-elle. Fais attention.

Je tournai brusquement la tête.

- Est-ce une menace ?

- Juste un avertissement.

Finis les faux sourires et les airs agacés. Elle m'étudiait d'un regard froid.

- Attention, dit-elle, ou tu pourrais te retrouver avec un nœud coulant autour du cou.

Sa froideur me saisit. Je reculai et mon pied glissa sur un rocher. La dernière chose dont je me souvenais, c'était d'être tombée violemment.

Tout devint noir.

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