Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 44 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Quarante-Trois

Je fus envahie par le soulagement et la joie.

- Kass, soupirai-je

Cette seule syllabe exprimait tous mes sentiments à la fois. Toutes les nuits blanches passées à le pleurer quand j'étais jeune, toutes les émotions conflictuelles qui m'avaient torturée depuis que j'avais découvert le vrai nom de l'homme derrière le masque d'argent. Toute la chaleur qui m’envahissait quand je pensais à lui.

Les bras de Kassian m'entourèrent, glissant dans mon dos, m'attirant plus près. Son nez effleura le mien.

- Erie, souffla-t-il en réponse. Tu n’imagines même pas à quel point je t'aime. La première fois que je t'ai vue vivante, debout sur l'échafaud comme une reine devant ses sujets, j'ai cru que j'allais m'évanouir. D'une manière ou d'une autre, j'ai réussi à garder mon sang-froid.

- Tu m'as paru si froid et distant, murmurai-je.

Il secoua la tête.

- Et l'interrogatoire après. Chaque fois que tu me regardais dans les yeux, je voulais sauter de ma chaise et t'embrasser. Je ne savais pas si tu me reconnaissais aussi, ou… 

Il secoua la tête.

- Pendant tout le temps où nous avons voyagé ensemble, je n'étais pas sûr. Chaque inspiration que tu prenais était un tourment pour moi, Erie. Quand tu es arrivée dans la capitale, je voulais venir vers toi, je voulais t’aider. Mais je n'étais pas sûr. Je ne pouvais pas être sûr. Je voulais que tu sois en sécurité, et je te voulais avec moi, et je savais que ces deux choses étaient incompatibles. Et je ne savais pas du tout ce que tu voulais.

Ses paroles étaient douces. Je souriais, mais mes yeux étaient remplis de larmes. Je n’arrivais pas croire à cette joie que je ressentais.

- Pourquoi… pourquoi pensais-tu que j'étais une espionne ? Était-ce à cause du manteau rouge de mon père ? De ma relation avec Neil ?

Il secoua légèrement la tête.

- Il y a des choses que je… ne peux toujours pas partager avec toi, Erie. Mais j'avais des raisons de douter. Des raisons que je ne pouvais pas ignorer, peu importe à quel point je le voulais.

Je ne voulais pas me contenter d'explications vagues. Je voulais de vraies réponses. Tout ça était tellement brut et nouveau. Je hochai la tête, me satisfaisant de cette réponse pour le moment.

J’étais avec Kassian. Après toutes mes peurs et ma tristesse, j’avais retrouvé Kassian. Le garçon que je connaissais était devenu un homme, et il m'aimait. Un homme qui œuvrait pour son camp sur les terres ennemies. Je pouvais enfin m’autoriser à l’aimer librement, sans avoir l’impression de perdre ma morale ou de trahir les miens.

Mes larmes coulaient sur mes joues.

- Tu es toujours toi, chuchotai-je alors que la vérité me frappait. C'est vraiment toi.

J'enroulai mes bras autour de son cou et l'attirai plus près.

J’avais du mal à respirer avec la chaleur et le bonheur qui envahissaient ma poitrine.

- J'ai essayé de te faire passer des messages, murmura-t-il. Dans mes moments de faiblesse, je t’ai laissé des indices, Erie. Les commentaires lors de notre périple en pleine nature.

Le dessin de la marque de compagne. Le chèvrefeuille à la cérémonie. Mais tu n'as rien dit…

Il secoua la tête.

- J’étais censé être un soldat au service de l’Ordre pour renverser les Fidèles mais j’étais distrait par mon incapacité à penser à autre chose qu'à toi. Toi dormant à l'étage dans mon lit. Toi ressemblant à une reine sous ton voile noir. Toi regardant fixement l'ennemi avec des poignards et affrontant les zombarbres sans broncher. Tu es plus courageuse que je n'aurais pu le croire.

- Je n'ai jamais regardé la marque sur mon bras, avouai-je. Je ne pouvais pas supporter de voir de l'encre sur ma peau.

Je voulais la regarder maintenant.

Je tournai la tête et tordis mon bras pour pouvoir regarder les traits noirs sur ma peau. Mon cœur se serra.

Des vignes de chèvrefeuille serpentaient autour de mon bras, avec de minuscules images de taureaux et d'oiseaux entre les deux. Le long d'une des vignes, trois mots de notre langue secrète se mêlaient aux chèvrefeuilles. Je pris une inspiration de surprise.

FAIS-MOI CONFIANCE.

- Tu ne l'as jamais regardée, répéta Kassian, comme si je venais de répondre à de nombreuses questions qu'il se posait depuis des semaines.

- Qu'as-tu pensé quand tu as vu que je n'avais rien dit ? demandai-je en enfouissant ma tête dans son épaule une fois de plus.

- Je craignais que tu ne penses plus aux souvenirs de notre enfance. Que tu les aies oubliés à cause du chagrin et de la dure vie que tu as vécue après que j'ai été enlevé. Ou, pire que tout, que tu sois réellement en train de me manipuler tout du long, essayant de me tester et de jouer sur mes faiblesses pour voir si j'étais assez fort pour accomplir ma mission et faire tomber l'Alpha. Que ton but soit seulement de voir si je respectais mon engagement envers l'Ordre.

J'appuyai mon front contre le sien. Nous avions tous les deux été perdus et désespérés, méfiants et amoureux, nous languissant l'un de l'autre mais incapables de se faire confiance, tandis que ses sentiments étaient inscrits sur mon bras depuis le début.

- Kassian, soupirai-je.

Je n’en pouvais plus. Nous nous tournions autour depuis des semaines. Nous avions perdu tellement de temps.

Je pris son visage dans mes mains et l'embrassai. Il émit un doux son de soulagement et de joie. Ses mains agrippèrent mes épaules et les miennes glissèrent en arrière pour s’enrouler dans ses épais cheveux noirs. Nous nous embrassâmes comme des gens qui se noyaient en quête d'air.

Il se recula brusquement alors que je tremblais, les mains sur mes épaules, en me dévisageant.

- Pardonne-moi, tu es encore si faible. Tu devrais être au lit en ce moment, en train de te reposer.

Je m’appuyai contre lui.

- Comment puis-je me reposer quand je sais que tu m'aimes ?

- Attends un instant, dit-il.

Il me cala doucement contre le mur. Il se dirigea vers l'endroit où les lettres étaient empilées et les balaya avec révérence. Il les replaça dans leur endroit secret, remit la planche en place, puis il me prit dans ses bras et me porta dans le couloir.

- Tiens bon, mon amour, murmura-t-il contre mes cheveux.

J'enroulai mes deux bras autour de son cou alors qu'il déplaçait mon poids pour qu'il puisse verrouiller la porte sans me reposer. Je respirai contre la peau de sa clavicule et le sentis frissonner.

La serrure tourna et l'autre bras de Kassian revint m’entourer alors qu'il traversait le couloir vers l'ascenseur.

Il aurait pu me poser quand les portes se refermèrent mais il me garda dans ses bras. Il ne me lâcha pas jusqu'à ce que nous soyons de retour dans la chambre à coucher, où il m’allongea sur le matelas. Son visage était au-dessus du mien dans la quasi-obscurité et je mémorisai son expression d'émerveillement stupéfait, comme un homme qui aurait pensé avoir perdu son bien le plus précieux, seulement pour découvrir qu'il avait toujours été dans sa poche.

Kassian m'embrassa longuement, ses mains posées de chaque côté de mon visage, son souffle chaud contre mes lèvres alors qu'il reculait avec un soupir.

- Dors bien, Erie, dit-il enfin, quand il put parler.

Il se tourna pour partir mais je posai ma main sur son poignet.

- S'il te plaît, dis-je.

Il me regarda, attendant que je parle. J'avais l'impression qu'il retenait son souffle.

- Nous sommes mariés, lui rappelai-je. Mariés aux yeux de ton Alpha, pour ce que ça vaut. Je pense que tu peux rester sans que ça ne fasse scandale.

Son visage était à moitié dans l'ombre. Sa bouche était entrouverte.

- C’est vrai, acquiesça-t-il doucement après une longue pause.

Je voyais son pouls pulser dans son cou.

- Seulement... je ne voulais pas... si tu étais ce que je craignais…

- Mais je ne suis pas ce que tu craignais, murmurai-je.

Mon pouls battait aussi vite que le sien.

Il resta silencieux. Pensif. Ses yeux braqués sur les miens.

- Reste, murmurai-je.

Il resta.

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