Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 8 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Sept

Je revins à la tour de Kassian en utilisant la carte que Snow m’avait dessinée. Je n’arrivais pas à penser à autre chose qu’à la conversation que nous venions d’avoir.

Moi, une espionne.

J’avais juré à Kassian que je n’en étais pas une.

Je n’avais pas encore donné ma réponse à Snow mais, au fond, je n’avais pas d'autres options. J'étais démunie dans cette ville ennemie. J'étais seule, sans amis ni autre aide pour m'en sortir clandestinement. Kassian ne me parlait pas et je ne savais pas combien de temps cela pouvait durer. Même s'il finissait par me pardonner, il resterait probablement loyal envers l'Alpha. Notre fuite devait être planifiée pour que nous fussions prêts à partir dès qu’il réaliserait ce à quoi il participait et qu’il changerait de camp. Je ne pouvais pas attendre que Kassian se remette en question pour commencer à élaborer mon plan, mettre de côté des affaires, me faire des alliés et organiser un moyen de s'échapper. Je devais également prévoir un endroit où aller.

Je pensai brièvement à ma mère et au petit groupe qu'elle avait rejoint dans le désert. Je chassai rapidement ce souvenir.

Pas elle.

Nous ne pouvions pas aller là-bas.

Pour l'instant, je ne voulais pas y penser. J’avais surtout besoin d'alliés. J’en avais désespérément besoin.

L'Ordre Pourpre pouvait être ces alliés.

Même si je ne voulais pas m’engager dans des choses dangereuses et risquées qui ne me concernaient pas, c'était sûrement ma meilleure chance. Le choix le plus intelligent.

J'atteignis la porte des serviteurs et le garde me laissa entrer en regardant mon panier vide avec étonnement. Je me maudis silencieusement pour cet oubli stratégique alors que je montais l'escalier de service en colimaçon. Si je voulais survivre, je devais être vive et prudente. Je devais toujours avoir plusieurs coups d'avance.

Je ne pouvais pas me trahir bêtement en revenant avec un panier vide et en me baladant dans la rue sans puce.

A mi-chemin dans l'escalier, j'entendis des voix. Je m’arrêtai, ne sachant que faire. Devais-je faire semblant d'être une des servante, baisser la tête et continuer à avancer ? Devais-je tout simplement changer d’itinéraire ? La dernière chose que je voulais, c’était être découverte.

Je commençais à pouvoir distinguer clairement les voix et à comprendre ce qu’elles disaient.

- Je n'arrive pas à croire qu'il ait été forcé de s'engager dans cette imposture de mariage. Cette fille est une misérable petite chose qui pense qu'elle peut forcer le Fidèle le plus puissant du pays à être son compagnon, disait une voix d’un ton hargneux, appartenant visiblement à une jeune femme. Une Choisie doit être choisie, reprit-elle, elle n’a pas le choix. Elle a eu le culot de penser qu'elle pouvait forcer notre maître à l’épouser et changer toute sa vie.

- Pas étonnant qu'il soit déjà parti, dit l'autre voix de femme, plus grave et plus rauque. Il doit être furieux.

Elles parlaient de moi.

De Kassian et de moi.

C’était donc ça les ragots qu'Ollan voulait me cacher.

Je pris une grande inspiration et je me figeai, écoutant.

- Ne t'inquiète pas, je ne pense pas qu’elle restera longtemps.

- Tu veux dire que Lord Vixor va la faire... enfermer ?

- Non, je ne pense pas, répondit l’autre voix d’un ton moqueur. Il a trop d’honneur pour ça. Mais il se peut que l'Alpha la désapprouve. Elle ne veut que le meilleur pour son Loup d’Argent. L'Alpha peut la faire disparaître si nécessaire.

- Mais j'ai entendu dire que l'Alpha l'aimait bien, rétorqua une nouvelle voix. Elle a béni le mariage. Si elle n'approuvait pas, elle aurait refusé, n'est-ce pas ?

L'une des voix émit un son moqueur qui ressemblait à un grognement.

- L'Alpha a des motivations et des plans qui nous échappent. Elle attend probablement le bon moment pour réparer cette malheureuse bévue. Elle souhaite sûrement mieux pour son Loup d’Argent que cette humaine de bas rang. Tu as entendu que la fille a essayé de s'enfuir mais qu'elle a été rattrapée dans la forêt ? Elle ne voulait même pas être une Choisie. Quelle petite ingrate.

Mon estomac se noua. Je sentis une chaleur sur mon visage et mes mains devinrent froides.

- Ah ! Eh bien, il nous reste plus qu’à espérer, dit la voix la plus aiguë.

Les voix se rapprochaient. Devrais-je redescendre rapidement ?

J'étais à mi-chemin de l’escalier en colimaçon quand j'entendis une porte s'ouvrir et se refermer. Les voix s’éloignèrent. Elles étaient arrivées à l’étage où elles souhaitaient se rendre.

De toute évidence, elles ne m’avaient pas vue.

Je me dépêchai de monter les marches avant de tomber sur d'autres domestiques.

Quand j'atteignis le couloir qui menait à la suite de Kassian, je fis une pause et m’appuyai contre le mur pour me calmer. Les mots que j'avais entendus résonnaient encore dans mon esprit et je me sentais mal.

J’entendis un grincement métallique à l'autre bout du couloir et je regardai l'ascenseur qui nous avait transportés, Kassian et moi, la nuit dernière. Quelqu'un était en train de monter.

Cette personne allait me trouver affalée contre le mur dans le couloir devant la chambre de Kassian, telle une enfant qui avait essayé de s'enfuir et avait perdu son courage.

Je me hâtai pour ouvrir la porte et me glissai dans la grande chambre vide. J'entendis des pas dans le couloir.

Était-ce Kassian ?

Je m’empressai de m'asseoir sur le lit, essayant de paraître calme et désinvolte. Mon cœur battait la chamade à l'idée de le voir et mon visage rougissait. Je me raclai la gorge.

On frappa à la porte.

J’entendis la voix d'Ollan.

- Madame ?

- Entrez, répondis-je, à la fois déçue et soulagée, affichant une expression neutre sur mon visage.

Ollan ouvrit la porte et entra.

- La tailleuse est là, annonça-t-il. Et après ça, ça sera le tour de la tatoueuse.

Il fit un geste vers son bras.

- Pour dessiner les traits de votre tatouage, celui que vous recevrez lors de la cérémonie de marquage.

Encore une autre marque sur ma peau pour montrer que j’appartenais aux Fidèles. J'hochai la tête avec raideur. J’avais l’impression de plonger dans un lac d’eau glacée.

Ollan s'éclipsa pour parler avec la tailleuse et je fis de mon mieux pour paraître sereine. Quand elle entra avec Ollan, je parvins à leur sourire.

La tailleuse inclina la tête, les yeux baissés en signe de respect.

- Madame.

C’était une humaine. Elle était jeune et avait des cheveux sombres et la peau foncée. Elle portait une robe grise simple qui drapait son corps de manière flatteuse. De fines roses brodées en bordaient les manches et l'ourlet. Elle évita mon regard, mais je sentais que c’était plus par manque d'intérêt à interagir avec moi plutôt que par peur.

Comment était sa vie d’humaine dans cette ville ?

- Si vous pouviez venir ici, madame, me demanda-t-elle, je vais prendre vos mesures.

Je me levai pour la laisser me mesurer. Elle prit des notes sur un carnet qu'elle avait caché dans sa ceinture. Elle n’essaya pas de faire la conversation et je lui en fus reconnaissante. Mes pensées étaient trop confuses.

Lorsqu’elle eut fini, elle me reprit la parole.

- Quels tissus souhaiteriez-vous madame ?

Ollan lui répondit sans que je ne l’écoute réellement. Il lui parla de robes de réception, de robes de petit-déjeuner, de robes de cérémonie, et autres. J’ignorais la moitié des choses dont il parlait, même si j'étais sûrement censée les connaître.

Peut-être que Mère Shade nous avait donné le cours sur les robes alors que j’étais en cavale à la recherche de ma mère.

Je repensai à ce que j'avais entendu pendant que j’étais dans l'escalier de service.

Pas étonnant qu'il soit déjà parti.

Où était Kassian en ce moment même ?

J'avais l'impression d'être perdue dans un bois sombre.

Les murmures des commérages étaient comme des fantômes et je me savais menacée par des dangers qui me tournaient autour comme des loups.

Je ne pense pas qu’elle restera longtemps.

L'Alpha peut la faire disparaître si nécessaire.

Je pris une grande inspiration pour me calmer et je serrai mes mains.

Quand elle a eu fini, la couturière s'inclina à nouveau et partit. Ollan resta dans la chambre, étudiant mon visage.

- Vous êtes pâle, remarqua-t-il.

- Ça doit être la faim, répondis-je.

Ce n’était pas tout à fait faux. Ma tête était faible, mon estomac me faisait mal. Je ne m’étais pas rendu compte que j’avais faim avant.

- Je vais vous apporter le déjeuner, dit Ollan. La tatoueuse viendra après pour dessiner les traits sur votre bras.

Il partit.

Je m’assis sur le lit et je fermai les yeux.

J'avais la chair de poule à l'idée d’être encore marquée comme un objet appartenant aux Fidèles. Une image surgit dans mon esprit - Neil et ses amis, me regardant avec dégoût - mes amis - faisant écho à mon propre dégoût avant de me jeter dehors. Une douleur sourde me piqua là où Neil m'avait poignardée.

Il aurait préféré que je sois morte plutôt qu’une Choisie.

Que penserait mon village de moi maintenant que j’étais devenue la compagne du plus redouté de tous les Fidèles ?

Que penserait ma grand-mère si elle l'apprenait ? Je pouvais imaginer l'expression de son visage si je rentrais à la maison avec une telle marque sur mon bras, noire comme du poison et enroulée autour de moi comme du fil barbelé. Elle serrerait les lèvres, sans rien dire. Elle me laisserait entrer mais sans me serrer dans ses bras. Il n’y aurait pas de retrouvailles joyeuses. Elle me demanderait si je voulais m'asseoir, si je voulais manger. Je me sentirais comme une étrangère dans ma propre maison. Après avoir mangé, elle me dirait que je ne pouvais pas rester et elle me regarderait partir depuis le pas de sa porte, m'éloignant de ce village qui voulait ma mort. Elle me laisserait être une paria, seule.

Mes mains tremblèrent et ma poitrine se serra. J'enfouis mon visage dans mes genoux, essayant de respirer calmement.

J'entendis la porte s'ouvrir et se fermer. Des bruits de pas. Une main toucha mon épaule.

Je tremblais.

- Madame, dit Ollan. Vous êtes pâle. Est-ce que vous allez bien ? Vous avez faim ? Je vous ai apporté votre déjeuner.

Je sentais que mon estomac ne pouvait pas supporter de nourriture.

- Je pense que je vais être malade si je le mange, murmurai-je.

Ollan s'accroupit à côté du lit.

- Madame, dit-il d'une voix douce. S'il vous plaît, dites-moi ce qui ne va pas. Comment puis-je vous aider ?

Mes yeux se remplirent de larmes devant cet acte de gentillesse et je lui racontai tout. Je lui parlai de Neil et du jour où j'avais été marquée -comment les Fidèles m'avaient maintenue à terre, comment j'avais essayé de me couper le bras à la hache. Je lui parlai de ma grand-mère, de mon village et de la forêt, ne réalisant qu'après que je lui avais révélé que je ne comptais pas rester dans la capitale pour toujours.

Ollan m'écouta, puis, quand j'eus fini, me sourit de façon rassurante.

- Ne vous inquiétez pas, madame. Tout ira bien. Je resterai avec vous tout le temps.

Lorsque la tatoueuse arriva, je m’allongeai sur le lit, les jambes faibles. Je comptais les carreaux du plafond pendant que la femme dessinait sur mon épaule et sur le haut de mon bras avec un stylo. L'encre était froide et me faisait frissonner.

La tatoueuse consultait un papier avec des instructions - peut-être de Kassian - et ne me parlait pas.

Ollan prit ma main et dit à la tatoueuse que j'étais nerveuse. Il fredonna doucement pour tenter de me distraire et me conseilla de penser à un souvenir heureux.

- Imaginez-le de la façon la plus réaliste possible, me dit-il.

J’imaginai que j'étais dans la forêt près de chez moi, que Kassian et moi jouions à des jeux de rôles et que la sensation froide et glissante sur mon bras n'était que de la boue avec laquelle on peignait des marques de membres de la résistance. Je pensai à Kassian, les yeux remplis de joie, dessinant sur mon bras avec son doigt. La rivière derrière nous, reflétant la lumière du soleil à sa surface. Les sons de la forêt autour de nous, les cris des oiseaux et le murmure des feuilles. L'odeur de la mousse, de la terre humide et des plantes. Ma sueur dégoulinant dans mes yeux, me piquant. Ou des larmes.

Ollan escorta la tatoueuse dehors une fois qu’elle eut fini et quand il se retourna pour me regarder, je ne pus contenir mes larmes.

- Vous avez été si gentil avec moi, réussis-je à dire.

- Ce n’est rien, Madame, répondit-il. Vous méritez toute la gentillesse que je peux vous offrir. Vous êtes la bien-aimée de mon seigneur.

Je voulus rire, parce que ce n'était pas vrai. Il ne le savait pas, mais je n'étais pas la bien-aimée de Kassian. Kassian ne me voulait pas comme épouse. Il était parti à cause de moi.

- C'est un choc, cette transition, continua-t-il. Je sais ce que c’est. Vous ressentez plein de choses en même temps.

- O-oui, admis-je, prenant une grande inspiration. C'est un choc. C'est vrai.

- Hier encore, vous étiez une Choisie incapable de se projeter dans le futur et aujourd’hui, vous êtes une princesse.

Ollan fit un grand geste avec ses bras. Sa bouche se greffa d’un sourire, m’incitant à faire de même face à la chance que j’avais.

Pensait-il vraiment que j’étais tourmentée par la chance que j’avais ?

Je ne parvins à lui retourner qu’un faible sourire.

- Je ne plais pas à tout le monde, dis-je. Beaucoup de gens ont été irrités par la façon dont j’ai...

Ollan émit un son dédaigneux.

- Et à votre avis, combien de personnes n'aiment pas Lord Vixor ? Vous ne plairez jamais à tout le monde. Tous ceux qui agissent de manière décidée et avec courage et conviction se font des ennemis. Vous ne pouvez pas laisser leur jugement vous impacter. Lord Vixor a des ennemis, mais il ne les a jamais laissés l'arrêter. Vous devriez en faire de même.

- D'habitude, je suis plus forte que ça, affirmai-je avec un petit rire. J'ai tué des zombarbres. J'ai vaincu Kryf.

- C’est vrai, répondit Ollan d’un ton fier. Vous êtes intelligente, forte, pleine de ressources et courageuse. Une compagne parfaite pour Lord Vixor. Je suis fier que ce soit vous que je doive appeler « Madame ».

Ses mots m'apaisèrent.

- Merci, Ollan. Pour tout. Vous avez été le seul à être gentil avec moi.

Ollan me serra la main et l'espace d'un instant, j'oubliai presque qu'il était le serviteur, et moi sa maîtresse.

- Maintenant, dit-il, reposez-vous. Vous avez quelques heures avant notre prochain rendez-vous. Je vais faire monter le déjeuner.

Après son départ, j'étais trop agitée pour me reposer. Je voulais marcher.

J'avais besoin d'en savoir plus sur cet endroit et d’explorer autre chose que la chambre de Vixor Rae.

Il fallait que j'explore le reste de la maison.

C'était le moment ou jamais.

Quand le couloir devint silencieux, j'ouvris la porte et me glissai dehors.

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