Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 30 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Vingt-Neuf

 

Quelques personnes me regardèrent passer avec une curiosité affichée, mais la plupart ne semblaient même pas savoir qui j'étais, ce qui m'apporta un soulagement bienvenu.

Je marchai sans savoir où j’allais, espérant juste pouvoir m’éloigner assez pour arriver à respirer à nouveau et à déloger la boule que j’avais dans la gorge. Mon cœur battait fort.

Je voulais continuer à marcher jusqu'à ce que j'atteigne les frontières de la capitale. Là-bas, je pourrais peut-être exiger qu'ils m'ouvrent les portes- j'étais la femme du Loup d'Argent tout de même. M'écouteraient-ils si j'insistais ?

Ensuite, je marcherais jusqu'à ce que me perdre dans la forêt.

Non, je ne pouvais pas faire ça. Ils me tueraient. Et je laisserais Dog derrière moi. Et Aza.

Avec un soupir, je regardai une fois de plus autour de moi à la recherche de l'homme avec une moitié d’oreille, m'inquiétant de ce qui m’attendait si je n’arrivais pas à le trouver.

- Red, dit une voix à mon coude.

C'était Aza. Elle posa une main sur mon bras.

- C'était assez… dramatique. Est-ce que tu vas bien ?

- Oui, dis-je.

Ce n’était pas vrai.

J'étais furieuse. Blessée. En colère. J’avais honte.

Un mélange d'émotions douloureuses tourbillonnait dans ma poitrine.

Il ne voulait pas de moi. Il n'avait jamais voulu de moi. Il devait, parfois, succomber aux sentiments de son passé mais de manière générale, il ne m’aimait plus.

Je pris une décision impulsive.

- Aza, dis-je dans un murmure. Je vais bientôt partir. Tu veux venir avec moi ?

Ses yeux s'écarquillèrent.

- Vraiment ?

- Oui.

Elle pressa sa main sur sa bouche et ses yeux se remplirent de larmes.

- Oui, bien sûr. C’est ce que je veux le plus au monde, Red.

Où ? Quand ? Comment ?

- Nous en parlerons plus tard. Où pouvons-nous nous voir ?

- Pas chez moi, dit-elle. Mon compagnon est méfiant. Il n'aime pas quand j'invite quelqu’un. Peut-être au marché.

- Va pour le marché. Dès que j'aurai des nouvelles, je te le dirai.

Elle me serra fort dans ses bras et déposa un baiser sur ma tempe, puis elle disparut dans la foule, me laissant retourner à ma mission.

Je croisai un jeune soldat Fidèle qui avait l'air de s'être fait mordre l'oreille pendant la bataille et mon cœur s’emballa. Un Fidèle qui travaillait avec les Pourpres ? Impossible.

Pourtant, j'essayai.

- Il fait chaud aujourd'hui, lui dis-je.

Il me jeta un regard étrange mais il s'inclina parce que j'étais une dame au voile noir.

- Très chaud, Madame, dit-il avec sollicitude, comme si j'étais une vieille folle qu'il chercher à calmer en rentrant dans mon jeu.

Ce n’était pas mon informateur. Je continuai d’avancer avec un soupir, laissant le Fidèle confus derrière moi.

La journée n'était pas particulièrement chaude mais le soleil tapait fort, aggravant le mal de tête que je sentais poindre. Je trébuchai dans l'herbe car mon pied s’était pris dans un trou invisible et ma cheville craqua. Je me relevai et continuai d’avancer en boitillant, cherchant toujours un homme avec une moitié d’oreille au milieu de la foule.

Je repérai Vixor, engagé dans un autre match de force, et le scintillement de nostalgie qui me traversa à la vue de ses cheveux trempés de sueur et de son dos fort et musclé fut immédiatement remplacé par de la colère.

Je ne pouvais plus me languir de lui, ni me laisser intimider. Je pivotai sur ma cheville, me provoquant un cri de douleur.

C’était fini pour moi.

Je rejoignis la voiture, laissai le cocher m'aider à entrer et lui demandai de me ramener à la maison.

Vixor allait devoir trouver un autre moyen de rentrer.

Les Pourpres allaient devoir penser à une autre façon de m'utiliser comme espionne.

~

Quand je fus arrivée à la maison, Ollan vit ma cheville et s'occupa de moi. Il m’aida à monter dans la chambre à coucher et appela Elisa pour faire couler un bain chaud. Elle me lava les cheveux et grogna en voyant l'ecchymose sur mon poignet, que je lui demandai de cacher avec du maquillage.

Je restai dans l’eau jusqu'à ce que ma peau commence à se rider, puis je m’emmitouflai dans un peignoir doux pendant qu'Elisa couvrait mon ecchymose d'une teinte proche de la couleur de ma peau. Ollan arriva avec de la glace pour ma cheville et il insista pour que je me couche, grognant d'approbation une fois sûr que je resterais là.

- Reposez-vous, me conseilla-t-il après m'avoir fait boire un tonique médicinal pour la douleur à la cheville. Vous avez vécu des dizaines de chocs au cours du dernier mois. Vous avez besoin d'une après-midi à ne rien faire d'autre que dormir pour permettre à votre corps de guérir.

Quelques larmes me piquèrent les paupières.

- Vous êtes si gentil avec moi, Ollan, dis-je d'une voix endormie après qu'Elisa eut quitté la pièce. Pourquoi êtes-vous si gentil alors que les autres me détestent ?

- Les autres répéta Ollan en fronçant les sourcils. Qui s’est montré méchant envers vous ? Elisa ?

- Non, pas Elisa, réfutai-je, réalisant que je pouvais difficilement expliquer que je craignais qu'elle soit une espionne. Mais les autres domestiques ne m'aiment pas. Je les ai entendus dire des choses.

Le front d'Ollan se plissa.

- Quel genre de choses ?

Je fis un geste de la main.

- Plein de choses.

- Madame, dit Ollan, il faut que vous soyez plus explicite.

- Que Vixor me remplacera. Que l'Alpha me fera disparaître. Ce genre de choses.

Je racontais ça de manière impassible, comme si ces choses ne m’atteignaient pas. C’était faux, bien sûr.

- Madame, dit Ollan, choqué et alarmé. Où avez-vous entendu ces… ces bêtises ? Ont-elles été prononcées en votre présence ?

- J'étais dans l'escalier des domestiques.

Je haussai une épaule et réalisai un instant trop tard qu'il pourrait se demander pourquoi j'étais dans l'escalier des domestiques. Il fallait que j’invente une raison qui n'impliquait pas de sorties furtives de la maison.

Ollan ne pose aucune question. Il arborait un air pensif.

- Si les serviteurs ont parlé ainsi de vous… Je le dirai immédiatement à Lord Vixor. Ils seront sévèrement réprimandés, promit Ollan.

- Vixor…, dis-je d'un air songeur.

J'étais fatiguée et perdue à cause des anti-douleurs. Ma langue était lourde. Je bâillai.

- Vixor ne m'aime pas non plus.

- Vixor ? dit Ollan. Madame, vous vous trompez.

- Vraiment ? m’exclamai-je un peu trop fort. Je me trompe ? Il ne reste pas plus de cinq minutes dans la même pièce que moi s'il n'y est pas obligé. Il me déteste. Il ne me regarde pas et il m'évite. Aujourd'hui, il a dit qu'il ne m'aurait pas choisie parmi les autres filles.

Ollan me regarda pensivement.

- Il s'est comporté plutôt froidement avec vous, n'est-ce pas ?

- Oui. Très froidement.

Je m'enfonçais dans les couvertures, laissant la somnolence s'emparer de moi.

- C'est un homme froid. Un loup. Un homme loup.

Je reniflai doucement, me sentant stupide et perdue. Qu'y avait-il exactement dans cette potion qu’il m’avait donnée ? J'ouvris la bouche pour demander mais j'oubliai presque immédiatement ma question, alors je me tus.

- Vous devriez dormir, madame, déclara Ollan, sa voix suggérant qu'il avait eu une idée.

Je fermai les yeux et fis ce qu'il suggérait.

~

Quand je me réveillai, la lumière aux fenêtres était orange et violette, et j'avais l’impression que mon cerveau flottait dans du coton. Mon mal de tête avait disparu et ma cheville allait beaucoup mieux.

J’étais affamée. Je me levai du lit et me glissai jusqu'à la porte, me demandant si je pourrais trouver un domestique pour demander de la nourriture.

C'était l'heure du dîner et la nourriture avait très probablement été préparée pour le souper de Vixor, mais je n'avais jamais mangé à la table à manger en bas.

Je ne voulais certainement pas le voir, étant donné que j'avais pris le carrosse et que je l'avais laissé se débrouiller.

Il était probablement furieux contre moi.

Je me rendis compte que je m’en fichais. J’étais en colère contre lui depuis longtemps. Il verrait enfin ce que cela faisait d’en vouloir à quelqu’un. Cela semblait cohérent.

Je passai la tête dans le couloir. Je ne vis personne mais je sentis l'odeur du pain.

Quelque part dans cette maison, quelqu'un avait fait à manger. J'avais besoin de manger.

J’enfilai une de mes robes préférées, une superbe robe noire qui moulait mon corps et dont le corset était décorée d’ornements cousus en argent. J’essayai d’imiter le chignon parfait et lisse qu'Elisa m’avait fait plus tôt, sans y arriver. Je me contentai d'un chignon en désordre, des mèches de cheveux volant partout autour de mon visage.

J’étais assez bien habillée pour affronter les domestiques dans la cuisine.

Je descendis dans l'ascenseur et je fus surprise de voir des étrangers me fixer lorsque les portes s’ouvrirent dans le hall. Des étrangers humains, vêtus de beaux vêtements. Des humains riches.

Parmi eux se tenait Vixor, d'apparence calme. Cependant, je savais qu’il était tout sauf calme. Ses yeux étaient sombres, flamboyants, et ses épaules étaient tendues comme les cordes d'un arc.

Il n'avait donc pas apprécié que je prenne le carrosse.

Mon estomac bondit lorsque nos regards se croisèrent. Sa colère était palpable.

Vixor parla d’une voix calme.

- Meredith, j'ai invité ces personnes à dîner selon la tradition des Grâces. Je vous présente ma compagne, Meredith.

Je murmurai un « bonjour », pas sûre de ce que je devais faire. M’incliner ?

Cependant, les paroles de Vixor eurent vite fait de me distraire de mes interrogations.

- Meredith, voici mes vieux amis, la famille Green. Ferro, Regina et leur fille Annalise.

Le nom résonna dans mes oreilles comme un coup de tonnerre.

Annalise. La fille qu'il avait, selon les rumeurs, aimé autrefois. Devant moi.

Mon regard se posa sur elle avec une fascination réticente. À quoi ressemblerait une Choisie élevée dans la capitale ? Cruelle et hautaine ? Élégante et élitiste ?

Annalise était grande et élancée, vêtue d'une robe blanche comme les autres Choisies, sauf que la sienne était mieux taillée, ressemblant davantage à une vraie robe qu’aux capes que nous portions chez Mère Shade. Ses cheveux clairs tombaient autour de ses épaules comme un rideau de soie. Sa peau était pâle et lisse. Quand elle hocha la tête en guise de salutation, je vis la force briller dans ses yeux.

- Bonjour, dit-elle en tendant une main pour serrer la mienne.

Elle avait une voix douce et musicale, comme si elle avait appris à parler pour que ce soit agréable.

- J'avais hâte de vous rencontrer, Meredith. Vous avez inspiré un débat passionnant dans la ville.

Elle était intelligente de le formuler ainsi. Dit comme ça, les rumeurs avaient presque l’air d’être un vrai débat de société.

- Vous êtes celle qui a réussi à capturer le cœur de l'insaisissable Loup d’Argent, poursuivit-elle. Félicitations. J'ai toujours dit qu'il faudrait une bonne chasseuse pour arriver à le piéger.

Elle n'avait pas du tout l'air jalouse. Elle avait l'air amusée.

- Je pense, répondis-je, qu'il préfèrerait se faire arracher la jambe plutôt que d'être pris au piège par qui que ce soit. Comme un loup sauvage.

Vixor fronça les sourcils vers moi par-dessus la tête d'Annalise. Je sentais sa désapprobation mais je m'en fichais. Il avait déjà annoncé au monde qu'il ne voulait pas de moi. Pourquoi est-ce que je ne pouvais pas en plaisanter ici ?

Annalise pencha la tête en arrière pour jeter un coup d'œil à Vixor avant de se retourner vers moi.

- Heureusement pour vous, un compagnon unijambiste est toujours un compagnon, et il le sait. Il vaut mieux pour lui qu’il garde ses quatre membres.

Elle était intelligente et aimable. Elle aurait pu me faire me sentir faible, stupide, pas à ma place. Au lieu de ça, elle me faisait me sentir comme si nous appartenions à la même tribu, la tribu des femmes qui doivent épouser des loups-garous renfrognés et user de l'humour pour rester saines d'esprit.

Je pouvais comprendre pourquoi Vixor l'avait aimée. Pourquoi il l’aimait peut-être encore, s'il m'avait menti en disant qu'il n'aimait personne d'autre. Peut-être l'aimait-il sans s'en rendre compte. C'était peut-être elle la source de son comportement contradictoire.

Ces pensées tourbillonnaient en moi. J’étais blessée mais pas en colère contre elle. Elle était adorable - je ne pouvais pas le nier - et au-delà de ça, je pouvais sentir qu'elle était gentille et courageuse. Ce n’était pas étonnant qu’il ait voulu passer du temps avec elle. Elle semblait une femme digne de Vixor Rae, le Fidèle favorite de l'Alpha. Sophistiquée, élevée selon les coutumes Fidèles.

- Annalise, murmura son père derrière elle, comme s'il craignait que je prenne mal sa plaisanterie.

- Elle est mariée avec lui, Père, déclara Annalise avec un sourire espiègle. Elle sait de quoi je parle.

- Restons courtois envers le pauvre garçon, au moins, répondit son père. Il nous offre à manger ce soir. Nous ne voudrions pas qu’il verse du poison dans notre soupe.

Il rit en prononçant ces mots. Je pus constater que l’humour était un trait de famille des Green. Cette famille était clairement amie avec Vixor, et ce depuis longtemps.

Vixor prit cette gentille taquinerie avec un roulement des yeux.

Je n'avais jamais vu personne interagir avec lui de cette façon.

C'était curieux. Étrange. Je ressentis une poussée d'émotions contradictoires – un soulagement qu'il ait pu avoir de réelles amitiés dans ce monde de Fidèles, le chagrin que ce soit exactement ce que j'avais perdu en grandissant. L’amitié avec Kassian. Les taquineries. Les blagues.

Ils le connaissaient probablement mieux que moi. Le vrai lui, pas le masque d'argent.

C’était une pensée profondément désorientante. La tête me tournait.

Le père d'Annalise s'avança et me fit une profonde révérence. Ferro. Il était petit et mince, avec des cheveux grisonnants et une barbe rase. Ses vêtements étaient faits d'un tissu fin de couleur grise unie.

- Mes profondes salutations, Lady Meredith. Merci de nous avoir permis de vous rejoindre pour le dîner. Comme ma fille l'a déjà déclaré avec tant de tact, nous étions curieux de vous rencontrer.

Alors qu'il se relevait, mes yeux se fixèrent sur son oreille et je parvins de justesse à maîtriser ma surprise.

Il lui manquait la moitié de son oreille.

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