Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 45 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Quarante-Quatre

 

Je me réveillai la tête appuyée sur la poitrine de Kassian, sentant le battement régulier de son cœur. Mon bras était enroulé autour de son cou et le sien autour de ma taille.

Je souris alors que j'ouvrais les yeux et vis son visage sur l'oreiller, ses beaux traits détendus dans son sommeil, sa bouche adoucie en une forme de sourire.

Une sensation étrange emplit ma poitrine, douce et légère comme du coton, aussi chaude que le soleil. J'avais l'impression de flotter et de rayonner.

Était-ce le bonheur ?

Je pressai un petit baiser sur la gorge de Kassian, ne voulant pas le réveiller, mais ses mains bougèrent quand même sur ma taille. Il gémit doucement en s'étirant et en me déplaçant sur le côté.

- Ce n'était pas un rêve, dit-il avec étonnement.

Il étudia mon visage en commençant par mes cheveux ébouriffés par le sommeil et en terminant par mes lèvres, encore un peu contusionnées par les abus de la nuit précédente.

- Tu es la plus belle chose que j'aie jamais vue. Tu me hantes depuis que tu es rentrée dans ce bureau, dans la prison, et que j'ai vu ce feu provocateur dans tes yeux.

- Je te hante ? relevai-je en le plaquant sur le lit. Comme si tu ne me hantais pas, avec tes regards sombres et ta beauté frustrante. Avant même que je sache qui tu étais, j’étais attirée par toi.

- Et ça te contrariait, dit-il en me regardant comme si j'étais une merveille. Tu aurais aimé pouvoir me détester.

- C’est vrai, admis-je.

- Mais tu m'as quand même sauvé la vie.

Il joua avec une mèche de mes cheveux qui s'était échappée de derrière mon oreille.

- Cela faisait partie de mon plan pour vous sauver à la base. Toi et ma mère.

À la mention de ma mère, le regard de Kassian glissa sur le côté.

- Je suis désolé pour elle, Erie. J'ai fait ce que j'ai pu. Je l’ai aidée à s’échapper quand elle est venue me demander de l'aide, mais j'ai perdu mon dernier contact pour le faire...

- Tu l’as aidée à s'échapper ?

Il soutint mon regard alors qu'il hochait la tête.

Des larmes me montèrent aux yeux alors que je ne pensais pas pleurer avant longtemps. Il me serra contre lui pendant que je pleurais sur sa poitrine pour la mère qui m'avait repoussée après que j'aie tout fait pour la retrouver.

J'étais en train de m'essuyer les yeux avec le col de sa chemise lorsque la porte s'ouvrit et Ollan entra à grands pas avec un plateau de petit-déjeuner.

- Bonjour, Ma... oh !

Ollan faillit laisser tomber le plateau et tous les plats s'entrechoquèrent alors qu'il tentait de se ressaisir.

- Monsieur, Madame. Je n'ai pas... euh... j'espère que vous avez bien dormi... euh...

- Bonjour, Ollan, dit Kassian d’un ton sérieux, mais son bras se resserra autour de moi comme s'il luttait pour ne pas éclater de rire.

- Je n'ai apporté le petit-déjeuner que pour une personne, déclara Ollan en posant le plateau à côté du lit. Je vous demande pardon, Monsieur. Dois-je en chercher un autre ?

- Ce sera parfait, déclara Kassian. Merci, Ollan

- Je suis vraiment désolé, répéta Ollan en reculant vers la porte. Je vais vous laisser tous les deux.

- Tu penses qu’il va en parler ? demandai-je après qu’Ollan fût parti.

- Non, dit Kassian.

Il s'assit et attrapa le plateau. Il le plaça entre nous et nous soulevâmes les couvercles pour révéler le petit-déjeuner. Mon estomac gargouilla mais j'hésitai alors que Kassian continuait de parler.

- Ollan sait qui je suis. Il a longtemps été mon plus proche confident et mon aide la plus fiable.

- Et le reste des serviteurs… ?

- Ils me sont tous loyaux, à l'exception de ceux qui ont été placés ici par les Pourpres pour surveiller mon activité, déclara Kassian. La plupart ne connaissent pas ma véritable mission, mais ils ont été choisis avec soin, et ils donneraient leur vie pour moi.

- Et ils me détestent. Eux aussi pensaient que j'étais une espionne envoyée pour te surveiller ?

- Tu penses qu’ils te détestent ? s’étonna Kassian en fronçant les sourcils. Pourquoi donc ?

Je lui racontai les commérages que j'avais entendus et son expression s'assombrit.

- J'aurais aimé que tu puisses me le dire avant, dit-il. Mais je comprends pourquoi tu n’as pas osé.

Il appuya son front contre le mien et soupira.

- Je suis désolé, Erie. Pendant tout ce temps, j'ai été froid et distant. Dur, méchant, acerbe, prétendant que je me fichais de toi...

- Je comprends pourquoi tu t’es comporté comme ça, répondis-je.

Il m'embrassa longuement et lentement.

- Je t'aime.

- Qu'en est-il d'Annalise ? demandai-je en appuyant mon coude contre le lit et en reposant ma tête sur ma main.

Vixor avait l’air confus.

- Annalise Green ?

- J’ai entendu dire que tu étais amoureux d'elle. Que tu l'aurais épousée si je n’avais pas été là.

- Je l'aurais épousée, très probablement, convint-il. C'est une bonne amie et une alliée de confiance. L'Alpha me mettait la pression pour que je choisisse une compagne et les Pourpres pensaient également qu’il était temps que je me marie. Elle aurait accepté mes allées et venues. J'aurais pu facilement continuer à assurer mes responsabilités envers l'Alpha et l’Ordre en étant marié avec elle.

- Est-ce qu'elle sait que tu es un Pourpre ? demandai-je.

Je pensai à son père.

Il secoua la tête.

- Non, elle ne le sait pas, et c’est mieux pour elle. Elle ne sait pas non plus pour son père. Elle comprendrait, je pense. Mais elle ne peut pas savoir. Personne ne doit savoir.

- Sauf moi, dis-je fièrement, avec le sentiment de partager un secret avec lui comme quand nous étions enfants.

Son regard me fit l’effet d’une caresse.

- Sauf toi. Je suis heureux que tu le saches. Les secrets sont des fardeaux épouvantables.

- Kassian, dis-je en me souvenant d'autre chose. Avant d'affronter Kryf dans l'arène, quand je t'ai demandé si tu voulais m'épouser, tu as dit quelque chose… tu as dit qu'elle ne te permettrait pas de m'épouser. Je pensais que tu parlais de l'Alpha, puis j’ai cru que tu parlais d’Annalise. De toute évidence, ce n’était aucune des deux.

Son visage s'assombrit. Il prit le temps pour choisir ses mots et je savais qu'il allait mentir.

- J'ai dû me tromper, dit-il.

Ses yeux étaient sombres et mystérieux. Je savais qu'il ne parlait pas de l'Alpha et je savais qu’il ne pouvait pas me dire de qui ou quoi il s’agissait.

Je comprenais mais j’étais frustrée. Était-ce ainsi que ça allait se passer ? Des secrets, toujours ?

Kassian prit ma main et l'embrassa, me demandant silencieusement de l’excuser. Je serrai ses doigts.

Il était un agent double. Il y aurait forcément des secrets.

Je lui faisais confiance.

Je lui racontai alors mon plan initial d'évasion – comment j'avais obtenu une occasion de m’enfuir en espionnant pour le compte des Pourpres et comment mon empoisonnement avait contrecarré mon évasion.

- J'étais fou quand j’ai appris que tu étais malade, déclara-t-il. J'étais en mission pour mon supérieur dans l'Ordre. Je pars souvent sous prétexte de servir l'Alpha. Quand j'ai appris la nouvelle, je suis rentré en courant sans laisser reposer mon cheval... j'ai dormi sur la selle...

Je posai mes mains de chaque côté de son visage et l'embrassai pour lui montrer que je comprenais. Il enroula ses bras autour de moi et m'embrassa en retour.

- Je ne sais pas combien de temps je vais rester ici maintenant, dis-je quand nous nous séparâmes.

Je réalisai que si je m'étais échappée, je n'aurais jamais su la vérité. Je n'aurais jamais su qu'il était toujours Kassian. Qu'il m'aimait.

Je le regardai.

- Viens avec moi. Nous partirons ensemble, comme je l'avais initialement prévu.

Ses yeux se fermèrent. Il pressa son visage dans le creux de mon épaule.

- Si seulement tu savais à quel point j'aimerais pouvoir, dit-il.

- Ce n'est donc pas ton devoir envers l'Alpha qui te retient ici, dis-je. Ce sont les Pourpres.

Il hocha la tête contre moi.

- Mais tu ne peux pas travailler pour eux ailleurs ? Tu pourrais partir et te battre sur les lignes de front, tout en continuant de servir la cause ?

Il resta calme.

- Il y a des choses que tu ne sais pas, Erie. Des plans élaborés il y a longtemps. Des missions à suivre. Des devoirs que j’ai juré d’accomplir.

Il laissa souffla lentement.

- Je ne peux pas.

Le bonheur dans ma poitrine s'estompa, remplacé par un trou béant.

Je ne pouvais pas le perdre à nouveau.

L’hésitation faisait rage en moi comme une tempête déchaînée. J'enroulai mes deux bras autour de mes genoux et me balançai d'avant en arrière.

Serais-je capable de rester ici pour toujours ?

Je pensai à Aza, à Dorothy, à Selene et à toutes les autres épouses et Choisies. Piégées ici sans recours.

Si je restais, est-ce que j’arriverais à les aider à s'échapper ? Pourrais-je trouver un but à ma vie dans cette ville, avec Kassian ?

Pourrais-je supporter de vivre cette double vie ?

Je savais au plus profond de moi-même que si Kassian était avec moi, je pourrais remuer ciel et terre.

- Alors, dis-je doucement, traçant un motif sur la couverture. Et si je restais ?

Kassian resta silencieux si longtemps que j'eus peur qu'il ne m'ait pas entendue. Je tournai la tête et je vis qu’il me regardait avec une expression qui mélangeait espoir et peur.

- Je ne pourrais jamais te demander ça, dit-il. Ta vie ici est difficile.

- Une vie sans toi est encore plus difficile.

Il ferma les yeux et jura dans sa barbe.

- Erie, tu dois partir.

- Je pourrais t’aider à faire tomber l'Alpha. Je veux aider les femmes qui souhaitent fuir.

Je repris mon souffle.

- Je veux être avec toi, Kass. C'est tout ce que j'ai toujours voulu.

Il écarta mes cheveux de mon visage.

- Je t'aime, dit-il d'une voix fervente.

Je pris sa main et embrassai sa paume.

- Je t'aime.

Nous aurions pu continuer dans cette lancée si mon estomac n’avait pas choisi ce moment pour gargouiller bruyamment.

Kassian sourit. Ses yeux se posèrent sur le plateau entre nous.

- Tu n'as rien mangé.

- Je voulais attendre et voir si…

Je me mordis la lèvre.

- Cela semble si étrange à dire à haute voix.

- Attendre de voir s'il a été empoisonné ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. Je ne crois pas qu'un de mes employés soit à l'origine de cet empoisonnement, Erie, mais je ferai tout ce dont tu as besoin pour que tu te sentes en sécurité.

Je saisis une cuillère.

- Tu n'as pas l’air malade, alors je me sens en sécurité maintenant.

Un sourire malicieux se dessina sur ses lèvres.

- Tu sembles presque déçue.

- Eh bien, dis-je légèrement, d'un ton taquin, si tu étais malade, pense à tout ce que j'aurais pour moi toute seule. Cette grande maison imposante et solitaire, avec plein de serviteurs qui me détestent. Tous mes devoirs de veuve auprès de l'Alpha. Qu'est-ce qu'une je pourrais vouloir de plus ?

Il m'embrassa légèrement.

- Mange. Tu as besoin de reprendre des forces, mon amour.

Je mangeai.

~

Quand nous eûmes mangé et nous fûmes habillés, Kassian m'emmena tout en haut de la maison. Une fois arrivés au bout de l'ascenseur, nous dûmes encore gravir trois volées d'escaliers métalliques pour atteindre une porte étroite qui s'ouvrait sur un plateforme ronde au sommet du toit de la maison.

Nous pouvions voir tout le chemin jusqu'aux remparts et le désert au-delà.

- C'est mon endroit préféré dans la maison, déclara Kassian. Ici, je me sens libre. Je suis à nouveau Kassian.

Nous enroulâmes nos bras l'un autour de l'autre, et je posai mon oreille contre son cœur et écoutai une fois de plus ses battements réguliers.

- Tu m’as dit, murmurai-je, que Kassian était mort. Tu me l'as dit dans les pages du livre quand je m'étais enfuie et que nous nous écrivions.

Kassian déposa un baiser sur le sommet de ma tête. Il parla d’une voix basse et triste.

- Je voulais te faire partir. Je ne savais pas comment te protéger autrement. Je ne pouvais pas te dire que j’étais un agent double.

Ses mains se resserrèrent autour de moi et il recula pour me regarder dans les yeux.

- Ils ne faut pas qu’ils le sachent, Erie, dit-il. Personne ne doit découvrir que tu sais qui je suis vraiment. Sinon, ils te tueraient en un instant.

- Les Pourpres pourraient me tuer ? Mais…

Les mots se perdirent alors que je regardais la pierre brute du mur.

- Mais ils sont censés être du bon côté.

Kassian rit cyniquement.

- Ils mènent une guerre. Il n'y a pas de bons et de mauvais côtés ici, Erie. Que des soldats qui infligent de la souffrance, espérant gagner.

- Tu penses ? Tu ne penses pas que tu es du bon côté ?

Il ferma brièvement les yeux.

- J'ai reçu l'ordre de faire des choses horribles, que ce soit pour l'Alpha ou pour les Pourpres.

- Mais ta loyauté...

- J'ai choisi un camp. J'ai fait des vœux. Je ne trahirai pas mon serment. Mais je ne me fais aucune illusion. Les Pourpres ne sont pas aussi bons que ce qu’on peut penser.

Un frisson me parcourut.

- Je ne dirai à personne que je sais, promis-je.

Malgré toute l'incertitude et la cruauté du monde qui m'entourait, je me sentais en sécurité blottie contre lui.

J'allais rester. J'allais vivre avec Kassian, être sa femme, et sauver les Choisies avant que des femmes comme Mère Shade ne puissent les maltraiter.

Je ne savais pas encore comment, mais peut-être que Graysoul pourrait m'aider.

- Kassian, dis-je. J'ai besoin de ton aide…

~

Quand nous revînmes du haut de la maison, Ollan nous attendait devant la porte de la chambre. Il tenait une enveloppe à la main.

- Monsieur, dit-il à Kassian. Cela vient d'arriver. C’est un mariage, organisé un peu à la hâte.

- Quand aura-t-il lieu ? demanda Kassian en prenant le parchemin pour l'ouvrir.

- Ce soir, on m'a dit, rapporta Ollan.

Il me jeta un rapide coup d'œil, comme s'il craignait que je sois trop fragile pour assister à un autre événement de sitôt.

- Ce soir ? répétai-je.

- Ces choses s’organisent souvent rapidement, déclara Kassian.

Il ouvrit la lettre et parcourut les lignes.

- Tu n’es pas obligée de-

- Je veux y aller.

Ce n’était pas vrai mais je voulais l’accompagner.

- Tu penses pouvoir être prête à temps ? Je peux envoyer Elisa maintenant que tu connais la vérité. Je lui dirai que tu l'as de nouveau demandée.

Étrangement, j'avais hâte de la voir.

Kassian m’embrassa une dernière fois alors qu’Ollan détournait poliment les yeux.

- A bientôt, murmura Kassian.

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