Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 25 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Vingt-Quatre

Cette fois, alors que je me glissais hors de la maison habillée en servante, je préparai une histoire au cas où quelqu'un m'interrogerait. J’avais glissé dans ma poche un papier que j’avais écrit moi-même. C’était une liste d'articles à commander à la taverne et à rapporter à Lady Rae. La signature en bas de la liste était pompeuse, un « Lady Vixor Rae », avec beaucoup d'ornements et de tourbillons.

Moi, l'humble servante, je ne savais pas lire.

Aucun Fidèle ne vint me demander d’expliquer ma présence dans les rues à cette heure tardive. J'atteignis la taverne sans incident et me glissai à l'intérieur dans l'air chaud et parfumé de la pièce principale. Les conversations bourdonnaient tout autour de moi et cette fois, la pièce ne se tut pas à ma vue.

Je supposais que j'étais déjà considérée comme connue.

Je m’approchai du bar et je commandai un chocolat chaud à la fille du tavernier. Je m’assis ensuite à la table la plus proche de la cuisine, comme on me l'avait demandé.

Je sirotai la boisson brûlante et je regardai les clients autour de moi pendant que j'attendais. C'étaient pour la plupart des hommes, certains se disputant des pintes, d'autres penchés autour d'un jeu de cartes ou lançant des couteaux sur une planche pour s’amuser. Cela ressemblait beaucoup à la taverne de mon village. Il y avait la même saleté sur le sol, la même odeur dans l'air, le même type de personnes.

La tristesse menaçait de m'engloutir à nouveau et je tentai de me distraire en comptant les clients et en observant attentivement leurs vêtements, leurs coiffures et leurs manières. Si je focalisais mon esprit sur ces détails, j'étais capable de ne pas penser à Kassian. De ne pas penser aux fois où je l'avais embrassé ni au mélange de désir et de colère qui m'emplissait chaque fois que je m'en rappelais.

Je venais de terminer le chocolat chaud quand Willow tira une chaise et s’assit à ma table.

- Tu as des informations ? demanda Willow en se penchant en avant, les coudes appuyés sur la table, ses yeux s'illuminant et ses lèvres s'élargissant.

Je supposai qu'elle ne s'était pas attendue à ce que je réussisse. J'étais vexée. Me croyaient-ils à ce point inutile ?

Je lui répétai ce que le général Val avait dit concernant son départ et qu'il se dirigeait vers l'ouest.

L'excitation disparut des yeux de Willow. Elle s'appuya contre le dossier de sa chaise et fronça les sourcils.

- C'est tout ? dit-elle.

- « Tout » ? N'est-ce pas ce dont vous aviez besoin ?

- Nous voulions plutôt le nom d'une ville en particulier.

J'étais agacée.

- Combien de villes à l'ouest constituent des bastions de l’Ordre ? Il faut qu’ils soient mis au courant et qu’ils se tiennent prêts.

Willow me lança un regard exaspéré.

- Nous n'avons pas les capacités de communiquer aussi rapidement, ma fille. Ce que tu nous as donné est important, certes, mais ce n'est pas assez.

- « Pas assez », répétai-je, hébétée.

- Nous aurons besoin de plus, dit-elle. Je te transmettrai des instructions quand j'aurai quelque chose. Jusque-là, fais profil bas et agis comme un bon petit voile noir.

Sur ce, elle se leva et s'éloigna, me laissant sous le choc de la déception.

Je n'allais pas encore m’échapper de cette horreur.

~

Le matin, je me levai, me lavai et enfilai mon voile et une robe noire en soie unie qui n'avait qu'une seule manche longue, élégamment taillée pour couvrir le bout de mes doigts dans un tissu en mousseline flottant. L'autre bras, le bras marqué, était nu, la robe se terminant à l'épaule par d'autres volants en mousseline.

Je supposai que la conception particulière de cette robe permettait à la femme qui la portait de montrer sa marque.

Cette pensée me tordit l'estomac de dégoût.

Une marque d'esclave. C'était ce que c'était.

Je pensai à Enna. Comment se sentait-elle ce matin ?

Pourrais-je trouver un moyen de la contacter et de parler avec elle ? Aurait-elle bientôt une cérémonie de marquage ?

J'évitais soigneusement de regarder l'encre noire sur mon bras pendant que je m'habillais, même si je ne pouvais pas complètement l’éviter. L’encre temporaire semblait bien tenir.

Je me demandais quand elle s'estomperait, sachant pertinemment qu’il faudrait repasser une autre couche par-dessus .

J'appliquai un peu du maquillage qu’Elisa avait laissé dans ma chambre sur mes yeux et mes lèvres. Je voulais ressembler à une véritable épouse Fidèle sans avoir à faire appel à Elisa.

Je ne voulais pas la voir. Je ne voulais voir personne. Pas même.

Ollan.

Je relevai mes cheveux et les attachai avant d’y glisser le morceau d'argent. Dog gémit à mes pieds, sentant que je sortais. Je la serrai contre moi. Je me glissai ensuite dans l'escalier de service jusqu'à la porte de derrière.

Cette fois, les gardes se redressèrent de surprise quand ils me virent sortir.

- Madame, me saluèrent-ils d’une même voix, fixant tour à tour mon voile, mon visage, ma robe.

- Bonjour, répondis-je en souriant innocemment. Je vais rencontrer quelques-unes des autres épouses au marché aujourd'hui.

- Avez-vous besoin d'une escorte, madame ? demanda l'un des gardes.

Je voulais refuser parce que je ne voulais pas être suivie ni surveillée mais je me rappelai de la dernière fois que j'étais allée au marché et de ce que Snow avait dû faire pour me sortir d’une altercation houleuse. Elle ne pourrait plus m’aider désormais. Nous ne pouvions plus être vues ensemble.

Je hochai la tête.

- Oui, ce serait apprécié.

Ils firent une sorte de pierre-papier-ciseaux pour décider de qui allait m’accompagner. Ce fut le grand des deux qui gagna.

Il sourit brièvement en se tournant vers moi et me suivit à une distance respectueuse pendant que je marchais. Sans nul doute, il était content d'être libéré de ses tâches de garde fastidieuses pendant quelques heures.

Au moins, quelqu'un était content.

La peur me tordait le ventre alors que je me rapprochais du marché. Les paroles d'Aza résonnaient dans ma mémoire.

J'ai besoin de te parler.

C'était la première fois que je me baladais dans la ville vêtue de mon voile noir, accompagnée d'un garde. Personne ne pouvait me prendre pour quelqu’un d’autre. J’étais bien la femme d'un Fidèle important. Les têtes se tournèrent et les voix baissèrent alors que je passais. Certains humains s'inclinèrent ou murmurèrent des mots de respect. Tout le monde me regardait.

Savaient-ils que j'étais la femme du Loup d'Argent ? Ou traitaient-ils toutes les épouses de cette façon ?

Je me sentais nue sous tous ces regards. Exposée. Disséquée.

Une petite fille jouait avec des jouets en bois sculpté sur une marche au moment où je passais et elle s'arrêta pour regarder.

- Regarde, maman, cria-t-elle de sa voix aiguë d'enfant.

Une dame en noir ! Pourquoi a-t-elle des marques sur son bras ?

Sa mère, l'air anxieux, se précipita vers elle, la faisant taire comme si elle craignait que je sois offensée d'être ainsi désignée. J'essayai de croiser le regard de la femme pour lui sourire et la mettre à l'aise, mais il semblait qu’elle évitait de me regarder. Elle tourna le dos et entra dans l'embrasure de la porte.

J'hésitai. J'aurais aimé pouvoir dire quelque chose.

- Madame ? demanda le garde qui m'escortait. Avez-vous besoin de quelque chose ? Dois-je aller chercher la femme et la faire parler ?

- Oh… non, dis-je. Non. Ne la dérange pas.

C'était étrange et troublant de penser que j'étais maintenant quelqu'un qui effrayait les autres humains. À leurs yeux, j'étais dangereuse. Une traîtresse. Quelqu'un à détester.

Je repris ma promenade avec un goût amer dans la bouche, en direction de la place du marché, ignorant le reste des regards et des murmures que je provoquais chaque fois que je croisais d'autres personnes.

Je finis par repérer les toits et les bannières colorés du marché.

Mon estomac se serra d'anticipation et je ralentis le pas.

Se promener sur le marché en tant qu’épouse couverte d’un voile noir était très différent que s’y promener en tant que Choisie. Des commerçants m'offraient des dégustations gratuites et des délices et des gardes et d'autres personnes me saluaient ou me faisaient des gestes de respect.

C'était comme si j'étais une reine.

Pas étonnant que les épouses aiment venir ici pour laisser leurs jeunes enfants jouer ensemble. Elles exhibaient leurs biens les plus précieux, la preuve de leur contribution au royaume des Fidèles, la seule chose qu'eux seules pouvaient fournir.

Sans elles, les Fidèles étaient condamnés à l’extinction.

J'atteignis l’espace d’herbe où j'avais déjà vu les épouses.

Elles étaient là, des dizaines d'entre elles, certaines regardant avec affection leurs enfants tomber et se relever en jouant, d'autres en train de discuter. Quelques-unes se tenaient seules, à l'écart des autres et silencieuses.

Aza était l'une d'entre elles.

Elle avait les deux mains jointes autour de son ventre comme pour rappeler à tout le monde qu'elle aussi allait bientôt avoir un enfant.

Contrairement à d’autres cependant, elle n’arborait pas d’air suffisant.

La peau sous ses yeux était gonflée et cernée, comme si elle n'avait pas bien dormi depuis longtemps. Sa bouche se serra en une ligne fine. Les mains tenant son ventre tremblaient légèrement.

- Aza, dis-je en m'avançant pour la saluer avec un sourire. Comment vas-tu ?

Elle me regarda et son visage se transforma pour afficher une expression de bonheur calme, qui aurait pu être crédible si je n'avais pas vu son expression plus tôt.

- Red, dit-elle avec soulagement. Tu es venue.

- Bien sûr que je suis venue.

Je ne voulais pas qu'elle se rende compte à quel point j'avais été troublée par ses paroles énigmatiques. Une telle inquiétude de ma part pourrait me faire paraître suspecte et faire croire que j'avais quelque chose à cacher.

Je résistai à l'envie de mordre ma lèvre inférieure en regardant son visage et j’attendis qu'elle me dise pourquoi elle m'avait demandé de la rencontrer ici.

Au lieu de cela, Aza passa son bras sous le mien et se mit à me parler.

- Tu as pu explorer le marché ?

- Oh, eh bien, j’ai vu quelques-unes des rangées, admis-je.

Je ne dis rien à propos de Snow, ou de la ruelle derrière les tentes où les marchands avaient facilement accès aux fournitures et aux barils.

- Laisse-moi te faire visiter, alors, suggéra vivement Aza avant que je puisse lui demander quoi que ce soit.

Elle me conduisit à travers les larges rues d'herbe piétinée, devant des tentes remplies de tissu, de pots, de verrerie travaillée dont Aza m'apprit qu'elle avait été fabriquée à la main par un souffleur de verre de l'extrême sud.

- Souffleur de verre ? répétai-je. Comment souffle-t-on du verre ?

- C’est un art ancien et oublié, déclara Aza. Mais nous avons un artisan expert ici. L'Alpha a été intriguée par un cadeau et lui a offert de l'argent pour déménager.

J'étudiai l'homme humain qui vint nous saluer, curieuse de connaître sa vie et ses motivations. Il devait probablement vivre dans un village humain avant de venir ici. Pourquoi choisir de venir volontairement dans la capitale et de vivre parmi les Fidèles en tant que citoyen de seconde zone ?

Il me salua puis il se tourna vers Aza et lui fit un clin d'œil. Elle rougit. Je réalisai que je pensais avoir compris ce qu'elle voulait me dire.

- Vous, jolies dames, méritez de beaux ornements, déclara le souffleur de verre.

Il était jeune, avec des cheveux couleur sable et des yeux comme bleus le ciel. Il était presque aussi grand qu'un Fidèle.

Il s’éloigna un instant puis revint vers nous avec une paire de boucles d’oreilles en feuille de verre dans chaque main.

- C’est un cadeau, dit-il en nous faisant une autre révérence. Pour les femmes qui font vivre le royaume.

Ses yeux s'attardèrent sur Aza alors qu'elle se mettait les boucles d'oreilles. Ses lèvres se courbèrent en un sourire hésitant. Il lui répondit avec un sourire plus large.

- Magnifique, lui dit-il.

Je glissai le cadeau dans l'une des poches cousues dans la jupe de ma robe.

- Merci, dis-je. Je n'ai rien fait pour mériter un tel cadeau.

- Tous les amis d'Aza sont mes amis, me répondit-il en me regardant sérieusement.

Un soupçon commençait à poindre. Quelque chose me paraissait bizarre.

- Je suis Bronson, ajouta le souffleur de verre.

- Red, murmurai-je. C’est le diminutif de Meredith.

- Merci, Red, d'être une amie pour Aza.

- Elle a été une bonne amie pour moi, répondis-je.

Je repassai mon bras sous celui d'Aza et la poussai à avancer.

Il était temps que nous ayons cette conversation.

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