Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 41 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Quarante

Les yeux de Vixor glissèrent vers les livres étalés sur le lit et sa bouche se contracta dans ce qui aurait pu être une ébauche de sourire.

- Bonjour, dis-je le souffle court, me sentant exposée avec tous ces livres devant moi.

La dernière fois que je l'avais vu, je lui avais presque avoué ouvertement que je le voulais. Il m’avait repoussée et était parti.

J’étais gênée mais je refusai de lui montrer. J'avais été honnête et il n'y avait pas de quoi avoir honte. J’osai même affronter son regard.

Ce fut lui qui détourna le regard en premier.

- Tu as des nouvelles sur la façon dont j'ai pu être empoisonnée ? demandai-je. Est-ce que ça aurait pu être quelqu'un au pique-nique ?

Je voulais parler de Iola. C’était elle qui avait distribué les boissons.

Vixor m'étudia un moment avant de parler

- Le poison agit plutôt lentement s'il est pris en petites quantités. Seules les fortes doses font effet aussi rapidement.

La doctoresse n'est pas sûre, mais au vu de tes symptômes, elle pense que tu as reçu une forte dose.

Il s'arrêta.

- Tu aurais pu mourir, Red.

- C’était au pique-nique, alors ?

Ma voix était enrouée.

- Très probablement. Quelqu'un a sûrement été payé pour verser quelque chose dans ta boisson. Des idées ?

Je repensai à Iola.

- Il y a une femme que personne n'aime et qui n'aime personne.

Vixor émit un son pensif du fond de sa gorge.

- Un petit désaccord ne suffit généralement pas à motiver un empoisonnement, déclara-t-il. Sauf moyennant compensation financière.

- Kryf ? proposai-je. Mère Shade ?

- Kryf, peut-être, mais je vois mal Mère Shade…

- Tu l’as fait renvoyer, n'est-ce pas ? Peut-être qu'elle veut se venger et me punir, dis-je.

Vixor grogna en signe de concession.

- Je vais enquêter sur son éventuelle implication.

- Est-ce que l'Alpha est au courant ? demandai-je.

- Je lui ai dit que tu étais tombée malade. Elle te présente ses meilleurs vœux de rétablissement et te propose de la rencontrer dès que tu te sentiras suffisamment bien. Elle souhaite mieux te connaître.

C'était inquiétant. Je frissonnai.

- Dis-lui que je viendrai.

Nous restâmes silencieux un instant. Nos deux yeux tombèrent sur les pages ouvertes sur mes genoux.

- Je vois que tu as trouvé certains de mes livres, dit-il.

Un muscle de sa mâchoire se contracta. Il retenait un certain sentiment. Lequel ?

- Oui, dis-je en passant mes doigts sur la page ouverte devant moi. Tu es en colère ?

- Pas du tout.

Vixor traversa la pièce pour se tenir à côté du lit et après un moment d'hésitation, il s'assit à côté de moi. Il attrapa l'un des livres et le retourna dans ses mains.

- Ah, dit-il avec un faible grognement d'appréciation qui fit accélérer mon pouls. J'ai trouvé celui-ci dans un bâtiment abandonné il y a quelques années. Il était bien conservé dans une armoire.

- Abandonné ? répétai-je.

Cela ne correspondait pas à ce que j’avais imaginé.

Vixor hocha la tête d'un air absent en tournant quelques pages.

- Les zombarbres avaient dévasté le village. Tout le monde avait fui ou était mort.

J’étais perdue. Des zombarbres avaient dévasté un village ?

C'était une vision cauchemardesque. Je frissonnai et refermai lentement le livre sur mes genoux.

Vixor s'arrêta. Il regarda mon expression affligée.

- Tu as vu beaucoup de villages détruits par les zombarbres ? demandai-je après une pause.

- Certains, dit-il. Beaucoup de ces endroits étaient abandonnés depuis des années. Ils ont été attaqués il y a longtemps, lorsque les zombarbres venaient à peine d’arriver. À cette époque, ils envahissaient les villages et les colonies. Désormais, ils sont circonscrits aux forêts. Les Fidèles les repoussent et ils ne s'aventurent pas dans la civilisation.

- Sont-ils… conscients ? demandai-je.

Je n'avais jamais envisagé qu’ils puissent être dotés d’une forme de conscience. Les zombarbres étaient morts, des cadavres réanimés par le spore.

Cependant, ils semblaient avoir compris qu’il fallait éviter les zones dans lesquelles l'Alpha les combattait.

- Non, dit Vixor, mais ils semblent capables de mémoriser et d'apprendre des choses. C'est le spore à l'intérieur des corps qui leur permet ça.

Je clignai des yeux et expirai en tremblant.

- Pendant un moment, j'ai pensé à notre village grouillant de zombarbres. Ma grand-mère…

Je m'interrompis et le regardai.

Vixor évita mon regard. Sa mâchoire se serra à nouveau.

- Ce n'est plus mon village, dit-il calmement.

- Si, c'est toujours ton village, dis-je d’une voix basse mais affirmée. Tu pourrais redevenir le Kassian d’avant si tu le voulais.

- Je ne peux pas, murmura-t-il.

Il avait l'air las, comme s'il avait eu cette discussion avec lui-même des dizaines de fois. Comme s'il ne supportait pas de m'entendre le dire aussi.

Je devais le lui dire.

- Ils t'ont peut-être forcé à vivre dans cette vie, mais tu n'étais qu'un enfant et tu pensais que tu avais tout perdu. Tu n'es plus obligé de rester maintenant. Tu peux faire d’autres choix. Tu peux tout quitter. Je peux t’aider. Kass-

- Arrête.

Il se leva du lit et se dirigea vers les fenêtres.

- Arrête de dire que je peux arrêter d’être ce que je suis devenu. Ne te leurre pas en l’espérant.

Son visage se tourna vers le ciel. La lumière du soleil qui traversait la vitre faisait briller ses cils et donnait l'impression que les pointes de ses cheveux noirs avaient pris feu.

- J’ai encore espoir, murmurai-je, même si je n'en étais pas certaine.

- Moi non, dit-il d'une voix rauque. Je dois rester comme je suis.

Mon cœur se brisa.

Je le connaissais assez bien pour voir le tourment qu’il ressentait. Malgré ce qu'il disait, il était déchiré.

La force et la conviction de cette observation me donnèrent une bouffée de courage.

- Tu es désolé de ne pas pouvoir revenir en arrière, affirmai-je. Tu aimerais pouvoir.

Vixor sursauta. Il me répondit d’une voix tendue.

- Non.

Je continuai.

- Tu peux prétendre autant que tu veux que tu aimes être un Fidèle, que tu aimes l'honneur et la distinction d'être le Loup d'Argent, mais je ne te crois pas.

- Tu penses que je te mens quand je dis que je ne peux pas revenir en arrière ? dit Vixor d’un ton glacial.

- Je pense que tu te mens à toi-même concernant ce que tu veux vraiment.

Il me lança un regard qui me fit frissonner, mais je ne flanchai pas.

- Tu ne sais rien de la vérité, dit-il.

Un coup retentit à la porte avant que je puisse répondre. Vixor parla et la porte s'ouvrit pour révéler une domestique qui portait un plateau avec un pichet d'eau, une tasse et un bol de soupe fumante. Elle posa le plateau sur le lit, fit la révérence à Vixor et repartit.

Je regardai la soupe et mon estomac se noua. Je pressai une main contre ma gorge alors que la peur m’envahissait.

Vixor retourna à mon chevet. Il se versa un verre d'eau et en but une gorgée, puis il prit une cuillerée de soupe.

Il ne me regarda pas.

- Si c'est empoisonné, dit-il, nous le saurons dans quelques minutes. Ensuite, je m’en irai.

J'appuyai mon dos contre le bord du lit. Vixor croisa les bras et fit les cent pas. Je regardai la vapeur qui s'échappait de la soupe et je pensais à tout ce que je voulais lui dire. Des mots de colère. Des mots réconfortants. Des mots sincères.

Il ne me regardait plus.

- Kass, dis-je calmement.

Ses épaules se raidirent.

- Arrête.

Il avait l'air tendu.

- Vixor, me repris-je.

Je détestais l'appeler ainsi. Je détestais la sensation de ce mot dans ma bouche, tranchant comme du verre. Vixor était le Loup d’Argent, pas mon meilleur ami que j'avais aimé et en qui j'avais eu confiance quand j'étais enfant. Celui pour qui j’avais tant pleuré.

Il se retourna. Son visage était tendu, sa peau blanche sur ses pommettes saillantes, ses sourcils froncés.

- Oui ?

- Est-ce que la soupe… ? demandai-je en faisant un geste vers le plateau.

- Elle n’est pas empoisonnée, dit-il en se dirigeant vers la porte.

- Attends, dis-je en murmurant. S'il te plaît.

Il s’arrêta, la main sur la poignée.

Il attendit sans me regarder.

- Je ne veux pas me battre, dis-je. Je veux comprendre. Tu m'as évitée depuis que nous nous sommes mariés. Tu t’es montré tour à tour gentil puis froid. Tu m'as embrassée et puis tu m'as dit que tu ne pouvais pas, que tu ne devais pas. Dis-moi ce qu’il se passe avant que je ne devienne folle, s’il te plait.

- Tu aimerais que je sois quelque chose que je ne peux plus être, dit-il. Tu veux aimer un homme qui n'existe plus. Je ne peux pas être l'ami d'enfance innocent qui jouait avec toi dans les forêts et les rivières. Je ne peux plus être celui qui te chuchotait des histoires pendant que tu étais allongée sur le dos dans un champ de soleil. Ce garçon est parti.

- Je ne veux pas de garçon, dis-je en croisant son regard. Je veux un homme. Un homme avec une morale et des principes. Celui qui ne fait pas semblant de ne pas voir les horreurs que fait son camp sous prétexte qu'il est au sommet du système qui les perpétue.

La poitrine de Vixor se souleva et s'abaissa. Il baissa la tête. Quelque chose brillait au bord de son œil.

- Je ne peux pas être l'homme que tu veux, déclara-t-il. Je ne suis plus un homme.

Sur ce, il partit.

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