Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 1 sur 49

Pages du PDF

Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Voile Noir

 

KATE AVERY ELLISON

OceanofPDF.com

Copyright © Kate Avery Ellison 2020

Aucune partie de ce livre, en tout ou en partie, ne peut être copiée ou

reproduite sans le consentement écrit de l'auteur

 

OceanofPDF.com

PROLOGUE

 

Quand j’étais encore une petite fille à peine âgée de dix ans et commençant tout juste à ressentir les premiers émois de la puberté, je m’étais imaginée épouser mon meilleur ami, Kassian.

Je venais, à l’époque, de réaliser que ce que je ressentais dans le ventre à chaque fois qu'il me souriait était dû à quelque chose d’autre que la seule joie d’être son amie et que la fascination que j’éprouvais pour ses boucles sombres était motivée par plus que de la simple admiration. Au cours d’un été, nous avions inventé un langage secret et j'avais gardé toutes les notes qu'il m'avait écrites, qu’importe leur contenu. J’avais du mal à comprendre pourquoi son sourire taquin et joueur me faisait perdre mes moyens ni pourquoi j'avais commencé à rêver qu'il me touchait la joue pour écarter mes cheveux et à quel point cela me faisait me sentir bien et apaisée.

J'avais pensé une fois à l'embrasser, à presser ma bouche contre la sienne dans un baiser maladroit et frénétique. J'avais rougi si fort que j'avais pu sentir la chaleur de mes joues avec mes mains et mon esprit avait rapidement enterré cette idée téméraire aussi profondément que possible. Quand il s’agissait d’aller au-delà des baisers, mon jeune esprit était incapable de l’imaginer et encore moins de supporter l'embarras de ces pensées.

Cependant, je m'étais imaginée l’épouser.

Ma mère et mon père avaient été meilleurs amis avant de se marier. Les parents de Kassian se taquinaient et se chambraient et ils étaient mariés.

C’était parfaitement logique pour mon jeune esprit. Je pensais que si nous partagions une maison, ce serait encore plus facile de jouer ensemble dans les bois pendant la journée et de se raconter des histoires la nuit pendant que les lucioles volaient devant les fenêtres. Nous n'aurions pas à attendre de nous revoir pour nous raconter les blagues et les idées auxquelles nous avions pensé dans la journée car nous nous verrions tous les jours. Nous pourrions rester éveillés tard pour parler, lire et rire, sans avoir besoin de nous précipiter à la maison dès les premières lueurs de l'obscurité. Nous pourrions être ensemble pour toujours. Des meilleurs amis. Parfaitement heureux.

Du haut de mes dix ans, cela m’avait semblé être la meilleure idée que j'avais jamais eue.

Tous les mariages s’accompagnaient d’une cérémonie. Une nuit, quelques semaines avant mon dixième anniversaire, alors que j’étais couchée dans mon lit et enroulée dans la couette que ma mère m’avait faite, j'avais planifié mon mariage parfait avec Kassian.

J'avais toujours trouvé les mariages ennuyeux, à part pour les moments où nous dansions sur la musique, mangions le gâteau et lancions des pétales de rose sur le couple qui partait.

Mais cette nuit-là, les mariages ne m’avaient plus semblé si ennuyeux que ça. Pas si Kassian était celui qui attendait pour prendre mes mains et devenir mon mari. Je m'étais imaginée aussi majestueuse que Pénélope, la cousine aînée de Kassian, que j'admirais. Je m’étais imaginée portant une robe blanche brodée de chèvrefeuilles qui parcouraient la jupe et le corset pour s'enrouler autour de mes épaules et sur mes manches, avec un voile, tel un nuage vaporeux autour de ma tête et de mes épaules. Celui de ma mère, peut-être. Elle l'avait gardé, soigneusement plié dans une boîte dans le grenier. Elle l’aurait sorti de sa boîte le matin du mariage et placé sur ma tête. Peut-être même qu’elle aurait pleuré.

Je n'aimais pas imaginer ma mère pleurer, même si c'était de bonheur.

Je porterais un bouquet de chèvrefeuilles dans mes mains, leur doux parfum remplissant l'air alors que je m'avancerais au soleil pour prendre le bras de mon père.

Tout le village serait là, regardant et souriant alors que je marcherais dans une allée de mousse verte avec mon père d'un côté et ma grand-mère de l'autre. C'était la seule façon dont je pouvais imaginer les choses, car ma grand-mère Delphine était si protectrice envers moi qu'elle se disputerait probablement avec mon père pour savoir qui devrait m'accompagner. J’apaiserais donc les tensions en les ayant tous les deux à mes côtés, grand-mère grommelant et mon père la faisant taire avec un sourire égalé seulement par le mien et celui de Kassian.

Kassian.

Je l'avais visualisé clairement dans mon rêve. Plus grand, mais toujours le même, avec des taches de rousseur et des cheveux noirs. Toujours jeune, parce que je ne savais pas comment l'imaginer autrement. Il me sourirait, en attendant au bout de l'allée avec un brin de chèvrefeuille dans sa poche de poitrine.

Nos vœux seraient écrits dans notre langue secrète. Nous aurions ri en

cherchant comment traduire les mots afin que tous ceux qui écoutaient puissent comprendre, et aurions ri encore plus fort de chaque erreur que nous faisions. Le monde entier verrait notre complicité. Que nous étions faits l'un pour l'autre.

Au lieu des vœux normaux et ennuyeux, nous nous promettrions de

toujours nous dire nos secrets, de nous protéger mutuellement contre nos ennemis, de négliger nos corvées et de lire des livres ensemble, et de laisser pousser les mauvaises herbes dans le jardin pendant que nous jouions à des jeux sur la table de la cuisine. Ma grand-mère roulerait des yeux devant nos sottises et mon père rirait. Et après, pendant que nous mangerions du gâteau, je déclarerais à toute l'assemblée que nous n'aurions pas de bébés parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans ma tête.

Un jour, alors que Kassian et moi somnolions dans la forêt après un

après-midi de jeux et d'escalade, j'avais osé lui avouer mon rêve. Ses yeux étaient fermés et sa respiration régulière et j'étais certaine qu'il dormait et ne pouvait pas m'entendre. J’avais donc tout dit, devenant rouge vif alors que je partageais, en chuchotant, ma vision de notre éventuel mariage.

Sa respiration était restée régulière et ses yeux fermés. Je ne savais pas

s'il faisait semblant, mais j'aurais presque pu jurer qu'un coin de sa bouche s'était relevé quand j'avais mentionné les mauvaises herbes dans le jardin et l'exaspération de ma grand-mère.

Un jour, nous serions mariés.

~

Quelques semaines plus tard, les Fidèles vinrent chez moi. Ils tuèrent

mon père et capturèrent Kassian et ma mère. J’étais alors partie vivre chez ma grand-mère, croyant que mon meilleur ami était mort, et j’avais enfoui mes rêves de mariage dans ma tête, au même endroit où je gardais les plus beaux souvenirs de notre amitié.

Et j'avais essayé de ne plus jamais y penser, car la douleur menaçait de

me déchirer en deux.

OceanofPDF.com