Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 21 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Vingt

Mes jambes refusèrent de coopérer quand je dus me lever. Elles étaient engourdies et j’avais l'étrange impression de flotter.

Kassian descendit de la voiture et attendit, me regardant alors que je rassemblais assez de courage pour marcher jusqu'à la porte. Je me tins à la marche, figée en voyant l'entrée et en me souvenant de la dernière fois où j’étais venue ici. Seule, pour assister à mon mariage avec Kryf, avec un plan dont je n'étais pas sûre du tout.

Kassian me tendit une main gantée et j'hésitai avant de placer mes doigts dans les siens.

Sa chaleur me provoqua des frissons.

Il m'attira à côté de lui et plaça à nouveau ma main dans le creux de son bras. Mon regard se posa sur la porte devant nous, flanquée de gardes Fidèles. Mes pensées étaient brouillées et j’avais envie de m’enfuir.

- Respire, me murmura Kassian. Je suis avec toi cette fois.

Tu n'es pas seule.

Je le regardai, surprise. C'était comme s'il avait lu dans mes pensées.

Pas seule.

Vraiment ?

Il semble sûr de lui. Il me guida et j'étais reconnaissante de pouvoir m'appuyer contre lui.

Ma gorge se serra lorsque nous atteignîmes le couloir qui menait à la pièce principale. Le murmure des voix réveilla encore plus de souvenirs. Ils rugissaient dans ma tête, étouffant tous les sons autour de moi.

Je m’arrêtai.

- Red ?

Kassian s'arrêta aussi. Il me regarda, ses yeux indéchiffrables.

- J'ai besoin d'un moment, dis-je. Juste pour reprendre mon souffle.

J’allais bien. J'étais insensible. Je ne ressentais rien.

J’essayai de me convaincre de ces mensonges, en vain.

Kassian me conduisit sur le côté du couloir, près du mur, et m’attrapa le menton pour tourner mon visage vers le sien.

- Regarde-moi, ordonna-t-il doucement.

Mes yeux se plongèrent dans les siens.

- La dernière fois que tu es entrée dans cette pièce, tu avais la force d'une guerrière. Tu as affronté Kryf et tu l'as vaincu. Et après, tu m'as affronté moi.

Un rire s’échappa de ma gorge, surprise.

- Et je t’ai vaincu, aussi ?

Le regard de Kassian s'assombrit.

- Tu m’as vaincu il y a longtemps, marmonna-t-il.

Que voulait-il dire par cette déclaration mystérieuse ?

- Je ne peux pas y aller, avouai-je. Je suis terrifiée. Je pense que je vais vomir si j'y vais.

Kassian se pencha jusqu'à ce que son nez et sa bouche soient à quelques centimètres des miens.

Cette fois, il souriait vraiment.

- Tu t’es dénoncée à la place de ton petit-ami pour le sauver. Tu as courageusement fait face à un bourreau prêt à te fouetter à mort. Tu as résisté à un interrogatoire avec le redoutable Loup d’Argent avec la ténacité d'une lionne. Quand nous avons été attaqués lorsque nous nous dirigions vers la capitale, tu es revenue chercher du ravitaillement et tu as sauvé la vie d'un ennemi blessé. Tu as tout fait avec plus de grâce et de courage que je n'aurais jamais pu l'imaginer. Meredith Rider, tu peux entrer dans cette pièce la tête haute.

Tu es plus forte que n'importe qui d'autre à l'intérieur. Ils devraient te regarder et t’admirer.

Je le fixai, sans voix. Ses mots résonnaient, sans que je ne puisse en comprendre tout le sens. Je voulais prendre le temps de les analyser et d’y réfléchir, mais le temps manquait.

Son sourire. Je me concentrai sur son sourire.

Il était chaleureux cette fois. Une offrande de paix de sa part.

Je pris une profonde inspiration.

- Dis-le moi, insista-t-il. Dis-le à voix haute. Je veux t'entendre dire à quel point tu es courageuse, Red.

Mes yeux scrutaient son visage, cherchant le moindre signe de moquerie.

Je n'en vis aucun. Ses yeux bleu argenté étaient sérieux.

- Tu as raison. J'ai fait face à des zombarbres, à des coups de fouet et à des pendaisons. J’ai même reçu un coup de couteau dans les côtes. J'ai résisté à Mère Shade. J'ai marché seule dans le désert à la recherche de bandits. Je me suis liée d'amitié avec un chien sauvage.

- Il est vrai que nous étions amis, déclara Kassian avec un rictus qui trahissait une pointe d'humour.

- Tu étais pire qu'un chien sauvage, dis-je en ravalant le sourire qu'il m'avait arraché. Tu étais un prince froid et impérieux, et un emmerdeur qui plus est.

Ses yeux étaient noirs. Son souffle effleura mes lèvres alors qu'il souriait.

- Tu es courageuse, Red. Tu es forte. Dis-le, dis la vérité à voix haute.

- Je suis courageuse. Je suis forte.

Alors que je prononçais ces mots, je me rendis compte d’à quel point ils étaient vrais.

Le couloir était vide. Nous étions seuls. Les mots que nous avions prononcés nous enveloppaient étroitement.

Je laissai mes yeux parcourir ses cheveux noirs, son long nez, ses lèvres, son menton. Je fixai ses yeux et sentis une boule dans mon estomac.

Il avait vu.

Il avait vu ma peur et ma force, et il avait su comment m’aider à avancer.

- Kass, soufflai-je.

Ses yeux s'assombrirent encore davantage. Il appuya ses bras de chaque côté de moi, ses mains contre le mur et il regarda à droite et à gauche pour s’assurer que nous étions seuls.

Je me dressai sur la pointe des pieds et pressai mes lèvres contre les siennes.

Sa bouche resta immobile un instant. Je me demandai si j'avais fait une erreur.

Il recula. Je vis sa veine battre dans son cou Je sentis sa poitrine monter et descendre sous mes mains.

Je pensais qu'il allait me dire qu'il ne fallait pas. Qu'on ne pouvait pas.

Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule une fois de plus avant d'enrouler un bras autour de ma taille et de me tirer dans une alcôve latérale que je n'avais pas remarquée auparavant, où nous étions cachés à la vue de tous ceux qui passaient.

Dès que nous fûmes à l'intérieur de l'alcôve, je le poussai contre le mur et il me laissa faire. Ses bras se refermèrent autour de ma taille, me rapprochant à nouveau.

Ses yeux cherchèrent les miens, cherchant la permission.

Je répondis en écrasant ma bouche contre la sienne.

Il me pressa contre le mur, une de ses mains se posa contre la pierre à côté de ma tête. Il m’embrassa comme il ne m'avait jamais embrassée auparavant. Il m’embrassa comme s'il savait que j'étais à lui et qu'il était à moi. Le temps se stoppa. Je brûlais de l’intérieur. Un bruit sourd résonna dans ma gorge et Kassian répondit en me mordant doucement la lèvre. Mes doigts s'emmêlèrent dans ses cheveux noirs. Sa main libre effleura mon bras, celui avec la marque.

- Erie, dit-il d'une voix rauque.

Entendre ce surnom de nouveau me coupa le souffle. J'interrompis ce qu'il était sur le point de dire avec un autre baiser auquel il s’abandonna sans lutter.

Je voulais rester comme ça pour toujours.

Des pas dans le couloir nous ramenèrent à la réalité. Nous restâmes entrelacés alors que des voix résonnaient. Nos souffles étaient erratiques. Les doigts de Kassian glissèrent légèrement sur mes bras, me faisant frissonner.

Je l'embrassai à nouveau. Ses mains se levèrent pour toucher mes cheveux et je reculai. L'éclat d'argent. Il allait le découvrir.

- Arrête, m’exclamai-je.

Il recula immédiatement.

- Désolé, dit-il.

- Non, je...

Que pouvais-je dire ? Lui parler du bout d’argent que j'avais volé de son armure brisée au risque de lui faire penser que je complotais contre l'Alpha ? Lui dire que j'étais une espionne ? 

J’hésitai.

Kassian m'offrit de nouveau son bras et le moment de vulnérabilité se dissipa.

- Nous devrions y aller avant d'être en retard.

Je plaçai mes doigts sur son avant-bras et pris une inspiration tremblante. Mes jambes étaient encore faibles,

mais pour une tout autre raison cette fois-ci.

La grande pièce était comme dans mon souvenir et j'avais la sensation surréaliste d'être dans un rêve. L'arène recouverte de sable, la foule qui murmurait. Tout était comme la dernière fois.

Assises en rang comme des colombes, se trouvaient les Choisies de Mère Shade.

Drapées de blanc comme des cadavres. Masquées. Invisibles.

Lorsque j'entrai, leurs visages se tournèrent vers moi.

Mère Shade les vit me regarder et elle aboya un ordre. Les filles regardèrent à nouveau devant elles, dociles.

Le regard de Mère Shade glissa vers moi.

Je vis ses lèvres se pincer, ses épaules se reculer et ses mains se nouer.

Fureur. Haine. Amertume.

Ses sentiments à mon égard étaient visibles sur son visage.

Elle masqua aussitôt ses émotions mais c’était trop tard. Je les avais déjà vues.

Je fis semblant de ne pas la regarder, comme si je ne l'avais pas remarquée. Je savais que cela l'exaspérerait davantage.

Intérieurement, j’étais malade rien qu’à sa vue.

Kassian posa son autre main sur la mienne. Je m'appuyai contre lui, juste une légère pression, suffisante pour me rappeler qu'il était là, une présence forte et solide. Que j'étais avec lui maintenant, et pas avec elle.

Que j'avais réussi à échapper à ses griffes en jouant à son jeu.

J'avais gagné. J'avais trouvé un compagnon – le plus convoité de la ville – et j'étais à jamais hors de son emprise sadique. Elle ne m'avait pas battue. J'avais été une épine dans son pied, une rebelle qui lui avait tenu tête et n'avait pas eu peur d'elle. J’avais réussi à épouser un prince loup-garou, le tout selon mes conditions.

Elle me détestait.

Le reste de la salle me regardait aussi. J'étais le sujet de conversation de tout le monde, après tout. La compagne du Loup d’Argent, la première Choisie à avoir choisi par elle-même. Des chuchotements me parvinrent. Des rumeurs, des compliments, des insultes.

- Cette robe-

- Ses cheveux-

- On dirait qu'elle se prend pour une princesse maintenant, n'est-ce pas ?

- Combien de temps avant que l'Alpha ne soit jalouse et qu'elle ne s'en débarrasse ?

Le dernier commentaire déclencha une pointe de terreur.

Il faisait écho aux pensées de certains des serviteurs de la maison de Kassian.

J’avais décidé de ne pas les écouter. Je ne serais pas ici assez longtemps pour que cela se produise. Nous allions nous échapper et laisser tout cela derrière nous.

Nous prîmes place parmi la foule, au bord du sable. L'Alpha était assise à proximité, son menton reposant sur sa main.

Je regardai dans sa direction et elle me fit signe de venir lui parler.

- Alpha, dis-je en m'inclinant.

- Qu’est-ce que tu penses de cette foule, après ton triomphe inattendu ? demanda l'Alpha.

Ses yeux sombres se fixent sur mon visage, analysant mon expression.

- Intimidante, avouai-je. Tout le monde me regarde.

- Parce que tu es magnifique et parce que tu es un mystère pour eux, déclara l'Alpha. Habituellement, ce sont des affaires ennuyeuses, toujours les mêmes. Toi, tu es une nouveauté, totalement inattendue. Tu as changé les règles et ils sont intrigués.

Je ne savais pas trop quoi dire. Je devais être flatteuse, probablement.

- Vous êtes très observatrice, Alpha.

Elle renifla.

- C’est mon Loup d’Argent qui t’a recommandé de me dire ce genre de choses ? Je m'attends à autre chose que des compliments fades venant de toi, petite rebelle. Je m'attends à de l'honnêteté.

Petite rebelle.

C'était dit affectueusement. Je ne savais pas quoi penser ni ressentir. J’aurais aimé être dégoûtée mais j’étais perdue. L’Alpha venait de me complimenter. J’étais terrifiée à l’idée qu’elle voulût créer une relation cordiale entre nous.

Je ne voulais pas être amie avec le femme Fidèle la plus puissante du royaume. Je ne voulais pas l’apprécier.

- Que penses-tu de tout ça ? demanda l'Alpha en désignant les Fidèles qui nous entouraient, leurs compagnes drapées de voiles noirs, les Choisies assises à l'autre bout.

Je clignai des yeux. Que devais-je répondre ?

Kassian nous regardait d'où il se tenait. Sois prudente, disait son expression.

J'inspirai, essayant de trouver une réponse neutre. Je voulais dire quelque chose d'inoffensif. Mais mon esprit était vide.

Que pourrais-je dire sans trahir ma colère ?

Je pouvais peut-être ne rien dire du tout. Elle pourrait prendre mon silence comme une sorte de profondeur.

- Tu as été une Choisie. Tu as forcément un avis

Elle me regardait attentivement, comme si elle voulait voir si j’allais lui mentir.

Était-ce un interrogatoire ? Me soupçonnait-elle de quelque chose ? Ou elle soupçonnait Kassian ?

- Je….

Je m’efforçai de trouver quelque chose à dire qui la satisferait sans me mettre en danger. Elle s'attendait à ce que je sois non conventionnelle. Elle s'attendait à ce que je dise quelque chose d’inattendu, d’inconfortable.

- Saviez-vous, Alpha, que dans mon village, on pense que vous êtes un homme ? dis-je, sans répondre à sa question.

L'Alpha pencha la tête sur le côté, m'étudiant.

- Oui, on croit souvent que je suis un homme. Comment une femme Fidèle, la plus faible et la plus rare de notre espèce, pourrait-elle diriger le royaume ?

- Les choses sont rarement telles qu’on se les imagine, commentai-je.

L'Alpha m'étudiait pensivement.

- Non, acquiesça-t-elle. Pas vraiment. Tu n’as pas répondu à ma question.

Elle n'allait pas me laisser m’en tirer si facilement.

Je pris une grande inspiration.

- J’ai vu une Choisie se donner la mort pour s'échapper quand j'étais sur le trajet vers la capitale, dis-je. Les Choisies de mon village étaient rejetées et détestées.

- Et toi ? demanda l'Alpha avec une expression curieuse.

- J'ai caché ma marque. Quand mon petit-ami a découvert ça, il a essayé de me tuer.

L'Alpha hocha lentement la tête.

- Alors, tu penses que c’est faux, ce qu’on vous dit sur le fait que c’est un honneur et un privilège d’être une Choisie ?

- Je…

J'avais l'impression qu'elle m'avait piégée, qu’elle m’avait conduite vers une conclusion à laquelle elle était peut-être déjà arrivée et qu'elle voulait seulement que je la confirme.

- Je pense que parfois la vérité est invisible.

- J’aimerais te montrer la vérité, petite rebelle, si tu veux bien la voir, murmura l'Alpha. Mais va, ton compagnon t'attend et il n'a pas l'air patient. C'est bien. Une telle possessivité montre que vous êtes liés.

Je me dirigeai vers Kassian, la tête pleine d'inquiétude et de confusion. Avais-je fait quelque chose qui me trahissait ?

Avais-je fait un faux pas ?

Quand je rejoignis Kassian, il toucha ma main comme s'il voulait me parler, mais les portes s’ouvrirent avant que nous ne puissions le faire. Une fille vêtue de blanc entra.

La cérémonie allait commencer.

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