Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 17 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Seize

À la tombée de la nuit, j'enfilai une robe ordinaire qui avait appartenu à une servante inconnue et cachai l'éclat d'argent volé dans l'armure de Kassian dans mes cheveux noués. Après avoir enroulé une cape grise autour de mes épaules, je me glissai dans la rue avec un panier suspendu à mon bras. J'aurais aimé pouvoir porter ma cape rouge, mais elle était bien trop belle pour une servante. Même avec toute l'usure qu'elle avait connue, elle aurait attiré l'attention.

J'avais obtenu des informations pour me repérer en prétextant chercher un endroit où je pourrais déjeuner avec l'une des épouses plus tard dans la semaine. Ollan avait semblé croire en mon mensonge.

Je m’engageai dans la direction qu'il m'avait indiquée, serrant la cape autour de mon corps pour me rassurer.

Les rues étaient vides et sombres. Quelques étoiles scintillaient au-dessus de ma tête entre les toits et le coucher du soleil brillait d'un rouge sinistre à l'horizon, comme un feu de forêt.

Je resserrai ma cape et accélérai le pas alors que des silhouettes s'approchaient dans une longue ruelle bordée de lanternes. Des voix résonnaient entre les murs couverts de vignes. Quelques jeunes Fidèles qui rentraient chez eux après une séance d'entraînement, d'après leur conversation. Ils me sentirent et tournèrent la tête dans ma direction. Je me concentrai pour marcher calmement.

J’étais juste une servante qui faisait quelques courses. Pas de quoi être nerveuse.

- Toi là, appela l'un des Fidèles. Attends un peu.

Je ralentis le pas.

Je ne pouvais pas les semer. Pouvais-je faire semblant que je n'avais pas entendu ?

Je continuai à marcher.

- Toi. Mademoiselle !

Ils s’avancèrent vers moi, se déployant de chaque côté pour me bloquer le passage.

Je m’arrêtai. Je ne pouvais pas agir sans réfléchir avec l'un d'eux devant moi.

L'éclat d'argent caché dans mes cheveux me revint en tête. Savoir qu'il était là me donna un peu de courage.

- Mademoiselle, répéta le Fidèle qui avait parlé. Que fais-tu ? Il fait nuit. Tu devrais être chez toi, au lit.

Il sourit, montrant toutes ses dents. Ses canines étaient pointues et scintillaient à la lumière des lanternes.

- Ma maîtresse voulait que je délivre un message, répondis-je d'un ton calme.

Je le regardai dans les yeux sans me cacher. Sous ma cape, les tatouages sur mon bras prouvant que j’étais l’épouse du Loup d'Argent me démangeaient.

Le sourire du Fidèle s'élargit. Il se rapprocha, me forçant à reculer jusqu'à ce que mes omoplates frôlent le mur.

- Drôle de moment pour envoyer un message.

Je sentais son souffle chaud sur ma joue droite.

- Elle a insisté, expliquai-je. Et les rues sont sûres, avec vous et vos amis qui les parcourent. Je n'ai rien à craindre.

Je le regardai à nouveau dans les yeux d’un air défiant.

- Quels grands yeux tu as, murmura-t-il.

- Pour mieux voir dans l'obscurité, répondis-je. Pourquoi croyez-vous que ma maîtresse m'envoie ?

Le Fidèle rigola dans un souffle.

- Tu devrais faire attention aux mensonges, dit-il. Les traîtres et les espions rôdent dans les rues la nuit pendant que les honnêtes gens dorment.

- Vous appartenez à quelle catégorie dans ce cas ? chuchotai-je.

J'étais allée un peu trop loin ; le sourire du Fidèle se tordit.

- Viens, dit-il en posant une lourde main sur mon épaule. Nous allons t'escorter jusqu'à ta destination et voir à quel point tu es honnête.

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine.

- Très bien, répondis-je, luttant pour garder une voix et un visage neutres même si la panique menaçait de m’envahir.

- Alors, dit le Fidèle. Ouvre la voie, grands yeux.

Comment pouvais-je me sortir de cette situation ?

Je marchais calmement mais rapidement, comme si j'avais un but, mais mes jambes étaient raides comme du bois et mon pouls s'emballait frénétiquement. Les Fidèles rasaient les murs derrière moi avec des mouvements lents, comme des prédateurs assurés d’attraper leur proie.

Ma peau se hérissa. Mon cuir chevelu brûlait à l'endroit où reposait l'éclat d'argent caché. C'était mon dernier recours.

Ma dernière carte, celle que je ne voulais pas avoir à jouer.

Si je sortais ce bout d'argent, ce serait parce que ma vie en dépendait, parce qu'une fois que je l'aurais montré, je ne pourrais plus prétendre être autre chose qu'une ennemie de l'Alpha.

Les tours d’acier recouvertes de vignes et de fougères se dressaient au-dessus de moi. Le vent murmurait sur mon visage et jouait avec ma cape et encore une fois, je la resserrai.

Que se passerait-il s'ils découvraient ma marque ? Ils sauraient que je mentais, évidemment. Serais-je perçue comme une traître ?

Je tournai dans un coin et faillis trébucher sur une pierre.

J'en eus le souffle coupé et ravalai un soupir qui aurait pu attirer l'attention des Fidèles qui me suivaient et leur faire remarquer ce que j'avais vu et qui m'avait tant troublée.

Un panneau était accroché devant une taverne au bout de la rue, portant la silhouette d'un cerf avec des bois massifs de la longueur de son corps.

Le panneau du cerf.

C'était ma destination initiale, l'endroit où je devais attendre un membre de l'Ordre Pourpre.

Je ne pouvais pas les rencontrer maintenant.

Je ralentis le pas mais je continuai sans m’arrêter.

Quelqu'un était appuyé contre le perron et nous observait sous le capuchon d'une cape grise. Sa tête se tourna pour suivre mes mouvements tandis que je continuais à marcher, les trois Fidèles derrière moi.

Je pris un autre virage et la taverne et son enseigne disparurent.

Le désespoir menaçait de m'engloutir.

Venais-je de gâcher ma seule chance d'obtenir de l'aide de leur part ?

Je ne pouvais pas m'attarder sur cette question maintenant, pas avec trois Fidèles sur mes pas.

Je passai devant trois autres tavernes, toutes plus bruyantes les unes que les autres. Je n'aperçus que des humains à l'intérieur, bien sûr, puisque les Fidèles s'abstenaient de boire.

- C'est encore loin, grands yeux ? grogna un Fidèle.

- Non, ai-je répondu.

J'étais à bout de souffle.

Un autre coin. Un autre virage. Seraient-ils fatigués de me suivre au point de me laisser ?

Je ne devais pas me faire de faux espoirs.

Devant moi, un éclair rose. L'espoir germa dans ma poitrine.

- On y est presque, murmurai-je dans leur direction.

Je marchai avec confiance jusqu'à la porte d'entrée de la grande maison couverte de vignes fleuries roses. Les Fidèles restèrent en retrait, attendant dans la rue, surveillant chacun de mes mouvements.

Je levai le poing vers la porte pour frapper. Mon estomac se noua.

Et si elle révélait qui j'étais ? Et si elle m'appelait Lady Rae ?

Je frappai.

Dans le silence qui suivit, j'enfonçai mes ongles dans mes paumes et comptai les battements de mon cœur.

Des bruits de pas. Le bruit d'une serrure qui tournait.

La porte s'ouvrit. Une femme humaine regarda dehors et me vit avec les Fidèles derrière moi. Elle fronça les sourcils.

- Oui ? demanda-t-elle brusquement.

- J'ai un message pour la maîtresse de maison, dis-je. De Lady Rae.

- Dis-le moi, alors.

Mon cœur battait fort.

- La dame exige que je le délivre en personne.

- Lady Aza est déjà au lit, répondit la servante.

- Elle voudra l'entendre, insistai-je.

- Attends ici, dit la femme avant de disparaitre dans la maison.

Les trois Fidèles attendaient silencieusement derrière moi. Je n'osais pas les regarder de peur que mon angoisse ne se lise sur mon visage.

Encore des bruits de pas. Cette fois, Aza apparut dans le cadre de la porte. Elle était vêtue d'une robe noire flottante qui cachait presque son ventre. Elle me regarda et lança un coup d'œil vers les trois Fidèles qui m’escortaient. A leur vue, ses yeux s’agrandirent légèrement.

- J'ai un message de Lady Rae, annonçai-je avant qu’elle ne puisse dire quoi que ce soit. Puis-je entrer ?

- Je t’en prie, répondit-elle avant de s’écarter pour me laisser passer.

Alors que je posais mon pied sur le seuil, je me retournai vers les Fidèles en retrait.

- Merci de m’avoir escortée si gentiment. La maîtresse de maison me fera raccompagner.

- Bien sûr, confirma fermement Aza. Merci, vous pouvez partir.

Les Fidèles s’inclinèrent poliment devant elle et disparurent dans l'ombre.

Mes jambes tremblaient. J'aurais pu m'écrouler par terre de soulagement.

Je suivis Aza à l'intérieur en silence. Elle ferma la porte et la verrouilla, puis elle se retourna et me regarda sans parler pendant ce qui me sembla être une éternité.

- Devrions-nous aller dans le salon ? demanda-t-elle enfin.

Mon compagnon dort dans son lit.

- Oui. S'il te plaît.

La femme qui avait ouvert la porte en premier s'était attardée dans le hall. Aza lui demanda de préparer du thé et elle disparut.

Nous entrâmes dans une pièce adjacente au hall d’entrée, une version plus petite et plus épurée de la pièce où je m'étais assise plus tôt dans la journée avec Elisa et où j'avais reçu des invités et des cadeaux.

Aza fit un signe de tête vers le canapé et s'assit. Malgré son invitation, je décidai de rester debout.

- Merci, dis-je.

Aza m'étudiait.

- Comptes-tu m’expliquer ce qu’il vient de se passer ?

- Je me promenais. Ces Fidèles m'ont entourée et m’ont accusée à demi-mots. J'avais besoin d'une solution pour m’en débarrasser

Aza jouait avec la ceinture de son peignoir.

- Tu aurais pu leur dire qui tu étais. Leur montrer la marque sur ton épaule qui prouve que tu es l'épouse du plus puissant des Fidèles de la ville, à part l'Alpha.

- Je... ne pense pas qu'il serait heureux de découvrir que je me promène la nuit.

- Je vois.

- Et puis, tu m’as invitée à venir te voir…, ajoutai-je faiblement, un sourire forcé sur la bouche.

Aza fit un signe de tête.

- Tu as aimé mon cadeau ?

L'oiseau.

- Il est magnifique, dis-je honnêtement.

Aza semblait hésiter à dire quelque chose. J’avais du mal à la suivre.

- Veux-tu rester et discuter un peu ? Jouer aux cartes ? J'adore les jeux de cartes, contrairement aux Fidèles.

- Je dois vraiment rentrer, répondis-je. Tu étais déjà couchée, si j’ai bien compris. Tu dois être fatiguée. Je ne veux pas te déranger plus longtemps.

- Oh, je ne dormais pas. Le bébé aime donner des coups de pied à cette heure de la nuit.

Mes yeux se posèrent sur son ventre et s’en éloignèrent aussi rapidement.

Aza aperçut mon malaise. Un froncement de sourcils apparut entre ses yeux mais s'effaça immédiatement.

- Lord Vixor est-il encore absent ? demanda-t-elle.

Je sursautai.

- Je... non, il est à la maison.

- Tu peux rentrer avec mon carrosse, dit-elle. Tu ne risqueras pas de rencontrer d'autres escortes de Fidèles enthousiastes comme ça. Ce ne sera pas aussi bon pour tes jambes, je suppose, mais tu as déjà marché jusqu'ici.

- Merci, répondis-je.

Elle continuait de m'étudier.

Nous nous levâmes en même temps. Aza me serra dans ses bras et je sentis son ventre dur et rebondi contre moi. Cette sensation me tordit l’estomac.

- Reviens, dit-elle. Pendant la journée, la prochaine fois.

~

Le trajet en carrosse fut rapide, car j’avais demandé à ce qu'on me laisse

descendre à la taverne qui avait le panneau du cerf.

La silhouette qui m'avait vue passer avec les trois Fidèles était partie. Le

devant de la taverne était désert mais de la lumière et du son s'échappaient des fenêtres.

Je remerciai le chauffeur et lui expliquai que je voulais faire le reste du

chemin à pied.

Après le départ du carrosse, j’entrai à l'intérieur.

La chaleur et le bruit m'enveloppèrent d’un coup. Des hommes et des

femmes levèrent les yeux vers moi depuis leurs tables. Quand ils virent que j'étais humaine et habillée simplement, ils détournèrent le regard comme si nous avions un accord tacite pour nous laisser tranquilles et faire semblant de ne pas nous voir.

Peut-être que tous les humains qui sortaient la nuit faisaient de même.

Je traversai la pièce avec l’assurance de quelqu'un qui sait ce qu’il est

venu chercher. Je me rendis au bar et commandai de l'eau, puis je m’assis à une table dans un coin de la pièce et observai mon environnement.

Je ne savais pas combien de temps je devais rester. Je ne suivais pas

exactement les instructions - on m'avait dit d'attendre en dessous de l'enseigne, pas de rentrer à l'intérieur et de m’asseoir à une table - mais j'étais là, et ce n'était pas rien après le début de soirée que je venais de passer.

Je décidai donc d’attendre.

- Je ne vous ai jamais vue ici avant, remarqua une voix derrière moi.

Je levai les yeux et aperçus une fille avec un sourire léger et des taches de

rousseur sur les joues qui la faisaient paraître plus jeune qu'elle ne l'était probablement. Elle avait une main sur sa hanche dans une pose détendue, mais ses yeux étaient prudents.

- J’ai un visage facile à oublier, répondis-je, sur mes gardes.

Je n’avais aucun doute quant au fait qu'elle avait été envoyée pour voir

qui j’étais.

- Vous êtes nouvelle ici, continua-t-elle, ne croyant pas à mon

explication. Je m'appelle Clare.

- Rose, annonçai-je, en utilisant un vieux surnom que ma mère m'avait

donné quand j'étais bébé.

- Bienvenue, Rose, dit Clare.

Son regard passa sur mes vêtements et ma cape.

- Vous attendez quelqu'un en particulier ?

- Ils ont dit qu'ils viendraient me voir, mais je suis en retard.

Je ne sais pas s'ils vont venir.

Sa posture se détendit un peu.

- En fait, dit-elle, je pense savoir qui vous cherche. Elle attend en bas et

m'a demandé d'ouvrir l'œil. Suivez-moi.

Clare me conduisit à travers le labyrinthe de tables à l'arrière, à travers la

cuisine remplie de casseroles de soupe fumantes et d'éviers remplis de mousse, jusqu'à un garde-manger. Elle s'accroupit, poussa un tapis, et souleva une trappe cachée en dessous.

Une échelle menait dans l'obscurité.

Ma gorge se serra.

- Je…

- La cave à vin, expliqua-t-elle. Dois-je y aller en premier ?

- S'il vous plaît.

Elle descendit avec une facilité déconcertante et attendit que je descende

derrière elle plus lentement. La pièce en dessous était sombre, éclairée par une seule lanterne qui vacillait. Clare la souleva de son clou et ouvrit le chemin, s’enfonçant profondément dans la pénombre.

Quelques pas plus loin, je vis des silhouettes. Je reculai

automatiquement, mais Clare s'avança avec la lumière de la lanterne.

- Tu as réussi, annonça-t-elle, le soulagement dans la voix.

Quand Bill t'a vu avec ces Fidèles, nous avons craint le pire.

J’expirai de soulagement, moi aussi, en regardant les autres autour d’elle.

Leurs visages étaient féroces et leurs expressions sinistres. Je me demandais quelle était la pire chose qu'ils craignaient et je frissonnai devant les suggestions que mon esprit me fit.

- Moi aussi, j'ai eu peur.

Ils étaient cinq, sans compter Clare. Deux jeunes hommes, l'un brun et

grand et l'autre petit et pâle, me regardaient les bras croisés. Deux femmes se tenaient à leur gauche. Elles étaient plus âgées avec des rides sur leur front et autour de leur bouche, et des mèches argentées dans leurs cheveux. Et Snow, qui se tenait à côté de moi, presque comme pour me soutenir.

- Comment as-tu réussi à te libérer d'eux ? demanda l'une des femmes.

Elle était celle qui avait le plus de cheveux gris. Elle avait l'air d'être celle

qui dirigeait le groupe.

Je leur expliquai comment je m'étais rendue chez Aza en prétendant avoir

un message à lui porter et ils m’écoutèrent, la mine grave.

- Elle réfléchit vite, murmura le plus beau des hommes à l'autre. Ça

montre un esprit intelligent et des nerfs solides.

- Peut-être, répondit l'autre. Ou alors c’est une ruse pour gagner notre

confiance.

- Jamison, tonna la femme la plus âgée, comme pour le réprimander.

Elle reporta son attention sur moi.

- Mais tu as demandé à la diligence de t’amener ici. Ton amie pourrait

découvrir cette information et le dire à son mari, et tu pourrais être reliée à une taverne connue pour être ouverte à l’Ordre Pourpre.

- Elle ne dira rien, rétorquai-je bien que je ne fusse pas du tout sûre de ce

fait.

- C’est la femme d'un Fidèle. Un voile noir, cracha l’un des hommes

comme s’il s’agissait d’une insulte. On ne peut pas lui faire confiance.

- Vous me faites confiance, rétorquai-je. Je suis la femme d'un Fidèle. Un

voile noir.

La femme jeta un regard lourd sur mon ventre.

- Ta situation est unique. Tu t’es habilement engagée dans un mariage

puissant alors même que tu cherches à t’échapper.

Nous savons que tu n’es pas une sympathisante Fidèle.

- Ces femmes qui épousent des hommes Fidèles, continua une autre, on

ne peut pas leur faire confiance. Elles ont fait une chose impardonnable. Elles servent la cause de l'ennemi. Elles donnent naissance à des soldats pour nous opprimer. Ce sont des traîtres et nous ne pourrons jamais oublier comment elles ont contribué à notre oppression.

Je serrai les lèvres et choisis de ne pas répondre. Combien de ces bébés

étaient nés après un viol ? Combien de ces femmes étaient comme celles que j’avais connues à la maison de Mère Shade, désespérées et prises au piège ?

Et même si Aza aimait son mari et était heureuse de porter son bébé, elle

avait aussi accepté de m’aider en soutenant mon mensonge. Elle m’avait accueillie et couverte au péril de sa vie.

En fin de compte, je faisais confiance à Aza autant qu'à ces rebelles.

- Présentons-nous, ordonna la femme la plus âgée, avant de s’engager

dans des débats inutiles.

Elle jeta un regard réprobateur aux autres avant de se tourner vers moi.

- On m'appelle Cressida, et voici Willow, dit-elle en désignant l'autre

femme. Tu connais déjà Snow. Ce ne sont pas nos vrais noms, bien sûr.

- Oui, dis-je, je m’en doute.

- Ces deux-là s'appellent Bill et Jamison.

Cressida fit un signe de la main vers les jeunes hommes qui hochèrent la

tête en guise de réponse.

Ils semblaient être les plus sceptiques.

- Appelez-moi Rose, annonçai-je. Puisque nous choisissons des faux

noms.

- Très bien, Rose. J’ai cru comprendre que tu voulais t'échapper de ta

cage dorée, dit Willow.

- Oui.

Ils m'étudiaient tous avec curiosité.

- Tu t'es échappée une première fois avec l'aide de Snow, ajouta Cressida.

Et pourtant, tu es revenue.

- J'ai été recapturée, corrigeai-je.

Son regard était lourd, inquisiteur. Mes mains étaient moites.

Et s'ils refusaient de m'aider ?

- Oui, à moins d'un jour de marche de la ville, selon nos sources, continua

Willow. C’est étrange pour quelqu'un qui avait fui près d'une semaine auparavant.

- Je revenais pour quelqu'un, ai-je répondu.

Leur intérêt avait été piqué.

- Qui ? demanda Bill.

Snow m'observait aussi attentivement que les autres. Avait-elle des

soupçons ?

- Un camarade prisonnier, répondis-je avec assurance.

Ce n'était pas un mensonge.

- Et ce prisonnier est capable de s'échapper maintenant ?

Willow jeta un coup d'œil à Jamison, qui leva les sourcils en réponse

dans un signal de communication privé.

- Non, avouai-je, transpirant davantage. Mais j'y travaille. J'espère que ce

sera bientôt le cas.

- L'espoir est une chose inutile dans notre monde, rétorqua Cressida. Il ne

te servira pas, comme toutes les émotions humaines les plus faibles.

- Je sais que ce sera bientôt le cas, affirmai-je plus fermement.

Cressida émit un son au fond de sa gorge qui aurait pu être une indication

de son scepticisme.

- Nous ne travaillons pas gratuitement, dit-elle. Nous avons infiltré cette

ville pour faire tomber l'Alpha et son empire d'oppression. Nous pouvons vous faire sortir de la ville, toi et ton ami, avec des indications pour vous mettre en sécurité quelque part au-delà, mais cela vous coûtera cher.

- Vous voulez que j'espionne.

Les lèvres de Cressida se pressèrent.

- Prouve-nous que tu es digne de ce risque et nous t'aiderons. Mérite ta

liberté, et tu l'auras.

Je levai le menton et décidai d’ignorer le mauvais pressentiment qui se

formait dans mes tripes.

- Dites-moi seulement ce que je dois faire.

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