Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 46 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Quarante-Cinq

Elisa rayonnait quand elle entra dans la pièce. Je n'étais pas sûre de ce que Kassian lui avait dit à mon sujet, mais son étreinte suggérait que c'était positif.

- Vous m’avez manquée, dit-elle en se reculant pour me regarder. Nous étions inquiets quand vous êtes tombée malade.

- Vraiment ? demandai-je en haussant un sourcil surpris. Je sais ce que les domestiques disent de moi.

Elisa secoua la tête.

- Je pense que certains d'entre eux ont changé d’avis. Ils ont vu la façon dont Lord Vixor vous regarde quand il pense que vous ne le remarquez pas. Et quand vous étiez malade, ils l'ont vu revenir à la hâte et se précipiter dans la maison…

Elle fit une pause.

- Beaucoup étaient inquiets. Ils lui sont fidèles et quand ils ont réalisé qu'il vous aimait vraiment, ils ont découvert qu'ils pouvaient vous apprécier aussi.

Elle posa ses deux mains sur mes épaules et me tourna pour que je fasse face au miroir.

- Vous êtes encore un peu pâle et vous avez perdu du poids. Je vais vous aider à dissimuler ça. Personne ne sait à quel point vous avez été malade et ils n’ont pas besoin de le savoir.

Quand j'aurai fini, vous brillerez.

J'étais contente qu’elle soit revenue.

~

Quand Elisa eut fini, comme elle l'avait promis, je rayonnais. Mes yeux étaient bordés de noir, mes cils étaient longs et sombres comme des plumes et mes lèvres étaient recouvertes d’un violet sombre et séduisant. Mes joues étaient rouges et mes pommettes et clavicules brillaient avec des paillettes.

Ma robe était simple, une robe noire moulante avec un dos nu qui montrait ma colonne vertébrale. Elisa attacha mes cheveux et le voile, puis elle recula et m'examina.

- Vous ressemblez à une reine, dit-elle.

Mon estomac se serra quand je pensai à ce qui m’attendait. Encore une cérémonie de mariage. Une autre fille vêtue de blanc avec du sang sur sa robe.

J'étais forte. Je pouvais survivre à cette soirée.

Kassian attendait dans le hall, vêtu de son armure d'argent et de sa cape noire, son masque sous le bras. Ses yeux me dévorèrent alors que je sortais de l'ascenseur et mon estomac fit un bond.

Je l'aimais.

Et il m'aimait.

Il m'offrit son bras et nous marchâmes ensemble vers le carrosse.

- Tu es à couper le souffle, murmura-t-il alors que nous montions à l'intérieur.

Cette fois, je ne m’assis pas en face de lui. Nous parlâmes que très peu pendant le trajet.

J’essayai de me calmer tant que j’étais avec lui.

~

L'endroit où j'avais affronté Kryf me remplissait toujours d'un profond sentiment d'effroi.

- Respire, murmura Kassian contre mes cheveux en se penchant pour m'embrasser. Je suis là avec toi.

Nous entrâmes ensemble et j'essayai de ne pas regarder l'arène remplie de sable ni la file de filles assises en masques et capes blancs.

Nous prîmes place, mais j'étais trop agitée pour m'asseoir et trop tendue pour rester immobile. Je fis le tour du fond de la grande pièce, scrutant les visages à la recherche d'un signe d'Aza.

Au lieu de cela, je trouvai Iola.

- Comme c'est bon de te revoir en forme, dit-elle en haussant un sourcil alors que son regard me balayait de la tête aux pieds. J'ai entendu dire que tu avais été malade. Rien de bien grave, j'espère ?

Je serrai les dents. C’était probablement elle qui m'avait empoisonnée et elle jubilait. Je voulais la confronter mais je me retins et me forçai à lui sourire.

- Rien de grave du tout, répondis-je. C'était agréable d'avoir quelques jours seule avec mon compagnon.

Je lui lançai un regard significatif et j'aperçus une forme de répulsion dans son expression avant qu'elle ne cligne des yeux.

Était-elle dégoûtée que moi, une fille perdue des forêts, je sois mariée au Loup d'Argent ? Avait-elle espéré pouvoir l’épouser ?

Cela n'avait pas d'importance. Je me fichais de ce qu'elle pensait.

Je la dépassai sans un mot de plus et faillis entrer en collision avec Aza.

- Red, haleta-t-elle, attrapant mon bras et m'attirant dans une étreinte maladroite. Tu es venue. Je ne pensais pas que tu pourrais sortir du lit.

- Je me sens mieux, dis-je.

Je marquai une pause.

- Comment les gens savent-ils que j'étais malade ? Iola vient de m’en parler.

Le visage d'Aza pâlit.

- Vraiment ?

Une sensation terrible s'empara du creux de mon estomac. Aza semblait se décomposer sous son voile et dans sa robe noire. Elle me regarda, les yeux écarquillés, puis elle chuchota.

- J'ai besoin de te parler de quelque chose. En privé.

La cérémonie n'avait pas encore commencé. Je pris Aza par le coude et la dirigeai vers l'une des portes latérales qui menaient aux couloirs de service.

Dès que la porte se referma derrière nous et que le vacarme s’estompa, Aza éclata en sanglots.

- Je suis désolée, dit-elle en s'essuyant les yeux du revers de la main. Je n'aurais jamais dû... je ne savais pas quoi faire…

- Quoi ? De quoi parles-tu, Aza ?

Un sentiment terrible grandissait, m'envahissait, mais j'avais l'impression de ne pas pouvoir pleinement comprendre.

Pas avant qu'elle n'ait dit les mots et transformé ma peur en réalité.

- J'ai mis du poison dans ton verre pour te rendre malade, déclara Aza en se couvrant le visage de son voile.

Ses sanglots silencieux résonnaient dans le couloir alors que je commençais à comprendre ce qu’elle disait. Je reculai d'un pas alors que je réalisais la portée de son aveu.

- Pourquoi ? réussis-je finalement à articuler.

Aza renifla misérablement.

- Je ne savais pas quoi faire. Je voulais partir, mais pas sans Bronson. Je pensais que tu essaierais de me convaincre quoiqu’il arrive. Mais si tu étais malade… je pensais que nous trouverions un moyen de le faire sortir avec nous quand nous aurions une autre chance.

- Une autre chance ? m’exclamai-je, une colère aveuglante s’emparant de moi. Il n'y aura pas d'autre chance. C'était notre seule chance. Pour nous deux. Maintenant, c'est fini.

- Je suis désolée, murmura-t-elle. Je suis désolée. Je ne pouvais pas partir comme ça. Je ne savais pas quoi faire d'autre. Je savais que si tu partais, je perdrais mon seul espoir. Je pensais retarder l’évasion en te rendant légèrement malade… Mais ma main a dû glisser et j’ai versé trop de poison. Iola m'a vue faire, j'en suis sûre. C'est comme ça qu'elle a su que tu étais malade.

Elle pleura plus fort. Je me tournai et ouvris la porte, la laissant dans le couloir alors que j’entrais à nouveau dans la grande salle bruyante. Mes pensées étaient un torrent de fureur, de frustration et d'incrédulité.

Elle était mon amie. Je lui avais fait confiance.

Ma vision se brouilla alors que je me frayais un chemin à travers la foule jusqu'à l'endroit où Kassian attendait près de l'Alpha. Il portait son masque et je l'enviais. j’aurais apprécié avoir un masque pour couvrir mon chagrin, ma rage et ma tristesse. Le voile ne suffisait pas mais je le rajustai quand même sur mon visage, espérant que le tissu en dentelle dissimulerait mon expression.

De l'autre côté de la pièce, les Choisies formaient un mur blanc. Les regarder remplit ma gorge d'une boule de douleur qui m’empêchait presque de respirer.

Nous étions toutes prises au piège, qu’importe si l’on portait du noir, du blanc ou de l'argent.

Kassian posa une main gantée sur mon poignet dans un geste possessif.

Je savais que c'était un signal qu'il avait vu ma détresse.

- Red, m'accueillit l'Alpha avec une légère inclinaison de la tête. Comment vas-tu ce soir ?

Pouvait-elle sentir mon angoisse ? Pouvait-elle entendre les battements de mon cœur ? Je savais que leurs sens étaient plus forts.

- Nous nous sommes disputés sur le chemin, déclara Kassian doucement, m'épargnant une réponse.

- Disputés ? répéta l'Alpha en haussant un sourcil.

- Sur le prénom que nous donnerons à notre premier enfant, dit-il, et l'autre sourcil de l'Alpha se leva.

- Es-tu… ?

- Il est trop tôt pour le dire, hésitai-je.

Je n'étais pas assez stupide pour mentir ouvertement à l’Alpha alors que j’étais sûre de ne pas être enceinte. Cependant, la possibilité que je le sois suffisait et constituait une excuse à toute volatilité émotionnelle de ma part.

Pourtant, si j’étais bien certaine d’une chose, c’était de ne pas fournir d’enfant à l'armée de l'Alpha. Je préférais mourir.

- J'attends ce jour avec impatience, déclara l'Alpha. Ce sera l'un de mes plus grands bonheurs de savoir que mon Loup d’Argent attend un enfant.

La curiosité me saisit malgré ma nervosité. Pourquoi était-ce si important ? Était-elle amoureuse de lui ? Avait-elle un objectif sinistre en tête en ce qui concernait les enfants de Kassian ? Voulait-elle qu'un autre favori le remplace ?

- Vous n'avez pas d'enfants, dis-je. Même pas même des enfant adoptés.

L'Alpha inclina la tête dans ma direction. Le relief de ses pommettes saillantes brillait à la lueur du feu. À côté de moi, Kassian se raidit.

- Ce n'est pas à l'Alpha d'avoir une progéniture, même si je pouvais en produire, déclara-t-elle. C'est comme ça que les Fidèles font les choses. L'Alpha n'élève pas une dynastie. Nous choisissons un successeur parmi ceux qui ont servi, parcouru le monde et vu ses dangers et trésors. Ceux qui comprennent ce qui vaut la peine d'être protégé et pourquoi nous devons le faire.

Elle me sourit.

- C'est aussi la beauté de notre méthode : chaque Fidèle doit avoir une mère humaine. Il ou elle ne peut jamais oublier sa part qui appartient aux premiers habitants de ce monde.

Mon front dut se plisser derrière mon voile car elle continua.

- Connais-tu l'histoire de notre existence ? Pourquoi nous fonctionnons comme ça ?

Je secouai la tête en silence, n’étant pas certaine d’arriver à parler.

- Il faudra que je te la raconte un jour, murmura-t-elle. Mais pas ce soir. La cérémonie est sur le point de commencer.

Les portes s'ouvrirent de l'autre côté de la pièce alors qu'un silence s'abattit sur la foule. Ma peau picotait lorsqu'une fille en blanc sortit de l'obscurité, son masque cachant ses traits.

Elle traversa l'arène de sable et hésita, puis elle arracha son masque et le jeta de côté.

Mon cœur manqua un battement.

C'était Selene.

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