Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)
Chapitre DIX
Deux jours plus tard, je me tenais devant l'armoire de Kassian, regardant la robe que j'allais porter à la cérémonie de marquage. Le tissu de la robe était fin, soyeux, et ne ressemblait en rien à ce que j'avais porté auparavant. La robe n’avait pas de manches, probablement pour permettre à tout le monde de voir les marques sur mon bras.
J'avalai de travers alors que les souvenirs défilaient dans ma tête. Des soldats Fidèles me poussant au sol. La lumière scintillant sur les masques de loups noirs. Des mains me maintenant au sol alors que la marque de Choisie était gravée sur ma peau.
Dog enfouit son nez dans ma main et gémit comme si elle sentait que j’étais triste. Je caressai sa tête.
Quelqu’un frappa à la porte puis une voix de jeune femme s’éleva timidement.
- Madame ?
- Entrez, répondis-je.
Mes mains s’enfouirent dans les plis de la robe lorsque la porte s'ouvrit et qu'une fille entra.
Ollan avait mentionné une servante. Ce devait être elle.
La servante était humaine, grande et belle, avec une peau marron clair et des cheveux noirs raides qui étaient tirés en une tresse serrée qui tombait dans son dos. Elle portait un vêtement cousus de morceaux asymétriques de tissu gris et noir, bordé de tissu argenté. Une référence aux couleurs de son maître.
- Bonjour, Madame, dit-elle. Je m'appelle Elisa. Je suis ici pour vous aider à préparer votre cérémonie de marquage.
- Je suis Meredith, répondis-je et elle sourit légèrement.
- Oui, c'est ce que j'ai entendu dire.
Elisa traversa la pièce jusqu'au lit et se mit à côté de moi, me dévisageant de la tête aux pieds.
Je lui retournai son regard spéculatif et je ne manquai pas le soupçon de sourire qui s'était dessiné sur sa bouche, bien que n’arrivais pas à dire si ce sourire était gentil ou moqueur.
- Une fois que nous aurons fini de nous juger en silence, reprit-elle, je vais vous aider à enfiler cette robe. J'ai besoin de tout le reste du temps pour essayer de faire quelque chose de vos cheveux.
Elle dit cela en riant, sans malice, comme si j'étais sa sœur. Son ton me rassura. Je pensais qu'elle me traiterait soit avec un respect craintif, soit avec un dédain froid. Au lieu de cela, elle était d'une familiarité autoritaire.
Si elle me méprisait comme les autres, elle le dissimulait bien.
C'était exactement ce dont j'avais besoin pour me calmer.
- Très bien, approuvai-je. Et tu peux faire quelque chose pour mon visage ?
- Votre visage, répéta-t-elle en haussant les sourcils. Que voulez-vous exactement ?
J'avais vu les visages des femmes voilées de noir au marché. Elles avaient des peintures et des poudres sur la peau qui leur conféraient une beauté d'un autre monde, une beauté qui formait presque comme un masque entre elles et les Fidèles.
Si je devais jouer ce jeu, je devais le faire correctement.
- Je veux ressembler à ce qu'on attend de la femme du Loup d'Argent, dis-je. Avoir l’air féroce.
- Hmm, répondit Elisa, pensive.
Elle pencha sa tête sur le côté et prit mon menton dans ses mains. Elle tourna ma tête dans un sens puis dans l'autre.
- Hmm, oui. Venez, m'intima-t-elle en récupérant la robe.
On va vous préparer pour votre mariage avec Lord Vixor devant une foule de centaines de personnes. Quand j'en aurai fini avec vous, chaque femme Choisie dans la salle souhaitera être à votre place, et que ce soit son mariage.
Mariage.
Je clignai des yeux. Je repensais à l’époque où, dans mon lit d'enfant, j’avais rêvé de mon mariage avec Kassian. Je m’étais imaginé porter une robe blanche brodée de chèvrefeuilles, pas cette robe noire digne d’un deuil. Je m’étais imaginé porter le voile de ma mère, pas celui qui ressemblait à une toile d'araignée sombre. Mon père et ma grand-mère m’auraient conduite à l’autel, j’aurais été entourée de ma famille et de mes amis, mariée sous le soleil, les mains de Kassian dans les miennes. J’aurais porté du chèvrefeuille dont le parfum aurait embaumé l'air.
Les larmes me piquaient les yeux et je les chassai avec un clignement des paupières.
Ce mariage était un beau fantasme, mais il ne restait qu'un fantasme.
Quand Elisa eut fini de m'habiller, de peigner et de tresser mes cheveux, de placer le voile et de me maquiller, elle se recula et joignit ses mains.
- Je pense que j'ai fini, annonça-t-elle. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Une nouvelle bouffée de peur me saisit. Comme je ne bougeais pas, Elisa me fit pivoter pour que je fasse face au miroir.
- Qu'en pensez-vous, Lady Rae ?
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