Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)
Chapitre Onze
La robe était cintrée à la taille puis s'évasait sur mes hanches et mes jambes avant de tomber au sol dans une cascade de tissu. Le voile sur ma tête, noir entrelacé d'argent, tombait sur mes épaules et dans mon dos. Mes yeux étaient entourés de maquillage noir, mes cils bordaient mes yeux comme des ailes d’oiseau corbeau. Mes lèvres étaient recouvertes de rouge, contrastant avec mon visage pâle. D'une manière ou d'une autre, Elisa avait utilisé son maquillage pour sculpter des reliefs sous mes pommettes et le long de mes tempes. Le visage qui se reflétait dans le miroir était beau et impitoyable.
Même Mère Shade m’aurait trouvée redoutable, pensai-je avec une sinistre satisfaction.
Ollan frappa à la porte et Elisa me poussa dans l'ascenseur. Pendant que nous descendions, je pensai à l'éclat d'argent de l'armure de Kassian, caché sous mon matelas. J’aurais aimé avoir eu le temps de l'emporter avec moi.
Quand nous atteignîmes le rez-de-chaussée, Ollan et Elisa me firent monter dans un carrosse qui attendait dehors.
Je m’assis, écoutant le bruit de ma lourde respiration et des battements de mon cœur dans ma poitrine alors que la ville défilait devant mes yeux.
Je détestais la beauté de cette capitale. J’aurais voulu qu’elle soit laide et horrible, morte. Au lieu de cela, la lumière du soleil filtrait à travers des tunnels verts d'arbres et de vignes verdoyantes.
Une file de femmes vêtues de blanc attira mon attention lorsque le carrossa tourna au coin de la rue et je pressai mes mains et mon visage contre la vitre, mon souffle embrumant la fenêtre tandis que je m'efforçais de voir si c'était les filles de Mère Shade.
Je ne pouvais pas le dire. Elles marchaient dans la direction opposée avec leurs masques, et la femme qui les menait avait le visage détourné. Au passage du carrosse, elle regarda dans ma direction et je me rassis rapidement dans les coussins. L'idée de poser à nouveau les yeux sur Mère Shade me serrait l'estomac.
Nous finîmes par nous arrêter.
J'étais arrivée.
La tour de l'Alpha était le plus haut bâtiment de la ville, et contrairement aux autres, elle était dépourvue de vignes et de végétation. Elle scintillait comme une épine nue devant moi alors que je sortais du carrosse, me sentant soudainement seule et petite.
Je pris une grande inspiration et me redressai.
Je pouvais le faire.
En tenant ma robe, je fis un pas vers la porte d'entrée. Le faux tatouage brûlait comme un secret sous le voile. J’en entrevis un bout et une sensation de nausée me prit la gorge.
Je m’arrêtai près de la porte, rassemblant tout mon courage, puis je pénétrai à l’intérieur de la tour étincelante, la tête haute.
Les gardes me conduisirent dans un long couloir sombre, bordé de torches vacillantes. Nos pas résonnaient. Je tremblais, et je m'en voulais de trembler. J'aurais le temps d'avoir peur plus tard, quand tout serait terminé. Mais je n'arrivais pas à m'en empêcher.
Je m’arrêtai au seuil de la pièce.
La pièce était faite de surfaces réfléchissantes. Je pouvais voir à l'intérieur, et partout où je regardais, je voyais le scintillement des faux sourires et des flammes. La lumière des flambeaux et le glamour. Des Fidèles parés de leurs plus beaux atours, des épouses vêtues de noir accrochées à leur bras. Il n'y avait pas de filles habillées en blanc ici, pas de Choisies pour observer ce qu’il se passait. Cette fête était réservée aux membres du cercle restreint.
J'étais soulagée au plus haut point de ne pas revoir Mère Shade, mais j'aurais aimé avoir le soutien de mes sœurs comme je l'avais eu pendant le combat contre Kryf.
Ici, j'étais seule.
Comme un agneau parmi les loups.
Non. Pas un agneau. Une colombe peut-être. Un aigle. Avec des serres plus aiguisées que ce qu’ils pensaient.
Cette pensée me donna assez de force pour franchir le seuil.
Au bout de la pièce, assise sur un trône de métal, se trouvait l'Alpha. Ses courts cheveux bruns brillaient à la lumière du feu. Sa robe était d'un rouge sombre et profond, de la couleur du sang séché.
Elle me regarda fixement et mon cœur manqua un battement. J'hésitai à avancer.
Où était Kassian ?
J’eus soudainement peur que tout ceci ne soit juste qu’un piège, qu'ils m'avaient habillée et amenée ici seulement pour me condamner pour mensonge et trahison car j’étais une espionne pour l'Ordre Pourpre. Que l'Alpha me condamnerait à mort et que les Fidèles et leurs femmes m’arracheraient la peau avec leurs dents.
L'Alpha me fit signe d'une main.
Mon voile vola autour de mes épaules lorsque je franchis le seuil de la pièce étincelante et le murmure des voix se tut.
L'Alpha se leva de sa chaise et s'approcha de moi. La foule s'était écartée pour elle, faisant de la place autour de nous deux au centre de la pièce.
- Lady Rae, dit-elle quand elle m'atteignit. Nous nous rencontrons à nouveau. Tu es éblouissante ce soir.
Je mis un genou à terre pour m'incliner comme j'avais vu Kassian le faire la dernière fois que j'avais été ici.
- Alpha, répondis-je.
Je gardai mes yeux sur le sol près de ses pieds. Je n'étais pas sûr que ce soit bien.
- Regarde-moi, dit-elle.
Je levai les yeux, mon regard tombant d'abord sur la cicatrice en forme de X qui déformait ses traits autrement beaux, presque enfantins, et qui s'étendait de la naissance de ses cheveux à sa mâchoire, des deux côtés.
- Vous n'étiez pas si désireuse de détourner le regard la dernière fois que vous êtes venue ici, remarqua-t-elle.
Je réalisai qu'elle se souvenait de moi. Moi, la Choisie qui était restée bouche bée à sa vue jusqu'à ce que je me souvienne des menaces de Mère Shade.
- Vous aviez apprécié mon obstination à l'époque, lui rappelai-je. Je ne suis pas sûre que vous l’apprécierez maintenant.
- Ah, dit l'Alpha. Donc, vous vous souvenez aussi de ce jour. Je me demande parfois si les Choisies se souviennent de ce genre de choses... Elles ont l'air si vides quand elles me rencontrent...
La colère m’envahit. Peut-être que si elles n'étaient pas traitées cruellement, elles n'auraient pas ce regard vide. Je me mordis la langue.
L'Alpha continua.
- J'étais curieuse à ton sujet, jeune Choisie. Je t'ai remarquée et j'ai remarqué ton regard. Tu avais un air curieux de défi que je trouvais plutôt intriguant. Je me suis demandée quel type de compagne tu ferais. S'il apprécierait ton esprit.
Ses yeux sourirent même si sa bouche resta impassible.
- Je crois que mon Loup d’Argent l’appréciera.
Je sentis les regards du reste de la salle se poser sur nous alors qu'elle me tendait la main et me demandait de me lever.
Alors que j'obéissais, j'aperçus un masque d'argent se refléter dans l'un des miroirs du mur, puis sur les carreaux brillants du sol.
Kassian était arrivé.
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