Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Kate Avery Ellison · Chapitre 4 sur 49

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Voile Noir (La série Red Rider t. 3) (French Edition)

Chapitre Trois

Je restai immobile encore un moment, n’arrivant pas à me calmer. Je finis par attraper une tenue et je refermai la porte du placard derrière moi.

J’avais choisi une robe en velours gris. Elle était un peu trop grande et tombait sur le sol. Je retournai m'asseoir sur le lit, les jambes repliées sous moi. Je pouvais sentir l'éclat d'argent caché dans mes cheveux, comme s’il me brûlait. Mon cœur se mit à battre plus vite.

À quoi allait mener mon plan fou ?

Une fois, à l’âge de treize ans, envahie par un accès de rage et de douleur, j'avais revêtu ma cape rouge, pris un couteau dans la cuisine et je m’étais glissée dans la forêt, espérant tomber par hasard sur un soldat Fidèle. J'avais erré dans les bois jusqu'à minuit, le couteau serré dans ma paume moite, mue par une détermination sauvage. J'avais repéré une patrouille et je m’étais faufilée dans leur direction, prévoyant de frapper d'abord et de réfléchir ensuite.

J’avais fini par trébucher sur une racine et dévaler une colline jusqu'à me retrouver en bas, toute étourdie, à regarder les étoiles que j’apercevais à travers les branches au-dessus de moi. Alors que j’essayais de reprendre mon souffle, je m’étais demandé si j'avais envie de mourir.

À ce moment-là, je n’avais pas su répondre à cette question.

Aujourd'hui encore, je n’avais pas la réponse.

Ma main toucha la cicatrice à moitié guérie à l'arrière de mon cou.

L'endroit où on m’avait pucée comme un animal.

Snow avait retiré la puce avec un couteau avant que je ne m'échappe afin que je ne puisse pas être traquée. Kassian l'avait replacée avant que je n'affronte Kryf afin de ne pas éveiller les soupçons, car le Fidèle aurait senti que je n'en avais pas. Il l'avait fixée avec un pansement pour que je n'aie pas à subir une autre incision pour l'enlever.

La puce n'était plus là. Elle avait dû tomber pendant la nuit. Il ne restait plus que le bandage adhésif.

Je fouillai le lit pour la chercher, en vain. Je retournai les oreillers en jurant et m’accroupis pour regarder sous le lit.

Toujours pas de puce.

J'avais besoin de cette puce si je voulais me déplacer librement dans la ville. Je l'avais perdue.

Alors que j'étais en train de retourner les couvertures à la recherche de la puce, quelqu’un frappa à la porte. Ollan réapparut, portant un plateau chargé de bols et de pots fumants. Il posa le plateau au pied du lit et s'inclina.

- S'il vous plaît, dit-il, pensant sûrement que j’étais en train de faire mon lit, ne vous embêtez pas avec le ménage.

Une femme de chambre le fera à votre place. Vous êtes la maîtresse de maison maintenant.

- Ollan, dis-je en abandonnant temporairement ma recherche et en soulevant un couvercle sur le plateau pour y découvrir des muffins. Y a-t-il quelque chose dans la maison que je puisse porter à part cette robe ?

- Une couturière viendra cet après-midi pour s'assurer que vous êtes bien habillée. Je m'excuse pour le retard. Votre arrivée était imprévue.

Il l’avait dit si poliment. Imprévue. Comme si j'étais arrivée à l’improviste pour prendre le thé. Comme si je n’avais pas eu à me battre avec une épée et désigner Vixor au milieu d’une arène de sable ensanglanté. Quel choc cela avait dû être pour tout le monde ici. D’un coup, ils avaient une nouvelle maîtresse.

- J'ai entendu des serviteurs parler dans le couloirs. Ils disaient des choses…

Je fis une pause.

- Ils disaient des choses pas très gentilles.

Ollan fronça les sourcils.

- Il faut dire que toute la maison a été prise au dépourvu, madame. Ils pensaient que Lord Vixor choisirait une Choisie de la capitale.

- Vous voulez dire que certaines Choisies grandissent ici ? demandai-je, surprise.

Je n'y avais jamais pensé, mais bien sûr que certains humains vivaient ici. Certains d’entre eux avaient sans doute des filles Choisies. Je nous avais toujours imaginées comme des jeunes filles arrachées à nos campagnes et contre notre gré. Mais peut-être que certaines Choisies avaient été élevées dans ce but dans la capitale. Entretenues et appréciées depuis leur naissance.

- Oui, répondit Ollan.

Il parla d’une voix prudente mais son regard était toujours aussi bienveillant, comme s'il devinait ce à quoi je pensais.

- Il y a de vieilles familles humaines ici, des humains qui ont longtemps partagé une relation avec l'Alpha.

Il hésita un peu trop longtemps, comme s’il se demandait jusqu’où il pouvait aller.

Je remarquai son hésitation.

- Vous savez quelque chose, soufflai-je.

Il arrangea nerveusement les cuillères sur le plateau.

- Qu'est-ce que j’ignore, Ollan ?

- Madame…

- Cela me portera davantage préjudice de ne pas savoir, Ollan. Dites-moi.

Il soupira.

- Il y avait... des rumeurs... concernant des relations que Lord Vixor aurait eu avec plusieurs Choisies parmi ces familles.

- Quel genre de rumeurs ?

- Une jeune femme en particulier était connue pour être la compagne de choix de Lord Vixor.

Je posai le muffin. Ma gorge était trop serrée pour en avaler davantage.

- Mais ce n'était qu'une rumeur, s’empressa d'ajouter Ollan, et vous connaissez le principe des rumeurs. Elles visent à faire scandale. La plupart du temps, ce sont des bêtises, de toute façon.

Je pensai à la façon dont Kassian m'avait embrassée. Il ne m'avait pas embrassée comme s’il était amoureux d'une autre. Cependant, le lendemain matin, il avait dit que ça ne pouvait plus durer. Je me souvenais de son ton sec, de la lueur de regret dans ses yeux. Était-ce à cause d'elle ? À cause de cette Choisie de la capitale à qui il était presque fiancé ?

Les mots qu'il avait prononcés il y a quelques jours résonnaient dans ma tête.

Elle ne me permettrait pas de t'épouser, avait-il dit lorsqu'il avait rejeté le projet de mariage que je lui avais proposé avant le combat. Avant que je ne décide à sa place.

Sur le moment, j’avais cru qu'il parlait de l'Alpha. Mais l'Alpha avait eu l’air satisfaite de moi.

Je réalisai que je m’étais probablement trompée. Il parlait sûrement de cette autre Choisie.

Pendant quelques secondes, j'eus l'impression de tomber et de ne plus pouvoir respirer.

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