Angel Ice (French Edition)

Céline Chaudey · Chapitre 10 sur 46

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Angel Ice (French Edition)

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Nathaniel

 

Je ne pensais pas pouvoir, un jour, me retrouver aussi déconcerté que

le soir où, en rentrant du travail, j’ai découvert mon appartement vide. Pourtant, il se produit exactement la même chose lorsque je me réveille et m’aperçois être seul non pas seulement dans ce lit, mais dans cette chambre d’hôtel.

Au début, je ne parviens pas à concevoir qu’Angela ait pu

m’abandonner, comme ça. Je la cherche partout dans la pièce, dans la salle de bains. Je regarde dans les placards, sous le lit au cas où elle s’y planquerait pour me jouer une mauvaise blague.

Puis, ne dénichant rien d’autre que sa petite culotte, empêtrée au

milieu des draps, et constatant que le reste de ses affaires a disparu, je suis forcé de me rendre à l’évidence : elle a pris la poudre d’escampette.

Bordel, pourquoi ? Pour quelle raison ne m’a-t-elle pas dit au revoir

ou, au moins, laissé un mot ? Surtout après ce que nous avons vécu tous les deux. Je pensais qu’il y avait eu un truc spécial entre nous. Il faut croire que non. Je me suis fourvoyé et ai imaginé ce lien qui nous unissait l’un à l’autre, cette nuit.

Blessé et écœuré de m’être trompé de la sorte, je me rhabille, empoche

le petit bout de dentelle – petit souvenir de mon ange –, puis rentre chez moi m’adonner à ce que je sais accomplir le mieux. Bosser.

Mais, même là, je ne cesse de songer à Angela. Elle hante mes esprits

à tel point que je ne parviens pas à me concentrer plus de deux minutes sans m’interroger : comment va-t-elle ? Où se trouve-t-elle ? Que fabrique-t-elle actuellement…

Mes pensées dévient continuellement vers elle. Elle m’obsède vraiment. Comment a-t-elle réussi à m’envoûter de la sorte après seulement une nuit ? Sûrement le côté démoniaque de mon bel ange.

J’ai beau m’intimer l’ordre de tourner la page, je n’y arrive pas. Pourtant, ce n’est pas faute de me répéter qu’elle a pris sa décision et que je dois m’y plier. Même si je le refusais, que pourrais-je faire ? Je ne possède pratiquement aucune information la concernant : son État d’origine, son prénom et le quartier où elle vit. Or, bien qu’une Alaskaine se prénommant Angela et logeant à Brooklyn ne doit pas courir les rues, je n’oublie pas que nous nous trouvons à New York, une ville cosmopolite où se mêlent plus de huit millions d’habitants. Essayer de la retrouver s’apparenterait à rechercher une aiguille dans une botte de foin.

Pour la énième fois de la journée, je me secoue, tente de la chasser de ma tête et de me reconcentrer sur mon travail. Je suis en train de parcourir le mail de l’un de mes actionnaires, pour la troisième fois, quand mon téléphone se met à sonner. Jusqu’à ce que je mette la main dessus, j’ai le fol espoir qu’il s’agisse d’Angela. Je déchante très vite en voyant le nom de mon frère affiché sur l’écran.

— Qu’est-ce que tu veux ? m’enquiers-je rudement, en guise de salutation.

— Oh, bien le bonjour à toi aussi, soleil de ma vie, me répond Silas, sarcastique. Je vois que tu es en forme.

— Au risque de me répéter, qu’est-ce que tu veux ? Je bosse.

— Bosser, travailler, tu n’as que ces mots à la bouche ! Je voulais seulement savoir comment s’est terminée ta soirée ?

— OK, alors voici un résumé : j’ai passé la nuit avec une femme qui s’est volatilisée comme une voleuse pendant que je dormais. Heureux ? Est-ce que tu peux me foutre la paix maintenant ?

— D’accord, je pige enfin le pourquoi du comment de ton humeur de dogue. N’empêche, tu devrais sauter de joie à l’heure actuelle et non aboyer comme un chien enragé. À moins qu’elle n’ait été un mauvais coup. Ça m’est déjà arrivé une fois. La fille se révélait être une vraie bombe, chaude comme la braise, en revanche, une fois au lit, aussi frigide qu’un glaçon. J’ai mis des jours à me dégeler les couilles.

— Justement, ce n’est pas ça, avoué-je, dans un souffle, me surprenant

moi-même de vouloir m’épancher sur mon histoire aussi brève qu’intense avec Angela. Il s’agissait du meilleur coup de ma vie. Je ne sais pas comment te le décrire. Il y avait comme une alchimie, une sorte de lien entre nous que je n’avais jamais ressenti avec personne auparavant. Malheureusement, elle est partie en me laissant uniquement sa petite culotte en souvenir.

En y songeant à nouveau, je sens comme un poids peser sur mes

épaules. Qu’ai-je fait de mal pour qu’elle fuie ? Ai-je été un piètre amant ? N’a-t-elle pas été satisfaite de ma performance ? Je l’ai pourtant menée à l’orgasme un sacré paquet de fois. Si ça se trouve, ça ne suffisait pas. Elle désirait quelque chose d’autre, un truc que je ne lui ai pas donné. Tout d’abord, Mercedes. Maintenant, Angela. Il faut croire que je suis condamné à échouer avec les femmes.

— Te plains pas, ça aurait pu être des morpions, réplique Silas,

blagueur, avant de reprendre plus sérieux : honnêtement, p’tit frère, je suis navré que ça ne se soit pas passé comme tu l’aurais voulu. Cependant, tu vas rebondir, j’en suis persuadé. Il s’agissait de la première femme avec qui tu couchais depuis Mercedes. Elle représente ce que l’on appelle ta nana pansement, celle qui te permet de guérir d’une rupture. Toutefois, Nate, je suis désolé de te le dire, ce genre de relation n’existe pas pour durer. Vois plutôt le côté positif, tu as passé du bon temps et, à présent, tu sais en être capable malgré l’absence de Mercedes.

— Et si, justement, elle n’était pas que cela ? Si elle s’avérait bien

plus, autre chose qu’un tampon et que j’avais loupé ma chance de le découvrir ?

— Tu sais, quand on sort d’une histoire et qu’on entre dans une autre,

on a tendance à exagérer, à voir des choses là où il n’y a rien.

Je m’octroie quelques secondes pour méditer ses propos. Plus j’y

réfléchis, plus j’y trouve du sens. Et si j’avais tout inventé ? Mon attirance, l’alchimie, l’intensité ?

— Tu dois peut-être avoir raison, admets-je un peu à contrecœur. Bon

et toi ? lui demandé-je afin de détourner la conversation de mon ange-démoniaque et moi. Je ne t’ai plus revu après ton départ avec la petite brunette.

— J’ai passé une soirée et une nuit de fou…

L’avantage avec mon frère ? Il suffit de le lancer sur un sujet de conversation qu’il affectionne, comme ses conquêtes, ses prouesses sexuelles ou mieux encore, lui, pour qu’il se mette à jacasser comme une pie.

Après plusieurs minutes, las de l’entendre se vanter des nombreuses positions du Kâma-Sûtra que lui et son Aphrodite ont exécuté durant leurs ébats – on croirait qu’il raconte un numéro du Cirque du Soleil –, je repose mon téléphone sur mon bureau et me replonge dans mon mail, laissé en plan, pendant qu’il continue à bavasser.

— Écoute... le coupé-je au bout d’un moment, sentant qu’il ne s’arrêtera pas de lui-même.

J’ignore encore qui est cette déesse, mais, visiblement, elle a plus que fait bonne impression à mon frère, elle lui a carrément tapé dans l’œil.

— Je suis content pour toi, j’ai juste une tonne de boulot. Demain, je dois faire passer des entretiens pour un stage et je dois rattraper le temps que je vais perdre à cause de ces conneries.

— OK, pas de soucis, frangin. Je t’appelle bientôt pour une nouvelle soirée entre mecs.

— Oui, c’est ça. À plus !

Au moment où je raccroche, je me sens mieux dans mes baskets, comme si ma conversation avec Silas m’avait permis de relativiser ma relation avec Angela. En me replongeant dans le travail, je parviens enfin à m’y mettre avec application.

 

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